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dans toute une province pour réparer un désastre local ', les innombrables subventions des empereurs aux villes désolées par des incendies ou des tremblements de terre, enfin la grande fondation alimentaire de Trajan, qui fut imitée par les citoyens riches dans toutes les provinces, au fond de la Dacie, de l'Espagne et de l'Afrique, tout aussi bien qu'au cœur de l'Italie ^ Notre législation frappe la succession du pauvre comme celle du riche : le fisc impérial, moins avare et moins dur, affranchissait de ce terrible impôt du vingtième les successions inférieures à 100 000 sesterces, c'est-à-dire tous les petits et moyens héritages de ces innombrables citoyens romains établis dans les cités provinciales. Auguste avait établi ce privilège, Trajan le confirma''.
On pourrait croire que la politique, plus que la bienfaisance, avait inspiré ces mesures. Les deux idées s'y mêlaient comme pour les distributions de blé faites au peuple de Rome. Pline n'écrivait-il pas ces belles paroles ' : « Il faut rechercher ceux qui sont dans le besoin, leur porter secours, les soutenir et se faire d'eux une sorte de famille »? « Il n'y a qu'une belle chose en la vie, lit-on dans l'inscription d'un tombeau, c'est la bienfaisance ". » Le christianisme n'a pas mieux dit.
La pensée de charité s'accuse nettement dans les fondations d'Antonin et de Marc Aurèle. Par l'éclat donné à ces mesures, les princes invitaient les cités provinciales à suivre leur exemple : elles n'y manquèrent pas. Déjà Trajan leur avait recommandé de ménager leurs finances pour être en état de seconrir leurs pauvres % recommandation qui se changea bientôt en ordre. Afin d'assurer des ressources à l'institution alimentaire, les jurisconsultes établirent que l'excédant des revenus municipaux serait employé, entre autres usages, à fournir des aliments aux pauvres et l'instruction aux enfants'. « Les donations,
' Aristide, Palin. de Sinyme.
2 Voy. toine IV, p. 785 et suiv. On a bien d'autres exemples : ainsi à Sévilie, C. I. L., t. H, n" 1174, et les inscriptions relatives aiwcuratores et aux procuratores alimeatoium.
'» Pline, Paneg., 40.
* .... Qiios prœcipue scias indujcre, suslentantcm foventcmque orbe quodam societalis ambire (Pline, Eptst., IX, 50).
5 .... £v p;«p Si y.ijhi i'pi'cv h \i.i^vi eù-oux (C. /. G., 5.54.^). Pline l'Ancien dit avec son emphase habituelle : Deus est mortali juvare mortalem (Hisl. nat., II, 15). Voy. au chapitre lxxxvii, § 2, les opinions des philosophes sur la charité.
^ ad sustincndam tenuiorum inopiam.
' Sive in alimenlavel eiudilionem puerorum (Marcianus ad D., XXX, 117). Les legs faits ad alimenta puerorum devinrent si nombreux, qu'un rescrit de Sévère les soumit à la quarte Falcidienue. (Dig., XXV, 2, 80.)
450 I/EMPir.E ET LA SOCIÉTÉ ROMAINE.
(lil Paul, pouvcMil être lailcs à la cité, soit, pour rembcllir, ad ornatum, soil pour rhonorcr, ad hnnorem; et, nu nombre des choses qui honorent le plus une ville est. l'usage de donner des aliments aux vieillards iulirmes, aux jeunes garçonset aux jeunes filles '. » Les décurions (|ui s'étaient ruinés au service public avaient droit, à des aliments'. Si toutes les curies ne donnaient j)as, comme l'empereur dans la capitale, du blé à la plèbe, gratuitement ou au-dessous du cours % beaucoup assuraient aux pauvres une notable économie lorsqu'elles leur livraient en détail les denrées au prix où elles les avaient achetées en gros et au rabais*. De môme qu'il existait à Rome une administration particulière pour les distributions", des cités ])rovincialcs portaient annuellement une somme à leur budget (mi j)révision des dépenses de ïaunone^; et ces villes étaient assez nombreuses pour que remi)ereur Maximin, à bout de ressources, ait saisi partout les tonds destinés aux distributions. Le Digeste compte, parmi les services publics ordinaires (munera), le soin de veiller à l'emploi de cet argent et aux i)artages à faire entre les citoyens '' : c'est une des Ibnclions que Plularque réserve au vieillard contraint par l'âge de renoncer à la vie militante. On vient de voir que beaucoup de villes entretenaient des médecins pour leurs nécessiteux; une inscription montre que la charité prenait déjà toutes les formes : un herboriste légua à son successeur trois cents pots de drogues avec 60 000 sesterces, sous la condition que les malades pauvres pourront prendre «gratuitement à l'officine du vin miellé et des remèdes \ Eulln la
' Ilocamplius.... alimenta infirma' rclatis, piila seiiioribus, velpuerispudlisque (I)iJ,^, XXX, '122).
