FORTERESSE DE H
Uestauralion paru
Hachette et G'".
IjlSMIS (IGLITZA)
Ajïroise BAUDRY
HADHIEN fH7-138î.
de l'empire et d'Hadiien*. Une autre colonie inilésienne, Olbia (0tchakof), aux bouches du Boryathènc (Dnieper), un des plus grands
Un site des Carpathes.
marchés de ces réoions, leur servait encore de sentinelle vioilante.
' C. 1. L., t. m, noTSS. Il régna de 92 à 124. Voyez ci-dessous, p. 44, Les Romains avaient
Hadrien et la Mœsie '.
Fjilin, la flotte du Pont-Euxin reliait ces points avec les places marilimes (le la Mœsie : Tomi (Kusteudjé) et Odnms (Varna); de sorte que, du vaste demi-cercle décrit j)ar le littoral, (VOdcssus à Olbia, une moitié était bien défendue, l'autre bien surveillée.
Ainsi, la vallée inférieure du Danube, couverte au nord par les Carpathes, l'était à l'est par des i)ostes avancés, d'où les Romains contenaient la barbarie qui ondulait, comme une mer sans rivages, dans l'immense étendue des plaines sarmatiqucs.
A qui revenait l'honneur de cette organisation défensive? Sans doute à cet habile gouverneur de la Mœsie, Plautius A'iianus, dont nous avons déjà parlé. Tyras doit avoir réclamé la protection de l'empire au temps où Plautius exécuta, entre le Sereth et le Dniester, l'immense razzia (|ui lui donna cent mille captifs, dont il fit autant de laboureurs pour sa province ^ Mais, à une époque ou à une autre, soit dans le séjour de l'année 118 au bord du Danube, soit dans un voyage postérieur, Hadrien s'est occupé certainement de ce pays, où il avait servi comme tribun légionnaire dès le règne de Domitien^, et où venait de se montrer le premier péril qu'il ait eu à conjurer depuis son avènement. Des médailles célèbrent son arrivée dans la Mœsie ; d'autres le montrent haranguant les troupes de cette province, et les habitants de Tomi font graver en son honneur une inscription, la plus ancienne en langue latine (pi'on ait trouvée dans les ruines de cette cité*. Enfin, un rescrit de Sei)tinie Sévère, adressé aux habitants de Tyran, rappelle et confirme des privilèges qu'un légat d'IIadrien leur avait reconnus^ Est-ce lui qui éleva le long du Danube inférieur et sur la branche
rlétaché Ht-raclép, une des principales villes fie la Chersonèse Taiirique, du royaume du Bosphore, et l'avaient déclarée libre, (l'iine, Hist. nul., IV, S5 ; C. h G., p. 90.)
* Monnaie commé-inoralive de l'arrivée d'Hadrien en Mœsie : ADVENTUI AVG. MOESIAE. (Grand bronze, Cohen, n" 622.)
* Voy. Hist. des Rom., l. IV, p. /t02, 665 et 666. On fait commencer l'ère de Tyras en 56 ; mais il n'est pas certain que les lettres solitaires marquées sur ses monnaies comme sur la plupart de celles de la Mo'sie et de la Thrace soient, comme on l'a cm. des indices chronologiques-
s En 'J6, dans la V" Maccdonica. (Spartien, Hadr., 2, et C. I. L., t. III, n° 550.)
* Senalus populusque Tomitanorum. Cette inscription est de l'un 129 (6'. /. L., t. III, n° 76.5). Voy. les Additam., p. 997. Les médailles rapportées de Tomi par la Mission du Danube appartiennent en majeure partie, pour le haut empire, à répo((ue des Antonins. (Mém. de la Soc. des Aniiti., ')' série, t. V, p. 227.)
* C. I. L., t. IH, n" 781. Le fçonverneur de Mœsie mentionné dans cette inscription porte du moins le même nom qu'un des consuls ordinaires de l'année 1.%5,
méridionale de son delta tant de posles qui furent longtemps le boulevard de l'empire turc, après avoir été celui de l'empire romain'? On ne saurait le dire. Mais quand on aura vu tout à l'heure ce qu'il tit sur le Danube moyen et en Crctagnc, on sera autorisé à croire qu'il ne négligea rien pour établir la sécurité d'une de ses frontières les plus vulnérables.
Ces détails, étrangers en apparence à l'histoire générale, font comprendre par quelles habiles précautions l'empire se mit en état de résister à la pression du monde barbare durant deux siècles, c'est-à-dire aussi longtemps qu'il eut pour chefs, à part ces deux fous : Caligula et Néron, des princes, souvent cruels à Rome, mais toujours prévoyants sur les frontières. Ils montrent aussi quel cas il convient de faire de la tradition qui attribue à Hadrien la destruction du pont de Trajan « par jalousie de la gloire de son prédécesseur », et jusqu'à l'intention d'abandonner la Dacie, projet dont ses amis, dit-on, vinrent cependant à bout de le détournerMl n'avait pas gardé les conquêtes au delà de l'Euphrate et du Tigre, parce que, dans ces pays, pas un citoyen romain ne s'était fixé; mais il favorisa l'émigration de colons latins dans la Dacie, et la preuve, c'est qu'ils y sont encore.
Forteresse danubienne '.
