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secrets du l)on administrateur : « Ne jamais se mettre en colère, parler peu, écouler beaucoup', » et quelques-uns profitent du conseil.
Cette carrière est celle que presque tous les sénateurs parcourent, et que leurs enfants suivront. Les dignités sont en effet comme héréditaires dans les familles sénatoriales, d'abord parce que les pères conscrits sont à peine assez nombreux pour fournir des titulaires aux charges d'État, ensuite parce que le prince ne peut donner de hautes fonctions, les deux prélectures de l'Egypte et du prétoire exceptées, (ju'à ceux qui j)ortent le laticlave. Aussi est-il souvent obligé d'appeler, j>arnii les questeurs et les préteurs sortis de charge, des citoyens qui n'ont géré ni la questure ni la préture' et qui, à leur tour, feront souche de fonctionnaires publics. Mais, avec cette prérogative, l'empereur avait le moyen de réserver des places au mérite: c'était notre uomiiialion au choix, qui, bien faite, remédie aux inconvénients de l'avancement à l'ancienneté.
On remarquera encore que l'arbitraire du prince était singulièrement gêné par ce système qui faisait arriver chaque sénateur, à son rang, aux grandes dignités de l'État et au gouvernement des provinces sénatoriales. L'empereur, du moins, ne pouvait troubler l'ordre régulier du cnrims hoiiorum, si ce n'est en des circonstances graves qu'un prince iulelligent évite avec soin de provoquer.
La société moderne part d'un autre principe : la division du travail et la spécialité des fonctions. C'esl excellent pour produire beaucoup dans l'ordre de chaque fonction : le système romain valait mieux pour former des adiuiiiislrateurs éminents, et il en forma. Mais les institutions ])oliliques de l'empire n'étaient propres ni à l'aire des citoyens ni à préparer des caractères ; c'est pourquoi ce sénat si riche d'expérience était si pauvre de courage et de vraie dignité.
Dans l'ordre équestre on voyait le chevalier de race et le chevalier de rencontre, les vieux domaines héréditaires et les récentes fortunes
Irpnif-liilit, il .iiiivf ;iii consulat; à trente-neuf, il rstournc on Bretagne comme légal consniaii-f et y rt-sU; sept ans; à quarante-six, il refuse le gouvernement de la province d'Asie. Moiiiinsen [Ùwh mr l'Une) avance d'un an les magistratures d'AgricoIa.
' Un proconsul à qui l'empereur venait de confier le cominaudement de i)lusieurs légions et le gouvernement d'une grande province demandait à Uémouax le lueilleiir moyen d'administrer. FjC piiilosoplie lui fit cette réponse (Lucien, Démonax, 51).
* Adledm inler quœstorioi, prœlorios, etc. Une inscription (Or.-llenzcn, n"" G029 et 7009) montre Antouiu récompensant un père non sénateur dans son fds, en donnant à un enfant de quatre ans les insignes des pères conscrits qui lui assuraient l'entrée au sénat quand il aurait l'âge requis.
industrielles des banquiers, négociants, usuriers, entrepreneurs de travaux publics ou fermiers d'impôts indirects, de tous ceux enfin qui avaient su faire travailler avec profit leur intelligence et leurs capitaux. Les premiers remplissaient, surtout depuis Hadrien, l'administration*; les seconds voulaient les y suivre et monter aux honneurs après être arrivés à la richesse. Tibère avait bien exigé des citoyens qui prétendaient à l'anneau d'or la preuve que leur père et leur aïeul,
Tcssères (liéàlrales en ivoire-. (Jliisée de Naples.)
tous deux de condition libre, avaient possédé le cens nécessaire. Mais déjtà Pline l'Ancien disait : « A présent, on ne fait qu'un saut de l'esclavage à l'ordre équestre ". »
Pour avoir l'anneau d'or, Fangusticlave, une place réservée au théâtre ou dans les solennités, et se donner, si on y avait goût, le
• Nous avons montré, ci-dessus, page MO, l'importance de cette réforme.
- Tessères ou « contremarques pour le théâtre », trouvées à Pompéi et à Herculanum. « Il y en a qui représentent d'un côté un portrait, de l'autre le numéro delà place et un nom tel que nous l'indiquons au-dessous de cliaque billet. D'autres ont seulement le nom et sur le revers du même billet le numéro de la place. Il faut noter ceux en forme de pigeon qui servaient à désigner le rang le plus élevé dans le théâtre, le poulailler, aujourd'hui, à Naples, la piccionaia. Ces derniers ont seulement des numéros. » (Monaco, le Musée nat. de Naples, pi. 120 et p. 25.)
