‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des Barbares (volume 2)Chapitre 8 sur 112 · VII. - G · texte numérisé non relu

VII. - G

le font nos évêques, une croix équilatérale, qui signifiait le Ciel et Dieu1.

Les idées et leurs symboles voyagent comme les hommes et avec eux2. Quand se produisit en Occident l'invasion des cultes orientaux et des devins de la Chaldée qui se glissèrent partout, beaucoup de croyances et de signes de ces vieilles religions pénétrèrent dans le monde romain, où le symbole du Soleil a dû être aussi connu que son culte était populaire. Des cavaliers romains de la colonne Trajane portent sur leur bouclier une étoile à huit rayons qui, pour eux, n'était peut-être qu'un ornement, mais qui, pour les Assyriens, représentait le Soleil3; au revers d'une monnaie de Gallien, Apollon tient un sceptre croisé. Les païens étaient donc très-habitués à regarder la croix, en ses différentes formes, comme un symbole de victoire ou de puissance divine, surtout comme une représentation du Soleil, alors leur grande divinité, et Constantin ne risqua point de soulever une émeute lorsqu'il utilisa cette équivoque, en Apoiion tenant un plaçant sur son casque et sur les armes de ses soldats sceptre surmonte un sjnme ql]e païens et chrétiens acceptaient sans

(1 une croix. (Revers o ^ î r

d'une monnaie de trouble de COIlSCience *.

Gallien5.) . , , . , . . .,

Le mot labarum n est ni latin ni grec; il est chaldéen, venant de labar, qui, dans la langue assyrienne, avait le sens de durée, d'éternité. En prenant aux Orientaux le nom de son nouvel étendard, il est tout simple que Constantin leur ait également pris le symbole de leur dieu, qui, on le verra bientôt, fut longtemps le sien. Le paganisme a donc fourni les principaux éléments du labarum et jusqu'à son nom6.

1 Suivant M. Oppert (Études assyr., p. 1GG), le nom de cette croix est labar, dont on verra plus loin le sens.

2 Quels voyages, par exemple, n'ont pas faits nos contes populaires, choses pourtant bien légères et fragiles ; beaucoup nous sont venus de l'Inde.

3 Hist. des Romains, t. IV, p. 253 et 761, et de Longpérier, Œuvres, t. I, p. 170. Voyez, à notre t. VI, p. 278, une monnaie d'Élagabal « prêtre du Soleil » avec une étoile.

4 II était naturel que les historiens de l'Église vissent dans cette confusion où l'empereur se plaisait, parce qu'elle était dans son esprit et qu'elle servait sa politique, un moyen de propagande chrétienne habilement imaginé par lui. « Il mit la croix sur le labarum, dit Sozomène {Hist. ceci, I, 4), afin que les soldats, habitués à respecter l'étendard militaire, arrivassent insensiblement au respect du Christ dont ils avaient le signe sous les yeux, et qu'ainsi, oubliant peu à peu leurs idoles, ils en vinssent à honorer le vrai Dieu. »

5 Le possesseur de cette monnaie qui est unique, M. Lewis, du Corpus Chrisli Collège à Cambridge, a bien voulu m'en envoyer une reproduction par la galvanoplastie.

6 Oppert, Études assyr., p. 16G, et Expéd. en Mésopotamie, t. II, p. 293. Il est probable que le mot labarum fut usité dès le temps de Constantin, mais cela n'est pas certain, car Eusèbe

Samsi-Din, fils de Saimanasar (88'i av. J.-C.j. Monolitlie du palais de Nemrod à Ninive (Musée britannique.

Suivant Eusèbc, qui vit cet étendard dans les dernières années du règne, c'était une pique droite, coupée par une barre transversale où s'attachait un voile de pourpre; sur ce voile couvert de pierres précieuses brillaient, brodés en or, les portraits de Constantin et de ses lils; au-dessus, une couronne d'or enveloppait le monogramme. Pour les chrétiens, la barre figurait les bras de la croix1; pour les païens, elle était le soutien nécessaire de l'étendard qui, selon la coutume, portait l'image de l'empereur, et la couronne d'or surmontait les enseignes ordinaires. Les vieilles cohortes regardaient les aigles des légions comme leurs dieux protecteurs, numina legionis, et elles les enfermaient au camp dans un sanctuaire2; les nouvelles feront de ce labarum, appelé d'un nom pour eux mystérieux, qui leur parut magique, un fétiche doué de vertus particulières : on crut que celui qui le portait dans les batailles n'était jamais blessé \