' Prista (la forteresse actuelle de Rutchuk), Durostorum, qui est devenue Silistrie, dus (Hirsova), Troesmis (Iglitza), Arruhium (Matchin), Diriogetia, Noviochtiwm (Isaktclia), Mgystis (Tultcha), etc.
- .... Trajani gloriss invidcns.... amici deterruerunt (Eutrope, VIII, 6).
^ La forteresse de Dinogetia, dont les ruines ont été découvertes en 1865 par M. Engelhardt, consul général de France à Belgrade, sur un plateau isolé, près du fleuve, avait une superficie de 7500 mètres carrés. La distance de 27 mètres cpii séparait chacune de ses douze tours est exactement celle que M. Engelhardt avait mesurée entre les tours du front du camp re' tranché de Troespis. Le plan donné ci-dessus a été levé par M. Baudry.
ÔO
LKS ANTOiNlNS (Ofi-l 80).
Ceux qno Trnjan nvnit pu. on quelques années, y faire passer, n'étaient
certainement pas en assez grand nombre pour assurer à leurs descendants ia possession de si vastes pays. Les mesures j)rises pour la protection militaire de la vallée du Danube donnant toute sécurité à celte région, le courant de colonisalion continua de s'y porter. Aussi l'on y trouve des inscriptions en l'honneur d'Hadrien', des travaux exécutés en son nom-', et des médailles sur lesquelles la nouvelle province, devenue un des boulevards de l'empire, est représentée par le belliqueux symbole d'une femme assise sur un rocher, qui d'une main tient le glaive recourbé des Daces, de l'autre une
•iv.
Un Dace ».
enseigne".
Quant au pont de Trajan, il était maintenant si loin des Barbares et si facile à défendre, qu'il doit n'avoir été mis hors d'état de servir qu'à l'époque où les troupes romaines ne pouvaient plus tenir dans la Dacie; et cette nécessité arriva seulement un siècle et demi après Hadrien, quand Aurélien, entre 270 et 275, ramena sur la rive droite du Danube le reste des troupes romaines et lès colons qui voulurent les suivrc\ Vingt ans auparavant, Decius avait encore mérité le surnom de Daciarum restitutor.
» frontière la plus exposée, et en même temps la plus rapprochée
La Dacie.
Grand bronze. (Cohen, 770.)
« C. I. L, n' 0."), 1.-.71, ni:y, 14i7.
- Son légat (lien l'année 155 construire un aqueduc n Sarmizegetusa. {Ibid., n° 14.46.) ' On a de ces monnaies du temps d'Hadrien et jusqiu^ sous Callien. (Groppo, p. 102.) Au lieu du glaive recourbé, Cohen voit une faucille. (T. II, Adr., ii° 770.) * liusle de Dace trouvé prés du Forum de Trajan. (Vatican, lîraccio nuovo, n° 118.) ' Cette opinion vient, chez les modernes, d'un pMssaf,'e du livre LXVIII, chap.13, de Dion, où il est dit qu'Hadrien fit enlever la partie supérieure du pont. Mais ce livre n'est point le texte même de l'historien, et Xiphilin, api'ès avoir cilé la très-exacte description faite par son auteur, a lout naturellement ajouté que depuis longtemps le pont ne servait plus. Il dit, il est vrai qu'Hadrien en avait fait enlever le tablier. S'il était prouvé que le mot fût de Dion, il n'y aurait pas à V ri'pondre, parce que Dion était presque un conti'nijif)rain. Mais l'asscrlion ayant contre elle toutes les vraisemblances hisforitpn'S. il fani l'allriltner à rabrc'vialeiir, écrivain du onzième siècle, qui aura ramassé uiic de ces calomnies rétrospectives dont Hadrien a été la
de l'Italie, était celle du Danube moyen, le long de la Pannonie, que le fleuve enveloppe par le nord et l'est, depuis sou confluent avec le Grau jusqu'à celui de la Save. Au delà de cette ligne se pressaient une
Busie d'Hadrien, trouvé à Antiiim. (Musée du Capitole.)
[C/i-r^ic;^
masse de nations germaines et slaves souvent vaincues, jamais domptées, qui d'un bond pouvaient atteindre les Alpes et forcer les portes de l'Italie. Naguère, les Roxolans avaient, des bords de la mer Noire, combiné leur attaque avec une de ces tribus, établie entre la Tlieiss
victime pour des raisons qu'on expliquera plus fard et qu'on ne lui avait pas épargnées de sou vivant, à propos de l'abandon des conquêtes de Trajan ; or on a vu les causes très-légitimes de cette dernière résolution.