- iJig., L, 2, 8.
3 Voy. Dig., L, 1, 8, et litre 8, 5. Les dislributions de blé aux pauvres dans les municipes se faisaient sous la surveillance des édiles (Dig., XVI, 2, M), qui sont parfois nommés céréales (Oreili, n" 59924). Les inscriptions vantent fréquemment la libéralité de Ici on tel, tjid.... annonœ populi s.rpe siibreiiil (Orclli, n" 80). Sin- les dish'ihiilions de blé on d'Iniile dans les municipes aux frais des parliculicrs, voy. Or.-llenzcn. n " 748, 2172, ô848, 1)325, (i7rj9, 7175, cl Mommsen, Inscr. NcapoL, t90 ; Guérin, Voij. en Tunisie, 255. Autres exemples : C. 1. G., ir'578, 2950, 5851 a. Rhodes avait une organisation complète pour l'assistance des pauvres. On leur donnait du pain et du travail. Slrabon (XIV, 2, 5) donne à ce sujet de curieux détails. Voyez aussi un inqiorlanl passage de saint Augustin {Cite de Dieu, V, 17), (pie j'ai donné an règne de (^aracalla.
* rijticn, an Dig., Vil, 1, 27, § 5 : soient possessores cerlam partcm fructmtm municipio viliori prelio addiccre. Cf. ibid., L, 8, 5.
' Fixais frumentarius.
0 Arca frumenlaria, pecunia ad annonam deslinala{d. Ilirschfeki, Annona, p. 85-5, cl Kuhn, op. cit., 1, )i. il) l'I suiv.).
' Annonie divisio (Dig., L, i, 1, S;S; 2 et 18, § 5).
» On-ili, n" 114, dans la Irés-pelile ville de Lorina, près de Ctcre.
politique nouvelle, qui avait imposé comme uu devoir pieux la protection des petits aux gouverneurs de province S conduisait ceux-ci à cette autre idée qu'ils avaient charge aussi de secourir les pauvres gens, ou du moins d'encourager les fondations qui pouvaient leur être une assistance. De là sans doute la facilité de ces magistrats à laisser s'établir, contrairement à la loi, tant de collèges où les malheureux trouvaient de temps à autre un morceau de pain et, à la fin, une sépulture honorable.
Les dieux donnaient l'exemple : ils avaient leurs pauvres qui vivaient près du temple, aux dépens du trésor sacré, et qu'on appelait, dans l'Ile de Chypre, les gerim, et dans les cités grecques « les parasites des dieux ». Les chrétiens imitèrent cette coutume ; les matricu- Jarii des premières églises étaient, eux aussi, « les hôtes de Dieu^ ».
Tout cela, sans doute, ne vaut pas nos modernes institutions de charité. Mais, chez les anciens, ces institutions étaient moins indispensables, parce que les sociétés agricoles, dont tout le travail se fait par des esclaves ou des serfs, ne connaissent pas, excepté dans les grandes ■capitales, le redoutable prolétariat de nos sociétés industrielles. Dans celles-ci, l'ouvrier qui vit de son salaire est exposé aux suites désastreuses du chômage, de la maladie, de l'inconduite et de la paresse; dans celles-là, le maître nourrit l'esclave à la maison, le colon ou le serf sur le champ qu'il cultive, et leur subsistance est aussi assurée •que la sienne; on a vu' que le patron devait des aliments à son affranchi. En outre, comme naguère en Espagne chaque couvent avait ses pauvres, dans l'empire chaque maison riche avait ses clients qui, tous les matins, recevaient leur sportulc ou une pièce d'argent, chaque ville des collèges qui fournissaient certaines ressources à leurs membres; et il restait encore quelque chose des mœurs hospitalières de l'ancien temps, quand l'hôte et le mendiant étaient regardés comme envoyés par Jupiter*. Nous préférons avec raison, à la pauvreté qui mendie, celle qui travaille; mais cette idée n'est ni romaine ni grecque, pas même chrétienne. La clientèle, encore en pleine vigueur à la lin des Antonins, était pour les grands la rançon de leur fortune. Enfin, sous l'heureux climat dont jouissent les pays riverains de la
• JVe poleniiores viri liumiliores adficiant, ad relujionem prxsidis prov. pertinet (Dig., I, 18, G). - Acad. des inscriplions et belles-leltres, séance du 28 novembre 1880.
