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Dambourgej. chroniolilh
VASES D'ARGENT DU TRESOR DE BERNAY (Cabinet de France)
LES PROVINCES. 4i7
sur les bords du Rhin. La Barbarie, comme fatiguée d'avoir depuis deux siècles fait inutilement effort dans cette direction, s'était retournée vers le Danube. Il y eut alors pour la Gaule, entre la ligue des Chérusques et celle des Francs, entre Ilermann et les premiers Mérovées, près de deux siècles de répit. On vient de voir comme elle en profita!
L'Espagne, encore mieux abritée des Barbares, était allée plus vite dans les voies où Auguste l'avait poussée. Pour l'arracher à la barbarie, les Romains y avaient de bonne heure multiplié les villes. Pline compte quatre cents cités importantes, sans parler de deux cent quatre-vingt-treize autres qui leur étaient subordonnées : c'était cinq ou six fois autant qu'en Gaule. Ici donc se trouve un des contrastes les plus durables entre les deux pays. Le régime municipal, en effet, prit si pleinement possession de la terre ibérienne, que quinze siècles n'ont pu l'en arracher. A cette heure même, grâce à ces vieilles institutions si parfaitement d'accord avec le caractère géographique de la péninsule, il y a bien en Espagne des villes et des provinces, mais comme la formation d'un peuple espagnol est laborieuse!
Au reste le système d'Auguste eut les résultats que ce prince en attendait. Chacune de ses nombreuses cités fut un foyer de richesses et de lumières; dès le temps de Strabon, la Bétique et une partie de la Tarraconaise étaient déjà toutes latines. A la chute de la maison de César, deux de ses gouverneurs arrivèrent successivement à l'empire, et Vespasien l'estima assez romaine pour lui donner le jus Latii. On marque sous ce prince l'établissement à Mérida d'une troupe nombreuse de Juifs, souche de cette race qui pullula bientôt dans la presqu'île. Domitien continua à l'Espagne les faveurs de sa maison. 11 y encouragea l'essor des travaux publics et laissa Pline le Jeune faire condamner un gouverneur de la Bétique redouté pourtant à Rome comme délateur officiel. Sous Trajan, même exemple de justice : les biens du gouverneur infidèle servirent à dédommager les victimes. Hadrien, qui visita avec amour sa terre natale, y porta son active surveillance et souffrit qu'une assemblée générale lui refusât des levées qu'il demandait pour recruter les légions des frontières. Ce fait est grave, car il prouve la répugnance que les populations les plus belliqueuses avaient dès lors pour le service militaire.
Les principales cités espagnoles étaient toujours : Italica, la patrie de deux empereurs; Cordoue, l'Athènes ibérienne; les villes de la
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MoiiiKiic do T;irra"-oiio-.
Moiiiiîiie d'Italica^
côle. (jui commerçaient avec l'Italie et l'Afrique : Tarragonc, où se iv'uiiis.saienl les députés de l'Espagne Ciléi-ieure et où élait né le meilleur lieutenant de Trajan, Licinius Sura ; (Jadèa, lanieusc pour ses cinq cents chevaliers, mais aussi pour les danses lascives de ses manolas^ Ses Hottes allaient trafiquer au Sénégal, peut-être plus loin encore, et elle prétendait irrévérencieusement garder dans son temple d'Hercule les ossements du dieu, comme la Crète montrait le tombeau de Jupiter.
On sait que Trajan et Hadrien étaient dltalica; l'Espagne avait donc eu l'honneur de donner les deux premiers empereurs provinciaux. Cela veut dire qu'elle n'était plus elle-même une province, une terre étrangère. Avant de faire entrer dans le palais des Césars des princes dont la famille était née sur les bords du Bœtis, elle avait envoyé à Rome toute une colonie de poètes et de rhéteurs; elle avait conquis la ville éternelle par la parole, avant de la con(}uérir par les glorieux services de ses enfants. Les tlcux Sénèque, Lucain, Pomj)onius Mêla, Columclle, Ouinlilien, Martial, Silius Italiens, Ilygin, peut-être Florus, étaient Espagnols. On se souvient du dédain de Cicéron pour ces poètes de Cordoue qui osaient faire parler les muses latines : (pi'aurait dit le grand orateur, s'il avait vu ces provinciaux ouvrir maintenant école et tenir le sceptre de la nouvelle élo- ([uence? Les Sénèque régnent à Rome ; le dernier des grands poètes romains est leur neveu, et c'est un Calagurritain qui se fait le législateur des lettres latines! Ailleurs nous apprécierons l'effet de cette importation provinciale; ici nous
« Mêla, III, 2; Juv.-nal, SaL, XI, 102; Miirliai, Epigr., V, 78. Martial vante Canins, lo joyeux poëtc de Gadès (I, 62); il nous est inconnu.
