‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des BarbaresChapitre 5 sur 62 · I.c Syniphxum, près do Smyrne (Tpxior, 76/rf., pi · texte numérisé non relu

I.c Syniphxum, près do Smyrne (Tpxior, 76/rf., pi

OÙ s<' vovail iiii has-rclior dont j)ai'le Hérodote et que Scsostris y aurait lait sculpter quinze siècles avant notre ère'.

Il visita Milel, cpii vi(Mil de nous rciuire quel(|ucs (h'-hris d'une consliiicliou colossale Irouvés au milieu des alluvions du Méandre", et „ , . ,

lii^iiK' ilKph.îse {f-.irc). ^ , . Hadrien Crovprs).

Mti-daiiion .lïiiT'iii. I;i ficlic cilé d'K|)liès(s alors si Vny. lomi' iv, p;i-o 22. |tro^|K'Mv qu'il laul (|uali'e heures pour li'a verser l'espace couvert j)ar

' Kippert, Uosflliiii ri \1. l'n-rdl l]frin. irairli., w 2) crDii'iil avec raison (iiic ce iiioiiinaent n'ojt pas éprypli<ii.

* Nous on .ivoii- iIduiii' I;i i,'r;iviirc .'iii hiini' III, ii;i;;i' (IDCi.

IIADIUKN cl 17-1 r, 8]

ses ruines; cependant elle avait mis deux cent vingt ans à rebâtir son sanctuaire de Diane. Hadrien y éleva un temple à la Fortune romaine, que tous les peuples adoraient, là même où elle n'avait point d'autel. Il parcourut Lesbos et la Troade\ Pour plaire aux dévots de V Iliade, quoiqu'il ne l'admirât pas, il rétablit le tombeau d'Ajax et rendit de

Ruines du temple d'Apollon, à Milet (Texier, ibid., j)!. 136).

grands honneurs au moins aimable des héros d'Homère; pour gagner les habitants d'Âlexandrie-Troas, il leur donna un aqueduc, qu'on voit encore près d'Eski-Slamboul, et dont il chargea un des beaux parleurs du temps, Hérode Atticus, de surveiller la construction. C'était déjà la coutume de ne pas s'en tenir aux devis. Atticus dépensa

' Une inscription de l'an 124, trouvée dans les ruines d'ilion, semble provenir d'Hadrien même. (C. I. l., t. lU, u" m,)

7C LES AMONIiNS (9(5-180).

l)eaiicoii|) pins (jiriIadricMi n'avait i)roinis. Mais le princo, libéral et non pro(li»»iie, anioureiix de l'ordre eu tout, même aux dépens de ses amis', approuva ses j)i'ocurateurs qui se plaignaient, et l'excédant des Irais resta nu compte du rhéteur.

11 laissa aux liahilauts d'iliou quelque chose dont leur vanité fut, pour un nionieni, })Ius satisfaite que de l'aqueduc d'Aristide : six vers grecs célébrant la gloire de leur cité et leur courage: « Hector, fils de Mars, si tu m'entends sous terre, salut à toi. Sois iîer de ta patrie, llion, la fameuse cité, est toujours peuplée d'hommes ; ils ne te valent pas, et pourtant, eux aussi, ils aiment les combats. Les Myrmidons ne sont |)lus. Va et dis à Achille : La Thessalic entière est aux i)ieds des enfants d'Knée. »

A Nicomédie on lui donna le nom de fondateur avec moins de tlatterie qu'en d'autres lieux % et Cyzique lui bâtit un temple dont, au dire du rhéteur Aristide*, la masse imposante était vue de si loin, que, dans la Propontide, il remplaçait les signaux qui guidaient la marche des navires. Il s'arrêta longtemps dans cette région de la Bithynie que les Turcs nomment « la mer d'arbres », et qui l'appelle à nos voyageurs les plus doux paysages de la Suisse : eaux courantes, prairies encore vertes sous le soleil de juillet, nombreux troupeaux, et, çà et là, des chalets en troncs d'arbres non MoiiiLiie équarris^ Hadrien, grand chasseur", se plut dans ce dii.an.-.nothùres'. ^^^^.^ oi|)„yonx et y fouda denx villes, dont l'une, nommée les Chasses d'Hadrien, Hadrianothères, consacrait le souvenir d'un de ses exploits : il y avait abattu une ourse énorme, telle qu'on en trouve encore sur les pentes de l'Olympe.

* Il était lié avoc Allicus, père d'Hérode, et il donna au fils une mission dans l'Asie proconsulaire.

* Yoy. page. 72, note 1.

■■ AïT. K.vic. ll'Al. AAPlANOC OATMIIIOC (l'Aulocrate César Trajan Hadrien Olympien). Monnait' (it; hronzc;

* .Nous avons encore le discours f|u'Arislide prononça le jour de la consécration de ce temple rpii rem|)la<;a celiu (rKplirs(! dans r(''innn(''iali(in des sej)! merveilles du monde.

5 Voy. li; Voyage en Gntulie et en liitliynie de. M. (leorgus l'eirot. 11 se ral)ri(jue même dans ces chalets, connue en Suisse, im Iromaf^e renonnnc'-.

* Au témoignage de S|)arlien et d'Alliénée, il lua plusieurs fois des lions, non dans leciripie et d'un lieu sûr, mais à la chasse et en courant des périls. Il faillit plus d'une lois y périr; uu jour il se cassa la cuisse et la clavicule (''.).

" AAI'IANOWHI'ITIJN. Monnaie de bronze des habitants d'Iladrianothères. Tète d'ourse.

IIADRIKN (I17-ir)8). 77

En Cnppadoce, il acheta beaucoup d'esclaves pour le service des camps, mesure qu'on s'exiilique mal, car les légions pouvaient s'approvisionner partout de la marchandise humaine. Mais les Cappadociens étaient déjà fameux, aux beaux jours d'Athènes, pour leur cervelle épaisse aussi bien que pour leurs larges épaules, et le pays n'était qu'un grand marché d'esclaves. Est-ce alors, ou dans son précédent voyage, qu'il visita le Pont et qu'il eut avec les rois des pays voisins les rapports dont nous avons parlé'? On n'en saurait rien dire. Contentons-nous de ce que raconte Arrien% qu'à Trapézonte (Trébizonde) l'empereur voulut contempler la mer du même lieu où les Dix-Mille avaient jeté leur cri de joie, en reconnaissant l'Euxin et le terme de leurs travaux. Sur ce site admirable et pour rappeler ce double souvenir, on éleva une statue du prince qui, le doigt étendu, montrait la mer, mais peut-être aussi le temple de Mercure qu'il avait donné à cette cité marchande, et le port qu'il avait construit pour ses navires, jusqu'alors sans abri dans la mauvaise saison.

