ET SL'R LA RIVE DROITE DU DANUBE
Les tcmpcfcs qui semblent bouleverser l'Océan jusqu'au fond de ses abîmes n'en troublent que la surface; à quelques mètres au-dessous des vagues furieuses, les eaux sont calmes et les sables immobiles. De même dans l'empire : les orages de Rome, les guerres sur le Rhin, le Danube ou l'Euphrate, n'altéraient pas la sérénité des provinces intérieures. Pendant qu'on s'égorgeait dans la capitale, chez les Daces ou au delà du Tigre, les nations paciliées développaient l'industrie et le commerce, ouvraient des routes et des écoles, emplissaient leurs villes de monuments et de richesses. Les vaincus, dit yElius Aristide, se félicitaient de leur défaite, et, perdant jusqu'au souvenir de l'ancienne indépendance, confondaient leur existence avec celle de l'empire. On avait la sécurité et le bien-être de la vie; on jouissait librement des fruits de son travail, et la voie des honneurs n'était fermée à personne.
Plulaniue, (jui avait vu tant de révolutions ensanglanter la ville des Césars, n'en aj)pellc pas moins Rome « une déesse sacrée et bienfaisante » et, ailleurs, « l'ancre immobile qui arrête et fixe les choses humaines au milieu du tourbillon par lequel elles sont emportées. » Il disait vrai: Rome avait calmé le monde et attiré sur elle seule les orages qui éclataient encore. Aristide est un païen, un dévot d'Esculape, Tertullien, un chrétien rigide; tous deux parlent de même. « Les hommes, s'écrie le rhéteur, ont quitté les armures de fer pour les habits de fête, et vos provinces se sont couvertes de riches cités, joyaux de votre empire, qui brillent comme le collier précieux sur le sein d'une femme opulente. La terre n'est plus qu'un immense jardin'. La sombre imagination du chrétien
' Arislidf, Patiéiiyrique de Home, eu l';\\\ Mît, .... ûoTrep pvr.xc; iry/.uota; ô:|acç (Oral. XIV, p. 22 i). Voyez «Tiissi son Pam'fjyrique de Cyzique.
s'éclaire et s'adoucit au riant spectacle de l'empire : « Le monde est chaque jour mieux connu, mieux cultivé et plus riche. Les routes s'ouvrent au commerce. Les déserts sont transformés en domaines féconds : on laboure où s'élevaient des forets, on sème où l'on ne voyait que roches arides ; les marais sont desséchés, et les troupeaux ne craignent plus la béte fauve. Maintenant plus d'Ile qui inspire l'horreur, plus de rochers qui effrayent; partout des maisons, des peuples, des cités, partout la vie ' ! » La rhétorique n'enfle pas la voix d'Appien comme celle d'Aristide; mais le témoignage du froid et sagace historien est le même : « Voilà deux cents ans, écrit-il, que le régime impérial subsiste ; dans cet espace de temps, la ville s'est embellie d'une façon merveilleuse, les revenus de l'empire se sont accrus, et, par le bienfait d'une paix constante, les peuples sont arrivés au comble de la félicitée »
Il est facile, en effet, d'imaginer ce que dut produire la cessation de la guerre durant deux siècles pour des peuples qui n'avaient eu jusqu'alors qu'une vie de combats, et quelle prospérité développèrent la paix dans les provinces, la liberté dans les villes. Voilà ce que cachent les tragédies de Rome et ce qu'il faut montrer.
