‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des BarbaresChapitre 23 sur 62 · V. — ift · texte numérisé non relu

V. — ift

croyaient que le dumiiviial, en les signalant an prince, les ferait jiarvenir anx lionnenrs de Home et aux commandements dans Fem- ])irc. Par ce côlé, les Ibnclions mnnicipalcs élaicnt le stage nécessaire des grandes ami)ilions provinciales, car la j)ratiqne des institniions de cilé préparait à la pratique des institutions d'Etat; et, comme beaucoup de provinciaux avaient 1(> droit de cité romaine, nul obstacle provenant de leur condition n'arrêta ceux que d'heureuses circonslances mirent sur la route des dignités de l'empire, tant que l'accès des hantes charges resta ouvert aux i)lus habiles'.

• Be.iucoiip d"inspri|)lions inonli'ciit des individus passaiil du scrvico immicipal au service; ûc l'Élal. Le jus adijiiaceiuluriim in iirbc hoiionim n'avait pas suivi, ])our les i)euples hors d'Ilalie. la concession (lu^'^.s- ciiùlalis. A parlir de Claude une autre politique prévalut (Tacite, .4///!., \I, '2ô-i). Cependant les Égyptiens n'arrivèrent point au sénat avant le Iroisiènie sièck\ — La loi de Gcuetiva, en son article loi, interdit absolument d'accorder une réuuniération aux magistrats et aux décurions eu fonctions, ou de leur élever une, statue aux Irais de la Aille.

* Ce siège d'honneur, enrichi (te cisehu'es, est très-haut sur pieds. Un escabeau en marbre servait à y mouler. (Monaco, le Musrc nul. de Napics, \A. Il'.t.)

biselliuin en bruuzc, Iruusù au lliéàlre d llcrcLduimiii. (Muiféo du >yples-.)

III. — CARACTÈr.f; ARISTOCRATIQUE DE LA CITÉ ROMAINE; RELATION DES CITOYENS ENTRE KLX.

Justinien avait bien le sens des anciennes inslitntions lorsqu'il écrivait dans nne de ses Novelles : « Ceux qui ont, autrefois constitué notre république ont jugé nécessaire de réunir dans chaque cité les notables, viri itobilcs, en un corjis qui gérât les affaires publiques <t fît tout avec ordre. » Cette organisation aristocratique, qui datait <les plus anciens temps de Rome, fut fortifiée dans les cités provinciales par diverses coutumes: la gratuité des fonctions, les charges onéreuses qu'elles imposaient, et les terribles responsabilités qui pouvaient être encourues dans

l'exercice des magistratures. ,.^^;^^r^:^^^^^irx^tJ^^fi<^r.:r^

Les intérêts municipaux qui, en France, sont garantis par la tutelle administrative, l'étaient dans l'empire romain par la responsabilité financière des magistrats, laquelle eût été illusoire si des pauvres avaient pu arriver au duumvirat. Le sénat municipal ne s'ouvrit donc qu'aux

i-iri nnbiles : noblesse de sang et d'argent qui siégeait héréditairement à la curie, tant qu'elle gardait sa fortune, ou, au moins, le cens exigé pour le décurionat. A Pruse, l'aïeul, le père de Dion, et Dion lui-même, exercèrent successivement les plus hautes fonctions'; avec 400 000 sesterces, ils auraient eu le droit de prétendre à être inscrits, dans Rome même, parmi les juges des cinq décuries\ Enfin, comme cette société avait pour principales institutions civiles l'esclavage et la clientèle, elle ne tenait pas à l'égalité et elle aimait la distinction des rangs. Ainsi, pour l'inscription sur Valbum,

Album '

' A défaut d'album sénatorial, nous donnons celui des affiches de Pompéi. d'après Mazois, qui a dessiné le monument et les inscriptions avant qu'ils fussent en mauvais état. (.Mazois, Ruines de Pompéi, pi. 1 de la il" partie, pi. 1 et 28 de la 111° partie.)

- De Bréquigny, Vie de Dion.

'• Or.-IIenzen. n° 64G7.

on c!;il)li.ss;Ht une véritable hiérarchie. Imi tète, les Itonorati, qui avaient exercé des fonctions dans la cité et la province* ou joui des honneurs de Rome, et les patrons de la cité^; puis ceux qui avaient j',éré des charges dans la ville'. L'âge, le mariage, le nombre des «•niants, celui des sulTrages obtenus, faisaient g^agner des rangs; pour le reste, le sort décidait. Une inscription nous a conservé les noms inscrits sur Valbiini de Canusium rédigé en '225; avec ce document, nous |)énétrons dans la curie, et nous pouriions assister à une séance d'un sénat municipal, comme les lois de Salpensa et de Malaga nous ont fait assister sur la place publique à des comices d'élection. Plus de cent vingt décurions y sont réunis'. Yoici d'abord, à la place d'honneur, les sièges des jiatrons, trop grands personnages ])our qu'ils consentent à siéger souvent. A la suite viennent les anciens magistrats portant le titre dérivé du nom de la plus haute fonction qu'ils aient remplie : sei)t quin(|uennalic(^s ayant géré la censure, quatre agrégés aux (piinqnennalices ', vingt-neuf duumviralices, dix-neuf édilices, neuf questorices, ])uis trente-deux y>('(/a/i/ ou décurions n'ayant encore rempli aucune charge. Derrière eux, vingt-cinq prxtextoti écoulent les orateurs; ils ap[)rennent à connaître les intérêts de la cité, les règles du droit et la manière de conduire les affaires publiques". Les délibérations ne sont j)as tumultueuses, car on a le resjtect de l'àgc et de la condition : chacun parle et vote à son rang,

' Les personnages rnii avaient élé revêdis du sacerdoce provincial au temple de Rome cl d'Augusle, sacerdotales, formaient un ordic à pari, souvent cité en Afi'iqne (L. Renier, Iiiscr. il'AUj., 11°' 1440, 1528, 1718, 1851). De même, les Asiarques en Asie.