Nous ignorons ce qui lui arriva dans la capitale de la Syrie, grande cité, riche et dissolue, qui avait bien vite relevé les ruines du récent tremblement de terre, et où l'on ne pouvait tenir un soldat trois mois sans faire de lui un efféminé ou un séditieux. Antioche l'irrita probablement, comme Julien plus tard, par les sarcasmes d'une population vaniteuse et insolente, également incapable de rester sans maître et d'en garder un. Hadrien, qui avait élevé ou aidé à construire des monuments d'utilité publique dans la ville où il avait pris la pourpre, voulut restreindre l'étendue de la circonscription dont elle était la métropole % en créant une seconde province de Syrie, projet qui semblq n'avoir été exécuté que sous Septime Sévère. Il avait lu sa fortune dans la fontaine sacrée de Castalie à Daphné : il ferma cet oracle dangereux.

D'Antioche il se rendit à Héliopolis ou à Damas, limite de la langue

' Voy. page 14.

- Peripl. Ponti Euxini, 1. Il doit avoir fait des libéralités dans le Pont, car Néocésarée (Nicsara) et Aniasie (Amasiah) prirent son nom. Cérasonte (Keresonm?) commença par lui la suite de ses médailles impériales, et Amisus (Eski-Samsun) frappa à son effigie de nombreuses monnaies en argent.

' Borghesi, Œuvres, IV, IGO-175. Plus tard, on lui retira même toute garnison : -h S-it àçu- >^ay.Tc'; -i x.x\ arfaTiÛTuv Èp/,u.o'; èan (l'rocope, B. P., I, 17). « U y avait fait construire, dit Malala [Clironoyraph., p. 362), un bain public, un aqueduc qui portait son nom et un théâtre. Au moyen d'une forte digue, il détourna les eaux qui se répandaient dans des ravins et étaient perdues pour la ville; cette digue les contenait, malgré leur violence, et elles étaient conduites auprès du théâtre, d'où elles se répandaient dans tous les quartiers. Il fit également construire près des sources de Daphné un temple consacré aux Muses, où ces sources formaient cinq fontaines jaillissantes. »

LKS ANTONINS (96-180)

Monnaie dp l'nliiivrc '.

Monnaie de Pétra, fiMlipée à Damas'.

et cK' la iialionalité syi'iennes; au delà c'était le désert, la race arabe, la vie sous la teute et les longues troupes de chameliers allant chercher, à Ctésiphon et sur le golie Persique, les denrées de la Perse et de l'Inde. Le monde romain communiquait avec l'empire des Parlhes par trois routes : l'une, an nord, avec divers embranchements, que suivaient les armées, le commerce timide; et les voyageurs isolés s'acheminant vers la haute Mésoj)otamie ; deux, au sud, à travers le désert et abou lissant à peu près au même point, vers la rc'gioii où l'Euphrale et le Tigre se réunissent pour tomber ensemble à la mer : c'était le chemin des caravanes. Lorsqu'elles revenaient du bas Kn|)hrate, celles-ci, selon qu'elles voulaient atteindre la Méditerranée à Alep, pour gagner l'Asie Mineure, ou à Gaza, pour descendre en Egypte, prenaient au nord-ouest vers la Cœlésyrie, ou à l'ouest par le pays des Nabatéens. En abordant la frontière romaine, ces deux routes se reliaient à une autre qui, de Damas à Pétra, suivait la limite des terres cultivées et du désert, de sorte que, à elles trois, ces routes formaient un immense triangle ayant son sommet vers la Characène*, sur le Pasitigre, sa base le long des dernières pentes de l'Anti-Liban, et ses deux côtés à travers le grand désert.

Dans « le pays de la soif », les marchands n'avaient semé ni villes ni villages; ils y ])assaicnt vite, ne s'arrètant qu'aux puits qui jalonnaient le chemin ; mais ils avaient, de temps immémorial, établi leurs entrepôts autour des sources de Palmyre et dans l'enceinte inexpugnable des rochers de Pétra. C'est là que se signaient les sauf-conduits achetés aux Arabes et qu'on dépo-

MniMi.'ii.' de Gérasa ^.

Muiinaie de l'Iiiladelphic'

' IIAAMTPA. Vicloirc Icnaiil une l)alaiic(' au-dessus d'un cipj)e. Monuait; de bronze.

* nKTi'V ivnrn'oiiOAlc. Fcuimc tom-elée, assise sur un rocher, la main droite étendue et porlaiil des l'pis di; la gauclic. bronze d'Hadrien.

s a1'TP:mic TïxH FEI'ahîN {Arlémis, fortune rfcs habUatiLi de Géram). Buste de Diane; audessous, le croissant *Je la lune. Monnaie de hrouze.

* Charax, capitale de ce petit État, occupait à peu près la place de Hassorali.

' TrXH 'l>rAA\i;A>i)KON (Foiliuie lie i'hiladeljiliic). Tète tourelée, sans doute la personnilicatioii df; la villr. Bronze

HADRIEN (l!7-!5^).

sait les marchandises, là qu'étaient i-éunis les provisions, les montures et les guides. La conduite d'une caravane était une expédition dilïicile qui rapjtortait toujours de l'honneur, souvent du profit, et les premiers magistrats de ces villes en acceptaient la charge'. Des inscriptions célèbrent encore leur habileté ou leur courage, et des

Temple de Jupiter, à Gérasa (Album du dite de Luijnes, pi. 49).

statues leur étainet élevées par ceux dont ils avaient sauvé la fortune ou la vie ^

Au delà de ces deux oasis, du côté de l'Euphrate, rien que le vide; mais, derrière elles, de grandes cités : Baalbeck, Damas, Bostra, Gérasa, Philadelphie, dont les ruines comptent parmi les plus belles que nous connaissions.

1 Voyez les Inscriptions sémitiques de M. le comte M. de Vogiié, p. 8 et G3.

« ïd. ibid., W"i et 5. L'inscription n" 4 dit : « Cette statue est de.... Zébéida. Elle fut élevée par les négociants de la caravane qui descendirent avec lui à Vologésias.... potu' avoir bien mérité d'eux. » Et elle est datée d'avril 1 i7. Le tombeau de ce Zébéida. contemporain d'Hadrien, exisie encore. {[l>id., p. 47.)

Comment se produisit ce phénomène de grandes cités florissant à l'extrême frontière de l'empire et an bord du désert?