ri le Damiho, los Sarmates lazygos, qui restèrent en armes, malgré l'ahaiuloii de leurs alliés '; et dans quelques années, sous Marc Aurèle, tous les peuples tle cette frontière mettront l'empire en très-sérieux j)éril. Hadrien vit ce danger, que Rome d'ailleurs connaissait bien de- |tuis la rude campagne de Tibère en cette région; lui-même y avait commandé après sa préture et dès cette époque avait eu affaire aux Sarmates. Il songea d'abord à i)rendre une partie de ces Barbares, comme dans un élan, entre les deux provinces de Pannonie et de Daiie, réunies en un grand couîmandement militaire; et ce gouvernement, il le donna avec de pleins pouvoirs au plus liabile de ses géiK'iaux ', Marcius Turbo, qui avait tout récemment écrasé, en Egypte, une insurrection juive', ])uis apaisé en Maurétanie les troubles excités par Quietus. Plus tard, au contraire, pensant assurer mieux la défense ])ar la division de ces commandements trop étendus, il fit deux Dacies ', connue il y avait deux Mœsies; et il plaça sur la frontière de fortes garnisons. Lorsque Trajan avait formé la province de Pannonie inférieure, il lui avait attribué une légion % qui établit ses principaux quartiers en face et à proximité de l'ennemi, à Aquincum, sur la montagne de Rude, et à Murm, sur la Drave, non loin de son embouchure dans le Danube. Là, comme à Trnc.-<mk, comme partout où s'arrêtait une troupe romaine, les marchands avaient suivi les soldats, les vétérans s'étaient fixés près de leurs anciens camarades, et leurs cabanes avaient donné naissance à deux villes dont Hadrien fit deux places importantes : Muna le reconnaissait pour son fondateur et porta son nom*; Aquincum lui dut sans doute le rang de colonie.
' Kii>-i'l)i' iiK'l dans sa 67iro/!içi/e pour l'an 120: hélium conlia Sanromatas gestion, \hi\n\vrni piir r;iiic porter à Home leur souniissioii. (Dion, L\IX, 15.)
- Dacia Tiirhoni creilila lilitlo .E(ii/i)liac:r privfcclunr, qiio plus ancloritalis hahercl, ornalo (Spni'licn, Uiulr., 7). Lfi préfot d'K^'vple avait tt.v toO pac'.Xé»»; raÇiv (Slial)()n, XVII, p. 7!I7) ; loco rrijion, <lil Taiile [Hisl., I, II). Tiiiiioiic fui pas revêtu de la ])réfeclur(! d'Egypte, il eut seulement les avantages altacliés à ce litre. Il y avait alors les magistrats elTeclils {consulalu, prœlura, etc., fiierli), les magistrats honoraires {allecli int. cons. pr.rl., etc.) cl ceux à qui le sénat (\i>\\u:\\l\ef, oniamrnia consul. pr.Tlor., nlc.CenxAh n'avaieii(i)asvoix délilx'ra tive.au sénat. (Tacite, Aiin., NI, 4 et TtH; Mil, .5.3; Mommsen, I, 7M), et Caille!, Oji. laud.) \.;\ Dacie et la Pannonie étant dfux provinces consulaires, et Tnrlio simple chevalier, il avait l'allu lui domierun litre s|)écial.
^ Il avait tui', ilit Kusèbe(///s/. ccrlrs., VI, II), |)hisienrs myriades de ces mallieui-eux, -tX"/.à;
* lin diplôme militaire de l'an 12'.t {C. I. /,., t. III, p. S7(t) nomme la l)a(i(> inférieure ou orienlale; phi> lard, prohahlement sous Mai-c. Aurèle et avant Hi8, la Dacie forma trois gou- >ernenienls rpii étaient prescpie ioujoins réunis. (Monnnsen, C. I. L.. t. III, p. KiO.) C'est Trajan ipii avait divis('' la l'annonie.
' l'rfihahlenient la //' Ailjulii.c.
* Dwo Hadriano Mursenses condiluii suo (C. I. L., t. III, n" 5!27H). La ville i)araît avon' été
Arrivée d'Hadrien en Bretagne. (C. Bruce, tke Rom.
Wall, p. 12.)
Les sites étaient si bien choisis, que l'une est aujourd'hui la capitale de l'Esclavonie (Eszeg) et l'antre celle de la Hongrie (Ofeu ou Bude).
La ligne du Danube moyen allait donc être bien gardée. Plus haut, trois légions avaient été échelonnées, le long du fleuve, à Brigeiio (0-Szony, près de Komorn) \ à Camuntum (Petronell), qui prit le nom de municipe Élien% et à Vindobona (Vienne), où stationnait la flottille du Danube.
Couverts à droite et à gauche par les grandes armées de la Pannonie et de la Germanie Supérieure', d'ailleurs adossés aux Alpes et naturellement défendus par leurs montagnes, le Noricum et la Rhétie ne paraissaient pas exiger beaucoup de précautions militaires. On n'y trouve jusqu'à Marc Aurèle, pour les administrer,
que des procurateurs et, pour
les défendre, que des détachements isolés, cohortes ou
escadrons. Cependant Hadrien
les visita; les historiens ne
parlent point de ses voyages
dans cette région, mais les
monnaies en ont conservé le
souvenir, et longtemps on lui a attribué la fondation de Juvavum (Salzbourg)* au milieu d'un pays magnifique, en un point où la nouvelle cité barrait la roule de l'Italie à toute incursion venant de Bohême par la vallée de l'Inn.
Hadrien liaranguant l'armée de Iliiétie*.
Hadrien haranguant l'armée du Norique^.
en pnrlic construite par la légion //" Acljidrix. Une inscription d'Aquincum est consacrée à la mémoire d'un Canabensis ou cabaretier de cette ville, quelque marchand venu là de Cologne. {Musée fie Peslli. par E. Desjardins, n" 180.)
