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Malheureusement tous les habitantsdecet immense empire n'avaient qu'un lien commun, la « paix romaine » ; c'élait un intérêt, ce n'était |)as une. idée, et l'on ne fait une nation que par des idées communes. Il se trouvait même des piovinciaux qui faisaient entendi'e des protestations contre cette fortune et des menaces pour cette prospél'ité. Tandis que les peuples les plus grands se résignaient à la perte de leur indépendance, le monothéisme, sous les deux formes religieuses <(u'il avait prises à Jérusalem, refusait de soumettre la vie extérieure de ses adhérents aux divinités du Capitole, et, malgré leur petit nombre, ses fidèles s'armaient contre Rome du glaive pour la combattre, de la parole ])our la maudire. A deux reprises, les Juifs avaient tenu en échec les forces de l'empire, et les chrétiens s'étaient déjà fait ses juges impitoyables. Leurs chefs, les évêques, prêchaient bien robéissanc(; aux j)Ouvoirs établis, mais, au sein de la société nouvelle, fermentait la colère implacable d'isaïe contre les idoles, et de farouches sectaires oubliaient le doux maître de Galilée pour le Jéliovali terrible de VExode, le iJieu de la charité i)Our le Dieu des ven geances. Un apôtre avait donné l'exemple. Dès le temps de Néron, saint Jean avait jeté centre Rome le cri de malédiction. Yingt-neuf ans plus tard, un Juif relit, pour le compte d'Israël, l'Apocalypse chrétienne de l'année 68.
« Tu as régné, disait-il, |»ar la terreur et non ))ar la vérité. Tu as écrasé les doux, haï les justes et aimé les hommes de mensonge. Tes violences sont montées jusqu'au trône de l'Eternel : il a consulté sa fable des temps et il a vu que la mesure était j)leine. C'est pourquoi tu vas disparaître, afin que le monde respire. » C'était après la clinte des Flaviens, quand Nerva tremblait devant les piéloriens l'évoltés, (in'iiii voy.int, r;[ché sous le nom d'Esdras, avait cru ([n'arrivait riieiur de la grande destruction. Mais Riome ne disparut pas; Trajan, au contraire, la décora d'une gloire nouvelle : fortune insolente cpii tournait en dérision les promesses de Jéhovah. Aussi les Juifs sont prêts à désespérer : « Laboureurs, cessez de semer, s'écrie
un nouveau prophète, et toi, terre, cesse de porter des moissons; vigne, que sert désormais de prodiguer ton vin, puisque Sion n'es! pins? Fiances, renoncez à vos droits; vierges, ne vous parez plus de couronnes; lemmes, assez de prières pour obtenir des enfants. C'est désormais aux stériles de se réjouir, anx mères de pleurer; car })ourquoi enfanter dans la douleur ce qu'il faudra ensevelir dans les larmes? — Prêtres, prenez les clefs du sanctuaire ; jetez-les vers le ciel, rendez-les au Seigneur, et dites-lui : Garde maintenant ta maison. Et vous, vierges, qui filez le lin et la soie avec l'or d'Ophir, liàtezvous, prenez tout cela et jetez-le au feu, pour que nos ennemis n'en jouissent pas. Terre, aie des oreilles; poussière, prends un cœur pour annoncer dans le acheol et dire aux morts : Que vous êtes heureux en comparaison de nous autres! »
Qnand survinrent les échecs qui assombrirent les derniers jours de Trajan, le Pseudo-Baruch crut que Jéhovah avait enlin entendu le cri d'Israël. Pour lui, l'empire romain est une forêt qui couvre la terre de son ombre mortelle; vers elle coule une source tranquille, image du royaume messianique. En approchant de la forêt, la source se change en torrent furieux qui déracine les arbres et les montagnes. Un cèdre reste seul debout, c'est l'empereur au milieu de ses légions exterminées. Mais, à son tour, il est renversé; et la vigne lui dit : « N'est-ce pas toi, cèdre, qui es le reste de la forêt de malice, toi qui t'emparais de ce qui ne t'appartenait pas et qui tenais dans les filets de l'impiété tout ce qui t'approchait? Voici ton heure venue ; suis le sort de la forêt et que vos poussières se confondent. » Le chef enchaîné est conduit au mont de Sion, où le messie le tue. La vigne alors s'étend de tous cotés, la terre se revêt de tleurs qui ne se fanent point, et le messie règne jusqu'à la fin du monde corruptible '. La vision du voyant de l'année M7 ne s'accomplit pas; mais ses menaces et ses espérances aidèrent sans doute à préparer la grande révolte qu'Hadrien écrasa quinze ans plus tard.
Les oracles sibyllins, plus dangereux, parce qu'ils étaient populaires, fomentaient au sein des communautés judéo-chrétiennes la haine contre l'empire, et on a vu (p. 454) des docteurs de l'Église interdire aux fidèles les fonctions publiques, même dans le service militaire. Ces oracles ne se contentaient pas de frapper la sociélé païenne
' Ce fragment et le précédent font partie de la même apocalypse que l'on peut dater de l'année M 7 et qui a été retrouvé, vers 1866, à la bibliothèque Ambroisienne de Milan. Cf. Renan, au Journal des Savants, avril 1877.
L'EMPIIU': KT LA SOCIÉTÉ hOMAINK.
d'iiiio réprobation éclalaiilo : ils auraient voulu la détruire. Rédigés selon la cireonslanco du moment, ils répondaient aux idées qui dominaient dans les parties extrêmes. Ces pièees eourtes et vives, écrites en vers, pour être ])lns aisément retenues, et qui couraient dans rdinlire', remplissaient le rôle qu'ont joué de nos jours certains journaux el pamphlets inspirés par l'esprit de destruction : ils étaient l'opposition radicale du temps. Leurs invectives contre le riche, leurs menaces contre la société qu'ils vouent aux flammes éternelles, nnnitrent une puissance de haine qui annonce combien sera terrible le combat des croyances et le choc de ces deux peuples ennemis.
* Ces oracles étaient lelleiueut répandus et paraissaient anx païens si odieux, qu'il était interdit, sous peine de mort, de posséder ces livres et de les lire : Sancita mors est in. eos (iid leijunl llistdspis aid Silnjlhc mit Prophetarum libros..., quod (juklem in perpcluuni ejficere non poluernnl, impavide eniiu non soliini illos letjinius, etc.... (S. Justin, ApoL, 1, ii). C'était, disoni les bénédictins (l'rél'aciî anx œuvres de saint Justin, ciiap. vi, p. 84), la loi qux fiilnrornin ruriosani inquisilioncm proliihebcd. Saint Justin n'en déclarait pas moins à l'empereur Anlonin (jue les chrétiens en Taisaient leur lecture habituelle.
- IEl>\ UOYAH. Figure représentant le sénat. Au revers, AlZANElTHN. Cjhéle assise; à ses |iieds, un lion. ^ISronze.)
MiMiiKiio d'.E^aiii -.