‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des BarbaresChapitre 20 sur 62 · VI. — RESUME · texte numérisé non relu

VI. — RESUME

Tous les droits qui viennent d'être expliqués, sauf la dominica potestas, institution commune au jus civile et au jus gentium, étaient dcî

' Pour les Mimera, voyez le cliapitre suivant.

- Uig., L, G, 5, § II, confirmé par trois lois de Constantin, au Code, XI, 67, 1-3.

'• Un rescrit de Marc-Aurèle et Commode (Dig. XXX, 112) porte si quis inquilinox sine prœ~ (Icis quitus adhœrcnl legavcril, inulile est legalum. II se peut bien que l'inquiliims de ce texte soit un servus, mais le jour où Tesclave put être fixé au sol doit avoir été bien proche de celui où le colon y fut attaché. Ulpien, au commencement du troisième siècle, les confond à cet égard : si quis inquilinum vcl colonum non fueril professus.... (Dig.,L,15, 4, § 9); et si les colons dusallus Burunitunus, dont quelques-uns sont morts sous le bâton, ne se sont pas tous enfuis, c'est qu'ils ne le pouvaient pas. Une loi de ïliéodose (Code, XI, 51, 1) dit: Coloni.... oriqiiiaiiu me Icneanlur et licet couclitione vidcantur ingenui, servi tamen tcrrœ ipsius, oui nati sunl, ejcislimentur. , * Eumène, Pan. Yet., IV, 9.

" De Gubern. Dei, V, 8, 9.

5'>8 1/EMlMUE ET LA SOCIÉTI'] ROMAINE.

droits piiromont romains. Mais les législations locales se rapprochaient sans cesse des lois de la cité mère, et l'on a vn' qne déjà le peuple romain formait les trois quarts de la population de l'empire, dont il formera bientôt la totalité : de sorte que, tout en paraissant nous occuper des seuls Romains, nous avons, en réalité, montré l'organisation domcsti(iue du ])lus gi-and nombre des provinciaux. 11 sera donc légitime de tirer de cette élude particulière une conclusion générale.

Kt d'abord on a pu constater un progrès continu dans le sens de l'équité et du droit naturel. La Ibrte organisation de la famille romaine subsiste; le père y maintient l'unité du culte, du patrimoine et des volontés; il est encore prêtre, administrateur et juge, maître obéi de son fils, de sa femme, de ses esclaves, de ses colons, de ceux qu'il tient m mancipio, et patron respecté de ses affranchis ^ Cependant il a perdu une jiartie de ses anciens droits, et la condition de tous ceux qui vivent autour de lui est devenue jjIus douce, même celle de l'esclave. Mais, en faisant entrer dans la famille plus de justice et un peu de liberté, les empereurs n'en ont pas détruit le caractère primitif, et cette liberté discrète, qui est venue s'asseoir au foyer domestique, y reste déférente <'t respectueuse envers l'autorité paternelle. On objectera les mœurs (pie montrent Apulée, Juvénal et Pétrone : nous répondrons plus loin à cette question; en attendant, il faut bien admettre qu'avec de pareilles lois la maison paternelle devait, dans un grand nombre de familles, garder une sévère ordonnance qui laissait son empreinte sur les esprits, et l'on en conclura que des parents si disciplinés ne pouvaient pas faire des citoyens turbulents.

La famille explique d'avance la cité, comme la fortune de la cité, aux premiers siècles de l'empire, nous fera comprendre celle de l'Etat à la même époque.

Autre ressemblance : la puissance publique a déjà pénétré dans la famille au nom de l'équité, de même qu'elle pénétrera dans la cité au nom d'une justice meilleure. Héritier des censeurs républicains, le prince ou le sénat, son instrument, diminue les droits du père et de l'époux; il réprime l'exhérédation injuste et punit lui-même l'adultère^ ;

' Voy.. ri-flf!ssris, p. 2ôG et n. 1.

- Tacite prouve qu'il sii!)sistait dans la famille beaucoup de rancienne autorité paternelle, et Gains (f, \\2-T>] parle encore lie I;i manus dans les iiiaiiaf,'^es par confavrealio et par coempUo.

'• Lex fuit.... lit (l'hillerum non adullrra dcprehcnsum marilo licerelocrideir. Jl.vc lex aholila eal letjc Julia qwe jmsil aduUcrii cotjnUiunem adjudices referri. (Scliol. ad lloratii Sut., Il, vu, 03.)

il cherche à restreindre les divorces* et assure des récompenses aux vertus conjugales. Eu un mot, le juge public tend à se substituer au juge domestique", ainsi que, dans la cité, l'agent du prince remplacera peu à peu les magistrats municipaux. Ces envahissements de la puissance publique, tout profitables qu'ils soient pour l'heure aux intéressés, annoncent l'approche des temps où nulle liberté, nul droit, ne subsistera en face du souverain maître, l'État.

La famille n'est pas seule à se modifier; l'ordre économique change, et le monde du travail se transforme. Nous ne sommes pas encore «irrivés au temps où les corporations industrielles seront rendues héréditaires; mais, dans la hiérarchie sociale, beaucoup d'ingénus descendent, beaucoup d'esclaves montent, et ils se rencontrent à michemin de la servitude à la liberté : déchéance pour les uns, progrès pour les autres. Et comme l'avenir est toujours en germe dans le présent, même un avenir lointain, c'est au sein de cette grande société romaine, où le citoyen avait eu tant d'orgueil et l'esclave tant de misères, que se préparait la formation de la classe innombrable des serfs du moyen âge dont la condition sera moins malheureuse que ne l'avait été celle des victimes de l'ancienne servitude.

' Divorliis motlum imposuit (Suétone, Ocl., 54). - Voy., ci-dessus, p. 249-250, el p. 275, 279-282.

PIETAS, sous les trails de Livie (Grand bronze.)

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