- lin .'21 se continuait encore l'usage ])our les villes de se donner un palron puissant : (jiiod Faiislianeiiscs palronum cooplaiciil, cinii librris poslrrisfjue ejus sibi lihcris jiosicvisque siiia iessoani Iwspilalem citm co [n-evunl, iili se iii fulcm (/((juc cliciilclam rcl auam vel posleivniiii stiorwn rcciperel.... (Or., ii" 1070).

^ Scribanlur eo ordinc quo quisqiie roriim maximo lioiiorc in iiiimicipio funchis esf : pida qui (hntinvirolum (jesseruni, si hic lionor prn'cellni (IJlpien, au I)ig., L, 5, frafjm. i et 2).

* Sur la lisle on trouve cent saixante-([ualre noms, mais les trente-neuf palrons, personnages considéraliles (trente et un st'uateurs, huit clievaliers romains), étaient pres([ue toujours absents, et vingt-cinq pnetextali ne volaient pas, de sorte (jue le nombre des décurions actifs était de cent. Mais fous portaient ce litre. Voy. Mommsen, Inscr. Ncapol., 025. M. Masr|neray a découvert (décembre 1875) un autre album, celui de Tliamugas.

"' Mlecli inler quinqiiouudicios.

" D'apivs le Code Tliéodosien (XII, 1, 4), ceux qui avaient exercé des magistratures étaient assis, les autres debout, ('.a classement existait encore^ dans la seconde moitié du cint|uième siècle (cf. Sid. Apollinaire, Episl., I, 6). M. Ileuzey a trouvé en Macédoine des inscriptions qui inonlrenl des enfants de cinq et six ans dt-jà membres de la (;urie (Mission en Macédoine, j). 140); même chose à Lyon [Inscr. de Lyon) et ailleurs. Ces nominations avaient été des témoignages de reconnaissance ])our le père, ou un choix intéressé, en vue d'obtenir de la famille quelque grosse libéralité.

d'après l'ordre d'inscription an tableau. Ainsi l'expérience a le pas sur riiinorance, la sagesse sur la témérité.

Cet ordre était dérangé dans une seule circonstance. Si un décurion en accusait un autre d'indiguité et obtenait contre lui un jugement de condamnation, il prenait sa place '. C'était un moyen de contraindre cbaque membre de la curie à se surveiller soi-même.

Tout \(i monde tient tellement à ces distinctions, qu'elles sont conservées sur les tombeaux; on y énumère les charges remplies, les grades obtenus. Quand l'usage de rémunérer les fonctionnaires se généralisa, on ajouta même dans les inscriptions, pour faire honneur au mort, le chiffre du traitement au titre de la fonction. Une future impératrice, Julie Soemias, rappelle ainsi que son époux a été successivement procurateur centenaire, ducénaire et trécénaire, c'est-à-dire qu'il recevait par an 100, 200, 500 000 sesterces ^ Lors donc qu'on ne pouvait, pour se distinguer de la foule, faire montre de sa naissance ou de sa fortune, on évaluait son mérite à la somme que l'on avait coûtée à l'Etat. Cette hiérarchie était observée dans les festins publics et jusque dans les distributions d'argent ; chacun recevait une portion de vivres et un nombre d'as' proportionnel à son rang; des magistrats se vantent d'être des hommes à une part et demie, même à double part\ On dirait déjà le peuple gras et le peuple maigre de Florence.

Une société où la fortune était en si grand honneur Renier

. . . , . , de distribution î>.

devait faire une place a qui savait s enrichir, même à ceux que leur condition destinait à rester dans les bas-fonds. Le mot libcitiuas opes^ était passé en proverbe, et Narcisse, Pallas, Crispinus, mille autres, l'avaient justifié. On comprend cette for-

' C'étail (lu inoins la loi à Genetiva Julia, cliap. cxxiv.

* Orelli, n^OiG.

^ .V RndJEe, une distribution d'argent vaut 20 sesterces à chaque décurion, 12 à chaque augusfal, etc. (Orelli, n° 5858); à Lyon, un summus curator civ. rom. prov. Luxjd. donne, oh honoiem perpelui pontif. : aux décurions, la deniers; aux membres de l'ordre équestre, aux sévirs augustaux et aux négociants en vins, 15 deniers; à toutes les corporations autorisées, licite coeunlibus, 12 deniers. Orelli, n" 4020 et pnssim, beaucoup d'autres semblables.