Les malheurs de ses voisins avaient l'ait la l'ortunc de cette région. Beaucoup de lamilles grecques qu'Alexandre et ses successeurs avaient entraînées sur leurs pas, au fond de l'Asie, reculant devant la réaction des races indigènes, s'étaient repliées sur la Syrie, la première terre où elles avaient retrouvé quehpie chose de leur langue, de leurs coutumes et de leur religion'. Un autre flot d'hommes lui arriva du côté opposé. Au temps des ilérode, la Palestine était fort riche et la Cialilée couverte d'une po])ulalion exubérante. Durant la guerre (re.xterraination conduite par Titus, une foule d'habitants de la rive dioilc du Jourdain passèrent sur la rive gauche, qui aj)partenait alors au roi des Nabatécns, et montèrent jusqu'à Damas, Iléliopolis, Palmyre, où l'on a la |)reuve de l'existence d'une communauté hébraupic". A une époque incertaine, des Arabes Himyarites, émigrés du Vémen, s'étaient établis dans le Ilaouran et le Belkà; sédentaires et ciillivaleurs, ils pi'olégèrenl le pays contre les Arabes des tentes, et Bosira leur capitale devint le grenier de ces régions'". Ce qu'on api)elle le désert, du moins de ce côté, n'est en effet qu'une terre en friche. Que l'homme y vienne, et qu'une police habile à contenir les montagnards et les nomades lui donne la sécurité, et il utilisera, dans ces cantons facilement arrosables jusque vers la mer Morte, les eaux abondantes des montagnes qui, sous un soleil brûlant, feront produire à la terre de riches moissons. Après les coups fraj)pés par Corbulon et Trajan sur les Parthcs, après l'ordre sévère mis en Judée par Titus, dans la province (VArabie par Cornélius Palma, de nombrcMises populations étaient accourues en ces régions ; et la bonne police établie par Bome et Hadrien y développait une prospérité jusqu'alors inconnue.

En outre, ces hommes, ({ui plus tard se montrèrent dans leurs

" Au prciiiior et au second siècle de noire ère, l'usage du grec était vulgaire dans la Syrie f I dau'^ la région arabique qui confine à la Palestine et à l'Kgypte, comme le prouvent les in-;cri|)lions grecques des stèles placées au pourtour du second périhole du lem|)lo de Jérusalem, ridioiu(! dont se sert l'Aral^! qui sauve A|ipi('n (dans le Iragnicnt d'Appien retrouvé |)ar Miller), les h'-^'eiides grecques des médailles des rois de la Characène, elc. (If. Comptes rendus de l'Acad. des iiiscr.. 1X72, p. 12!l l't iôT.

* Derenbourg, Hisl. de la l'idesliiie, p. 'i'-I, 224 et 402, et de Vogué, Inscriptions araméennes, w 65.

' Welzstein, Reiscberichl ûber Hauran itiul die Traehonen, ji. 107. Il parait mettre cet établissement avant le règne de Trajan. M. Caussin de l'erceval {Hisl. des Arabes, 1, 212) le place vers l'année 190 de J. C.

HADRIEN (I17-]r)8). 81

colonies d'Espagne les plus habiles irrigateurs du monde, ont eu dans tous les temps le génie du trafic. Arabes, Grecs, Syriens, Juifs s'adonnèrent avec ardeur à un commerce que le goût croissant des denrées orientales rendait chaque jour plus actif et qui se fit en toute sécurité au milieu de « la paix romaine ». La vitalité de l'empire se montra énergiquement dans cette province, où affluaient les hommes et les choses, les exilés de la Grèce asiatique et les proscrits de la

Mur dit de Salomon ou assises cyclopéennes de Baalbeck.

Palestine pour la peupler , les laboureurs et les marchands pour l'enrichir, les soldats pour la défendre'. L'art suivit la fortune qui l'appelait et enfanta les merveilles de Baalbeck et de Tadmor, où un seul portique, soutenu par des colonnes de marbre, avait 4000 pas de longueur. Ainsi s'explique que la mer de sable ait donné à ces villes la richesse que l'Océan donne à tant de cités maritimes ; c'étaient les ports du désert.

• Sous Alexandre Sévère, six légions, suivant Dion Cassius, campaient dans cette région, deux en Syrie, deux en Judée, une en Arabie, une en Phénicie.

Ll'S ANTONINS (i)(i-l80)

Cette prospérité datait de loin, puisque quelques-unes de ces villes remontaient aux temps bibliques et que les architectes romains ont élevé leurs monuments sur des substructions colossales. A Baalbcck du moins, l'enceinte des temples du Soleil, qu'Hadrien commença, et de Jupiter, que Sévère construisit, a pour assises des pierres d'un calcaire fort dur, dont trois sont longues chacune de 20 mètres, hautes de 5 et larges d'autant ; une quatrième, plus grande encore, est restée dans la carrière, à 1000 pas de là.

Demeurée longtemps comme Damas dans une dépendance incer-

Buste lauré d'Uadi'ieu'.

Restes du temple du Soleil, à Baalbcck.

taine de l'empire, Palmyre avait enfin reconnu, après la soumission de Pétra (105), l'autorité directe de Rome^ Hadrien y arriva en l'année 150' avec sa légion d'ouvriers. Nous ignorons ce qu'il y fit,

« AïTOK.. AAPIANOC CEBACioc. L'empereur Hadrien Auguste.

* Voy. t. IV, )). 709. Avant cette date, Palmyre fournissait des auxiliaires; ainsi Titus, dans la guerre contre les Juil's, avait eu des archers i)ahnyréiiiens,ctron en trouve dans les troupes cantonnées en Dacie et en Nurnidie.

* Une inscription bilingue mentionne une statue élevée, en avril 131, « à Maie, qui était grefTier lors du voyage d'Hadrien. » (A. de Vogiié, n" 10, et Waddington, n° 2585.

mais il doit avoir laissé des preuves de sa libéralité dans une ville qui avait, pour sa politique générale, une extrême importance, puisqu'elle se trouvait au point de contact des deux empires, et que, en lui donnant les moyens de développer son commerce, il se donnait a lui-même de nouvelles garanties pour la paix. Sur la route qui va

i'uiinyre. Kestes de la Coloiiiiaae.

de Damas à Palmyre, et de cette ville à l'Euphrate, on a trouvé les traces d'environ quarante-deux postes ou châteaux forts, à trois heures de distance les uns des autres*. Les soldats romains ne peuvent avoir occupé tous ces postes; mais on a la preuve qu'ils tenaient garnison dans quelques-uns de ceux qui jalonnaient la première partie de cette

» Le consiri de Prusse à Damas déclare tenir ce renseignement du cheick Muhammed-ibn- Dûhi. Cf. Wetzstein, Reiscbcriclit ûhcr Hauran wtd die Trachonen (1860), p. 105.

route: cl comme Trajan, venu, sur la fin de sa vie, en Orient pour une grande guerre, n'a pas eu le loisir de songer à ces précautions de la paix , c'est qu'IIadricn les a prises lorsqu'il parcourait luimême ces étapes. Une part doit aussi lui revenir dans les magniliques constructions que Palmyre commençait à élever '. Il lui donna les privilèges du jus Italicum, avec le titre le plus envié par les cités provinciales, celui do colonie'; et de grandes largesses ont certainement accompagné ces faveurs, car la ville voulut s'appeler Ha= drianopolis''.