A quelle époque s'établit cette foi en l'éten-

Le Labarum.

dard miraculeux : Pour les écrivains ecclésiastiques, la fameuse vision est antérieure à la bataille du pont

n'emploie jamais ce mot, qu'on trouve pour la première fois, je pense, soixante-dix ans plus tard, dans Sozomène (I, 4). Ducange, dans son Glossarium, le fait venir d'un mot allemand, Lap, morceau d'étoffe, ce qui n'est pas probable.

1 Tertullien (Apol., 16) avait dit, cent ans plus tôt, ce que les chrétiens pensaient en regardant les enseignes : « Les images que vous y attachez, les voiles dont vous les ornez, sont la parure de la croix. » Stockbauer (Kunstgeschichte des Krcuzcs, p. 90) dit : « Das Labarum Constantins, wie Eusebius es beschriebt, war.... nichts neues; es war ein einfaches Vexillum, wie die Romer es langst hatten, und wie es hundertmal vor Constanlin auf alten Denkmàlern erscheint. » La seule différence, ajoute-t-il, était le monogramme inscrit dans la couronne, et nous avons dit comment ce monogramme ne blessait personne, puisqu'il pouvait avoir alors sa forme la plus simple, X, qui était le chiffre inscrit sur le Vexillum de certaines troupes.

2 llérodien,IV, A. Le lieu où les aigles étaient déposées devenait un asile sacré. (Tacite, Ann., I, 59.) Eusèbe fait de celui où l'on mettait le labarum un oratoire. Sous la république les enseignes étaient déposées, en temps de paix, dans Yœrarium, qui, lui aussi, était une sorte de lieu sacré.

3 Eusèbe, VitaConst., I, 51 et 70. Tertullien {Apol., 15) dit du respect des légions pour leurs enseignes : Religio tota castrensis signa veneralur, signa jurât, signa omnibus deis prxponit. Les temples païens avaient aussi leurs bannières, signa templorum (Hist. Aug., in Gall., 8), auxquelles on attribuait certainement des vertus particulières. Ces vieilles croyances préparaient à la foi au labarum.

4 Le livre d'Eusèbe ne contient pas une seule date ; il place la construction du labarum du-

Milvius (512). Mais cette guerre, toute politique, n'eut pas le caractère religieux qu'on lui a donné. Eusèbe, qui dans sa Vie de Constantin représente Maxcnce comme le grand ennemi dont la chute devait retentir joyeusement au cœur de tous les fidèles, oublie que, dans son Histoire de l'Église, il avait fait de lui presque un chrétien1. Dans cette guerre, Constantin avait attaqué un rival dont il convoitait l'héritage; il n'avait point porté jusque sous les murs de Rome la vengeance du Dieu des chrétiens contre leur persécuteur, puisque Maxence ne les avait point persécutés2, et que lui-même faisait alors profession de paganisme. A la veille de son expédition sur Rome, l'orateur Eumène lui rappelait les temples qu'il avait relevés, les sacrifices qu'il avait accomplis5, et à son entrée dans Autun, quelques jours auparavant, on avait porté à sa rencontre, pour lui faire un cortège d'honneur, les statues de tous les dieux4. Aussi dut-il contresigner sans répugnance, en 511, l'édit de Galère où se lisent de sévères paroles contre les chrétiens. La tolérance que cet édit proclamait était dans sa politique, et les formules païennes qui s'y trouvent ne contrariaient pas ses croyances. Une de ses monnaies, frappée en 507, porte la légende païenne : Genio Cxsaris.

Cependant, comme il arrive souvent, la légende rapportée par Eusèbe et Lactance doit avoir un fond historique.