* Or.-llenzen, n"'6086, 7181, 7199 .... oh duplum spoiiuluin collatam sibi.... et mocjistri sesquiplares. Cet usage existait dans l'armée à titre de récompense d'honneur.... oh viiiuteni (Vanon, de Ling. Lai., V, 90).

' EX. A. P. (Ex anjento publico). Victoire dans un quadrige. Hevers d'un denier de la gens Julia.

^ Martial, Épigr.. V. 1,5.

1 11110 : anciens esclaves, les affranchis avaient l'habitude du travail chez un peuple qui travaillait peu, et ils n'étaient arrêtés par aucun ])réju|ié, au milieu de gens qui en avaient beaucoup. Arrivés à la liberté, (jiielqiiefois par leurs vices, souvent aussi par leur intelligence, ils savaient se faire jour à travers la foule, comme ils s'étaient fait jour à travers la servitude. Par la tache de leur naissance, ils étaient au-dessous du pins |)auvre des hommes libres; par la vertu de l'or, ils s'élevaient au-dessus du noble qui n'avait pour vivre que la gloire <le ses aïeux. Tacite nous les montre remj)lissant, à Rome même, les tribus et les décuries. Dans les |)rovinces latines, ils avaient envahi le sacerdoce très-populaire des augustaux, dont les chefs annuels S .sévirs, choisis par les décurions, devinrent, à leur sortie de charge, membres à vie d'un collège qui forma comme un ordre intermédiaire entre le sénat et les simples poxsnsorri;^ : à Lyon, les sévirs étaient honorés à l'égal des chevaliers de la ville''. Dans ce collège entraient beaucoup d'affranchis qui, ne pouvant, malgré leurs richesses, arriver aux honneurs municipaux, se rejetaient sur ce sacerdoce* : Trimal- €ion était sévir augustal. Aussi était-ce encore une place qui s'achetait ^ Quelques-uns se vantent (huis leurs inscriptions de l'avoir obtenue sans bourse délier, gratis fadm\ et ils avaient raison, cette dispense avait été pour eux une distinction éclatante.

Les premiers augustaux sacrifiaient en l'honneur de la gem Julia; 4lcs claudiales, des flarAales, etc., formèrent ensuite des collèges,

« Un sévir mar(|no dans son inscription qu'il l'a été deux fois. (Orelli, ii''5!)21.) 11 ne faut |)as confondre les seviri Auyustales des provinces avec les sodales AïKjuslales de Home, collège insliiné par Tibère et rompostî des plus grands personnafjes de l'Klal, ni avec les associalions (|ui s'étaient formées, in modum colley ioni m (Tacite, Aiin.,], 75), dans la capitale poiu" lionorer le nouveau dieu.

- A raison de leurs fonctions religieuses, les augustaux se tenaient assez près des décurions pour que la politesse les confondit quelquefois avec eux. Ainsi, en 140, un affranchi de Dninilia offre 10 000 sesterces ordini decurionum et sevirum Auguslalium, et obtient ut ex redihi l'jux pccunbv, III idus febr. natale D., prœsentibux decurionihus et seviris discumbentibus in pubtico œqnis porlionibus fieiei divisio.... (Orelli, n°' 775, 5'.)39 et pnssim).

5 Orelli, n" i0'20. A Narbonne, le sacerdoce d'Auguste, établi dès l'an H de notre ère, fut composé de trois chevaliers et de trois affranchis. Un armateur de l'ouzzoles était sévir augustale dans cette ville et à Lyon (Inscr. de Lyon, n° 5r)8; cf. ibid., n" IO(i).

* Orelli, n"3îll4 : .... omnibus honuribiis qnox libnlini (jercrc potuenint lionoratus. Celte inscription et d'antres montrent (pie le sévir Aniinstali.s, le prinius et pcrpeluus, devaient ce litre à un décret des dé'cni'ions, et (pi'ils ne pouvaient eux-mêmes arrivei' au décurionat.

' C. I. L., t. II, 100. Klle finit même, connrie les autres, par devenir héréditaire. (Cf. Marquardt, Handb., I, p. hlti.)

•■' Orelli, n" .3020. La corporation avait une caisse, arca, pour recevoir les libéralités des nouveaux associés ou de ses membres (ibid., n"' 5915, 7110 et 73.j"j); mais il semble qu'une autorisation fût nécessaire.

tantôt distincts, tantôt réunis à celui des augustaux ; et tous, prêtres des dieux nationaux, mais aussi des Augustes et de la majesté impériale, consacraient par le culte l'apothéose que le sénat avait décrétée. Pour cette institution, comme pour beaucoup d'autres, il faut renoncer à l'espoir de trouver une règle uniforme, qui n'était alors ni dans les habitudes du gouvernement ni dans celles des cités. Le fait général reste hors de doute, et cela seul importe à l'histoire politique.