' Vidimus A)-elUum Fuscum molum cqueslri ordiiie oh insujncm calamniam [Hisl nat XXXIII, 8).
biO I/KMPinR FA' LA SOCIETE ROMAINE.
droit do toutes les insolences, il suifisait donc d'avoir gagné, fut-ce dans le métier le plus vil, de quoi acheter la cité romaine. On ne iuan(|uait i)as de protecteurs complaisants qui en procuraient la concession et faisaient fermer les yeux sur la question d'origine ; alors, par la verlii des 400 000 sesterces, le nouveau citoyen s'élevait au rang des ciicvaliers'. Cependant un acte déshonorant, une condaniuation judiciaire, un revers de fortune, en faisaient descendre. « A force de donner des anneaux d'or aux jeunes filles, dit Martial à un déhanché, tu as ])erd'u le tien. » Claude, durant sa censure, l'ôta à quatre cents individus qui le portaient illégalement et fit vendre connue esclaves les affranchis qui l'avaient usurpé ^ De vieux soldais arrivés j)ar leur mérite au premier centurionat de la légion ou au trihunat militaire" obtenaient aussi parfois, après Yhonesla })iissi(), l'aniuNUi d'or avec une gratification qui leur donnait le cens é(piestre.
Mais ces parvenus de la fortune ou de l'armée, si dédaigneux de la pléhi', t'Iaicnt l'objet d'un même dédain de la part des chevaliers de grande maison, de ceux qui, ayant reçu du prince le clieval d'honnein-, r(juin)t publicum\ formaient dans l'ordre une classe à part, cellt! des « illustres ». « Ce n'est ni l'or ni la milice, dit Ovide*, qui m'a fait chevalier. » Dans cette « splendide milice » se trouvaient les candidats aux dignités de la curie, aux charges du palais, aux |ii()(inaliir('s provinciales et à diverses préfectures dont les j)lus imliiyrliinles étaient celle de l'annone, à laquelle était attrihnée la juridiclion civile pour toutes les affaires frumentaires, la vice-royauté d'Kgypte, et surtout la préfecture du prétoire, qui allait devenir le piemier emj)loi de l'Ktat. L'ordre sénatorial appartenait exclusivement à l'ionic cl à l'Italie, où les sénateurs devaient fixer leur demeure et avoir le tiers on le «piarl de leurs biens-fonds"; l'ordre équestre, au
' Qnadringenarii (Wvm.an , n'CiCO).
- Epigr.. VIH, U. Sninloriam (lujnUalevi recusanlihus, equeulrem ademil (Sik'Ioiio, Claud., 2i et 25).
= C'él.'iit l;i mUilia dite ailiiiain (Dig., XXXIi, i, 10, proœnu, ol Oroili. n" 7)Wi) par o])posi. lion il la mililia equesliiK.
* Voy. ci-dessus, p. M 7. On pi'ut les appeler cliovalicrs d'Étal, par opposilion à ceux que l'inscription do iNarhonne appelle clievaliers de la plèbe.
* Amor., III, 15, G. et TrisL, IV. 10, 7. Il est inutile d'ajouter que le prince ne tenait pas toujours fornpte de celle ilistinclioii pour la nniuination aux emplois lucratifs (procur. cenlennrii, fliirrnarii, etc.), Voy.. dans L. Ucnier, Md.d'cpujr., p. 88, le {:m\m\ cursus honoriim de L. Valcriux l'roculua.
^ Voyez le tome iV, \>. 785, n. H.
contraire, formait la noblesse des provinces. Chaque grande ville avait des chevaliers, et ce caractère est bien marqué par une inscription de Narbannc qui, parlant de trois riches colons de cette ville, les appelle eiiuilcs romani a plèbe. Ces chevaliers de province pouvaient être appelés à Rome pour siéger dans les décuries de juges'.
Mais, par l'invasion des affranchis et des gens d'affaires, l'ordre perdait chaque jour, même à Rome, de sa considération. On le voit déjà par un rescrit d'IIadrien qui parle de liberlini ayant reçu l'anneau d'or'; Septime Sévère le donnera bientôt à tous les soldats, et sous Constantin il ne sera plus question de chevaliers.