' L'inscription la plus ancienne, trouvée à Brigeiio (C. I. L., t. 111, n° 4556), porte le nom d'un légat qui avait été consul sous Hadrien, en 154. La ville n'avait d'abord été qu'un village de vivandiers et de vétérans. Ainsi l'inscription n" 4298 est consacrée par un vétéran de la légion /* Adjutrix, devenu décurion de Brif/etio.
- Municipium Mlium. Mommsen croit, mais sans en donner de preuves, que c'est plutôt à Antonm qu'elle dut ce nom (C. /. L., t. III, p. 550). Trajan semble avoir élé surtout préoccupé en Pannonie de sa grande colonie de Pœtovio, où resta l'adminislration supérieure de la province (ibid., p. 510).
^ Il y avait trois légions dans la Pannonie Supérieure, autant dans la haute Germanie. ■ " EXERCITl'S RAETICUS. Grand bronze. (Cohen, n° 803.)
s EXEHCITLS NORICUS. Grand bronze. (Cohen, n" 800.)
« C'était l'opinion de Pighius, qui inspire des doutes à Orelli (n° 496) et que Mommsen combat [C. I. L, t. m, n» 5536).
54 LKS ANTONINS (90- 180).
On a vu, à j)ropos des terres DécumatesS quel était le système de drCciise dos noniaiiis ])()ur arrêter de ce colé les incursions des Barbares. Hadrien le continua en l'aniéliorant. Lorsque Spartien l)arle du voyage de ce prince dans les provinces germaines, il se contente d'écrire : « En beaucoup d'endroits où ne se trouvait l)oint de lleuve pour servir de barrière contre les Barbares, il Ibrniait une espèce de muraille avec de grands pieux enfoncés en terre et fortement liés entre eux. » Ces paroles en disent beaucoup sur la volonté de l'empereur de fortifier son empire, mais fort peu sur les moyens qu'il y employait. Nous pouvons heureusement les préciser par l'étude d'une ligne de fortifications trèsreconnaissable encore aujourd'Iiui, par les levées de terre et les débris de murailles qui subsistent, ou par les fouilles qui ont montré l'assiette des constructions disparues. Le mur des PiclcH, en Bretagne, nous apprendra ce qu'était le mur du Diable, en Germanie"; et en voyant le prétendu
Le Génie protecteur du camp*
• Au tornc IV, p. 70n.
- B;is-rclief trouvé dans les ruines du Vallum Hadriani. (C. Bruce, op. cit., p. 358.) Sur le Génie du camp, voyez Hist. des Romains, t. IV, |). .54 et n. 4.
' Le Tenft'lmauer, (|iii avait une étendue de 200 milles, reproduit les principales disjtositions du Valliim llitdriaiii; c'était un rempart en terre, sans doute palissade, et précédé d'un large fossé, inin' en pierres avec loiu's d'observation, et, en arrière, une route militaire prés de la<inell<' étaient les eanips retranchés. L'ouvrage improprement ajjpelé fossé de Trajan, dans la Dobroulclia, est fonm- de trois fossés longeant chacun une leviie de terre : le vallum le plus méridional, ou le petit fossé, a son parapet au nord et son fossé au sud, pour arrêter une atlaipie venant de ce côt(- ; le vallum scplenlrional ou fossé de pierres, dont les défenses regardent le nord ; enfin li" (p-and fossé, (pii longe; eu partie le second pour en doubler la force, et (pii le cou|ie (Ml plusieurs points. Ce dernier vallum est formé d'une l(!vée de terre comprise entre deux fossés larges et profonds, mais ini'gaux, celui du nord étant le plus grand; la crête du parajjcl en flomine le fond de 9 mètres. Le fossé de pierres était défendu par une muraille <|ui n'a probablement |>as été terminée et dont les débris ont donné sou nom à ce
IIADRIEiN (H7-ir.8). 55
fossé de Trajan dans la Dobroulcha, œuvre barbare du quatrième siècle, reproduire, avec son triple agger courant à travers une plaine immense, le système appliqué par Hadrien dans l'ile des Bretons, nous aurons le droit de dire que toutes les frontières vulnérables étaient couvertes de défenses analogues, parce que c'était une tradition de la politique romaine.
Ce fut sous les yeux mêmes du prince que les travaux du Vallum Hadriani commencèrent. Il en avait choisi l'emplacement sur l'isthme large de 100 kilomètres que la Tyne et l'Irthing, descendus d'une chaîne de hauteurs à pente abrupte vers le nord, traversent en sens contraire pour aller se perdre dans deux golfes ', où les marées de l'Océan refoulent assez loin leurs eaux. Cet isthme lui parut une excellente position défensive. Les travaux qu'il y fit exécuter^ d'une mer à l'autre furent de trois sortes.