Une coutume plus significative était le partage des citoyens en deux catégories; je ne parle plus des hommes libres et des esclaves, mais des honestiores et des Immiliores, ou, comme on dira au moyeu âge, des nobles et des vilains. Ainsi les uns ne pouvaient être battus de verges', mis en croix, attachés sur un bûcher ou jetés aux bêtes; et, en cas de condamnation, ces peines atroces étaient le lot ordinaire du pauvre diable qui n'avait pas su sortir de son hundjle coudilioii. Autrefois la lex Porcia protégeait le citoyen, quelle que fût sa condition de fortune, contre les verges et les supplices réservés à l'étranger. Quand le droit de cité eut été donné à la majeure partie des habitants de l'empire et que le peregrinus tendit à disparaître, le pauvre citoyen prit sa place : révolution lente qui ne fut achevée qu'au troisième siècle. Alors les honnêtes gens et les hommes de rien, placés par la loi politique et par la loi pénale dans des conditions différentes, formèrent deux peuples distincts dont il est diflicile de tracer la commune limite : car, dans cette société, la terre et l'homme n'avaient pas i'0''?«~o» (^^'^p'-^'^ ^^ ^"'n''*-' J" v.iicanj. été marqués, comme il arriva plus tard,

-(.l'un signe indélébile. A coup sûr, on peut mettre aux deux extrémités, d'une part, les décurions, les magistrats, ceux qui, ayant obtenu les honneurs de la cité, en formaient le sénat; de l'autre, avec les repris de justice, les colons, aïeux des serfs du moyen âge, les artisans, les journaliers, les petits marchands, que Cicéron appelait

* Fuslibns aedi soient teimiores liomines, honcsliores vero.... non snbjicUmlur. Voyez, à ce sujet, mon mémoire sur les honestiores et les Immiliores.

déjà la lie dos cilés', cl tous ceux qui exerçaient un métier réputé iulanianl; ou les appelai' les plebeii ou les tcnuinres. Dans la première catégorie, ou a encore le droit de placer les membres de la cor- ])oration des augustaux, les possessorex ou propriétaires fonciers, qui, ])lus tard, seront appelés, dans certains cas, à délibérer avec les décurions; les vétérans qui avaient obtenu Vhoncsta mmio; les professeurs et les médecins \

Ces tenuiorcs étaient fort nombreux. L'Étaten employait beaucoup, concurremment avec des affranchis l-T^,CJ^ ' 1 et des esclaves, i)our le service des

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m^-'ij','.'.'":. " .j^:.^ ,.„ .^ temples, des magistrats et des tra-

Charpenlier (dapi-ès un tombeau giillo-iomain). vaUX publics. La misèrC égalisant

les conditions et les sentiments , des ingénus disi)utcrent aux esclaves les plus infimes moyens de vivre. Ils multiplièrent les boutiques dans les rues, sur les j)laces, et ils

exercèrent, en des bouges infects, mille industries que les riches, autrefois, imposaient à leurs esclaves : dans la maison, jiour les besoins domestiques; au dehors, pour louer leurs bras, leur intelligence, ou vendie les produits de leur travail. 11 y avait toujours eu des artisans à Rome; il y en eut bien davantage, quand la tunique brillante de l'esclave fit honte à la toge trop souvent rapiécée du citoyen. A celui-ci plus de métier qui lui parût indigne, fallût-il monter sur les planches comme histrion, descendre dans l'arène comme gladiateur, se faire pourvoyeur de débauches, ou vivre des charités souvent insolentes que recevaient le parasite et le client. Km résumé : lorsque, laissant de côté l'histoire politique, qui ne

Maçon. (Coloiuic Tnijanc.)

' Opifices el tabemarios, alquc illam omncin fœcem civUalum {pro Flacco, etc.). » Les proressenrs élaiciil nornim-s par la curif, cl les inûdccins reoovaiont d'elle une permission d'exercer, qui était toujours révocahle. (Modeslinus, au Dig., XXVH, 1, 6, § G.)

montre souvent que la surface des choses, on descend dans la vie intime du monde romain, on trouve une société où les rangs étaient multipliés autant qu'ils le furent jamais dans aucune autre. A la base, l'esclave et la plèbe {liumiliores) ; au-dessus, l'iiommc libre ayant une propriété foncière {possessor) ; puis une double aristocratie -d'honneur et d'argent. La première, commençant au provincial qui avait obtenu la cité romaine, finissait aux personnages consulaires et au patriciat que les empereurs renouvelaient incessamment, comme les rois d'Angleterre ont soin de tenir leur noblesse au complet, en relevant tous les titres qui tombent. La seconde s'échelonnait selon la fortune : 100 000 sesterces, dans les cités importantes, permettaient d'aspirer au décurionat ; 200 000 classaient, à Rome, parmi les ducénaires; 400 000 faisaient monter, par tout l'empire, au rang de chevalier; 1200 000 ouvraient l'accès du sénat. Ainsi la noblesse d'argent était à côté de la noblesse de race, et les deux forces de conservation que constituent le sang et la richesse concouraient à maintenir tout à la fois l'ordre et le mouvement au sein de cette immense société, où il n'y avait cependant pour personne d'infranchissable barrière. Yoilà le secret de cette « paix romaine » que les écrivains des deux premiers siècles célèbrent avec enthousiasme.