Ce n'est pas que les Romains aient voulu, de propos délibéré, se faire les bienfaiteurs des provinciaux. Chez eux, il ne s'ajoutait pas, comme chez quelques-uns des modernes, à l'idée de conquête celle d'amélioration du sort des vaincus. Ils avaient soumis le monde par esprit d'orgueil et d'avidité, pour n'avoir point d'égaux et pour posséder la richesse, sans se donner le souci de la créer : aussi la province était avant tout, à leurs yeux, un prxdium, une ferme d'un revenu déterminé, et, en l'organisant, ils ne s'étaient préoccupés que d'assurer le recouvrement du tribut. Le reste, liberté municipale et sécurité des personnes, indépendance de ceux-ci ou assujettissement de ceux-là, leur importait peu. Cette politique avait été celle du sénat républicain; les premiers empereurs la suivirent. Les uns et les autres ne trouvaient que des avantages à ce que les sujets fissent eux-mêmes leurs affaires, pourvu qu'ils payassent exactement l'impôt et que l'ordre général qui en garantissait la rentrée ne fût point troublé. De là, au moins, dans les premiers temps, leur dédaigneuse indifférence pour les franchises locales, pour la demi-indépendance de cités, de tribus, de
' De Anima, 30. Dans le livre Adv. génies, il dit : .... Romanœ diuturnitali favemus. * In prxf., 6. Ajoutez à cette citation le passage fameux de Pline, Uisl. nat., III, G
dynastes ou de rois, qui parfois se nommaient eux-mêmes les procurateurs du peuple romain et en remplissaient l'office. En un mot, ils cnlendaient gouverner de haut et de loin, ce qui était exercer l'empire utile, et ils ne voulaient pas administrer de trop près, pour n'avoir point les embarras d'une tutelle laborieuse. Tibère montra bien, par sa vigilance à contenir ses proconsuls, cette politique sans entrailles, mais non sans clairvoyance, qu'il résuma d'un mot: « Un bon pasteur tond ses brebis, il ne les écorclie j)as. » A cet égard, Claude et les Flavicns furent de son école. Les Antonins imprimèrent au gouvernement un caractère nouveau. Ils se regardèrent non-seulement comme les maîtres, mais comme les pères de l'empire. Ils en adoucirent les lois; ils fondèrent des institutions charitables, et le bonheur (le leurs sujets les préoccupa plus que les intérêts du fisc. Ainsi, par des motifs différents, les princes, dans le haut empire, exercèrent sur les .provinces une action bienfaisante, et cette action, se combinant avec les heureux effets du régime municipal que nous avons décrit, amena la prospérité dont un rapide voyage à travers l'empire va nous fournir la preuve.
Depuis Auguste, le domaine de Rome s'était accru : sous Claude, de la Bretagne; sousTrajan, de la Dacie; sous Marc Aurèle, d'une partie de la Mésopotamie, possession incertaine et précaire, théâtre de continuels combats'. En exceptant la Bretagne et les acquisitions des deux Antonins, qui étaient moins des provinces que des j)0stes avancés, les successeurs d'Auguste n'avaient point dépassé les limites que la nature et lui-même avaient fixées à l'empire : l'Atlantique, le Rhin, le Danube, l'Euphrate vers le milieu de son cours, les cataractes du Nil et les déserts de l'Afrique.
L'ancien partage fait entre l'empereur et le sénat subsistait, mais de nouvelles provinces avaient été formées soit par les conquêtes, soit aux dépens des anciennes et des pays alliés. Il y en avait eu vingtsix sous Auguste : sous Marc Aurèle, on en compte quarante-cinq, dont six étaient restées au sénat.
Ainsi le nombre des provinces avait presque doublé, sans que le territoire se fût beaucoup accru. C'est que les empereurs avaient déjà pratiqué le système qu'on n'attribue d'ordinaire qu'à Dioclétien, de
• Dans sa préface, Appien, qui écrivait sous Antonin, borne l'empire à i'Eupiirate, et ne lui donne pas la grande Arménie « (jui ne lui paye pas tribut, mais reçoit de lui ses rois ». Au régne d'Hadrien (ci-dessus, p. 1i cl 4i), j'ai moulré quels pays riverains de la mer Noire élaient placés sous l'administration ou sous l'inlluence des Romains.
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morceler les gouvernements pour diminuer la puissance des gouverneurs et rendre plus facile l'action de l'empire sur les sujets.