La province d'Arabie était de formation récente. Palma, qui l'avait conquise en 105, Trajan, qui l'avait organisée en lOG, n'avaient pas eu le temps de pourvoir à tout. Ce qu'il restait d'essentiel à y faire, Hadrien l'exécuta, puisque la province consacra des niéd'àïWea Rcslitutori Arabiw; Cérasa fit commencer à lui la suite de ses monnaies impériales, et Damas en frapi)a avec la légende : « Au dieu Hadrien, » ou avec la double effigie de l'empereur et de l'impératrice. Tiajau avait fait la fortune de Bostra en y établissant une légion. Pour reconnaître quelque libéralité d'IIadricn, sans montrer une trop vive ingratitude envers son prédécesseur, la ville cessa momentanément de mettre sur ses monnaies le nom de son Le dieu iiadricu ». sccoud fondateur, mais ne le remplaça point par celui (lu nouveau prince. Au milieu de tant de basses adulations, celle (latlerie contenue était presque de la dignilé. lladiieu s'occui)a certainement de l'ancienne route de chameliers qui allait (le Damas à Pétra. Ses soldats, qu'il savait faire travailler, construisirent, en diverses directions, des voies mililaires dont on voit les restes, même sur le plateau deMoab^ et la capitale du lïaouran devint le centre d'un grand commerce qui portait à Damas les dattes du Hedjaz elles parfums de l'Yémen; dans l'Arabie, les blés, les raisins secs de

' i'.ï. Hiih. Wood, les Ruines <h Palmijre; ces mnniimenls ont tous le caractère de l'arclii- Ipctnic des Aiiloiiins.

* Le nom d'AunliNs, porli' |i:ir plusieurs slrafi't^cs de PalinyivN a l'ail alfrihiior tons ces bienfaits à Anionin, (jui, av;nil son av(''n('ni(;nt, s'appelait Tiliis Ainclins Kulvns; le nom pris par la villi; rend plus jn-olialiie la désif^nalion (J'Iladi'ien. I).nis un village du voisinage, on

a trouvé un naos consacré à Baaisamin.... ûttèo cwr/;:îa; 'A'^siavcù ((Je Vogué, Inscr. aram.,

s A-îpwr, ï\i>.^ji% iC . I. G., n<" 4482 c 001.),.

♦ eE(;C AAPIAKOC (le DIEU HADRIEN). jMoyen bronze de Damas. ' Cl. lley, VoijiKje dans le Uaouian, ji. 156

la vallée du Jourdain, et les étoffes de l'Asie Mineure; aux ports de la Méditerranée, les denrées de l'Orient que ses caravanes allaient chercher directement aux entrepôts du bas Euphrate'. Vers la mer Morte, l'attention du voyageur impérial, qui ne voulait négliger aucune curiosité de la nature et de l'art, dut être éveillée par les sombres récits qui couraient sur ce lac étrange aux eaux pesantes et amères qui ne peuvent nourrir un être vivant, et où Vespasien avait fait jeter des criminels garrottés pour s'assurer que les corps humains y surnagent. Mais il n'était pas donné, même au plus intelligent des empereurs, de trouver, en parcourant ces lieux, l'intérêt qu'y rencontre aujourd'hui le dernier de nos voyageurs, lorsque, au flambeau de la science moderne, celui-ci voit les hautes cimes du Liban couvertes de neiges éternelles et, de ses glaciers, sortir de puissants cours d'eau ^; dans le Haouran, les montagnes qui s'agitent sous l'effort des feux souterrains, et la plaine, fouettée par une tempête intérieure, qui se soulève comme une mer orageuse ' ; enfin sur une ligne de 800 lieues, du Bab-el- Mandeb aux sources du Jourdain, la terre qui se déchire, et, au sud de l'immense fissure '% l'océan Indien se précipitant entre l'Afrique et l'Asie, tandis que les eaux du nord, arrêtées par un ressaut du soP, s'accumulent dans le gouffre du lac Asphaltite, la dépression la plus profonde des trois continents. On n'avait pas encore écrit cette terrible

• Caussin de Perceval, Hist. des Arabes, I, 519.

2 M. Lartet croit avoir trouvé des moraines et des stries tracées par des glaces en mouvement sur les rochers des montagnes, dans la Palestine, la Syrie et l'Arabie Pétrée. Aujourd'hui le Liban n'a plus de neige qu'en hiver.

' Tout le Haouran est couvert de cratères, de cônes et d'immenses coulées de laves brisées sous mille formes : « On dirait des vagues soulevées par une tempête. » (Rey, Voyage dans le Haouran, p. 65: sur le caractère volcanique de cette région, cf. Wctzslein, Reisebeficht ûber Hauran und die Trachonen.

* Les anciens appelaient déjà Syrie Creuse la partie septentrionale du vaste sillon ([ui s'étend du Liban à la mer Rouge. La partie moyenne a reçu des Arabes le nom d'El-Glior, la vallée creuse, et la mer Morte, qui égale à peu près en superficie le lac de Genève, en marque le point le plus bas, 595 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée, d'après la plus récente exploration. Voy. Lartet, Géologie de la Palestine, p. 16, 55 et 256. L'évaporation, extrêmement rapide au fond de ce gouffre, enlève en vingt-quatre heures une couche d'eau de 15 millimètres. Aussi le Jourdain, qui à l'époque des crues y jette 6 millions de mètres cubes par jour, ne peut en relever le niveau. Cependant les montagnes dont elle est enveloppée portent la trace d'un niveau très-supérieur, sans doute à l'époque où le Liban avait des glaciers. D'après le même géologue, le niveau du lac de Tibériade est à 212 mètres au-dessous de la surface de la Méditerranée, mais, sur le flanc des collines qui l'entourent, on voit des galets roulés à une altitude qui prouve que le lac avait autrefois le même niveau que la Méditerranée.

' Le seuil qui sépare les bassins de la mer Morte et du golfe Élanitique paraît élevé de 160 mètres au-dessus de l'Océan,

LES AiNTOiMNS (1)0-180).

page de l'histoire de la terre, et Hadrien, en ces mêmes lieux, n'entendait parler que de quelques villes misérables, détruites par la colère du ciel. La légende, comme il arrive souvent, était moins grande que l'histoire.

De la pointe méridionale de la mer Morte, Hadrien gagna le Wadiel-Arabah, « le fleuve sans eau », qui s'étend jusqu'au golfe Élanitique. Après une marche de trente heures, il arriva au voisinage du mont

Tombeau, à Pétra*.