Ce partage en deux classes de citoyens aurait pu devenir l'occasion de troubles dans la cité, si diverses coutumes n'avaient rapproché ceux que séparaient les lois politiques et pénales. Ces coutumes provenaient de deux causes. La première se trouvait dans l'organisation de la famille romaine, où les serviteurs, esclaves et affranchis, étaient considérés comme faisant partie de la maison, de sorte que les obligations du patronage imposaient aux riches le rôle de protecteurs d'un grand nombre de pauvres. La seconde était dans l'idée confuse, mais vivace, d'une sorte de fraternité existant à l'origine entre tous les habitants du municipe, et de la protection qu'aux ajiciens jours les faibles étaient venus chercher auprès des forts. Cette idée, qui avait son expression dans la clientèle et dans l'antique institution des liturgies ou mimera, empêcha toujours l'aristocratie des cités provinciales d'être aussi insolente et aussi impopulaire qu'elle l'a été en d'autres pays. Les munera étaient le devoir accepté par les citoyens riches de veiller sur une foule de services publics et de contribuer à la dépense qu'ils entraînaient : ainsi un curalor liidorum complétait la somme insuffisante inscrite par la ville à son budget pour la célébration d'une fête religieuse ou de jeux publics;

59i L'EMPIRE ET LA SOCIÉTÉ ROMAINE.

1111 aiilre se cliargcail de cliauffei' les bains ou de réparer le- pavé d'une rue. Aujourd'iiui, les dépenses municipales sont au compte de tout le monde; dans la cité romaine, elles étaient, pour la bonne pari, au comple des riches. Ce sont eux qui ont élevé les ponts encore existants de Mérida et d'Alcantara, les aqueducs de Ségovie et du Gard, et ces temples, ces anii)liithéàtres, dont nous rencontrons partout les ruines. En voyant l'aristocratie payer ses privilèges par des sacrilices de temps et d'argent dont eux-mêmes profitaient, les pauvres n'avaient pour elle ni haine ni colère. A titre de clients, ils ressentaient pins directement encore les effets de ces libéralités, et, comme ce lien qui rattachait les petits aux grands était volontaire, il ne blessait personne. On vient de dire que les riches des provinces suivaient l'exemple des enijiereurs, qui couvraient Rome de somptueuses constructions. Les bons j)rinces leur en donnaient le conseil : nous avons perdu un discours de Nerva les engageant à la munificence'; et, pour que les villes ne fussent pas trompées dans leurs espérances, comme l'étaient souvent les captateurs de testament, Trajan établit que toute j)romesse faite à une cité serait exécutoire pour celui qui avait promis ou pour son héritier. 11 ne voulait pas qu'on i)ùt jouer avec le patriotisme municipal et que la vanité d'un avare exploitât la crédulité d'une curie".

A Ilerculanum, Manimianus Rufus avait fait construire le théâtre; Nonius Balbus, la basilique. On connaît les prodigieuses libéralités d'IIérode Atticus à Athènes : |)()ni' son stade, il avait épuisé les carrières de inarbre du Peiitéli(|U(', et la liste de ses débiteurs comprenait à |)eu près toute la ville. Son histoire nous donne un autre renseignement : elle mon lie que quelques-uns des grands, dans la nouvelle noblesse, ne dédaignaient pas, malgré le décret de Marc Âurèle, i\ii vivre dans leurs cités provinciales; bien qu'llérode fût sénateur et consulaire, il ne (piitta guère Athènes. Plutarque aussi, après un long séjour à Rome, retourna dans sa petite ville de Ché-

' Pliiip, Episl., X, 24 : .... omnes cives ad mvnificenlimn.

- Sur la cnpncité pour les villes de recevoir des legs et donations, voy. Hisl. des Romains, t. IV, p. 7!ti. Malgré le rescrit d'Hadrien, (|nel(|ues difficullés s'élevaient parfois entre les liérilicrs du donateur et la cité légataire; Antoiiin les supprima en prescrivant qu'à l'avenir ia volonté des décurions serait regardée comme la volonté même de cette personne juridi(|uc que la cité constituait, (f.aïus, Comm., II, 195.) Avant cette nouvelle législation, les villes pouvaient déjà, avec l'autorisation du sénat ou du prince, accepter un legs. (Cf. Suétone, Tib., ">!.) llpien énumère (au Digesle, XXXVIl, 1, 3, 4) les corps qui peuvent posséder : municipia, socielales, deciirix corpora.

ronce; Martial fit de même avec moins de philosophie, et les provinces gagnaient à reconqnérir quelques-unes des célébrités de Rome. Quand la caisse municipale était vide et les donations insuffisantes, la ville ouvrait une souscription publique, et donnait hypolliè(jue aux prêteurs sur ses murs, ses portiques et ses temples ou sur une

Nonius Balbiis, le père'.

branche de ses revenus. Cnide, voulant élever un portique à Apollon, procède ainsi : elle promet de graver sur le monument le nom de ceux qui ne demanderont pas l'intérêt de leur argent; aux autres, elle offre pour garantie de leur revenu l'impôt du cinquantième

• Statue équestre en marbre trouvée en JT.'ÎO à Herculanum, entre le lliéàlre et la basilique, ainsi que plusieurs autres statues des membres de la famille Balbus, bienfaitrice de la ville. La tète de Balbus à cheval a élé restaurée par Canardi d'après la statue représentant le même persomiage en toge. (Voy. tome III, page 752.)

(l'octroi) et le produit du greffe des serments, où étaient enregistrés les contrats de vente entre particuliers'.