Bretagne, Gaule et Espagne. — La Bretagne ne formait encore qu'une seule province, si bien protégée par la double ligne de défense d'Hadrien et d'Antonin, que les Pietés et les Scots avaient rarement troublé l'œuvre de civilisation qui s'y accomplissait'. La toge avait partout remplacé la saie barbare; des temples, des portiques et de belles villas s'élevaient aux lieux où l'on ne voyait naguère que huttes de chaume et autels druidiques ; et ces Bretons, dont la plupart, au temps d'Auguste, ne savaient point encore cultiver la terre ni utiliser le lait de leurs troupeaux, exportaient maintenant du blé pour la Gaule. Les écoles se multipliaient avec les villes, et la langue celtique reculait, comme les vieilles mœurs, devant le nouvel idiome. Les nobles bretons parlaient latin; les descendants de Cassivellaun et de Caractac venaient au tribunal du proconsul pratiquer toutes les règles de Quintilien et rivaliser avec la verbeuse éloquence des avocats de Bordeaux et d'Autun. « Déjà, dit Juvénal, Thulé parle de gager un rhéteur », et Martial p(mvait se vanter que ses poésies, faites pour les élégants de Rome, étaient lues jusque dans l'Ile, dernière limite du monde habitable".
Quelques patriotes avaient bien porté leur liberté et leurs ressentiments dans les montagnes des Pietés, d'où ils redescendront pour faire reculer à son tour cette civilisation servile. Mais la masse de la nation, moins la valeureuse tribu des Brigantes, entrait avec joie dans la vie nouvelle et se laissait enlever les meilleurs de ses enfants pour aller servir au loin dans les armées romaines. Ainsi des Bretons tenaient garnison en Pannonie, tandis que des Germains venaient en Bretagne, comme des Bataves étaient envoyés en Illyrie et des Espagnols sur le Rhin.
La Gaule était entrée plus vite et plus avant dans la civilisation romaine. Elle en recevait de plus près le rayonnement, surtout cette
* Straboii, IV, p. 200. La Brolagiie, jusqu'à Sévère, ne forma qu'une seule province gou- Ternée par un consulaire (Tacite, Agr., 15) qui avait sous lui un procurateur, proc. Aiicj. prov. Brit. (Orelli, n» 222).
- Gallia caiisklicos docuit facunda Biilannos,
De conducendo loquilur jam rhelorc Tliule.
(Juvénal, Sal., XV, 111-12.) Cf. Martial, Epigr,, XI, 111. Cependant, au temps de Constantin, un orateur gaulois disait encore :.... latine loqui Romanis ingeneralum est nohis élabora tum [R an. Veleres, IX, 1. Cf. Dieffenbach, Celtica, II, 84).
zoiio (le notre territoire que baigne la mer italienne et qu'échauffe le même soleil. Le gouvernement imjtérial, dont la Gaule était par sa position géographique la plus imj)ortanlc j)rovince, s'était apj)liqué à gagner le cœur de ses hahilanls. Dans la Narbonaisc, on comj)tait sept colonies, vingl-ncuf villes latines, deux ])euples alliés; dans les provinces chevelues, dix peuples libres, huit colonies, quatre villes fédérées, quantité de cités latines et une foule d'hommes ayant reçu individuellement le jus ciritatis. Lyon avait gravé sur le bronze, pour qu'il restât toujours exj)osé aux yeux de la Gaule, le discours où Claude montrait la politique libérale qui avait fait la l'oiluue (le Home et le bonheur des ])rovinces. Galba, Otlion, par des motifs intéressés, Trajan, Hadrien, j)ar intelligence des besoins de rem|)ire, avaient agi de même, et la Gaule, heureuse du sort que la guerre lui avait fait, ne songeait point à le changer. On a vu quel rôle elle joua dans les révolutions de l'empire. C'est de son sein qu'était parti le cri de dégoût et de révolte contre Néron, là que Galba et Yitellins avaient été proclamés, là aussi que Civilis et Sabinus avaient agité devant les regards étonnés des nations transalpines l'étendard de l'empire gaulois : tentative prématurée ! La Gaule elle-même avait déserté son drapeau et son César provincial. Elle avait bien autre chose à faire que de fonder des maisons royales. Ses plus nobles enfants andjitionnaient le laticlave sénatorial'. Onant au peuple, entraîné par le mouvement général vers les travaux de la |iaix, il dépensait à la recherche du bien-être l'activité qu'il mettait jadis aux guerres intestines : « De batailleurs, disait déjà Strabon ", ils se sont faits laboureurs. » Les forêts druidiques tombaient sous la hache des défricheurs ou étaient percées de routes qui portaient la lumière et la vie jusque dans leurs plus sombres profondeurs. Partout on honorait le commerce, et déjà Lyon mettait ses négociants en vin au même rang que ses chevaliers et ses sévirs augustaux^ Sa j)uissaute corporation des bateliers de la Saône et du Rhône avait partout des agents pour la navigation sur les fleuves gaulois : à ranii)liithéâtre de iSlmcs, quarante places leur étaient réservées. Naguère les plus florissantes cités se trouvaient aux points par où I;i Caille loiicliail à l'Italie, et ce coin de notre territoire porte encore plus de niiiK's romaines (jue n'eu a aucune des anciennes provinces
• Tacite, Aiui., XI, 25. i'our le discours de Claude, voyez Hisl. des Romains, 1. IV, p. 417 •' IV, 1, 2 i-i Ji.