* C. Y. T. T. (colonia Viclrix toçjala Tarraro). Autel surmonté d'inie palme. Bronze. (Voyez inio autre moiniaic, tome II, pa^^e \\h.) La gravure mise à la page /ti8 représente un aqueduc |»orlanl à Tarraj,'one, sur une double rangée d'arcades, au-dessus d'un vallon, l'eau prise à 7 lieues de là. Vingt-cinq arches supérieures, onze inlérieures. (I)elaborde, Yoijagc m Espagne, I, pi. LV.)
'^ MV.N. ITALIC. IVLI.V AVGVSTA. Livie assise tenant un sceptre et des épis. Bronze. (Voyez d'autres monnaies d'Ilalica, tome H, pages IÎjO et 747.)
♦ MVN. C.VL. Il VIK. Tête nue d'.Vuguste. Bronze.
Monnaie do Cylagiirris '
ne voulons tirer que cette conclusion : au temps des Antonins l'éducation de l'Espagne est faite, et Rome n'a plus rien à lui apprendre, car elle lui a donné tout ce qu'elle-même sait et possède : la vie sociale et le goût des lettres, avec un immense mouvement de travaux et d'affaires; mais aussi ses plaisirs sanguinaires, les jeux du cirque auxquels l'Espagne ajoute les combats de taureaux.
Les trois pays que nous venons de parcourir formeront un jour une des quatre préfectures de l'empire, celle à laquelle la Gaule donnera son nom, car dès maintenant elle entraîne les deux provinces qui la touchent dans sa sphère d'activité politique, et cette prépondérance ne fera que croître à mesure que la frontière qu'elle garde sera plus menacée.
IlUjrkum. — Les pays montueux qui s'étendent des Alpes au Danube étaient divisés en cinq provinces : la Rhétie jusqu'à l'Inn ; le Norique jusqu'au Kahlenberg [Cetius mons)^; la Pannonie jusqu'à la Save; l'Illyrie et la Dalmatie, de l'Arsia au Lissus; la Mœsie, de la Drina au Pont-Euxin. On laisserait volontiers à cette vaste région le nom général iVIllyricum que lui donne Appien^; car la physionomie du sol, le caractère et la civilisation des habitants, malgré des différences nombreuses, offraient des traits généraux de ressemblance. Autant la vie romaine se développait avec richesse et fécondité dans le groupe des provinces occidentales, autant, sur cette pente des Alpes et de l'Hœmus qui descendait au Danube, vers la barbarie germanique et slave, les mœurs étaient encore grossières et violentes. Peu de villes, de colonies et de cités privilégiées, mais des camps, des forteresses, et, dans les peuplades indigènes, l'habitude des armes rendue nécessaire par le voisinage de l'ennemi ^
Cependant la conquête de la Dacie et la translation dans cette province d'une nombreuse population romaine venaient d'ouvrir, pour ces régions, une ère de prospérité. Le grand fleuve qui coule désormais entre deux rives romaines se couvrira de cités florissantes, et
* La Rhétie, depuis l'extrémité occidentale du lac de Constance jusqu'à l'embouchure de rinn dans le Danube, le Norique, de Passau à Klosterneuburg, près de Vienne, avaient été gouvernés longtemps par des procurateurs et semblent n'avoir pris qu'au temps de Marc Aurèle l'organisation de provinces administrées par les légats impériaux. (Cf. C. I. L., t. Ht, p. 588 et p. 707.)
» KoivTî ^à 7:àvTa; 'lUupîJa lôfoûvTai (Illijr., 6). Tacite ne donne jamais ce nom à la Rhétie ni au Norique, mais k la Dalmatie, à la Pannonie et à la Mœsie. (Cf. Hist., I, 76, et II, 85, 86, et Suétone, Tib., 16.)
' Rœiorumjuventus sueta armis et more Romanse militise exeicita (Tacite, Hist., I, 68).
Vllh/rinnu dovicMidr.i xww dos parties vitales de l'empire, parce que ses hahilants conserveront des mœurs guerrières au milieu des travaux (le la paix. De là, en effet, sortiront les seuls grands princes, Théodose excepte'-, qui arrêteront quelque temj)S la décadence romaine et le jdiis illustre des empereurs du Bas-Empire, Justinien'.
La Uliélie comprenait alors tout le pays des Yindéliciens. Afin de porter vers le Danube l'attention et les forces de ces valeureuses peuplades, trop habituées à regarder vers la haute Italie qu'elles avaient longtemps ravagée, le premier empereui- leur avait donné pour princii)al(> ville Augmta Viiidrlicnrum sur le Lech (Augsbourg)".