^ Ci-dessus, p. 521.
* -pô; -^ip Ali; av.v i-T>-i; | lii^d Te irToy/.-: -t (Ilouière, Od.,\\, 207-208; cf. ibid., VIII, 546) : <: l'our l'homme de cœur l'étranger qui l'implore est un frère. »
A7d L'tMPIRE KT LA SOCIÉTÉ ROMAINE.
Môilitorranée, la pauvreté n'est pas, comme dans le Nord, nne souf- IVaiice qui s'ajoute à la misère. Le soleil y fait la moitié des frais du coslume et de l'habitation; de l'eau et un peu de pain suffisent à la nourriture : or la municipalité donnait l'une en abondance, l'autre ne loùlait guère, et le pauvre, qui ne trouvait pas ces ressources suffisanies, se vendait lui-même en faisant ses conditions ^ Le moment de la création des grandes institutions charitables n'était donc pas arrivé, puisqu'elles n'étaient pas dans les nécessités sociales du temps. Ou est même conduit à penser qu'avec l'organisation de la famille et de la cité romaines, il se trouvait alors moins que chez nous d'individus (pii lussent exjjosés à mourir de faim.
Tout le régime municipal se résumait en doux mots qu'on retrouve souvent dans la langue des jurisconsultes: Vhonnmr de la cité, qui était la seconde religion des Romains, quand il n'en était pas la première'; la difjiiilé du citoyen, qui exprimait toutes les qualités par lesquelles un homme commandait l'estime et le respect publics"'. Sous la pression de ces deux sentiments, il se forma dans les cités, à cette époque heureuse, des hommes à qui le but de la vie morale parut être la dignité du caractère et de la conduite; le but de la vie sociale, l'accomplissement des devoirs civiques : vertus précieuses, quoique d'accès facile, où tout le monde pouvait atteindre et où beaucoup arrivaient : témoin Pline le Jeune et le grand nombre d'honnêtes gens (pi'il montre dans sa correspondance. On a dit que les Germains ont a|)porté dans le monde le sentiment do l'honneur. A cet orgueil farouche qui fait si vite tirer l'épée et fut souvent la seule vertu de brillants gentilshommes, je préfère de beaucoup les vieill(>s idées romaines qui formaient des citoyens dont la grande andjilion était d'honorer ou d'embellir leur ville et des hommes dont quelques-uns, à force de se respecter eux-mêmes, se sont fait respecter de l'histoire.
Puisque nous en sommes à chercher les idées sous les mots, remarquons encore que anti(iuité avait, outre son sens propi-e, celui de chose
• Ces ventes volontaires étaient si fréquentes, que les jurisconsultes se sont occupés de " l'iiomuie libre qui s'est vendu » (Dip-. I. 'h 21) ; el elles sont une preuve qu'à cette époque l'esclavage n'était pas toujours raboniinaliie inslilulion que la société moderne condamne.
* l'Iinc écrit à un de ses amis : « .... quod patriam luam oiuiiesquc qui nomcn ejiis anxerunl, ut palriam ipsam veneraris et diligis » (Epist., IV, 28). Les inscriptions portent souvent, à propos de libéralités faites par un citoyen, .... secunilum difinitatem coloniœ (Mommsen, /. N., n°4040).