Mais insistons sur ce coté des inteurs municipales dont nous sommes nialluMireusement si loin. Ummidia Ouadratilla construit à Casinum un anipliilliéàlrc et un temple^; Sccundus, à Bordeaux, un aqueduc qui lui roule "2 millions de sesterces^ Un des héros de Lucien, Peregrinus, abandoiin(> de son vivant tout son bien, 50 talents, à sa ville natale. Crinas, de Marseille, emploie 10 millions de sesterces à rebâtir les murs de la cité j)liocéenne; les deux frères Stertinius, bien davantage à décorer Xaples, leur patrie, d'édifices publics*; un Iliéron donna jusqu'à 2000 talents (i)lus de l!2 millions de francs) à Laodicée, sa ville natale ^ Pline le Jeune dépensa moins à Côme : 11 100 000 sesterces; mais (|U(dl(» n'est pas sa préoccupation pour l'embellir de monuments, i)our l'honorer par des fondations utiles, pour en faire une cité heureuse et reimmmée entre toutes! « Pour elle, dit-il, j'ai un cœur de fils ou de père^ » — « 11 faut donner à sa patrie, » dit-il encore'; et il encourage ses amis, ses proches, à imiter ses largesses. Il fonda à Côme une bibliothèque, une école, un établissement de charité (jui fournit des aliments aux enfants pauvres*. Hors des murs, il bâtit un temple de Cérès et de spacieuses galeries pour abriter les marchands venus à la foire qui se tenait pendant la fête de la déesse. Un de ses amis fit cadeau de 400 000 sesterces; son aïeul avait construit un somptueux portique et fourni l'argent nécessaire à l'ornementation des portes murales.

Remarquez que ces libéralités en faveur d'une seule ville, nous les connaissons par le hasard de quelques lettres échappées à l'oubli ; qu'elles se firent dans l'espace d'un très-petit nombre d'années, en

' liitllcliii de concsp. hcllén., 1880, p. Ô4I. M. Dareste, l'auteur du commcnlaire sur ceito inscription, fait riMiiarqui-r que, en droit grec et en droit romain, l'IiypoOièque s'appliquait aux meubles, comme aux immeubles.

* Orelli, n°781.

^ Revue àpujr. du Midi de la France, p. il'.).

* Mine, Hisl. nat., XXIX, 8. Un d'eux était ce médecin Stertinius qui, après avoir fait doui)ler le trailemant ordinaire du médecin de l'empereur, 250 000 sesterces, prétendait qu'il y perdait encore, sa clientèle lui en rapportant 000 000; un autre exigea pour une cure 200 000 sesterces; un troisième en gagna, en quelques années, 10 inillious. On peut compter les sesterces de ce temps à 1 7 ou 18 centimes.

» Slrabon, XIII, i)lH.

® Rex jmblic/i noulra pro (ilia vel parente (IV, 13). ■ 1\, ÔO.

" llfuzen, p. 12i. La correspondance de Pline contient six lettres où il mentionne ses donations à des particuliers.

LA citl;.

quelque sorte par une seule famille, et toutes du vivant des donateurs : ce qui permet d'en supposer bien d'autres. Elles marquent un des traits caractéristiques de la vie municipale dans l'empire romain; les inscriptions fourniraient une multitude d'exemples analogues, même en des lieux qui sont redevenus d'impraticables déserts.

Palmyre : Portique de la colonnade.

A Palmyre, par exemple, les longs portiques qui bordent les principales rues avaient été bâtis par des particuliers qui, souvent, recevaient l'honneur d'une statue décernée de leur vivant par le sénat et le peuple ^ Plus tard l'autorisation du prince sera nécessaire pour les travaux exécutés aux frais des municipes; elle ne l'était pas pour

* Cf. de Vogué, Inscr. sémitiques, n°' 8, 9, 10, 11, etc. Quelques-unes de ces inscriptions énumèrent les ornements en bronze et les enduits dont les colonnes et les architraves étaient revêtus : l'architecture polychrome dWthénes transportée dans le désert!

les monuments élevés par les particuliers '. Cette dispense de formalités longues et tracassières était un encouragement aux libéralités, (pii souvent se continuaient durant plusieurs générations. Un consul de Trajan avait donné 5 300 000 sesterces à Tarquinies; son fils augmenta la somme pour agrandir et achever les thermes commencés*. En outre, on tenait à intéresser la foule à ses joies comme à ses douleurs, et il n'y avait point de solennité au sein d'une famille riche qui ne fût célébrée par une gratification au peui)le, par un festin public ou des jeux. « Ceux qui prennent la robe virile, dit Pline, qui se marient, entrent en exercice d'une charge, ou consacrent quelque ouvrage public, ont riiabilude d'inviter à la fête tout le sénat de la ville, même beaucoup de gens du bas peuple, et de leur donner à chacun un ou deux deniers \ » Les Romains de l'empire, même des sénateurs db Rome, n'avaient aucune honte à tendre la main, fût-ce pour le plus mince profit. Un riclie particulier ayant imposé à son héritier l'obligation de donner annuellement aux pères conscrits* une certaine somme, Domitien cassa le testament. Les sénateurs trouvèrent certainement que le prince prenait beaucoup trop souci de leur dignité. Il les en dédommagea. Un jour, au théâtre, comme les jetons de lolerie qu'il lançait au milieu de l'assistance étaient tous tombés sur les troisièmes gradins, ceux du peuple, il fit jeter le lendemain cinquante lots sur les bancs du sénat ^ Ces habitudes de libéralité existaient dans tout le monde romain. A Oea, en Afrique, une veuve distribue, le jour où son fils prend la robe virile, 50 000 seslerces; le lendemain, elle contracte une seconde union, et, pour n'avoir pas à recommencer une générosité onéreuse, elle va se marier loin d'Oea" : preuve que la coutume eût imposé, malgré le don de la veille, une nouvelle gratification, si la veuve eût fait ses noces dans la ville.