Dans le ^))riciiiii et la i'annonie, la race indigène avait été presque enlièrenient exterminée par les Cimbres, les Daces et les Romains. Cependant le désert des Boïes, qui occupait une partie de ces deux provinces'', commençait à se repeupler, et Claude y avait envoyé la colonie de Sacarin (Stein am Anger), où s'éleva, comme à Lyon, un autel d'Auguste entouré de statues qui représentaient les autres cités (If la province*. Une ville, Scarabantia (Œdenburg), qui portait le surnom de Julia ou de Flavia, en témoignage de quelque faveur impériale, servait d'étape entre Savaria (Stein am Anger) et la grande place d'armes des Romains sur le Danube, Carnnntum (Petronell). Un peu plus haut sur le fleuve, à Lauriacum (Lorch), une nombreuse garnison et une llottille défendaient l'entrée du Norique, et, plus bas sur le fleuve, Vindobona (Vienne) avait été déjà fondée, peut-être par Yespasien. Noreia (Neumark), l'ancienne capitale des Taurisques, achevait de s'éteindre; mais elle était heureusement remplacée par quatre colonies que les Romains, avec leur habileté ordinaire, avaient jetées en avant des Alj)es Juliennes, la partie la plus vulnérable des frontières de la Cisalpine. L'une, Virunum (Mariasaal, au nord de Klagenfurt), s'élevait au point de rencontre des routes du Norique et de la Pannoiiie; les trois autres"' dans les hautes vallées de la Save et de la Drave, de manière à couvrir ce riche coin de l'Italie où s'a€cumulait chaque année plus de population et de richesses, où Pola comptera
' Dèce était de Budalic, près de Sirmium, Claude II d'IIlyrio, Aiin'licn de Pnnnonie, F'rohiis de Sirmiiirn, Maxirnien de Sardica, DiofliHien de Salone, Constanlin de Naissns, Jiistinien de Taiiresiiiiii prés de l'IIœmus. « Quis dubilal, dit Muincrtiii {Paneg. ad Maximiaimm, '■2),quin.... Ilalia sil genlium domina glorix veluslate, sed Pannonia virlute.
" Tacite l'appelle aplendidissima liœlia; provinciœ colonia.
* Déserta lioionan (l'Iirie, Hisl. nal., IV, 12).
♦ C. I. L, t. III, p. 52.^).
» Soloca, Celeia et Emona (Seckau, Cilly et Laybach).
bientôt trente mille habitants et Aquilée cent mille, où Padoue voit déjà cinq cents de ses citoyens décorés de l'anneau d'or des chevaliers'.
Ces précautions n'avaient pas paru suffisantes. Afin de mieux garder les deux grandes routes que la Save et la Drave ouvrent à travers la Pannonie, depuis le pays des Daces jusqu'aux Alpes Juliennes, les Romains y doublèrent leurs postes militaires. Aquincum (Alt-Ofen), sur le Danube, et Mursa (Eszeg), sur la Drave, furent colonisés, la dernière par Hadrien. Les fortifications de Taunmum (Semlin), à l'embouchure de la Save, firent de cette place comme le poste avancé et le boulevard de la grande ville de Sirmium (Mitrovic), située quelques lieues en arrière. Sinnium, plus rapprochée des Barbares, éclipsait maintenant Siscia (Sziszek), ancienne colonie et place d'armes de Tibère. Une voie militaire, qui, à la hauteur de Scrvitium (Gradiska), se bifurquait pour envoyer un embranchement à l'Adriatique, longeait la Save et reliait les unes aux autres les forteresses établies sur ses rives. On voit que les Romains n'avaient pas perdu les leçons données par les révoltes des Pannoniens sous Auguste et par les terreurs que les Daces avaient causées sous Domitien.
Pline, si inégal dans ses descriptions, est moins bref que de coutume sur rillyrie et la Dalmatie. Il montre cette province divisée en trois ressorts judiciaires, dont les chefs-lieux étaient Scardona et Salona qui ont gardé leur nom, et Narona (Viddo). Dans le premier étaient compris les Japodes, quatorze cités liburniennes, dont six gratifiées du jm Italicum, et une septième qui avait de plus le titre et les avantages de ïimmunité. Dans le second ressort se trouvaient la cité romaine de Tragurium (Trau), célèbre par ses marbres, la colonie de Sicum et celle de Salona, le poste principal des Romains, dans l'Illyrie, enfin différents peuples dalmates divisés en neuf cent vingt-quatre décuries. Le troisième renfermait trois colonies, sept villes romaines et dix peuplades partagées en quatre cent soixante-trois décuries ^
Pline ne nous avait pas encore parlé de ces subdivisions dont les analogues existaient en Thrace et en Cappadoce sous le nom de stratégies. Comme cette région montagneuse et coupée d'innombrables vallées possédait peu de villes, les Romains avaient réparti ces remuantes tribus en de petites circonscriptions territoriales, à chacune
* Strabon, III, 169. Aucune Tille de l'Italie et des provinces latines, Rome et Gadès exceptées, n'avait un pareil nombre de chevaliers.