» Orclli, fi' 40'20
de l'empire. A Narbonne, il n'est pas resté debout un seul monument romain, mais l'on ne peut y abattre un mur ou donner un coup de l)ioche dans le sol sans y trouver des fragments de frises, de basreliefs et de tombeaux qui attestent son ancienne grandeur. Par la beauté sévère de ses filles, Arles était une cité grecque; par la splendeur de ses monuments, une ville romaine. La culture, la richesse, autrefois concentrées en cette «Italie transalpine », étaient remontées de la frontière dans l'intérieur, et ce déplacement de l'activité sociale indiquait la prospérité générale du pays. Toulouse faisait oublier Narbonne. NimesS embellie par les Antonins ou par elle-même de monuments qui commandent encore l'admiration, éclipsait l'antique cité phocéenne, qui, perdant ses mœurs sévères, laissait s'établir le proverbe qu'on répétait à tous les efféminés : « Tu fais voile vers Marseille'. » Alors, comme aujourd'hui, le commerce amassait de l'or dans cette ville, et cet or, elle le dépensait aux plaisirs qui passent, au lieu de le donner, comme Nîmes, à l'art qui reste. Grâce à ses eaux thermales, Aix était le rendez-vous des riches massaliotes et un des lieux de plaisance de là province. Lyon, l'ancienne métropole, voyait croître deux rivales dans la ville des Renies et dans celle des Trévires, d'où les gouverneurs de la Belgique et de la basse Germanie surveillaient les Barbares, comme de Lyon ils avaient longtemps surveillé la Gaule, quand la Gaule menaçait encore. Yienne, le lieu d'exil des rois destitués ou des gouverneurs coupables, Autun avec ses écoles, Arras avec ses manufactures de draps rouges qui égalaient la pourpre d'Orient; Langres et Saintes avec leur industrie des caracalles% qu'elles envoyaient dans toute l'Italie; Bordeaux, le port principal pour l'Espagne et l'île des Bretons, Juliobona (Lillebonne, près de l'embouchure de la Seine) où tant de ruines romaines ont été trouvées, etc., montraient la vie se répandant partout, au centre comme à la circonférence, sur le Rhin, l'Atlantique et la Manche, comme aux bords de la Méditerranée. Quoique le sénat n'eût établi
* Dès le temps de Straijon (IV, 190); Nîmes était plus peuplée que Narbonne. C'est en l'honneur des pelits-fils d'Auguste, Lucius et Caius César, dont le dernier était patron de Nîmes, que fut élevé le temple, dit la Maison carrée (voy. ci-dessus, p. 375). L'édifice a, du sol au sommet du fronton, 49 pieds romains, chiffre regardé comme deux fois heureux, puisqu'il était le carré de 7. [Rev. cpigr. du midi de la France, n" 287.) Tacite appelle cette ville ornatissima colonia valentissimaque (Ann., II, 24).
* Athénée, Xll, 5.
' Capotes de gros drap à long poil. — Au troisième siècle, la plupart des cités gauloises reprirent le nom de leur peuple. Ainsi Andomatunum redevint Lingones, Augustorilum s'appela Lemovices, etc.
ti?.
dans les pioviiu'os cliovclucs qu'un très-pclil nombre de colonies, la vie romaine avail eliangc la langue, la religion, les coutumes et rrpandu le luxe avec la richesse. De somptueuses villas s'élevaient eu des lieux naguère sauvages, décorées de marbres rares, de mosaï-
Mosaïffue de Lillcbonne.
ques dont nous retrouvons les traces et d'objets précieux par la nature et le travail, comme la belle collection des vases de Bernay qu'une heureuse découverte nous a rendus'.
