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500 L'E.Ml'lUK ET LA SOCIÉTÉ HOMxMNE.
plus habiles cl les plus foils aux charges publiques, aux honneurs (le Home, au sénat, nièuie au pouvoir suprême. Telle est la situalion qui s'était produite par la force des choses et qui avait, pour la prospérité de l'empire, les conséquences heureuses qu'avait eues, pour la grauileur de la république, l'invasion des nobles du Latium et de rilalie dans la cité romaine. Ce grand mouvement de rénovation aboulit aux Antonins. C'est parce que ces princes représentaieul l'avènement des provinciaux à l'empire et l'alliance entre l'arislocralie nouvelle et les nouveaux empereurs, que leur dominalion l'ut à la fois paisible et forte. On n'attribue d'ordinaire cette prospérité qu'à leurs (|ualités personnelles. Il faut en tenir compte assurément, mais aussi reconnaiire que ces qualités, ayant été la condition de leur fortune, avaient dû la précéder pour la rendre possible. Trajan fut choisi comme le plus méritant, et l'on a vu les longues perplexités d'iladrien, avant de désigner ceux qu'il chargea de continuer son œuvre.
Mais au sein de cette noblesse se trouvait un germe corrupteur: les affranchis s'y étaient glissés en grand nombre. Curtius Rufus, consul sous Tibère, était né d'un gladiateur; Vitellius passait pour le petit-Iils d'un esclave, et, dès le temps de Néron, on disait que beaucoup de sénateurs, la plupart des chevaliers, n'avaient pas d'autre origine'. Lorsque de vieux Romains, dans leur orgueil blessé, objectaient la basse extraction d'un de ces parvenus, l'empereur répondait : « Il est le fils de ses œuvres^ » C'était le mot de la politique nouvelle. Malheureusement, si, parmi ces anciens esclaves arrivés à force d'intelligence, quelquefois aussi par d'indignes moyens, à la liberté et à la richesse, il s'en trouvait qui ])ussent faire d'excellents administrateiu's, très-peu étaient capables de fonder une de ces maisons où des traditions de vertu et de respect de soi-même préparent à l'État de bons citoyens. Jls comprenaient les affaires et les conduisaient bien, mais les sentiments s'étaient rarement élevés avec la fortune : à la souplesse de l'esprit répondait celle de la conscience, et le sens moral, le souci de la dignité personnelle, manquaient bien
' Tacile, Arvi., XIII, 27 : ....plurimis equitum, plcrlHque senaloribus non alhmdc nrujinem trahi. Du temps do l'Iino, le préteur Largius Macedo était lils d'alTraiiclii, co cpii ne roiriiièciiait pas de traiter si diiivinent ses esrJavos, qu'ils le tuèrent (Episl., 111,14). L'empereur I»erlinax était de même condiiioii (Dion, LXXI, 22). Sous Caracalla, un ancien esclave fut fait sénateur (iV/., LWVIII, L',).
» Tacite, Ann., XI, 21.
souvent à des hommes qui, ayant trouvé dans l'héritage paternel le souvenir des humiliations de la servitude, étaient, comme le Piufns de Tacite, « lâches adulateurs envers les puissants, hautains pour les inférieurs, difficiles avec les égaux. » Voilà comme le sénat des Anton ins, plus honnête politiquement que celui des derniers temps de la république et du premier siècle de l'empire, mais mélangé d'éléments impurs, avait à la lois tant d'expérience pour les affaires et tant de bassesse pour le prince.