/|ff£fp^\. Les chrétiens, sans y songer, devenaient un parti Û®<&*nw]&-^k politique, et les avoir pour ou contre soi était une <?■ ^WiASj préoccupation des princes. Sous une forme ou sous

^5|ij|gyf une autre, l'empereur aura voulu leur donner des

Gcnio cxsarisK (ne- gaoes> sans irriter la majorité païenne par une adhé-

vers d'une monnaie sjon oclatante à la foi naguère condamnée. On sait

de Constantin.) o

l'amour des premiers chrétiens pour le symbolisme et par combien de figures empruntées aux coutumes païennes ils révélaient leur foi aux adeptes, tout en la cachant aux profanes. Le signe que Constantin avait donné à ses soldats ne blessait personne

rant l'expédition contre Maxence, mais il ne lui fait produire ses effets merveilleux que dans la guerre contre Licinius.

1 llist. ccclés., VIII, U.

- Eusèbe, Hist. ceci, VIII, 44 ; Tillemont, Mém. eccl, t. V, 75-100, 103 et 120.

3 ....Dits immortalibus ferre qux.... voueras (Pan. vel., VII, 21). Augustissima illa délabra tantis donariis honestastis utjam vetefa non quserant. Jam omnia le vocare ad se templa videaniur, prœcipue Apollo (ibid.).... et templa pidcherrime tua UberaUtate reparentur.... Circa tua, Constantine, vesligia urbes et templa consnrgunt (ibid., 22).

* En l'année 511. Omnium deorum simulacra protulimus (Pan. vet., VIII, 8).

5 Génie coiiïé du modius, tenant une palère et une corne d'abondance. (Moyen bronze.)

et cependant lui suffit, tant qu'il ent des ménagements à garder, pour faire connaître aux intéressés ses secrètes intentions.

Constantin fut, avant tout, un politique; il vit dans la religion un moyen de gouvernement, et bien des princes, parmi les plus grands, ont pensé comme lui. Simple particulier, il se serait sans doute inquiété peu des questions religieuses de son temps; empereur, il examina attentivement les deux partis. L'un, tiède dans ses croyances, hésitant sur ses dieux, incertain de leur puissance, est un immense troupeau qui passe là où il a déjà passé. L'autre, minorité ardente et disciplinée, se frayant, malgré tous les obstacles, une voie nouvelle où il a laissé bien des lambeaux de sa chair, vient d'affirmer au milieu des tortures sa force indestructible; et il se montre si préoccupé du ciel, qu'on peut croire qu'il ne donnera jamais d'inquiétude aux maîtres de la terre qui partageront sa foi. Ceux-là sont donc de ces indifférents avec lesquels on perd les batailles politiques; ceux-ci de ces croyants avec qui on les gagne. Mais beaucoup, qui ne tenaient plus au paganisme par les idées, y tenaient encore par les habitudes et se plaisaient à ses solennités ; de sorte que, à compter les membres des deux sociétés, on en eût trouvé probablement vingt fois plus dans l'ancienne que dans la nouvelle; le nombre pouvait donc compenser le zèle. En outre, l'édit qui, sous Diocléticn, avait chassé les chrétiens des légions et des fonctions publiques n'ayant pas été rapporté, l'administration et l'armée étaient encore païennes. Huit ans plus tard, en 520, comme Constantin entrait, un jour, dans un camp, il fut salué par les officiers et les soldats du vieux cri païen : « Auguste, que les dieux te conservent1 ! »

Une telle situation lui imposait une extrême prudence et l'empêchait de se livrer prématurément à l'un des deux adversaires, quoiqu'il ait certainement compris de bonne heure que, dans la question religieuse, le gouvernement impérial devait changer de politique. Durant son long séjour en Orient, il avait connu la forte organisation des églises ; il avait vu l'enthousiasme des chrétiens en face de la mort et la pitié qui commençait à gagner les populations païennes pour des victimes innocentes. La tolérance de son père, l'insuccès de la dernière campagne contre le christianisme, enfin la position prise à la têle des païens par Galère et Maximin Daza, ses ennemis per-

1 Code Tkéod., VII, 20, 2. L'armée de Julien était presque tout entière païenne. (Julien, Lettres, 58.)

sonncls, tout lui avait conseillé, dès son avènement, la bienveillance envers des persécutés que tant d'empereurs n'avaient pu vaincre. D'ailleurs il avait de commun avec eux un point important de doctrine, la croyance à l'unité divine, vers laquelle inclinaient tous les esprits cultivés.

