‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des BarbaresChapitre 4 sur 62 · KS ANTON'INS (1)0-1 NO · texte numérisé non relu

KS ANTON'INS (1)0-1 NO

(l"iim' létiioii ot répartis eu cohortes sous des chefs expérimentés', l'ouvrage allait vite : en peu de temps une ville nouvelle s'éleva près de rancienne cité, et un arc de triomphe, qui subsiste encore au-dessous de la pointe orientale de l'Acropole, porte ces mots gravés sur une

L'arc d'Hadrien, liit. la Utoa, i> Atliènes

de ses faces : « Ici est la ville de Thésée, » et sur l'autre : « De ce côté est la ville d'Hadrien. » Iladrianopolis fut, dès son origine, décorée de nombreux monuments qui, ne pouvant avoir la sévère grandeur du temple de « la déesse vierge », réunissaient du moins toutes les

• Aiin'lius Victor, H/iil., XXVIII.

élégances architecturales d'un temps où l'art cherchait le beau dans la magnificence. .

Il fut aidé dans ce travail par le célèbre rhéteur Ilérode Atticus, maître d'Aulu-Gelle et de Pausanias que, fort heureusement pour nous, sa rhétorique n'a point séduits, mais que son érudition a gagnés. Ilérode bâtit ou acheva, dans la nouvelle ville, un pont sur l'Ilissus, le Stade, qu'il couvrit de marbre pentélique', et, sur une des collines qui le dominent, un temple de la Fortune. Il avait fondé une riche bibliothèque : Hadrien l'entoura de portiques soutenus par cent vingt colonnes en marbre de Phrygie; les murs étaient faits du même marbre; les plafonds, cachés sous l'albâtre ou l'or; les salles, décorées de statues et de tableaux précieux. Près de là il construisit un gymnase où l'on comptait cent colonnes en marbre de Libye; plus loin, c'était un temple de Junon. Aussi les Grecs.

ravis de ces faveurs faites à leur race, même de celles

Junon. (Villa Liiclovi?i.)

qui semblaient ne s'adresser qu'aux seuls Athéniens-, placèrent une statue d'IIadrien dans le temple d'Olympie, à côté de celle qu'ils avaient élevée à Trajan, et bâtirent, dans la nouvelle cité d'Athènes,

' J'ai vu, en janvier 1870, le Stade panathénaïque à peu près déblayé; les fouilles n'avaient rien donné.

- Il donna aux Athéniens, outre de fortes sommes d'argent, une provision annuelle de blé. l'ile de Céphallénie et un aqueduc qu'Antonin acheva la deuxième année de son règne (Orelli, n° 511); il rendit un décret pour assurer l'approvisionnement de la cité en huile; le tiers de toute la récolte de l'Attique lui fut réservé (C. /. G., n° 355).

le Panhrllénion^ temple de Jupiter et d'Hadrien, près duquel devaient se célébrer des jeux annuels en ])résence des députés de la Grèce entière.

Durant (juchpie temjjs ce Panhellénion parut être le sanctuaire politique (le la llelladc, comme les temples de Iloine et d'Auguste l'étaient à Tarragoue el à Lyon pour les provinces occidentales'. Des inscriptions

Le l'anliellénion (d'après la restauration de M. Ch. Garnier).

(le la lin du règne d'Antonin'' montrent les Panhellèncs en correspondance avec des |)euples lointains, même avec l'empereur. Mais les Grecs de ce temps n'étaient plus capables de mettre en commun autre chose que leurs plaisirs. A Lyon, nos pères montrèrent parfois de

' Le Panhellénion était consacré à Jupiter l'anhellénien, suivant Pausanins {AU., 18), à lladrirti. suivant Dion (LXIX, Ifi). Spartien dit aussi (15) (prUadrien se dressa un aufel à luiuiAttie dans Aliiéues, ilediravil.... et aiain sibi : o])inions (|ui s'accorderont si l'on admet que ee temple l'époudait à la |)ensée politi(|iie (pii avait fait t''lev(!r, à Lyon el à Tarraf^one, ceux de home e( d'Auf(usle. l'ne inscription, découverte à Tégée, donnait à Hadrien le nom de Zens Panhellénion {Itucr. de Morée, I, p. 91 )

* Voy. Hid. dm llomuins, t. IV, p. 2/> et suiv.