Hor, dont le sommet, suivant une tradition biblique que les musulmans ont gardée, porte le tombeau d'Aaron, et, par une gorge étroite où le soleil ne descend jamais, il entra dans la capitale des Nabatéens. Dès le temps de Strabon, on comptait à Pétra beaucoup de Romains qui étaient venus s'établir chez ce peuple entre les mains duquel se trouvait, pour une bonne partie, le commerce du bas Euphrate et de l'Inde avec l'Egypte. On rencontre encore çà et là les restes d'une voie romaine qui jeliait la Palestine à cette ville, et l'un de ses monuments

• M. llillorf croit ([iic la pointure fie Pompéi mise à la page H'i a servi de prototype à un tombeau à deux étages de l'étra. MM. de Laborde, Linant, Burckhardt et Banks ont vu ce nioiMirnent colossal iiue les Arabes ap))ellent Karzr Fariiouni, palais de Pliaravit, et qui est plus élevé que noire arc de l'Étoile. Cf. licnie unhrol., ISIiîi, tome VI, 2' partie, p. 110.

HADRIEN (H7-ir>8).

rappelle une élégante peinture dePompéi. Quelques-uns doivent dater du passage d'Hadrien, car, en signe de sa reconnaissance intéressée, Pétra prit le nom de ce prince et commença par lui la série de ses monnaies impériales.

Dans la Palestine, Hadrien donna une plus grande activité aux tra-

ilipii^T:/-'-::;;^^ \ /

lia;iiiihsii!ÏH)B''S"

iiii'il II! illipilpiï'*'"ïliî

Peinture de Pompéi, dont l'architecte de Pétra s'est peut-être inspiré.

vaux de la colonie romaine et des temples qu'il avait fondés à Jérusalem, ce qui fera éclater bientôt une formidable insurrection'.

n entra en Egypte par Péluse^ où il honora la mémoire de Pompée en élevant un monument funéraire à celui qui avait eu des temples et n'avait pas un tombeau. Naguère toute la vallée du Nil avait été en grande agitation" : Apis s'y était manifesté après de longues années

1 'AJptavri llsTpa jj./jTpsTOXi; (C. /. G., 11° 4667). Je crois qu'Hadrien a passé par les lieux où je l'ai conduit, mais je ne puis assurer qu'il les ait visités dans l'ordre que j'ai suivi. - .... peragrata Arabia, Pelusium venit (Spartien, Hadr., là). ' Cf. Juvénal, SaL, XV.

d'absence. L'étrange dieu n'était pas facile à trouver, car ses adorateurs

voulaient qu'il prouvât sa divinité, en laissant voir sur son front une tache blanche en forme de croissant, sur son dos la figure d'un aigle, au-dessous de sa langue l'image d'un scarabée : exigences auxquelles il ne pouvait satisfaire sans un peu d'assistance sacerdotale et beaucoup de crédulité populaire. Il y avait d'autres condilions d'ordre surnaturel qu'il était plus difficile de vérifier : Apis devait être né d'une génisse vierge fécondée par un éclair descendu du ciel. Grâce à ces merveilles, le dieu était en grand honneur dans toute l'Egypte. Les villes s'en étaient disputé la garde à main armée ; Alexandrie même, la ville grecque, avait prétendu à cet honneur. Hadrien était en Gaule au moment de ces désordres; il évita sagement d'y mêler l'autorité impériale et les laissa s'apaiser d'eux-mêmes; lorsqu'il arriva, depuis longtemps le calme était rétabli, le dieu enfermé dans son temple, et les ouvriers occupés à tailler son tombeau, qu'un Français a retrouvé au Sérapéum, sous la colline de Sakkara*.

L'Egypte semble avoir plu médiocrement à ce grand curieux. Elle avait perdu sa forte vie religieuse et nationale ; l'art même y était arrivé au dernier terme de la décadence, ainsi qu'en témoigne le petit temple élevé pour Nerva près des cataractes de Syène.

Cliamhre sépulcrale d'un Api?, au Sérapéum (d'après Mariette).

Hnthor, la V(;nus égAplicnne.

(Caillée du cahiuet

de France, n* 175.)

' M. MaricUc. Il lo (l('>couvrit avec Iteaucoup d'autres, y compris celui du dernier Apis. La révolution relii^icuse qui avait tué le dieu a fait laisser sou tombeau, monolithe pesant GO 000 kilogrammes, à moitié chemin de la cella qui devait le recevoir.

HADIUEN (1i7-ir)S)

Une image d'ITnfhùi' qu'on date du temps d'ïTadrien n'est ni grecque ni égyptienne, elle n'a ni la grâce des statues- de l'ionie ni la majesté imposante des œuvres pharaoniques. Cependant, conmie les momies de ses prêtres avec leur masque d'or, l'Egypte brillait d'un éclat étrange fait des gloires du passé et de la richesse du présent. Aucune invasion n'avait violé ses temples ni renversé les monuments de ses rois; les Ptolémées avaient ajouté les œuvres de l'art grec à

Reslar.ratiou du temple de Pliilœ, près des cataractes de Syèiie.

celles des Pharaons, et elle était le centre d'un immense commerce, le foyer d'une activité bruyante. Les esprits y travaillaient comme les bras; toutes les denrées de l'Orient passaient par Alexandrie, toutes les idées philosophiques et religieuses du monde venaient y retentir. Ce bruit fatigua le prince que charmait la calme sérénité de la vie athénienne, s'écoutant au milieu de ces chefs-d'œuvre de l'art et de la pensée qui, par leur beauté seule, élevaient doucement l'esprit vers les sphères supérieures. Alexandrie, fournaise ardente où tout roulait et se mêlait, scories informes et métal précieux, faisait regretter à Hadrien les templa serena de la Grèce, d'où le sage regardait le monde avec tranquillité'.

• Voy., dans le Ni(jnnu% de tiicien, le tableau de la vie alliénienne, et, dans Aulu-Gelle

Antre crime aux yeux du prince artiste : Alexandrie était laide. Tristeuu^nt assise sur une grève désolée, entre un lac salé et la mer, au point où 1(> désert liuit, Alexandrie n'avait ni la grâce des cités grec- (pies, où la nature était toujours jjour moitié dans la grandeur des (l'uvres (le l'homme, ni le charme des villes d'Orient, qui sont parfois, comme le Caire anjonrd'liui, d'incomparables guenilles. En partie détruite durant la grande insurrection juive des derniers jours de liaj.ni, (A\c, n'avait sans doute i)as encore relevé toutes ses ruines, (jU{)i(|ue Hadrien eût largement pris part à la dépense'; et la grande rue de Canope, malgré on à cause de sa régularité, le palais des rois, avec son immense étendue", le Phare, qui n'avait de beauté que pour les navigateurs'", ne suftisaient pas à réveiller une admiration lassée par les merveilles de l'art grec.