Depuis deux siècles l'histoire morale du monde était celle des persévérants efforts de la philosophie pour rapprocher les unes des autres les formes divines, expressions particulières et locales du sentiment religieux; elle les avait si bien mêlées et confondues, qu'avec ce riche alliage elle avait peu à peu formé la statue du Dieu unique, déjà visible pour beaucoup. Les divinités indigètes avaient perdu leur personnalité et revêtu un caractère général. Elles n'étaient plus que les manifestations diverses de ce Dieu suprême que Constantin laissait invoquer devant lui par ses orateurs officiels et à qui le païen Hiéroclès soumettait toutes les puissances inférieures. « Mais ce grand Dieu est le nôtre, lui répondaient les chrétiens, et son culte est celui que tu poursuis1. » Les plus «avisés, par crainte de retomber dans le polythéisme, ne lui donnaient pas de nom; ils l'appelaient vaguement « la Divinité », Divinito3; Hadrien, n'osant même le désigner ainsi, avait bâti des temples vides de tout simulacre et que la pensée religieuse devait seule remplir4. D'autres, ayant besoin d'un dieu qu'ils pussent voir et toucher, le nommaient Sérapis ou Mithra5.

Mithra1

1 Voyez, Eut. des Romains, t. V, p. 754 et suiv., le progrès des idées vers la croyance à l'unité divine, dans le sein de la société païenne.

2 Statuette romaine en bronze. (Cabinet de France, n° 2950.)

5 Ou le verum arbiter deus qui spectat nos ex alto, ou la force, Ma vis, Ma majestas fandi et nefandi discriminatrix quse omnia meritorum momenta per pendit, librat, examinât.... [Pan vel., X, 6 et 7). Eumène parle de même aux Pan. vet., VIII, 10 : .... divina Ma mens quse tolum mundum hune gubernat quidqi\id cogitavit illico facit.

* Hist. des Romains, t. V, p. 71.

5 Mithra, « le ciel diurne », est identifié à Sol, dont Sérapis porte aussi le nom. (Orelli, n° 1892.) Macrobe (Saturn., I, 17-25) ne voit dans tous les dieux que des personnifications de vertus solaires : diversœ virtutes Solis nomma diis dederunt, et omnes deos referri ad Solem. Voyez, au C. /. L., t. VI, n"" 713-756, et aux Addilamenta (ibid., n08 5722-5728), les nombreuses inscriptions relatives au culle de Mithra.

Apollon ou le Soleil; Mercure, le modeste serviteur des dieux et du commerce, était devenu « le très-saint, l'auguste et le très-grand conservateur du monde1 ». Ceux dont la piété recherchait les émo-

Le Soleil2.

(ions violentes allaient à Mithra, « le héros invincible qui chasse devant lui les ténèbres ». Par les cérémonies mystérieuses de son culte, par son baptême sanglant et la longue hiérarchie de ses initiés5, il attirait les soldats : dans les camps du Danube et du Rhin,

1 Orelli-IIenzen, nM 10CI et 1408. Ou a des doutes sur l'authenticité de l'une au moins de ces deux inscriptions. Mais, selon saint Justin, les païens appelaient Mercure « la Raison divine » ivoy. Hist. des Romains, t. V, p. 164), et Anim. Marcellin, mundi velocior sensus. Il était liès-populaire chez les Gaulois. César le regardait comme un de leurs grands dieux {Dell. GalL, VII, xvi); les Arvernes l'honoraient particulièrement, et le Trésor de Bernay, aujourd'hui au cabinet de France, vient d'un de ses temples.

■ Le Soleil sous les traits d'un jeune homme radié. Base d'un candélabre consacré à Mithra (deuxième siècle). (Musée du Louvre. Frôhner, op. cit., n° 124.)

r> Willmanns, loi. Voyez, dans Y Hist. des Romains, t. IV, p. 41, le bas-relief de Mithra avec le char du Soleil dans la partie supérieure. Le culte de Mithra était très-répandu en Gaule. !;ne inscription, trouvée à Eauze en 1881 (Revue êpicjr. du Midi, n° 277), le montre établi

on a trouvé des traces nombreuses de leur dévotion à Mithra;