' Lebas el Waddinglon, Vuijiujc archéologique, V" partie, n"" 8CG-7.

l'esprit politique; je crains qu'il ne se soit agité dans Athènes que de mesquines passions et qu'on n'y ait entendu que de basses flatteries. L'abaissement devant le maître y fut certainement plus grand. Autour de l'autel de Rome et d'Auguste, les Gaulois avaient du moins dressé les statues de leurs soixante cités, pour représenter, en face des nouveaux dieux, la nationalité gauloise. Cette idée, qui ne manquait pas de grandeur, ne vint pas aux Grecs. II y eut bien, au Panhellénion, d'innombrables statues envoyées par les cités helléniques du continent, des lies, de la côte d'Asie et du Pont; mais toutes étaient

Bas-relief du théâtre de Bacchus, à Atliènes.

l'image du prince, comme s'il devait seul remplir la terre et le ciel. N'était-il pas le vrai Zens Panhellénien, l'Olympien par excellence? On lit encore, à Athènes, sur le piédestal de la statue érigée à cette occasion par les Dienses\ ce surnom que les Grecs lui avaient donné et que tout l'Orient répéta : « Olympio' ».

Toutes ces constructions et Hadrianopolis elle-même ont disparu ; cependant, lorsque, en descendant des Propylées, on laisse derrière

» C. I. L., t. ni,n°.548. Nous avons aussi celles de Céphallénie, Amphipolis, Thasos, Abydos, Sestos.Sébastopol, Milet, Cypre, etc.(C. /. G., n"' 551 et suiv.). Les médailles impériales sont rares dans la Grèce proprement dite. 11 est à noter que la suite impériale de l'Élide, et très probablement celle d'Argos, commencent à Hadrien.

- Ahie lui avait donné un des surnoms de Jupiter, pcuXaïo?, le bon conseiller, et sa statue avait été placée à Athènes dans le lieu des séances du sénat.

soi le temple de Thésée et que l'on contourne par le sud le roc gigantesque si noblement couronné de ruines majestueuses, on voit d'abord sur la pente de l'Acropole le théâtre de Bacchus qui garde les sièges de marbre blanc où s'asseyait Périclès et d'où Hadrien a entendu quelque comédie de Ménandre ; plus loin, dans la plaine de rilissus, quinze colonnes, les unes isolées, les autres Athènes, 1 Acropole'. ,>,i(;ore réuuics par leur architrave et dont les proportions colossales, la riche ordonnance, les teintes chaudes et dorées, ([ui s'enlèvent sur l'azur du ciel, frappent l'esprit d'étonnement et d'admiration, même à deux ])as du Parthénon. Ces colonnes sont tout ce (pii reste du temple le plus vaste de l'univers gréco-romain, VOhjmpiéioii, commencé par Pisistrate, continué i)ar Auguste et achevé, au bout de sept siècles, par Hadrien \

Pourquoi tous ces temples relevés ou construits? Est-ce i)ar zèle religieux? Hadrien était de cet âge où les religions, lentement mais de continu,

baissent comme la mer,

aux heures des marées descendantes; il voyait venir

Le vieux prcMre courbé,

offrant

Sur le dernier autel la dernière hécatombe^; et il avait entendu retentir le cri funèbre : nàv 6 pi/aç TéQvny.e. Mais il s'inquiétait peu des grands Olympiens qui allaient mourir; il était artiste, et l'art n'ayant pas de plus belle expression que des temples, il en bâtissait; et il appelait les sculpteurs et les peintres à les décorer, les rhéteurs à discourir, les philosophes à rêver sous leurs portiques. Si la divinité n'y était plus, la pensée humaine les remplissait; etcette civilisation de la Grèce était si belle, cette paix romaine de l'empire était si grande, qu'il ne lui semblait pas que l'âme eût besoin d'autre chose*. D'Athènes il gagna l'Asie proconsulaire, qui « paraissait, au milieu de l'immense jardin de l'empire, la région la plus favorisée ». C'était

' Monii.iic (l'Alliriirs où l'arlislo ;i voulu rf'iiiiir, avec peu dégoût, le sommet de l'Acropole, la j,'rollc(li^ l'ail, ([ui se trouve sur uu dfs (laucs du ronhor, et le tiiéàtre de Bacclius construit à la hase (lirouzo) .