L'ami des philosophes prit d'abord jdaisir à visiter la bibliothèque, le Musée, et à s'enlrelenir avec les savants hommes attirés par ces écoles fameuses. 11 leur |)roposa des questions et les discuta avec eux; mais ne leur Irouvanl (|n'iine science troublée et vaine, il j)réj)ara la ruine de la vieille institution, en y créant des sinécures parle don à des absents « de la pension égyptienne* », tandis qu'il avait doté les écoles d'Athèneo et de l'Asie Mincmi-e de chaires"* qui y entretenaient la vie. Ce n'est jioint qu'il s'inquiétât de la liberté dont on y jouissait. Les t'iupciciirs avaient gardé un fonctionnaire (pie les Ptoiémées chargeaicni de eonlcnir toute exubérance, l'épistolographe, sorte de ministre des cultes et de la littérature. Aussi Timon appelait-il le Musée « la cage des Muses », faisant entendre (jue les oiseaux de prix nourris dans celle royale volière n'avaient pas la licence de chanter sur tous les tons °. Cette littérature, en effet, et ces i)hilosophies étaient fort inoffensives. Les subtilités de la grammaire et de l'étymologie en

(Wll, 8), la simplicité de mœurs (|iii y réf,Miait. Le philosoplie Taiirus régalait le soir ses élèves, Aiilii-Gelle compris, d'im i)lat de Iciilillcs et de (pielqiies tranelies de concombre.

* Saint Jérôme, Chron. ad utin. 118 : Umlrianus Alexandriam a Romanis siibversaw publicis insUiuravit impensix.

* Strahon, XVll, i, 8.

' M. K. Allard. ingénieur des [mnts el chaussées, a l'ail, dans la fcrande publication rpii a )>oiw lilre les Travaux piihlics de la France, une savante étude des phares de ranlifpiit(''. Il rédnil la haulenr de celui d'Alexandrie à 80 mètres et sa portée optique à 22 milles marins, ou environ -42 kilomètres.

* Tt,v \lyj--{7.'i cÎt'/ioiv.

s epwii (Matler, l'École (F Mer., p. 285).

''• Letronue, Inscr. d'f>(i!iijle,l. 1, p. .'îdl : Moya-'uv TâXapo?..,. Tro).uTi[M<iTaTot opviôe; (Athénée,

I, |i. "2i d). Timon vivait sous l'hiladeljihe.

faisaient surtout les frais. Ou (liscutail les textes anciens, non l'autorité (lu prince; on dissertait sur les entités métaphysiques, mais point sur le meilleur des gouvernements ; on vivait dans les temps mythologiques, heancouj) plus (pi'à réi)oque présente ; et les plus hardis bornaient leur audace à essayer de sauver le paganisme en rex|)liquant par des allégoi'ies. La magie, la tliéoso})hie, avaient là leur foyer; le gnosticisme y ilorissait ; les doctrines y étaient comme ces fleuves aux rives incertaines qui s'étendent au loin et confondent leurs eaux limoneuses*.

Hadrien dut se plaire moins encore à Memphis, car les rois grecs n'avaient point respecté la cai)itale des Pharaons, et depuis longtemps

Sabine. Le phare.

Monnaie d'Alexandrie -.

Monnaie coniinénioralive

dn voyage d'Hadrien en Egypte.

(Bronze IVappc à Alexandrie.)

ses palais servaient à bâtir ceux d'Alexandrie. En voyant naguère, sur remplacement de cette ville, quelques amas de briques décomposées et une forêt de palmiers balançant leur tète élégante au-dessus des lieux où s'élevaient les palais des rois, je me demandais si Memphis avait jamais employé, pour les édifices particuliers, autre chose que des briques séchées au soleil. Ce peuple habitait, comme à présent, des maisons de boue, mais construisait pour l'éternité ses temples et ses tombeaux ^ Il ne semble pas qu'Hadrien ait été frappé de la majesté sombre et religieuse des grands édifices de la haute Egypte. Dans sa villa de Tibur, où il voulut avoir une représentation des plus

* Il se peut qu'un homme supérieur, Plolémée, fût alors à Alexandrie; il s'y trouvait du moins neuf ans plus lard.

* Au droil, l'impéralrice Sabine : CAr.I>A cr.DACTH ; au revers, L.ENNEA KA. Le phare surmonté d'une (Igure debout, placée entre deux triions sonnant du buccin. Bronze.

' Quelques-uns des tombeaux de Memphis subsistent à Sakkara; mais les temples ont disparu. Du temps de Strabon, Memphis était déjà en décadence, et l'on y puisait comme dans une carrière. Il nous reste des monnaies de bronze commémoratives du voyage d'Hadrien. Sur l'une est représentée la ville d'Alexandrie allant au-devant de l'empereur monté sur un quadrige; une autre, que nous donnons, le représente voyageant sur le Nil.

92 LKS ANTONINS (0()-180).

beaux monuments qu'il eût remarqués durant ses voyages, on signale à jUMue un souvenir d'Kgypte, le Canope, long bassin destiné à des jeux nautiques, et qui n'avait d'égyi)tien qu'un petit temj»le de Séra})is bàli à son extrémité et quelques statues apportées des bords du Nil ou eoi)iées sur celles des Pharaons.

Tandis qu'Hadrien remontait ce lleuve, Antinous s'y noya par accidenl', ou en se dévouant j)our son maître, un dieu ayant déclaré ce sacrilice nécessaire au salut de l'empereur. Si la dernière version est vraie, ce dieu voulait des mamrs honnêtes; raffcction d'Hadrien était

Anlinoiis liéiliù-.

Totc (l'Antiiioiis, ^iir un iiir(l:iilloii de bronze frappé à Sniyrne.

un scandale et sa douleur fut une honte. Il fit d'Antinous un dieu dont l'image se dressa dans les villes d'Asie, et la divinité homicide rendit des oracdes qu'Hadrien se [)laisait à composer : satire du paganisme plus sanglante que celle de Lucien, qui pourtant fera bientôt si rude guerre aux dieux. Il est à noter que ce culte de la beauté masculine appartient exclusivement à l'Orient hellénique. Si l'on a trouvé à Home (!t dans ses environs beaiieon|) de bustes et de statues d'Antinous, nous n'avons (pTuiie seule inscription latine en son honneur, et aucune monnaie de l'abricalion l'omaine m^ ])orte son nom'.

(lette a])othéose du vice grec, quelques belles statues du nouveau dieu qui servirent à renouveler les types de Bacchus et d'Apollon,

* C'est Jo ri'cif fiiiVn (il ILuliim, (|iii fonda uuo ville, Aiiliiiopolis, près do l'endroit où son favfiri élnit mort le ."Ooclolire ITjO, à Clirykii-Ahàdeli, dans la jirovince deMinyeli. Dion prétend qu'Antinous fut immolé en sacrifice connnc victime volonlaire (lAlX, 12). La dernière version, plus tragique, fut n.iturejlemenl celle qui courut le plus. Aniinopolis fut bâtie et organisée comme ime ville ^'recque. Le lomlieau du favori, digne de ceux des ancien:; rois, fut précédé de sphinx eld'oliélisfpies.

' M'innnie avec une légende grecque siginlianl : Hudilius Marcellus, le prêtre d'Antinous.

* Ondli, n" 82.Î.