Apollon, représentation épurée de Mithra1, était le dieu de l'esprit,

l'auteur de l'être et de la pensée2. Les chrétiens ne tenaient pas tous ses oracles pour menteurs; ils croyaient qu'une de ses prêtresses, la sibylle d'Erythrée, avait annoncé la venue du Christ3. De tous les dieux de l'Olympe gréco-romain, lui seul, malgré le scepticisme croissant, ne pouvait être nié, ou trouvé inutile, puisqu'il se confondait avec le Soleil, qu'Aurélien appelait le dieu indiscutable, Deus certw*. L'astre radieux qui donne la chaleur, la lumière et la vie, par qui tout respire, sans lequel tout mourrait, avait été, sous des noms divers, la grande divinité du troisième siècle, et il

était plus que jamais celle du quatrième. La famille constantinienne

l'avait choisi pour son divin protecteur. Claude II, chef de cette

Mercure3.

dans cette ville, ainsi qu'il l'était à Lyon, à Narbonne et en quantité d'autres cités. Le baptême des sectateurs de Mithra était pour eux comme une renaissance, et ils avaient des repas religieux, des jeûnes, des exercices ascétiques. Leurs prêtres faisaient le signe de la croix sur le front de l'initié qu'ils consacraient « combattant de Mithra, dans la lutte entre la lumière el les ténèbres ». Les initiations étaient au nombre de sept. (S. Jérôme, Lettre 107.)

1 Mithra était le même dieu qu'Apollon. Un Antiochus, fds de Mithridatc el roi de la Commagène, s'était construit, au sommet du Nemroud-dagh ('2000 mètres), un magnifique tombeau, où il avait fait placer la statue colossale d'Apollon-Mithra. (Rev.arch., juillet 1885, p. 57.)

- Plutarque, de la Décad. des Oracles, 7 et 42.

r' Eusèbe, Disc, de Const. aux Pères de JSicéc, 18, et Laclance, Inst. div., IV, 48, 19.

4 Hist. Aug., Aur., 14. Apollon avait été le dieu préféré d'Auguste. Cf. Boissier, la Religion romaine d'Auguste aux Anlonins, t. H, p. 417. On a vu que c'était après avoir consulté son oracle que Dioclétien s'était décidé à commencer la persécution.

5 Pierre gravée du cabinet de France (prase de 17 millim. sur 11), n° 1601 du catalogue. Cette jolie intaille de travail romain représente le dieu du commerce et des voyageurs, coiffé du pétase ailé et debout devant un autel sur lequel est placé un pedum ou bâton de voyage, A côté de l'autel, une colonne, peut-être une borne milliaire, est surmontée d'un globe, et une branche d'arbre y est attachée.

Soli invictu comiti^.

maison, Aurélien, fils d'une prêtresse du Soleil, et Constance Chlore, l'avaient honoré d'un culte particulier. L'orateur Eumène s'adressant à Constantin, en 510, dans une grande solennité, lui rappelait son dieu héréditaire : Apollincm tunm1. De nombreuses monnaies de ce prince portent au revers la légende : Soli invicto; quelquesunes, qui sont du temps de l'alliance avec Licinius, y ajoutent les mots : comiti Augustorum, « au conseiller, au compagnon des augustes" ». D'autres représentent Constantin lui-même avec les attributs du Soleil*, la tête entourée de rayons, et dans un de ses discours5 Julien l'ait dire par Jupiter à Apollon : « 0 mon fils, pourquoi n'as-tu pas frappé de tes dards acérés ce mortel téméraire, déserteur de ton culte?» Lorsque Constantin fut devenu définitivement chrétien, il conserva du respect pour le dieu de ses pères, 9eôv 7iarpwv; il ne laissa point outrager ses statues; il en plaça plusieurs à Constantinople, et il fit apporter d'Ilion un Apollon de bronze qu'il dressa sur une colonne de porphyre, en lui mettant au front une couronne radiée. A ce moment, ces images n'étaient pour lui que des objets d'art conservés, comme le Jupiter de Dodone et les Muses de l'IIélicon, pour l'ornement de sa capitale. Mais il me semble voir aussi dans ce choix un souvenir pieux pour la divinité à laquelle il avait demandé la protection de son enfance et le succès de ses premières campagnes. Il ne faut pas chercher, en ces temps de confusion religieuse, les conceptions nettes que nous donne notre absolue liberté d'esprit. Beaucoup de païens croyaient que le Dieu des chrétiens était le

Soli invicto °.