- [,.• iM'Tilxilc «lu temple avait 740 mètres (Pausanias, I, 18, dit 4 stades); chaque coloinu', f.'.tx lie diaiiK-tn' l't IS^.'iS^ de hauteur (selon Penrose, 1()'",7ÎI). Athènes institua à ceUe occasinii iiiir rn- iionvcllo datant de la dédicace du temple.

■• 1,. l'.ouillicl, la Colombe. CA. l'Iut , de Dcfcclu orne, 7 ('t 1!) : t^m; 5è Osoù; oOapwsaOxt.

'• Lani|)ri(ic {Alex. Sev., A7)) écrit : Hadrianns.... Icmiilain omnibus civiliUilnts, sine simutncris,

la patrie des artistes qui élevaient tous ces monuments, et des sophistes dont l'habile faconde contenait en Orient l'invasion de l'idiome des conquérants, et allait bientôt éteindre, jusqu'en Italie, le clair et simple génie du Latium. Au retour du voyage d'Athènes, ces hommes ouvraient école dans quelqu'une des cinq cents villes d'Asie, et arrivaient bien vite à la fortune, même à la puissance. Favorinus, à Éphèse, Aristoclès, à Pergame, étaient d'importants personnages, et Polémon régnait véritablement à Smyrne : le sénat écoutait ses avis avec déférence; la foule applaudissait ses discours; quand il voyageait, ses chevaux avaient des rênes d'argent, et derrière son char marchait une armée d'esclaves. Il obligeait les gouverneurs à compter avec lui ; nous verrons au règne suivant de quelle façon il traita celui qui allait devenir l'empereur Antonin. Mais comment un proconsul de ce temps aurait-il résisté au favori de tout l'Orient grec et du prince, à l'homme dont un autre rhéteur fameux, Hérode Atticus, disait : « J'ai eu Polémon pour maître, quand j'étais moi-même un maître d'éloquence »? Et il raconte que, arrivé à Smyrne, sa première visite fut pour Polémon : « Quand, mon père, t'entendrons-nous? » Connu pour être un auditeur redoutable, Hérode fut étonné de la réponse du maître : « Aujourd'hui même; allons et écoute'. » Après tant de siècles de guerre, le monde, fatigué d'agir, ne voulait plus connaître que l'ivresse de la parole sonore, harmonieuse et vide; tous les Grecs d'Egypte se réunirent, sous Antonin, pour dresser dans Alexandrie une statue au rhéteur Aristide, en témoignage de leur admiration\ De Rome à Athènes, d'Athènes à Smyrne, de Smyrne à Alexandrie, à Carthage, régnait ainsi l'improvisation % don

Hérode Atticus, (Camée du cabinet de France, n» 107.)

jusserat fieri, quse hodie, idcirco quia non habenl numina, dicuntur Hadriani. Un de ces temples, à Tibériade, portait encore, du temps de Constantin, le nom d"A^piav6Ïov. Ce passage de Lampride en dit plus sur les vrais sentiments d'Hadrien que les phrases banales de Spartien {Hadr.. 25) louchant sa dévotion officielle, sacra Romana diligentissinie curavit.... ponlifwis maximi officium peregil.

' Vidal-Lablache, Hérode Atticus, p. 28; cf. Philostrate, Vitœ Soph., 13-18, in Polem.

- Letronne, Iiiscr. d'Èyypte, 1, 152.

s ....<JXiSM; Ao-j'ou; (Philostrale, 11, 3).

charmant qui étonne les ibulcs et gagne les causes d'un moment, mais souvcMit l'un(>ste à l'art véritable et à la pensée. Ces habiles arrangeurs (le mots, qu'auront-ils fait avant un siècle de la civilisation ancienne? Ou'en ibnl-ils déjà dans Athènes et Alexandrie?

