‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des Barbares (volume 2)Chapitre 9 sur 112 · MAP H C · texte numérisé non relu

MAP H C

Les Divinités des sepl jours de la semaine2.

Bracelet.

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'■ Il i Développement des figures.

Divinités des sept jours de la semaine sur un bracelet d'or trouvé en Syrie s.

païens fêtaient le jour de Saturne (samedi), et les chrétiens celui du

1 Voyez, dans la Gazette archéol. de 1877, p. 51, un savant mémoire de M. de Witle sur les Divinités des sept jours de la semaine. M. de Witte pense que cet usage s'est introduit à Rome «lès le temps de la réforme du calendrier par César. On en peut voir les dessins dans la Topograpliia Hclveti;v de Mathieu Merlan, p. 51 ou 58, selon les éditions.

- Pierre gravée de la collection de M. Maxwell Sommerville. Les dieux qui président aux jours de la semaine, marchant à droite, portent inscrites au-dessus de leurs têtes les initiales de leurs noms (Saturnus, Elios, Luna ou Diane, Mars, Mercurius, Jupiter, Vénus). Saturne est voilé comme un pontife, le Soleil est radié, Diane a le voile arrondi au-dessus de sa fête, Mars est armé et casqué, Mercure se caractérise par le bonnet à ailettes, Jupiter par le sceptre, enfin Vénus tient la pomme.

5 Ce petit bracelet n'a que 60 millimètres de diamètre et les figures gravées 10 millimètres seulement. La négligence du travail en marque l'époque à la fin du troisième ou au commencement du quatrième siècle. Sur les huit pans de l'octogone sont gravés les sept dieux ou déesses de la semaine et la Fortune, TVXH, qui ouvre la série. Elle tient de la main droite une

Soleil (dimanche)1. Dans les anciennes représentations des divinités tutélaires de l'hebdomade, le Soleil n'occupe, en effet, que la seconde place, après Saturne. Sur un vase, au contraire, du milieu du quatrième siècle, il tient la première : c'est que, dans l'intervalle, le dies Solis des païens s'était confondu avec le dies dominica des chrétiens. Tous les jours de la semaine étant placés sous l'invocation d'une divinité particulière, les dévots devaient avoir une prière pour chacun tle ces dieux, et, depuis la popularité croissante du culte solaire, le dies Solis était marqué par des exercices de piété en l'honneur d'Apollon2. Constantin profita habilement de cette dévotion pour consacrer de deux manières le jour dominical. Une loi de 521 ordonna que, le jour du Soleil, les tribunaux, les ateliers, les boutiques fussent fermés", et il envoya aux légions, pour être récitée ce même jour, une formule de prière qu'un adorateur de Mithra, de Sérapis ou du Soleil pouvait accepter aussi bien qu'un fidèle du Christ4. C'était la réglementation officielle du vieil usage d'adresser une prière au Soleil levant5. En déterminant quels jours seraient fériés, en rédigeant une prière, Constantin avait exercé un des droits de son autorité pontificale, et personne ne s'en était étonné. Les nouveaux décrets ne donnaient-ils pas satisfaction à l'Église, qui le jour du Soleil célébrait la résurrection du Seigneur, et à ses adversaires qui, dans ce justitium institué, à ce qu'il semblait, en l'honneur d'Apollon, pouvaient voir un hommage rendu à leur grande divinité?

corne d'abondance et delà gauche s'appuie sur un gouvernail. Saturne, KPONOC, vient ensuite. Il est vêtu d'une tunique talaire et retient de la main gauche une draperie qui flotte au-dessus de sa tête. La troisième place est occupée parle Soleil, HAIOC, radié et debout dans un char à deux chevaux. Il tient de la main droite le fouet et de la gauche un globe. La Lune, CEAHNH, est au quatrième rang. Vêtue d'une double tunique, un double croissant sur la tête, un voile enflé par le vent qu'elle relient de la main gauche, la déesse porte en la droite un flambeau allumé. Après la Lune, vient Mars, APHC, nu, casqué et portant une double lance et son bon" cher. Le sixième dieu est Mercure, EPMHC, nu aussi, les ailerons à la tête et aux pieds, tenant, la bourse et le caducée. Après Mercure est Jupiter, ZEl'C, barbu, armé du foudre et s'appuyanl sur un long sceptre. Enfin la série se ferme par Vénus, A<M'OMTH, entièrement nue et dans la pose de la Vénus de Médicis. Cf. Gazette archéol., 1877, pi. 8 et pages 85-84.

1 Apol., 16.

- Code Théod., II, 8, 1 : .... diem Solis veneralione sui célèbrent.

5 Code Justin., III, 12, 3. Deux exceptions furent accordées : on put, le dimanche, continuer les travaux des champs, affranchir un esclave ou émanciper un fils. (Code Théod., 11,8, l.)Dans certaines circonstances, il autorisa même la tenue des marchés le dimanche. (Orelli, n° 508.)