D'abord, comme premier obstacle opposé à l'assaillant, un fossé large en moyenne de 36 pieds anglais, profond de 15, et creusé sur certains points dans les roches les plus dures, grès, calcaires ou basaltes, qu'il n'évite jamais, afin de suivre toujours la seconde ligne de défense dont il couvre les approches. Parfois cependant il disparaît sur la pente des collines abruptes, où il n'était plus nécessaire. En plaine, au contraire, et dans les positions menacées, il était protégé par un glacis ou parapet formé des matériaux que le déblai avait fournis, et dont la crête, sur certains points, domine de 20 pieds le plafond du fossé. Les terres de ce parapet, haut de 6 à 7 pieds, étaient, de distance en distance, consolidées par des chaînons de pierre.
vallum; quelques assises visibles près de Kustendjé sont larges de 2 mètres. M. l'ingénieur Michel, à qui j'emprunte ces détails, ajoute : « Nous pencherions à croire que les trois fossés dits de Trajan étaient destinés à former un système complet et unique de défense ; qu'ils ont été projetés tous ensemble,... et que l'espace compris entre le petit fossé et les deux autres aurait formé comme un vaste camp retranché, où l'on pouvait se défendre contre les incursions du nord et aussi contre une surprise venant sur les derrières des lignes. » Le grand fossé était bordé de camps retranchés dont les enceintes se voient encore; sur les liauteurs ou à mi-côte étaient des camps circulaires munis de parapets en pierres. Voy. les Travaux de défense des Romains dans la Dobroutcha, par M. Michel, Soc. des Ant. de France, 111° série, t. V, p. 215. On attribue ces travaux au comte Trajan, en 376, d'après Amm. Marcellin, XXXI viii.
* Celui de Solway à l'ouest et l'estuaire de la Tyne à l'est.
* Through rocks of sandstone, limestone and basait. (Collingwnod Bruce, the Roman Wall, p. 55, 3° édit. 1867, fort beau travail dont le duc de Norliiumborland, avec la libéralité habituelle à la noblesse d'Angleterre, a favorisé de toutes les manières la publication). A la descente des hauteurs de Carvoran à Thirlwall, le fossé a 40 pieds anglais en gueules, 14 au plafond, 10 en profondeur.
56 LES ANTONllNS (06-IPO).
En arrière de ce premier obstacle s'élevait un mur en maçonnerie dont on voit encore partout les substructions ou les restes, large (le 0 à 8 pieds, quelquefois de 10, haut de 12 à 15, et dominé par des tours de garde au nombre de quatre par mille, ce qui en donne près de trois cents pour toute la construction ; les murs de ces tourelles avaient encore 3 pieds d'épaisseur. Sur la face méridionale du rempart en pierre avaient été construits, à un mille de distance les uns des autres, quatre-vingts réduits, ou postes de garde, larges de 00 pieds, avec une porte ouvrant au sud pour le service ordinaire de la garnison, et quelquefois une autre ouvrant au nord, dans le mur même, pour les sorties et la défense du fossé. Telle
Coupe du Yallmn Hadriani^.
était l'excellence du mortier employé, que le temps n'aurait pu rien contre ces ouvrages, et qu'à cette heure tous seraient encore debout, si la main de l'homme ne les avait renversés.
Par surcroît de précaution, et afin d'arrêter des ennemis venus de l'intérieur, ou des bandes qui auraient franchi, après un coup de main heureux, les premières défenses, un autre fossé, entre deux levées de terre de hauteur inégale, protégeait par le sud l'ensemble de la fortification, de sorte que les garnisons des tours et des réduits, assaillies de front et en arrière, pouvaient faire face des deux côtés.
Entre le mur du nord et l'épaulement du sud courait une voie militaire près de laquelle étaient établis, dans les sites les plus favorables et toujours à proximité de l'eau, dix-sept camps retranchés, castra stativa, qui pouvaient se soutenir mutuellement, puisqu'ils n'étaient éloignés en moyenne les uns des autres que de 6 kilomètres. Ils étaient entourés d'un mur en pierre épais de 5 pieds et s'appuyaient à la grande muraille; quelques-uns faisaient môme saillie au delà, vers le nord. Le rempart méridional était précédé d'un chemin de ronde, de sorte que tous les mouvements de troupes se faisaient à couvert. Enfin, une voie militaire venant du sud, c'est-à-dire du point
' L'n pifiix l't tristfi souvenir sf lattadip ;i ce dessin qui a (■•1('' lail par le Prince impérial.
OÙ les légions débarquaient, fut construite ou réparée par Hadrien; près de Leicester ou a trouvé une borne miliairc avec son nom.
Ces deux fossés attenant à trois remparts, cette muraille défendue par trois cents tours et quatre-vingts réduits, ces dix-sept castra stativa mis en facile communication par une route empierrée qui.
Bagues et pierres gravées trouvées dans les ruines du mur d'Hadrien. (Bruce, p. 150, 200 et 428.)
large de 70 pieds, avait, comme les fossés, les parapets et le mur, 100 kilomètres de développement, tout cela formait une immense forteresse couvrant l'isthme entier, et telle qu'aucun peuple n'en a jamais élevé. Aussi, en voyant cette œuvre colossale accomplie sur la frontière le moins sérieusement menacée, il faudra bien que nous consentions à trouver qu'il y avait encore une rare énergie dans ces Romains de l'empire, capables de s'imposer de tels travaux pour mettre les derniers de leurs sujets à l'abri de la plus légère inquiétude. Trois légions ', aidées d'un certain nombre de cohortes auxiliaires, et
» On a trouvé le long du mur beaucoup d'inscriptions portant les noms des légions II" Au- (jusLa, VI" Yiclrix, XX" Yalcria Yidiix.