Dans ces provinces d'Asie, on trouve en mille lieux les traces du passage d'Hadrien ou son souvenir: villes détruites ])ar des tremblements de terre qu'il aida à sortir de leurs ruines*; cités secourues et embellies qui, en reconnaissance, prirent son nom, instituèrent des jeux ou frappèrent des médailles pour « le dieu sauveur » et « le restaurateur des provinces » ; temples et statues élevés en son honneur; j)()rls et chemins construits à ses frais. Il n'est pas une région de la grande presqu'île où il semble que n'ait passé le voyageur impérial qui, par ses dons, ses conseils, son exemple, suscitait une noble activité, une émulation généreuse pour tous les travaux de la vie civilisée. Ainsi le grand gymnase de Smyrne fut construit à l'aide d'une souscription publique qu'Hadrien provoqua ou soutint en donnant luimême une très-grosse somme % et nous avons encore la liste des souscripteurs "'. C'était déjà notre système d'encouragement aux œuvres d'utilité ])ublique par une subvention de l'État. Il en fut de même j)artout et dans toute la période Antoninc ; par là s'explique que l'empire aj)paraissc alors comme un immense atelier de constructions.

Citons quelques faits au hasard, puisqu'il n'est possible d'arriver à l'exactitude ni pour les dates ni pour l'itinéraire.

Hadrien i)rit terre sans doute à Smyrnc, « la perle de l'Orient » et la vraie capitale de la riante lonie. Assise au fond d'un golfe qui rivalise avec les plus beaux du monde, sur les pentes d'une montagne que couronnent aujourd'hui les ruines d'une immense forteresse génoise, mais où les Grecs avaient certainement mis un temple, entourée de fertiles c.impagnes que traverse le fleuve d'Homère, Smyrne était un magnifique vestibule pour pénétrer en Asie, et les gouverneurs romains entraient toujours j)ar là dans leur province. Hadrien y avait un grand ami. Polémon, qui venait de prononcer à Athènes le discours pour la

' Coiiiriie Cyziqiii' et Mcoiiu'ilii' : Tcrrx molii facto, Nicomedia viiil et vicinœ iirhes pliirimx evcnœ gitnl. Ad quarum iiistnumtionein Iladrianu-; de puhlico est larcjilus impensas. (Siiiiil Jéroriic, Cliron., ad iiiin. IV Ha'lr.. et .Icaii Malnla, Chronogr., p. 277.)

■ XiA-:*; u.'j5iâ'î«; (C. /. 6'., ii" 7)\ÏHf.

^ Cet usage, connu sous le nom de 'E-i'îo'aci;, était ordinaire et ancien : voyez, par exemple, ap. Letronne, Inscr. il'Éfujple, I, Ô8'.), une liste de souscription pour la dépense de sacrifices et de fêles; ap. Miller, Revue aichcol. de 1870, une liste pour l'érectiou d'un temple, comprenant peut-être deux cent soixante-dix noms, etc.

HADHIEN (117-138). 75

dédicace de l'Olympiéioii, et qui avait inspiré au prince une bienveillance particulière pour la ville qu'on appelait, dans la Grèce orientale, « le sanctuaire des Muses ». Cette bienveillance se montra par de nombreuses libéralités qui servirent à la construction de plusieurs édifices, entre autres d'un temple, et à celle d'un gymnase que Pbilostratc déclare le plus beau de l'Asie. Les Smyrniotes lui donnèrent en écbange les titres « d'olympien, de sauveur, de fondateur », et décrétèrent en son honneur des « télés perpétuelles » ou « jeux hadrianiens ».

Tombeau dit de Tantale (d'après Tcxier, Asie Mineure, t. II, pi. 130)».

Milet fit de même, et toutes les autres. Le prince sceptique savait bien que penser de cette emphase orientale que nous avons le tort de prendre au mot : c'était la politesse du temps, et il ne s'arrêtait pas plus à ces formules qu'aux notes d'une musique mélodieuse que le vent emporte. Fut-il plus sensible aux médailles qu'ils frappèrent à l'effigie d'Antinous? Je le crains.

Aux environs de Smyrne se trouvaient deux curiosités archéologiques qu'Hadrien ne manqua certainement pas d'aller voir : le tombeau dit de Tantale, à mi-côte du Sipylus qui domine le golfe, et, à une journée

« Ce tiiinuliis eu pierres sèclies, avec une chambre sépulcrale voûtée en ogive, a 27 mètres de hauteur et 10() de circonférence.

74 IFS AMONINS (OC)- ISO).

,h- iluMuiii <lo la vil!(\ sur la roule do Sardes à Éphcsc, le ^hJmphx1nn,

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