* Plme, Hist. nat., III, 26.
desquelles était prépose un chef indigène, qui répondait sur sa tête du maintien de l'ordre dans son ressort. Pour les surveiller et les conîenir, pour leur ôter la vue de la mer, qui raj)pelait à ces anciens pirates tant de souvenirs et de si dangereuses tentations, une foule de colonies et de villes romaines s'étaient interposées, le long du rivage, entre eux et l'Adriatique.
Dacic, Mœsie et Tlirace. — Trajan portait dans son administration la grandeur et la rapidité de ses entre])riscs militaires. Quand il eut donné les monts Car|)atlics pour frontière à l'empire, il comprit que quelques rares garnisons éparses dans cette vaste province ne suffiraient pas à contenir les Daccs, et que la barbarie refoulée reviendrait sur elle-même à mesure que l'armée victorieuse se retirerait :
aussi avait-il appelé des anciennes provinces un peuple tout entier. Malgré quinze cents ans de misères, les Roumains sont aujourd'hui douze millions d'hommes. Trajan avait fait en quelques années l'œuvre d'un siècle.
Ce vaste foyer de vie romaine, établi au delà du Danube, fit sentir son heureuse influence sur les provinces voisines. La Mœsie était restée inculte et sans villes, la civilisation, en la traversant, y laissa tomber quelques-uns des germes de prospérité qu'elle portait dans la IJacie \ Uatiara (Arzar-Palanca), Viminacium (Kostolacz) et Nicopolis qui garde encore son nom, luttèrent bientôt de prospérité avec les vieilles cités grecques de la côte : Tomi (Kustendjé) cl Odessus (Varna). Avant un siècle, la rive droite du Danube sera couverte de cités plus nombreuses qu'elle n'en a aujourd'hui. Widdin, Sistova, Nicopolis, ses plus grandes villes, sont d'origine romaine, et de ces régions naguère barbares sortiront les derniers défenseurs de l'empire. La Thrace avait mauvais renom; on
Mœsie Sujicrieiire :
Monnaie de Viminacium '
Momiaiu de Toini -.
Monnaie de Nicopolis ad Istrum ♦.
' P. M. S. COL. VIM. IProvincix Mœsiœ Superioris Colonia Viminacium). Femme debout, entre lin lion el un taureau. (Bronze.) " MHII'O nON(T6u) TOMEnC {Tomi, métropole du Pont). Jupiter assis. (Bronze.) ' La .Mœsie forma, à partir de Domition, deux provinces séparées par le Cibrus (Cibritza). ♦ vn A AVP PAAAOV NEiKO HPOC ic. Fleuve couché. (Bronze.)
LES PIÎOYINCES.
Monnaie de Trajanopolis
l'appelait la mère des plus redoutables nations : aussi Claude l'avait-il mise sous une double surveillance; il en avait fait une province (46) administrée par un procurateur, et il avait subordonné ce procurateur au gouverneur de la Mœsie, qui était toujours à la tête de forces considérables. La vie romaine s'y développa peu ; on ne comptait en Thrace que trois ou quatre colonies; mais, sur les côtes et le long de la grande voie militaire qui courait d'Amphipolis à Byzance, il y avait quantité de cités grecques. Vespasien, Trajan et Hadrien, obéissant au mouvement qui, dès cette époque, entraînait l'empire à l'orient, y avaient fondé ou agrandi plusieurs villes : Trajanopolis (Orikova?), PlotinopolisÇ!) et Andrinople dont l'emplacement avait été si bien choisi qu'elle est restée depuis ce temps une des grandes cités de l'Europe,
Comme dans la Dalmatie, on ne trouvait point de villes dans l'intérieur de la Thrace. Les Romains avaient cependant groupé ses peuplades éparses en stratégies : grossière ébauche de la vie municipale. Avant Pline l'Ancien, on en connaissait cinquante; Ptolémée n'en trouvait plus que quatorze : preuve du progrès de la vie urbaine dans cette région ^ Nous avons vu le même fait se produire en Espagne, et nous pourrions le constater partout : Pergame avait cent vingt mille habitants, Césarée de Cappadoce, quatre cent mille.
Monnaie de Plotinopolis'