^ Ce mot s'apjiliqiinit à l'État comme à l'iudividn, et porter atteinte à la dignité du peuple romain ou de ses représentants était un des crimes frapi)és par la loi de majesté. [Hist. des l'iomainx, t. IV, p. 537.)
préférée : nihil mihi antigiiius est, disait Cicéron. « Rien ne m'est plus cher'. » De ce mélange d'affection et de respect pour les vieilles lois, les vieux usages, il se dégageait un sentiment pieux qui était une puissante force de conservation et qui n'existe plus sur le sol mouvant des sociétés modernes. « Les sages m'apprennent, dit Pline le Jeune, que rien n'est plus beau que de marcher sur les traces de ses ancêtres, surtout, a-t-il soin d'ajouter, quand ils ont pris le bon chemin-. » Lorsque nous aurons montré que la corruption n'avait pas envahi ces villes autant qu'on le croit, peut-être pensera-t-on que les cités provinciales se trouvèrent alors dans une situation analogue à celle de Rome aux beaux temps de la république, avec des mœurs laborieuses et beaucoup de liberté municipale, ce qui les dédommageait de la liberté politique dont les populations d'ailleurs ne s'inquiétaient pas. Sans doute, dans ces villes, à côté de choses excellentes, il s'en trouvait de mauvaises : une religion qui n'avait jamais eu d'influence morale, et la foi passant à des superstitions parfois malsaines, ou se contentant d'observances extérieures; pour plaisirs publics, trop souvent des fêtes obscènes ou sanglantes; chez quelques-uns, des mœurs sans frein et le vice sans honte; chez beaucoup, la servilité, parce que dans une société qui se partageait en clients et en patrons, ou, comme dit Martial, en serviteurs et en rois, il se rencontrait trop de gens pour mendier la sportule et trop d'autres pour la leur jeter. Que de détails grotesques ou odieux dans Juvénal, Pétrone, Martial et Lucien, sur le client, le parasite et le captateur de testaments; sur la bassesse des affamés et l'insolence des parvenus, les derniers rampant à leur tour devant ceux qui étaient montés plus haut"; enfin sur l'universelle adoration de « Sa Très-Sainte Majesté l'Or, sanctissima divitiarum Majestas ' » . Mais tout cela se voit sous d'autres formes et avec d'autres noms dans tous les temps, même chez les peuples les plus libres, humbles sujets du « roi Dollar », parce que ces vices ou ces travers appartiennent à la nature humaine ; et, à cet égard, les générations successives ne diffèrent que par la quantité qu'elles en ont. Nous ne pensons pas d'ailleurs que des libertés urbaines auraient pu, à elles
* Aur. Victor répète ces mots. Salluste disait aussi : tanlum antiquilatis ciinvquc, qu'il faut traduire par : tant de respect et de sollicitude. (Fronton, Episl. ad M. Anl., 3.)
- Epist., V, 8.
^ On voit, par Amni. Marcellin (XXVIII, 4) et Ciaudien {in Rufin., I, 442; in Eulr., II, CC, et Liicd. Slil., II, 152), que ces mœurs durèrent jusqu'à la Un de l'empire.
* Juvénal, Sat., I, 112,
seules, sauver l'État. C'est assurément une forte assise pour porter rédilice social, que des muuicipes bien ordonnés, et la sagesse des lois civiles est pour les peuples une promesse de j)rospérité. Mais, si les lois i)oliliques sont détestables, celles-ci Uniront par ruiner celles-là.
Ainsi, lorsque le municipe des premiers siècles, qui était une personne civile et, à l'égard de ses affaires intérieures, un État souverain réglant sa vie comme il l'entendait; qui contractait et s'obligeait; qui possédait et aliénait; qui avait ses magistratures, ses finances, ses écoles et son culte, avec la plus complète indépendance religieuse et philosophique; quand cette libre cité, qui n'avait renoncé qu'au droit du glaive sous la double forme de la guerre et de la haute justice, sera devenue, i)ar la main-mise de l'Eglise et de l'État sur les esprits et sur les iustitutions, un rouage automatique de l'immense machine qui fera le vide dans l'emjjire ; lorsque enfin tout sera immobilisé dans l'hérédité et sous le formalisme administratif, le mouvement de bas en haut s'arrêtant, la sève ne montera plus des racines aux branches, et l'arbre desséché tombera *.