* Eusèbe, Vie de Const., IV, 19-20.

6 .... Plerique vestrum affectatione aliquando et cœlestia adorandi, ad Solis orhim labia vibralis (Tertullien, Apol, 16). Cette coutume était ancienne ; au matin de la bataille de Crémone, en 69, toute une légion avait adoré le soleil levant. (Hist. des Romains, t. IV, p. 596, n. 1, édit. ill.)

Une loi de 515 rentre peut-être dans cette catégorie des mesures que chacun des deux partis croyait prises pour lui seul. Klle défendait de marquer les condamnés au visage, « pour ne pas déformer la face qui est faite à la ressemblance de la beauté céleste1 ». Ces mots sont un souvenir biblique, et l'influence chrétienne est évidente ; mais Apollon était aussi le type idéal de la beauté humaine, et ce que les chrétiens entendaient de Jéhovah, les païens ne pouvaient-ils l'entendre du fils de Latone?

C'est en 312 qu'on place la conversion de Constantin. Cependant, durant son séjour à Rome en cette année, il ne fit, il ne dit rien qui annonçât un changement dans ses idées3. On a cru qu'après sa victoire il n'accomplit pas au Capitole les sacrifices accoutumés. Se dispenser de cet usage eût été une apostasie éclatante au sein d'une ville toute païenne. Nous savons, au contraire, que son entrée triomphale donna lieu aux solennités habituelles, qu'il assista aux spectacles, aux combats de gladiateurs, aux jeux sacrés*, où l'on portait les statues des dieux, toujours conviés à ces fêtes qui étaient une partie essentielle du culte païen s; et lorsqu'on le voit renouveler le sénat en y appelant de nombreux provinciaux6, on a le droit de dire que la plupart, probablement tous, étaient des fidèles de l'ancienne croyance, puisque la curie resta jusqu'à Théodose la forteresse des derniers dieux. Rome, avec ses cent cinquante-deux temples et ses quatre-vingttrois édicules, était pleine encore des splendeurs du paganisme, et

1 Code Théod., IX, 40, 2. Si l'on ne marquait plus au visage, on marqua aux mains et aux jambes. (Ibid., anno 515.) Du reste, cette loi, comme tant d'autres, ne fut pas observée : Constance II fit marquer au front les évêques condamnés aux mines. (S. Hilaire, Contra Gonst. Imper., ebap. xi.) En 514, Constantin condamne au supplice de la croix [ibid., 8, 1); plus tard il l'abolit. (Aur. Victor, C;es., A, et Sozomène, 1, 9.) Ce fut certainement une concession à l'Église et non pas un adoucissement aux lois pénales, qu'il rendit plus dures.

- APOLLO COXSER. Le dieu nu, debout, posant la main droite sur sa tète, la gauche sur sa lyre posée sur une colonne. (Revers d'une monnaie de billon de l'empereur Gallien.)

3 L'édit de Milan, promulgué quelques mois plus tard, fait une vague allusion à un rescrit publié probablement à Rome en 512 et dont on n'est point parvenu à préciser le caractère. Les écrivains ecclésiastiques y voient une preuve du zèle de Constantin pour la religion nouvelle; il n'a dû être qu'une mesure prise pour l'exécution de l'édit de Galère. Depuis l'année 511, la tolérance était redevenue un des principes du gouvernement impérial, et plus que jamais le vainqueur de Maxence était décidé à en faire la règle de sa conduite.

-1 .... Homincs diebns munerum sacrorumque ludorttm.... te ipsum speclare poluerunt.... (Pan. vet., IX, 19). En 557, Constance, alors à Rome, alloua les sommes nécessaires aux cérémonies païennes (Symmaque, Lettres, X, 54); elles ne furent supprimées que par Gratien.

5 Idololatria ludorum omnium mater, disent saint Cyprien et Lactance (Inst. div., VI, 20).

c Pan. vet., X, 55 : ut senatus.... ex totius orbis flore constarct.

c'est à peine si celles de la Rome chrétienne commençaient à se montrer1; pour saint Jérôme, la cité du Capitole restait, à la fin du quatrième siècle, « l'égout de toutes les superstitions ».