Soli comiti Au<j.~.

1 Apollon était aussi un des principaux dieux de la Gaule romaine. Cf. Héron de Villefosse, les Antiquités d'Entrains, 1879.

- Buste radié du Soleil sur un petit bronze de Constantin.

3 Eckhel, t, Vil, p. 74. Cette légende se trouve sur une monnaie du césar Crispus, frappée par conséquent entre 317 et 526.

4 Cohen, t. VI, p. 108, n° 100, avec la couronne radiée et la légende Soli invicto œlerno Attj. Cette confusion existait en tant d'esprits, qu'on trouve même dans Eusèbe (Vie de Const., I, 45) une allusion involontaire au Sol invictus, lorsqu'il compare Constantin au soleil levant qui répand partout la lumière. Voyez, ci-dessus, page 36, la monnaie mise en cul-de-lampe.

3 Le septième Contre Héraclius, § 17.

0 Le Soleil radié, demi-nu, debout, levant la main droite et tenant un globe. (Revers d'un petit bronze de Constantin.)

7 Le Soleil radié debout, présentant à Constantin un globe surmonté d'une Victoire. Entre eux, un captif; à l'exergue : S. M. T. (Revers d'une monnaie d'or.)

Le Soleil radié :

Soleil1. Constantin fit comme eux; et l'on peut croire que, durant

plusieurs années, il a identifié le Soleil et le Christ, son dieu paternel

avec celui dont Alexandre Sévère avait placé l'image

dans un lararium, et à qui Galère, dans l'édit de 511,

venait de reconnaître la puissance divine.

Pour saint Jean, Jésus est la lumière du monde qui

illuminera Jérusalem % comme pour Eusèbe, Grégoire

de Nysse et saint Augustin, il est le soleil de justice qui

éclaire l'humanité. Aussi a-t-on pu traduire sur un

monument chrétien la pensée de l'apôtre en donnant au Christ la

couronne radiée que portait Apollon*. Des inscriptions chrétiennes

appliquent au dimanche, jour du Seigneur, le nom de jour du Soleil5, et l'habitude des Pères de comparer la venue du Christ à la renaissance du soleil a autorisé l'Église à fixer sa nativité au temps où l'on célébrait dans les temples les natales hwicti Soin (25 décembre)6. Après tant de mêlées sanglantes, chrétiens et païens allaient à la rencontre les uns des autres :

ceux-ci faisant rentrer leurs divinités multiples en un Dieu suprême que la philosophie avait enseigné; ceux-là formant aussi, de leurs trois personnes réunies, un seul Dieu dont l'empereur rappelait sans cesse le nom et les droits à la vénération des peuples, divinitas.

Constantin favorisa par tous les moyens ce rapprochement des âmes que la sagesse politique lui conseillait d'opérer. La division du

Le Christ, portant la couronne radiée, sur un verre peint, d'après Garrucci.

1 .... Alii Solem credunt Deum nostrum (Tertulhen, Apol., 16).

- S. Jean, vin, 12 : è-fû eîp.i to où; tJû koou.cj. Ibid., ix, 5 ; xn, 46; Isaïe, lx, 1-5. Saint Cyprien dit du Christ : est lux et dies {Opéra, p. 208, édit. de 1626) ; sol verus et dies verus (p. 157 et 215).

" Revers d'une monnaie de Trajan (or et argent) avec la légende PARTI1IC0 PM. TR. P. COS. M. P. P. SPQR.

* Le P. Garrucci, Pitture veteri, pi. 1715. Dans la théologie de Julien [Traité sur le Roi-Soleil), le soleil, image visible du dieu invisible, joue, a certains égards, le rôle du Ai-jo; de Platon et celui du Fils dans la théologie chrétienne.

• HMEPA HAIOï. (Le Riant, Inscr. chret. de la Gaule, t. I, p. 555.) 0 Munter, Sinnbilder und Kunstvorst. der alten Christen, p. 75.

mois en semaines et de la semaine en jours consacrés chacun à une divinité est un usage oriental qui se répandit chez les Romains sous

l'influence de l'astrologie alexan- Irine1. Au temps de Tertullien, les

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