Antinous en Bacchus. Statue trouvée à la vida Hadriana. (Vatican, salle Ronde, u" 540.)

des inscriptions sur le colosse de Men.non et la fondation d'Antinopolis, qu'nne ronte garnie d'aiguades, de stations et de postes fortifiés

reliait aux ports de la mer Rouge', voilà tous les souvenirs qui nous restent du séjour d'Hadrien en Egypte. Il y en aurait un autre, si la

* Cette route, appelée rw Hndriana. allant d'Antinopolis à Myos Hormos au travers du désert, puis le long de la côte jusqu'à Bérénice, fut achevée en 157, d'après une inscription trouvée par M. Mariette et expliquée par M. Miller, Revue archcol. de 1870, p. 513. Au Djebel-Dokhan, ou se trouvent les carrières célèbres de porphyre et de granit rouge, dans une vallée aujourd'hui iniiabitable, se voient les ruines d'une ville fortifiée et un temple commencé, mais non aciievé, qui porte une inscription grecque du temps d'Hadrien. (Letronne, Inscr. (ÏÈcjijple, I, p. 1 18.)

mos.iïqiip {\o Pnlostriiia roprésontait son voyngo on ce pny*^. On doit rcnoncci' à cette attribution', .le crois an contraire à l'anthenticité de la lettre du i)rince à Servianus. L'allure, il est vrai, ncn est pas impériale, mais Hadrien ainiail à rire et à se gausser des gens. « Très-cher Servianus, je connais bien cette Egypte dont tu me taisais l'éloge, ce peuple inconstant et léger qui, au moindre bruit, s'agite et court, cette race séditieuse, insolente et vaine. Leur ca})itale est riche; tout y abonde, et personne n'y est oisif. Les uns sourtlcnt le verre; les autres fabriquent le papier ou tissent le lin; chacun a un métier et s'y applique, même les goutteux, même les avc^ngles. Leur dieu à tous, chrétiens, juifs et le reste, c'est le gain. Il faudrait aussi d'autres mœurs ù cette cité qui, par sa graiulenr, mérite de tenir le premier rang en Lgypte. J'ai fait pour elle tout ce qu'elle a souhaité; je lui ai rendu ses anciens privilèges ; je lui en ai donné de nouveaux. Moi présent, ce n'étaient qu'actions de grâces; à peine fussé-je éloigné qu'ils ont outragé mon lils Yerus, et tu sais, je pense, tout ce qu'ils ont débité sur Antinous'. »

Cette lettre est d'un artiste que le bruit des métiers ennuie ou d'un piinci! que la liberté de parole irrite : ])rol)al)lemcnt les deux à la fois; dans tous les cas, il semble qu'Hadrien n'ait été frappé en Egypte que de la turbulence des Alexandrins ; mais nous retiendrons, à l'honneur de sa mémoire, qu'insulté par des gens d'Antioche et bafoué par ceux d'Alexandrie, il se contenta de répondre aux uns en leur retirant un titre, aux autres en nous laissant d'eux un portrait dont tous les témoignages attestent la ressemblance. Théodose sera moins patient à Thessalonique.

L'impératrice Sabine, qui semble avoir accompagné Hadrien dans beaucoup de ses voyages, le suivit certainement en Egypte et remonta le Nil au moins jusqu'à Thèbes, pour y voir la statue de Memnon, ce fils de l'Aurore qui, chaque matin, saluait l'apparition de sa mère par un bruit mélodieux. Nous apprenons par « un bas-bleu du

' Celte lliL'sedo ral)bé B;irtlu';loiiiy (.1/rm. de l'Acad.des inscr., t. XXX, p. 503), combattue par Winckelmann (HUt. de l'Art, 1. VI, chap. v, § t4), est abandonnée et parait devoir l'être. Voy. Maspéro, Biblioth. de rtlcole dea haiiles Éludes, t. XXXV, p. .^O. Mais rien ne prouve que le voya;.'!' d'Hadrien en K;,'yple n'ait pas mis à la mode la reproduction de scènes égyptiennes, urises au hasard sur des monum.'iils l'^yptiens par cpieKpie artiste voyageur ou imaginées et groupées par lui, pour donner une idée de l'étrange pays où Hadrien venait de séjourner.

* Vopiscus, Satura., 8; il déclare avoir pris cette lettre dans les livres de l'idégon, affranchi d'Hadrien, et je ne vois aucune raison de la considérer comme apocryphe. Sur les Alexandrins, cf. Dion Chrysostome. Oral.. XXXH. et Ammicn Marcellin, XXll, G.

temps' », la poétesse Balbilla, que le dieu, mauvais courtisan, parut d'abord ne pas sentir l'Iionueur qui lui était lait et se soucia peu « du visage courroucé de l'impératrice »; Sabine dut lui l'aire deux visites avant qu'il daignât lui répoiulre. On le lui a bien rendu, ba science, brutale avec les dieux, a tué le Fils de l'Aurore et remplacé la gracieuse mythologie j)ar un phénomène tout physique : le bruit résultait de l'ébranlement vibratoire (lue causaient les [premiers rayons du soleil en cliassant énergiquement l'humidité dont la roche s'était imprégnée durant la nuit. Il se produit dans les granits de Karnac; de Humboldt l'a entendu dans ceux de l'Amérique méridionale, et, dans certaines conditions atmosphériques qui provoquent une évaporation rapide de l'humidité, on peut entendre partout, au bord de l'océan ou au voisinage des grands bois, ces bruits singuliers que les paysans appellent « le chant de la forêt- ».

Nous voici arrivés à la lin de ces longs voyages, sans avoir pu en préciser rigoureusement ni l'ordre ni la date"; mais c'est leur caractère qu'il importait surtout de montrer, et ce caractère se iiuihien, resiauratcur du

. -11. 1 monde. (Grand bronze.)

marque par les laits que nous avons recueillis. A présent, nous avons le droit de dire que la sollicitude dlladrien, ses réformes, ses constructions, ses libéralités, s'étendirent à tout l'empire, car nous avons des monnaies qui prouvent son passage dans vingt-cinq provinces et ses bienfaits dans douze d'entre elles ' : Restitutori orbis terranun.

Les charges qu'il se laissa ponner dans plusieurs villes ont la même signification de condescendance pour les sujets. Ainsi, il fut préteur d'Étrurie, dictateur, édile et duumvir dans des cités italiennes ^

' Letronne, Inscr. d'Égyple, t. II, p. .loO et siiiv. Balbilla célébra cetlo visifo par trois pièces de vers qu'elle fit graver sur la jambe du colosse; et comme elle les a datées, nous savons que la double visite de Sabine eut lieu le '20 et le 21 novembre 150.

- Voyez l'admirable mémoire de Letronne sur la slaliie vocale de Meiniion et le livre de Tyndall sur le Son.

5 Hadrien doit s'être arrêté en 152, au retour de son voyage d'Egypte, dans la Palestine, où commençait la grande insurrection que nous racontons plus loin.