sans doute aussi par beaucoup d'indigènes, semblent avoir exécuté' rapidement cet ouvrage, qui, d'a])rès les calculs d'un Anglais, exigea près de trois millions (le journées de travail ("2 805 071); de sorte qu'en complant 25 000 travailleurs ou 250 hommes par kilomètre, il aurait pu être achevé en quatre mois'. On avait partagé tout l'espace d'une mer à l'autre entre les cohortes, et chacune avait dû creuser les fossés, élever les parapets et le mur, sur la portion de terrain qui lui était;
Pierre commémorative de la légion //» Auyusta, trouvée au pied du Vallum. (Bruce, p. 137.)
assignée', si bien qu'il y eut autant d'émulation entre les travailleurs qu'on en voyait un jour de bataille entre les combattants. Parmi ces travailleurs se Irouyaient jusqu'.à des Daces qui, sous le nom de cohorte /Elienne qii'Hadrien leur avait donné, étaient venus,. de leur lointaine patrie, aider les Romains à co.nsolider une domination qu'eux-mêmes venaient de subir'. Un eliàteau fort, Po;is yfi7ms (Newcastle), fut bâti à
• Collingw. Bnice,p.'95.' Il ne comple qiie'dix mille travailleurs et pense que; à deux' cents journées d(; travnil p;ir ail, il a fallu deux ariiiôos pour fout adiever
' Bnire (p. 4!t) explique ainsi les difféiences qui exisleiil dans la construction, le mur ayant eu certains endroits 5 pieds e( demi d'(''paisseur, en d'autres plus de 10. Pour aller ])lus vite, dos centurions faisaient leur portion de nuir plus mince. On croit voir encore sur la lacé méridionale du mur des marques qui indiquaient les diverses sections.
* On a trouvé quantité d'inscriptions lelatives à la coliors JEHa Dackorum près du Vallum. Sur le m 'lanse d'Iioinuies de tous pays dont se composait alors une armée romaine, voyez [C. I. L.,t. VII, n" il'.t.')| II' fliploine militaire extrait du d''cret par lequel Hadrien accorda,, en 124, les privilèges de Vlioncsla misùo aux vétérans de six alx et de'vingt-et-uneco/(oW(rs. ,
l'extrémité orientale du rempart, et une flottille, avec une cohorte de soldats de marine, y stationna.
Mais cette œuvre appartient-elle tout entière au successeur dcTrajan? Agricola avant lui, plus tard Septime Sévère, Théodose, môme Stilicon, n'ont-ils pas élevé le mur et le vallum du sud? D'abord ces défenses, dont toutes les parties se protègent mutuellement, révèlent un seul
Plateau d'argent trouvé dans les ruines du Yalhuii Ilatliiani^-
auteur, puisqu'elles se rattachent à un seul plan^; ensuite aucune inscription trouvée sur les lieux n'est antérieure à Hadrien, tandis que plusieurs, découvertes dans les réduits qui faisaient corps avec le mur"
* Les déesses représentées sont, de gauche à droite, Diane, Minerve, Junon. Vesta. Apollon, aux pieds de qui est la lyre, se tient debout devant un portique. (Collection du duc de Nortluiiuberland. — C. Bruce, p. 5il.)
* Le savant qui a le mieux étudié le Vallum, M. Bruce, pense que Sévère n'a fait <à ces ouvrages que des réparations. Il est <à noter que deux écrivains contemporains de Septime Sévère, les deux historiens les plus considérables de cet âge, Hérodien et Dion Cassius, qui étaient deux contemporains, ne parlent point du mur qu'il aurait élevé en Bretagne; c'est un siècle plus tard que Spartien le lui attribue.
^ C. I. L., t. VII. n- 660-665 et 835.
Chiiine d'or trouvée dans le Vallum, près de Newcastle (lînice, p. 427.)
et dans les castra statira\ portent son nom. Les monnaies conduisent à une jinreillo conchision. Dans un vase d'airain mis à jour en 1837, on a recueilli trois pièces d'or et soixante deniers, dont plusieurs à reriijii(> d'IIadrien et pas un qui lui soit postérieur. Enfin, une inscription, malliourensement très-altérée, semble un fragment de lettre
adressée par lui à des troupes établies entre les deux mers, pour les féliciter d'avoir cédé sans murmure à la nécessité qui les empêchait de porter jusqu'aux limites du monde les bornes de l'empire, et d'avoir conservé les frontières que la réj)ublique s'était données'.
On comprend que nous ne puissions donner une date aux restesd'antiquités, chaînes d'or, bagues, pierres gravées, boulets de pierre, et débris de toute sorte trouvés dans le Vallum. Les légions portaient avec elles, dans les contrées les plus sauvages, la vie romaine avec ses élégances et ses besoins. Un des plus impérieux était de posséder des thermes où l'on trouvât, à volonté, de l'eau à toutes les températures : chaude dans le caldarium, tiède dans le tcpidarium, froide dans le fricjidarium, et de l'air chaud dans les chambres voûtées de l'Iiypoeansfe
11 n'y eut de grandes fortifications que dans les provinces d'Europe, où étaient les pins dangereux ennemis, et, durant un demi-siècle, les Calédoniens, les Germains, les Sarmates, « frappés, pour parler comme Dion, d'une crainte respectueuse,» n'osèrent les franchir. En Afrique, l'Atlas et le Sahara couvraient les villes romaines dont, alors comme aujourd'hui, les nomades avaient besoin pour leur subsistance, sans vouloir s'y établir, et que, par conséquent, ils ne menaçaient point, l'ourlant, comme I(;s peuples de ces provinces et les juonfagnards de la Fvabyli(! avaient des habiludcs invétérées de brigandage, rem[)ire étal)Iit sur les roules «pi'il construisit, et à la tète des vallées où la colonisation se développa, une foide (h; postes militaires qui étonnent nos
« C. f. L, [. vu, ir 7m, 7.Î0, Vis.