* Dig., L, 10, 5, § I. Ce fragment est de Macer, jurisconsulte du troisième siècle. Si Pline consulte à chaque instant Trajan sur les travaux prqjelés on Bithynie, c'est qu'il remplissait dans cette province une mission extraordinaire. Il se peut d'ailleurs que dans les villes stipendiaires le Kouvci-nenieiit se soit de boime heure réservé l'autorisation de dépenses qui pouvaient compioniettre la rentrée de l'imitôt d'Étal.

* llenzen, n" ()(i"22. Cf. Orelli, n" 80: .... (juod liberalilates in palriain civesque, a majoribus tuU Iribntas, exemplis suis supcraverit....

' riine, Episl., X, M7. Cet usage était bien ancien, car Plaute parle, dans VAulularia (v. 107), de distiibutions d'argent.

* ItKjrcdieniihwi curiaiii (Suétone, Dom., '.i). C'était une sorte de jeton de présence. ' Suétone, Dom., i.

* -Xpuiée, Apolotj.

Maxime perd sa femme, originaire de Vérone : il donne à la cité, en l'honneur de la morte, un combat de gladiateurs', vieil usage religieux dont on avait fait un plaisir : du sang d'abord pour apaiser les mânes, du sang ensuite pour amuser la foule. Un mort s'était aventuré dans les rues de Pollen tia en allant chercher plus loin son tombeau. Les habitants s'ameutent et ne laissent passer le convoi qu'après que l'héritier leur a promis ce qu'ils étaient sans doute accoutumés à recevoir aux funérailles de leurs notables : un présent

Amphithéâtre de Vérone.

de gladiateurs. A Miniurnes, on a lu sur le socle d'une statue : « Il a fait paraître en quatre jours onze paires de gladiateurs qui n'ont cessé de combattre qu'après que la moitié d'entre eux, tous des plus vaillants de la Campanie, furent couchés sur l'arène; de plus, il a donné une chasse de dix ours terribles. » Et l'auteur de l'inscription s'écrie avec orgueil: « Vous vous en souvenez bien, nobles concitoyens* ! »

On acceptait tout: luttes d'athlètes vieillis, combats de gladiateurs de carrefour', tuerie de sangliers, même de lièvres ; et après le

' Pline, Epist., VI, 31.

* Heiizen, n° 6148. Une inscription d'Ancyre dit d'un citoyen qu'il a surpassé tout le monde par ses largesses, enrichi sa patrie par des distributions, qu'il l'a ornée de l)eaux ouvrages, etc. (Perrot, Galalie, p. 235, n" 125.)

• Martial se moque (lU, 16, 59) d'un cordoiniier qu'il appelle, il est vrai, sulorutn régule, et

l)laisir des yeux celui du ventre, fût-ce quelque maigre pitance que (le plus riches cliangeaient eu un festin. Aux anciens temps, la relii-ion ennoblissait tout : ces festins étaient des actes de dévotion, comme le furent les premières agapes des chrétiens ^ La foi s'était retirée, mais la coutume restait. Pline avait bâti un temple à Tifernum; le jour de la dédicace il donna un repas à tous les habitants: c'était une partie de la fête sacrée. 11 en était de même des fondations j)ieuses laites pour honorer un mort par un festin annuellement donné aux décurions, aux augnstaux, aux confrères d'un collège, etc.

Des idées d'un autre ordre provoquaient constamment des libéralités (lu même genre aux clients, même à tout le peuple d'une cité. Dans (juelques maisons, on avait disposé de vastes salles où, à certains jours, on tenait table ouverte, triclinia popularia'. Trimalcion veut qu'on le montre sur son tombeau versant au peuple un sac d'écus : « Car tu sais, dit-il à l'architecte, que j'ai donné un festin public et "l deniers d'or à chaque convive. Représente les triclinia et tout le peuple s'en donnant à cœur joie"'. »

Ces repas étaient si habituels, qu'ils avaient un nom : jmblicx cenx. Mais les empereurs se déliaient de ces réunions, où ils crurent que les nobles pourraient trouver des gens propres à des coups de main, des bravi, comme les grands seigneurs d'Italie en eurent si longtemps à leur solde. Néron les interdit': il n'autorisa que les sportules ou corbeilles remplies d'aliments et individuellement données. On sim|)liria encore : la s|)ortule fut remplacée par quelques sesterces, ([ui étaient acceptés plus volontiers parce qu'ils servaient à satisfaire d'autres besoins que la faim. Ces distributions d'argent devinrent à leur tour suspectes, et Doniitien les supprima pour rétablir la

d'un foulon qui avaioni douni' des combals de gladiateurs, l'un à Bologne, l'autre à Modène. Au Satyricon (i.j), il est question de « gladiateurs à 2 sesterces la pièce, décrépits, faibles à tomber, si l'on soufflait dessus, et morts d'avance, vrai rebut de pacotille. » (Cf. Juvénal, Sut., 111, et l'erse. Sa/., IV.) Sous Tibère avait été pourtant rendu un sénatus-consulte qui interdisait de donner des jeux si l'on ne possédait au moins 4 millions de sesterces. (Tacite, Ann., IV, G3.)