* Ce sont les douze provinces ou régions qui firent frapper des médailles avec la légende RestUiilori, savoir : l'Achaie, l'Afrique, l'Arabie, l'Asie, la Bitliynie, l'Espagne, la Gaule, l'Italie, la Libye, la Macédoine, la Pbrygie et la Sicile. Sur d'aulres on lit même Reslituluii ou Locuplelori orbis lerranim. CL Coben, t. II, Adrien, passim, de iib à 1088.

' La ])rélure d'Étrurie était un sacerdoce provincial. Les magistrats de quelques nmnicipes d'Italie avaient conservé le nom de dictateurs.

lUO

LES ANTOININS (9G-180)

(lémar(jU(> à Nnplos, archonlc à Athènes, quinquennal à Ilalica el à Iladiia. Ou dira que ces charges n'étaient que des titres d'honneur (h'cernés par hi flatterie; je le veux hien, quoique le prince les fit gérer par un représentani ; dans tous les cas, on n'aurait pas songé à les olIVir à un (Mupereur pour (pii tout renii)irc aurait été enfermé dans rt'iicciulc de llonn^ '. Le régime municipal lui doit même une amélio-

Temiilf de Vémis et de P.oinc. (Restauration par Yaudoyer.)

rai ion que nous avons gardée : le droit pour les cités de recevoir dirccleiu.'nl, et iu)n plus, comme sous Trajan, par fuléicommis, des legs et (h)uations. (l'était leur ouvrir, étant données les mœurs romaines, une source aboiulanlc de revenus.

1,11 r.iiDiéc loi, Hadrien rentra eu Italie et n'en sortit plus. Il n'est pas hcsoiii de dire que Rome et la ])éninsule protîtèrent, comme les villrs proviuciah's, de son goût pour les constructions'. 11 répara une

' Vnv.'/rraulrps exomplf s cités dans Vliidcx (rilcn/.cii, p. Iô9.

* Spailicii nous a|)i>r('ii(l qu'il domia un ('■coulciriont aux eaux tiu lac Fucin. ou, plus probabl«;ni.'ul, <|u'il lélaldil {'(•juissairt! iusuirisaul, creusé par Claude. Selon l'ausanias, il fit creuser un [xjrt à rancieniie Sybaris, entre Briiides el Hydrunle. Une inscription, trouvée à

IIADRIKX (H7-ir)81

infinité d'édifices sans y efïacer le nom des fondateurs, ce qui, pour les Romains, était le comble de la modestie; il éleva un temple à Trajan, un autre à Vénus et à Rome, dont il lut l'architecte; il se construisit sur la rive droite du Tibre un immense tombeau qui est devenu le Château Saint-Ange, et le pont qui réunit encore cette forteresse à la

Mausolée d'Hadrien. (Restauration par Vaudrcmu.)

ville est son ouvrage. Enfin il voulut que sa villa de Tibur lui rappelât les monuments et les sites qui l'avaient le plus frappé dans ses voyages : le Lycée, l'Académie, le Prytanée, le Pécile, des temples, des bibliothèques, un théâtre, même des champs Élysées et un Tartare. C'était

Monlepiikiano, lui allrihtio la reslauratioa delà t)/« Crts-s/a depuis Ciiiusi ju.sqirà Florence : Viam Cassiaia vetustatc collapsam a Clusinorum ftnibus FloreiUiam pcnluxit millia passmunWCl (Griller, (ILVI, 2). Une autre inscription, découverte près de Nice, rappelle le rétablissement d'une autre voie : Vkiin Juliam Aiuj. a flumine Trehia quse vekislale interciderat sua pccunia restihiit (Maffei, Mîis. Veron., CCXXXI, 5) ; de même à Suessa : Viain Suessanis munkiplhus sua pecunia fecit (Gruter, CLI, ô). A Cnpra marilinia, il avait rétalili le temple de la déesse du lieu : Munificentia sua lemplum cleœ Cupne resliluil (Orelli, n° 1852). Les liabitanls de Feruli dans la Sabine (Muratori, CCXXXIH, 4), ceux d'Ostie (Gruter, CCXLIX, 7), de Tiano (Mommsen, Insa: Neap., n^ôOOO), de Sorrente (it«rf.,n" 2H2), etc., nous ont laissé des inscriptions par lesquelles ils rendent grâces à Hadrien de ses bienfaits à l'égard de leurs municipes,

^()2 LES ÂNTONINS (96-180).

,,Hniih' un musée du monde: idée lieiireiise qui pourtant venait d'un niiiriix |)lulùl que d'un artiste, car bien des choses y étaient néces- .;,nv„uMil mes.inines. Cette vallée de Tempe, avec des montagnes faites ,lr inam d'homme, ces monuments réduits à d'humbles proportions ol reconstruits loin du milieu matériel et historique pour lequel ils avi.iriil élr laits, auraient été une erreur de goût, si Hadrien, vieilli et laii>..ié. avait cherché dans sa villa autre chose que le plaisir légitime

Luc imrlic dus ruine?

villa Uadriana.

d'\ ivtioiivei à chaque pas un objel qui réveillât en lui quelque souvenir de ses ijonnes années. Les Uoniains faisaient de grandes choses cl avaient souvent le goût des petites. Lisez la description que Pline \i' Jeune nous donne des jardins d'une de ses maisons de plaisance, (jne (renlanlillages! Et à Pompéi, condiien de petites fontaines et de petites grottes cw rocaille ou en coquillages, de petits jardins et de petits iiiisseanx qui portent le nom i)ompeux iVEuiipes! A cet égard, ll.nliien Cnl pins llomain qu'un autre, et je ne doute pas qu'il n'y ait en dans sa villa de très-puérilcs imitations de monuments fameux, et (inrl.nie^ arrangemenls de terrain pour faire des sites et des fleuves

IIADIIIKN (I 17-ir>8). 105

célèbres, dût le Pénée être représenté par un filet d'eau. N'en soyons pas moins reconnaissants pour une fantaisie qui nous a valu les statues, les bas-reliefs, les mosaïques découverts dans les fouilles que, depuis deux cents ans, on pratique dans cette villa* dont les ruines

Centaure ivre, en noir antique, trouvé à la villa Hadrianu^.

couvrent un espace long de 3 milles. Beaucoup d'objets précieux des musées de Rome, l'obélisque des Barberini qui décore aujourd'hui la promenade du Pincio% ont été tirés de cette mine féconde; et la

" Sur la villa d'Hadrien, voyez Boissier, Promenades archcol., tout le chapitre iv. - Un centaure prisonnier, signé aussi des noms à'Arisice et de Papia, a été également trouvé ;i la villa Hadriana. Us sont tous deux au musée du Capitole, Salon, n°' 2 et 4. ' Cet obélisque semble avoir été amené à Rome dès le temps d'Élagabal pour orner la

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