- C'cbl tlu moins le sens iIoiiik' parlliibiier à ces Iragiiieiits (C. l. L., t. \II, n" 41*8).
HADRIEN (l 17-158'
officiers par leur nombre et par le choix judicieux de leur emplacement'.
En Syrie, un autre désert rendait les forteresses inutiles; et dans l'Asie Mineure, une bonne armée sous des chefs habiles, des peuples sédentaires et pacifiques, enfin l'amitié des rois habilement entretenue, donnaient toute sécurité à l'empire. Mais l'Euxin bordé de nations barbares pouvait leur livrer l'accès des provinces romaines. Poui- prévenir les attaques des pirates, une fiotte faisait la police de cette mer, et des
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R«stes d'un hypocauste ou étuve dans run des camps du Vallum. (Bruce, ibid., p. 352.)
forteresses échelonnées sur les côtes méridionales, depuis Trapézonte jusqu'à Dioscurias ou Sébastopol, dans la Colchide, contenaient les populations riveraines.
L'homme de confiance d'Hadrien dans cette région était un de ses
* Bureau de la Malle [Prov. de Constantine, p. 52) signale, sur la route de Boue à Constantiue, des traces de postes militaires de deux espèces : 1° petits postes pour vingt hommes, échelonnés tous les 1000 mètres, avec parapet de 3 à i pieds de haut en fortes pierres de taille; 2° postes plus considérables, sortes de camps retranchés espacés les uns des autres de IG kilomètres et fournissant la garnison des postes intermédiaires. Le capitaine d'état-major de Vigneral {Ruines romaines d'Algérie, 1'° partie, p. 80), qui trouve ces observations trop absolues, a d'autre part constaté, par une étude attentive, que les Romains, pour protéger les vallées qui s'étendent au pied de la Kabylie du Djurjura, ont enveloppé ces montagnes d'une zone de postes établis entre 500 et 400 mètres d'altitude; dans le cercle de Giielma seulement, il a relevé la position d'un nombre infini de ruines militaires, la plupart de répoipie byzantine, mais recouvrant des débris plus anciens.
l)liis (lignes lieutenants, Arrien de Nicomédie, qui nous a laissé d'im- })i)rlanls ouvra<;es, entre autres une circuniiiavigation de l'Euxin. Hadrien lui avait demandé cette reconnaissance du littoral pontique; le général l'elTeclua lui-même, quelcjuc j)éuil)le qu'elle fût, et le Périple n'est autre chose que son rapport, dont on ne peut toutefois déterminer la date. 11 y étudie les accidents de la côte, les ports, les fleuves navigables et ceux (pii ne le sont pas, jusqu'à la salure des eaux et à la direction des vents. 11 énumère les villes, les peuples limitrophes, les tribus de pillards qu'il promet d'exterminer, les rois qui tiennent d'Hadrien leur couronne', et qu'il affermit dans leur lidélité. A l'embouchure d'un fleuve, on lui fait voir, sans le convaincre, l'ancre du navire Argo, et il ne semble pas plus crédule au mythe de Prométhée lorsqu'on lui montre de loin la cime du Caucase où le Titan avait été enchaîné. Mais si le passé l'intéresse peu, le présent l'occupe beaucoup. Quand il rencontre un fort, il fait manœuvrer devant lui la garnison % examine tout attentivement, et sur tout envoie un mémoire que ce Grec écrit en latin |)arce qu'il s'agit d'une correspondance ofticielle. « A Apsaron, dit-il, où sont cantonnées cinq cohortes, je fis la visite des armes, du rempart, des fossés, des malades et des magasins de vivres. » Aux bouches du Phase se trouvait une autre place gardée par des soldats d'élite, protégée par un double fossé et par un mur garni de toutes les machines propres à lancer des traits ou des pierres; il en augmenta les défenses. Une troupe romaine tenait garnison à Sébastopol", ])oint extrême du monde gréco-romain, au pied du Caucase, et qui, malgré l'éloignemenf, avait reçu les bienfaits d'Hadrien, puisque le sénat et le i)eu])le l'appelaient leur bienfaiteur. Airien y continua son inspection militaire, l'cgardant à tout, sans oublier les malades. H y apprit que le roi du Bosphore Cimmérien venait de mourir, et songeant que SDH prince |)()uvait avoir quelque action à exercer de ce coté, il se rendit à PaïUicapée, capitale de l'Etat, y montra sa flotte et confirma ce p('U|)le dans l'alliancMî romaine*. Quand il rentra dans sa province,
' Voy. ci-dessus, |). 10.