' Fedis iiiiunl sacri/icia, epuliv, liidi.... (Macrobe, Sal., I, 16).

- Cf. Pline. Epist.. ), .>

'• l'étrone, Satyr., 71. Ces libéralités étaient de toute espèce. La petite ville d'Acrœphion, firés de t^béronée, a légué à la postérité, dans une fastueuse inscription, le témoignage de sa reconnaissance pour les festins, pâtisseries et gourmandises, donnés par un de ses citoyens à la population des deux sexes, même aux esclaves du municipe (6'. /. G., n" \Gib). Cf. Egger, Mél. (Chiil. anc, p. 76 et 87. D'autres fournissaient de l'buile pour les jeux ou les bains, etc. Vulrf exemple curieux dans C. 1. G., n° 22.56, et Lebas, inscr. de Morée, n° 149.

* l'ublicx cenx ad sporlulas redactx (Suétone, Nero, 16).

sportiile', cena recta. Trajan, qui n'aimait rien de ce qni ressemblait à une association, n'osa pourtant détruire ce dernier reste des mœurs républicaines; il semble avoir laissé aux intéressés le choix entre les deux modes de la sportule, en espèces ou en nature.

Lit pour les repas -

L'Espagne et l'Amérique espagnole conservent encore quelques traits de ces mœurs romaines.

Ces libéralités se faisaient dans les circonstances exceptionnelles; d'autres avaient lieu tous les jours au profit des clients. Lorsque le client donnait au patron sa voix dans les comices, son sang sur les champs de bataille, sa fidélité partout, la clientèle était la forte

* Sportulas publicas suslulit revocaia redarum cenarum consueludine (Suétone, Dom., 7).

* Devant le personnage, une table ronde à trois pieds (mcnsatripus) ; près de la table, un échanson [pocillator). (Bas-relief du musée du Louvre, n" 41 du catalogue.)

i02 L'EMPIRK ET LA SOCIÉTÉ ROMAINE.

iiislitution qu'on retrouve sous uiu^ forme ou sous une autre dans loules les sociétés aristocratiques. Au second siècle de l'empire, elle n'était plus que la mendicité organisée, c'est-à-dire une institution (le décadence. Etait-on pauvre ou seulement gêné et paresseux, on se faisait admettre dans une troupe de clients. Chose facile, car une des vanités du riche était de paraître en puhlic précédé ou suivi de citoyens en toge, turba Uujala ; ainsi nos seigneurs d'autrefois ne se montraient à la cour qu'avec un nombreux cortège de gentilshommes. La considération se mesurant au chiifre des clients, les patrons tenaient à en avoir beaucoup. « Quelle épaisse fumée ! s'écrie Juvénal'. C'est la sportule qu'on distribue. Cent convives sont accourus, chacun avec sa batterie de cuisine; » et ils n'en concevaient pas plus de honte qu'un hidalgo au manteau troué allant chercher sa soupe au couvent de Tolède.

Sans doute, dans cette foule, on entendait parfois de sourds murmures et l'on voyait de secrètes révoltes contre « le roi et seigneur » qui, à certains jours, se montrait dédaigneux ou ladre : « Tu m'invites, Sextus, et, tandis que tu soupes magnifiquement, tu me donnes 100 quadrants. Suis-je invité pour souper ou pour te porter envie''? » Mais, pour un service qui donnait peu de peine' et où les anciens ne faisaient pas attention à la servilité que nous y verrions, le salaire quotidien, 25 as', soit par an 2280 sesterces (450 à 500 fr.), était une bonne aubaine prélevée sur des gens qui avaient trop au profit de ceux qui n'avaient pas assez. Aux quadrants quotidiens il faut ajouter le casuel : des gratifications de circonstance, un vieux manteau, une toge passée, quelques invitations à dîner, un taudis dans le palais pour y loger"', parfois même, en un moment béni, un champ comme celui que Martial reçut* et dont le poète mendiant paraît ne pas se soucier dès qu'il l'a, afin d'obtenir davantage. « Tu m'as donné, dit-il, en reprochant au patron sa lésine, une campagne aux portes de Rome; j'en ai une plus grande sur ma fenêtre.... Une

« Srt/., m, 249.

* Martial, F.pujr., IV, 08.

' Marlial l'appi-llo pourtant ingenuas cruccs (X, 82). Mais il était Ijien paresseux, ef, malgré son lialdlndc de Ifiidre sans vergogne sa main ornée de l'anneau d'or, le peu de dignité qui restât dans l'àme du poêle se révoltait en l'ace de certains patrons (cf. X, 70, 74 et vingt autres endroits).

♦ 100 quadrants ou 25 as valaient en sesterces 6,25. » Dig., IX, 3, 5, § 1 .

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