' Le Tréiof de Bermiij trouvé par un laboureur en 1830, sous le soc de sa charrue, se compose de soixanle-ncul objets d'argent qui provenaient d'un temple de .Mercure et semblent
Les dieux gaulois étaicul à présent des dieux romains, et les peuples leur élevaient des temples magnifiques, comme celui dont on vient de retrouver les restes imposants sur le sommet du Puy-de-Dùme. Quant au culte druidique, il avait pris la dernière forme par laquelle les
Vase d'argent trouvé à Bernay. (Cabinet de France.)
religions passent avant de s'éteindre : il était païen, pagamia; on ne le retrouvait plus que dans les campagnes reculées où se cachaient les derniers prêtres de Teutatès. Ainsi en sera-t-il de la religion officielle
avoir été enfouis vers la fin du troisième siècle. Les inscriptions qu'on y lit descendent jusqu'à cette époque et remontent à celle d'Auguste. M. Cliabouillet a donné, dans son Catalogue, la description de tous ces objets. Voy. aussi Hisl. des Romains, t. III, p. 540, et note 2.
après Constantin, quandJupiter, à son tour, chassé des lambris dorés, no conservera que l'autel rustique dressé par des paysans au fond des bois. A l'honneur de Uonie, cette conversion s'était faite sans violence. L'adroite politique d'Auguste et de Tibère avait donc réussi : ces dieux gaulois, associés dans les mômes temples au culte de Rome et des Césars, étaient devenus de zélés serviteurs de l'empire.
Cette attraction d'une civilisation supérieure s'exerçait également sur l'idiome celtique, qui ne se défendait pas mieux que la religion des druides. Lui aussi quittait les cités et les bourgs où les affaires d'aihiiiiiistration, de justice et de négoce se traitaient en latin, et les descendants des bardes gaulois, lecteurs assidus de Catulle, d'Ovide et de Mailial, cherchaient à imiter les poètes et les orateurs du peupleroi. Déjà Rome avait inscrit parmi ses grands noms littéraires ceux du grammairien et i)oëte Yalerius Caton, « la sirène latine, » d'Antonius (iniphon, qui avait enseigné dans la maison de César et compté Cicéron parmi ses auditeurs; de Yarro Atacinus, poète didactique, de Cornélius Callus, l'ami de Virgile; de Trogue-Pompée, le ))remier auteur latin t\'\ii\c histoire universelle; de Domitius Afer, le maître de Quintilien et l'orateur le plus éloquent que celui-ci ait entendu, mais qui déshonora son génie par sa bassesse. Pétrone aussi souilla les muses latines par son Sulyricoii, tableau immoral d'une société dont il ne montre que les vices. Mais Marcus Aper a eu l'honneur de passer pour l'au- Inir (lu dialogue qui porte le nom de Tacite. Plus tard encore, sous Hadrien, brilla le sophiste Favorinus qui s'étonnait de trois choses: la première, étant Gaulois, de parler grec; la seconde de vivre, étant mal avec l'empereur; je passe la troisième. Favorinus était d'Arles, Pétrone de Marseille, Gallus de Fréjus, Trogue-Pompée du pays des Yoconces, Yarron des bords de l'Aude ; tous, on le voit, sortaient de la N.ubouaise.
L;i (iaule chevelue avait aussi des poètes et des orateurs; mais les muses provinciales, comme les dieux indigènes, restaient inconnues hors des murs de la cité, et les concours de Lyon étaient ])lus célèbres ))ar la bizarrerie de leurs règlements que par la gloire des vainqueurs couronnés. La Gaule méridionale, qui donnait à Rome tant de gens de lettres, lui fournissait aussi des généraux et des consuls : le Yiennois Valcrius Asiaticus, qui eut deux fois les faisceaux, le Toulousain Vindex, Agricola, de Fréjus, etc.
Ce travail des bras et de rintelligence auquel la Gaule s'était mise avec tant d'ardeur avait été favorisé jjar la paix, qui depuis Civilis régna
Uisloirc des Ronwins,