- ....Tcù; TTcîIiù; .... èpav/oay.iv [Priiplr, 7i).
* Cf. C. I. L., l. m, 11° 7X2. Ilcnzcii ))('iis(î f|ne cette garnison él.iit fonriiie par l'armée de Mœsic, mais je crois (jue c'était un détachement des troupes de l'Asie Mineure, ])uiscpie le gouverneur de la Cappadoce rins|)ecte et lui porte la solde. On a un diplôme militaire délivré par Jladrien à un solilal di- la Dacic Inférieure, qui était originaire de Sébastopol. Cette ville, fidèle allié-e de l'empire, lut une des cités (pii envoyèrent au l'anliellénion une statue d'Hadrien, To* ÉMTiuv lÙESfeTr.v [C. l. G., 7)1'2). Les rois du liospliore Cimmérien mettaient toujours sur leurs nionnaii-s rimagc d(! l'eniijereur ii'guant.
* Sur riinporlance coniiuerciale de ce port, voy. I. IV, p. 84,
il avait fait le tour de cette mer, mesuré les distances, marqué les stations et fait voir à tous, amis et ennemis, que l'empire était sur ses gardes'.
Voilà ce qu'Hadrien avait voulu savoir; et comme nous avons vu, par le Vallum de Bretagne, de quelle manière il fortifiait ses frontières, nous apprenons par le Périple ce qu'il demandait à ses généraux de vigilance et d'activité. Cette démonstration faite, nous n'avons plus à chercher pourquoi le monde resta un demi-siècle en paix.
Un de ces peuples du Caucase qui devint plus tard très-redoutable causa pourtant un moment d'inquiétude. Les Alains, après de grands ravages dans la Médie et l'Arménie, menacèrent d'envahir la Cappadoce^ Deux légions furent aussitôt mises en mouvement avec leurs auxiliaires et ce que nous appellerions leur artillerie, et les Alains effrayés rentrèrent dans leurs montagnes. De ce côté, Hadrien avait d'ailleurs d'utiles alliés, les rois des Ibériens et des Albaniens. L'Ibérien Pharasmane se décida même à venir aux bords du Tibre sacrifier dans le temple de Jupiter ; et des Bactriens, qui y parurent en suj)pliants, renouvelèrent le spectacle, cher à la vanité romaine, des ambassades orientales.
Grâce à cette politique prévoyante et à ces armées formidables, la vie romaine gagnait chaque jour sur la barbarie. Le désert s'animait, depuis Damas jusqu'à Pétra, elle nomade voyait avec surprise s'élever des monuments splendides aux lieux où il avait coutume de chasser l'antilope et le chacal. Dans la haute Egypte, des centurions veillaient à l'exploitation des carrières de porphyre pour les temples de Rome et d'Athènes; dans les Carpathes, les affranchis de l'empereur dirigeaient les travaux des mines, et, en Afrique, les gorges de l'Atlas étaient garnies de postes militaires, afin qu'on pût, dans le Tell, labourer avec sécurité. Une grande partie de la vallée du Danube se faisait romaine, celle du Rhin le devenait, et, derrière les retranchements des terres Décumates, les maîtres du Walhalla germanique cherchaient à trouver place dans le Panthéon de Rome. Sur des monuments de cette région, on a lu le nom d'un compagnon d'Odin, l'Hercule Saxanm (Sachsnôt), à côté de ceux de Taraniis, le dieu cel-
* Il ne semble point qu'il ait suivi, depuis Panficapée jusqu'à Byzance, la côte du pays des Sarmates et des Thraces, littoral qui était sous la surveillance ou l'aulorilé du gouverneur de la Mœsie ; mais, pour compléter son rapport, il en donna une brève et très incomplète description.
2 Ce gouvernement était le plus vaste de l'empire, car il comprenait la Cappadoce, le Pont et la Petite Arménie.
tiqiio, clde Mithrn, la divinité orientale: témoignage de ce mélange des idées qui s'oi)éra jusqu'à la circonférence du monde romain, sous le rayonnement de la civilisation latine, tant que ce grand corps de remi)ire conserva sa virilité. Cette force pouvait-elle agir plus loin? liC génie classique, armé de toutes les élégances de la Grèce, de toute la raison de Rome, aurait-il pu porter ses institutions municipales, son droit privé, ses fières idées stoïciennes de dignité humaine, au milieu de cette barbarie vague et flottante, où la famille et la propriété étaient si faiblement constituées, où les cités étaient des cabanes éparses sur de vastes espaces, et les temples, de grands bois dont l'ombre et le silence causaient de religieuses terreurs? On n'en saurait douter, si les usurpateurs militaires, en désorganisant l'armée et les finances d'IIadrien, n'avaient d'abord dépensé, pour la guerre civile, la force et les ressources préparées contre les Barbares . si, (le plus, l'administration impériale, se substituant partout à l'action des citoyens et pénétrant jusque dans les derniers replis de ce gi-and corps de la société romaine, n'avait fini par y glacer les sources de la vie. Ce n'est pas une inexorable fatalité qui gouverne le monde et précipite les emj)ires; le règne d'IIadrien prouve que la sagesse, et une sagesse ordinaire, aurait pu tout conserver.