Il faut dire encore que le christianisme, en montrant sans cesse la patrie céleste comme la seule véritable, fera dédaigner celle d'ici-bas; qu'en changeant les croyances, il changera les devoirs; qu'en remplaçant le légitime orgueil du citoyen par l'humilité du fidèle, il éloignera celui-ci des honneurs municipaux; qu'enfin il précipitera la décadence de la cité par le dégoût dont il remplira les âmes pour des institutions nées autour des autels qu'il voulait briser ^
• Déjà, peu de temps après les Antoniiis, Papinioii disait : Exi^endi Iribuli munns inler sordida muncva non habelur et ideo decurionihus quoqtie maiidalur (Dig., L, i, 17, § 7), c'esl- ;i-dire qu'il n'y avait pas alors incompatibilité entre les fonctions municipales de décurion et celle de collecteur do tribut pour l'État. Mais il était interdit au décurion d'affermer les impôls de sa ville : dccuiio su:e civttalis vectifjalia exerrre prohihclur (Dig., L, 2, fi, § 2).
* Quand Tertullien se convertit au cliiisliaiiisme, il déclara qu'il renonçait aux affaires pu- Iiliques (cf. le de Pallio). Dans le de Idolulatria, il exige de ses disciples qu'ils rompent avec la société civile; il condamne tout métier qui, de près ou de loin, toucbe à l'idolâtrie, l'art, qui en vit, la littérature, qui en parle. Il interdit absolument aux chrétiens les officia publica, ne permet (|ue les officia privala, c'est-à-dire l'assistance aux fêtes pour la naissance, le mariage, dans unefaniille amie, etc. Dans le de Corona mililis, il leur d(''(rnd le servic(> militaire. Cependant un rescrit de Sévère eis qui jiidaïcam supersUUonem sequnnlur (Dig., L, 2, 5, § 3) autorisait les Juifs et probablement les chrétiens à arriver aux honneurs avec dispense des obligations eonlraires à leurs croyances. Mais les chrétiens, s'il s'agit d'eux dans ce texte, moins tolérants que l'empereur, se tinrent généralement à l'écart. L'auteur de VÉpUre à Diofiitèle avait fb-jà dit (cliap. v) : « Les cliréliens habitent Icui' patrie comme des étrangers. » Quand l'Église fut devenue maîtresse de l'empire, elle voulut rattacher les fidèles aux devoirs
Mais, avant d'en arriver là, le régime municipal avait produit le siècle des Antonins. Autrefois, entre l'Italie et Rome, il s'était établi un courant de sang jeune et riche qui allait incessamment renouveler le sang épuisé de la classe dirigeante. Le même échange s'était fait, dans le haut empire, entre Rome et les provinces. De ces villes florissantes et libres étaient sortis des artistes et des poètes qui avaient donné naissance à un nouvel âge de la littérature et de l'art; des philosophes qui, adoucissant l'âpreté du stoïcisme, avaient remplacé le souci de bien parler par celui de bien agir; enfin ces mille gcntes que Vespasien leur avait demandées pour reconstituer l'aristocratie romaine. Alors le sénat et l'ordre équestre, où l'empire recrutait ses administrateurs, s'étaient remplis d'hommes appartenant à des familles depuis longtemps en possession des honneurs municipaux, capables de bien conduire, après les affaires de la cité, celles de l'État, et que les Antonins, provinciaux eux-mêmes, trouvèrent autour d'eux pour seconder leur sagesse. Cette invasion de la noblesse municipale dans la haute société romaine y fit une révolution doublement salutaire. Les affaires publiques en allèrent mieux, et les mœurs privées y reprirent de la sévérité : Tacite l'atteste, et Pline le montre.
Si le monde n'a pas connu d'époque plus fortunée, on le dut certainement aux hommes supérieurs qui, dans ce siècle, régnèrent en sages, mais on le dut aussi à ce régime municipal où tout était disposé par les institutions, les idées et les mœurs, pour faire des magistrats habiles, des cités heureuses et des populations soumises à la loi. Une étroite solidarité liait alors la fortune des villes à celle de l'empire : la prospérité des unes faisait la force de l'autre, parce que les libertés locales subsistantes formaient les hommes que la liberté publique supprimée ne formait plus.
civiques; mais il était trop tard. Voyez, aux Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1872, un mémoire de M. Le Blant sur le détachement de la patrie. » Tète de Pallas dans une couronne de laurier et les lettres ?\blico argenlo.
Monnaie d'argent de la gens Lucilia*.