Eusèbe veut qu'on ait élevé dans Rome à Constantin, après sa victoire, une statue tenant le labarmiv. Il a mal compris quelques

L'aqueduc de ï'Aqua Virgo, d'après Canina.

mots d'un panégyriste, difficiles à entendre, où l'on voit pourtant qu'il s'agit d'une statue érigée par le sénat et l'Italie en l'honneur du prince. Selon l'usage païen, il était représenté avec quelque attribut

1 Les légionnaires, rédigés dans la seconde moitié du quatrième siècle, mentionnent un nombre infini de temples, et pas une église. Il y en avait pourtant, mais ils dédaignaient d'en parler. Ces temples avec leurs biens et revenus très-considérables étaient la propriété du clergé païen, qu'on n'aurait pu dépouiller sans une loi, et cette loi ne fut promulguée que par Gratien (Code Tliéod., XVI, 10, 20). La classe éclairée fut longtemps réfractaire au christianisme ; jusque parmi les chrétiens, ceux qui gardaient le goût de la belle littérature comparaient tristement l'élégance de Cicéron et de Virgile à la rudesse du Nouveau Testament. Saint Augustin ne s'en cache pas, et saint Jérôme avait les mêmes regrets.

- Vie de Const., 1, 40 : hastam in modum crucis. J'ai montré comment, dans le laburam, enseigne à la fois ancienne et nouvelle, chacun, païen ou chrétien, pouvait voir ce qui lui convenait.

divin' que l'évêque a transformé en symbole chrétien; mais le doute est impossible lorsqu'on entend l'orateur invoquer, après ce passage, l'âme divine répandue dans la masse de l'univers, dont les stoïciens avaient fait leur dieu2.

Vers ce temps-là3, en souvenir des victoires germaniques du prince, le duc Senecio, un de ses proches, lui éleva un temple consacré à sa divinité, numini cjus, formule qu'on lit encore dans l'inscription gravée pour la restauration faite à ses frais de YAqua Virgo, et sur beaucoup d'autres monuments4. Il n'y a donc point à s'étonner que l'arc triomphal inauguré à Rome en 515 nous montre des sacrifices païens et qu'on n'y voie ni le labarum ni la croix. Mais deux mots de l'inscription, instinctu divinitatis, ont paru une confession voilée de christianisme5. Le mot divinitas, à peine connu de l'antiquité latine, était alors dans bien des bouches, parce qu'il répondait au travail inconscient des âmes qui abandonnaient doucement les anciens dieux, sans les renier, et allaient vers le Dieu nouveau, sans proclamer encore sa souveraineté jalouse. Six ans plus tard, dans la fête célébrée pour

' .... merito tibi.... senatus signum dei dédit et paulo unie llalia sculum et coronam, cuncta aurea dedicarunt.... Debitum divinitati et simulacrum aureum et virtuli sculum et corona pietati. Quamobrem, te, summe rerum sator.... (Pan. vet., IX, 25-G).

- « 0 toi, souverain maître du inoncle, qui as voulu porter autant de noms qu'il y a de langues parmi les hommes, écoute ma prière! Nous ne savons comment tu veux être appelé, soit que, force et âme divine répandue dans la masse de l'univers, tu te mêles à tous les éléments et donnes le mouvement au inonde sans aucune impulsion étrangère, soit que, puissance élevée par-dessus tous les cieux, tu contemples de cette haute citadelle la nature ton ouvrage, je t'en supplie, conserve ce prince pour l'éternité! » (Pan. vet., X, 2G.) Voilà ce qui était dit en présence de Constantin par un orateur officiel, en 515.

3 Certainement après la mort de Galère en 511, puisque ce prince n'est pas nommé dans l'inscription. (Orelli-IIenzen, n° 5579.)

4 Comptes-rend. de l'Acad. des inscr., 1882, p. 12, et L. Renier, Inscr. d'Alg., 5286, 5555, etc. 8 C. L L., t. VI, n° 1159. Le moulage pris par M. Léon Renier, et qui est aujourd'hui à la

Sorbonne, ne permet pas d'admettre, comme l'ont cru quelques savants, que l'inscription portait primitivement les mois nutu Jovis 0. M., qui auraient été martelés et remplacés par ceux de instinctu divinitatis. L'arc fut inauguré pour la dixième année d'empire de Constantin, en 515. De l'arc triomphal, élevé devant la basilique Constantinienne et que Bramante a détruit lorsqu'il construisit Saint-Pierre, on a conservé l'inscription suivante qui y était gravie en lettres d'or :

Quod duce te mundus surrexit in astra triomphons.

Hanc Constantinus Victor tibi condidit aram.

Muratori ne la croit pas contemporaine de Constantin, et ni Orelli ni Henzen ne l'ont insérée dans les monumenta hislorica de ce prince. On ne rencontre, en effet, des inscriptions en lettres d'or que dans les mosaïques du sixième siècle, et tout ce qui vient d'être dit sur la politique religieuse de Constantin oblige à croire que l'inscription est très-postérieure à son règne. Eusèbe, qui écrivait après la mort de ce prince et qui parle longuement de l'arc de triomphe qu'on voit encore, n'eût pas manqué de citer celui de la basilique Valicane, s'il avait existe déjà de son temps. L'inscription elle-même semble ne rappeler que le souvenir de Constantin.

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