‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des BarbaresChapitre 45 sur 62 · VI. — LES FINANCES · texte numérisé non relu

VI. — LES FINANCES

Avec quelles ressources élevait-on les monuments dont l'empire se couvrait? Comment fai.sait-on face aux dépenses de la cour, de l'administration et de l'armée? Nous savons où les villes prenaient leurs revenus et l'emploi liabiliicl de cet argent; mais nous ne saurions (IdiiiKM- auciiii chiffre des recettes et des dépenses. Le budget de l'Etat est aussi im|)ossible à établir, pour l'époque des Antonins, qu'il l'était j)our celle d'Auguste. On peut affirmer seulement que, quand le trésor' n'était j)oint vidé par les ju-odigalités insensées ou honteuses de Néron et de Vilellius, il se remplissait rapidement et permettait au prince, après la (loialioii de tous les services, de satisfaire largement aux déjjenses nécessaires à la splendeur de l'empire.

• Apiilije, M dam., \\.

* Je dis le trésor, car l'empereur disposait librement des trois caisses : Vœrarium publicum, Vfermium mililare cl le /îjcim (voy. t. IV. p. 15, et t. III, p. 740), entre lesquelles Dion déclare (LUI, 16 et i'J) qu'il n'y a pas de différence.

Nous avons déjà montré celte organisation financière; nous n'aurons besoin d'y revenir qu'à l'époque où l'impôt, si légèrement porté durant trois siècles, sera devenu intolérable. Pour le haut empire, elle n'a pas d'intérêt politique, et, au point de vue administratif, une brève énumération suffira.

Le service religieux coûtait peu. Les temples et les prêtres étaient entretenus par des fondations dont le revenu couvrait les dépenses ordinaires du culte : achat des victimes et festins sacrés. L'État n'avait que des subventions à fournir pour faire célébrer plus dignement les fêtes solennelles, surtout les jeux publics qui, à l'origine, étaient des actes religieux, et l'on a vu combien cette subvention était légère.

11 n'avait ni corps judiciaire ni corps diplomatique à payer, et sa participation aux frais de l'instruction publique, service essentiellement municipal', se bornait à la dotation de quelques chaires, à l'entretien des bibliothèques de Rome et d'Alexandrie. Les particuliers faisaient le reste. L'État dépensait davantage pour l'assistance donnée, par Vannone et les congiaires, à la plèbe de la capitale% par l'institution alimentaire, aux enfants pauvres de l'Italie. S'il n'avait point, comme nous, d'énormes intérêts à payer pour la dette publique, il était contraint, alors comme aujourd'hui, de consacrer aux travaux d'utilité générale ou d'embellissement, surtout à l'administration et à l'armée, presque toutes les ressources du trésor.

Chaque prince se faisait un point d'honneur Temple de Rome, sm- mie de décorer Rome d'un monument où la posté- "'°"""'' diiadrien (bronze). rite lirait son nom, d'exécuter en Italie des travaux utiles, de secourir les villes provinciales ravagées par quelque fléau ou de les aider, par une allocation, à l'achèvement d'une entreprise". Les inscriptions en fournissent mille preuves. Une d'elles nous donne même, à propos

* Voyez ci-dessus, p. 422.

- Voyez t. IV, p. 785.

3 Friedlœnder a réuni (t. III, p. 122-127) bon nombre de chiffres qui montrent les sacrifices considérables faits par les empereurs pour cette double assistance. La république romaine avait à sa charge le transport des blés qu'elle affermait à des compagnies de publicains ; sous Tempire, surtout dans les bas siècles, elle remit ce soin à des corporations de naviculaires qu'elle paya avec des privilèges et des exemptions d'impôts : les blés d'Egypte et des provinces orientales furent ainsi transportés à Constantinople par des possessores qui, dans leurs provinces d'origine, n'eurent pas à fournir V annonaria prxslatio. (CodeTliéod., XIII, 5, 14.) L'État y gagnait le prix du transport et n'y perdait rien sur l'annone, les concitoyens des exemptés payant pour eux.

rm L'EMPIRE ET LA SOCIÉTÉ ROMAINE.

d'une subvention d'Hadrien ponr la réfection d'une route, le coût de ce travail, 10(1000 sesterces par mille'. De loin en loin les empereurs laisaienl des libéralités d'une autre sorte : Hadrien, en une fois, renonça à un arriéré d'impôt de 900 millions de sesterces.

Bien que nous connaissions le chiffre de la solde et à peu près le ii()iiil)re des soldats, tro|) d'éléments nous manquent pour qu'il nous soit possible de dire ce que coûtait l'armée. Dans nos budgets, on inscrit environ 1 million de francs pour mille hommes sous les drapeaux; il est |)ri)bal)le que le rapport entre ces deux chiffres était à peu près le même dans l'empire romain'.

Les IrailiMncnts ou indemnités aux fonctionnaires publics de tout ordre devaient |)r(Midre des sommes importantes'. Que dépensait la cour? Moins sous les bons princes, davantage sous les mauvais; mais toujours beaucoup, car le palais nourrissait un peuple entier de serviteurs et de familiers, et imus savons que le médecin de Claude recevait 500000 sesterces en honoraires; le précepteur des petits-fils d'An-nsIe, 100000.

Les Romains disaient, comme nous, que, pour subvenir aux dépenses d'intérêt commun, l'Ktat avait le droit de mettre un impôt sur tout ce qui ])rocurait un bénéfice ou un plaisir, et, de plus, que les sujets devaient le tribuluni soH, pour la rançon des terres que la vicioire avail livii-es à leurs vainqueurs*. C'était la lliéorie des contribulions directes et indirectes. Mais, tandis que les modernes tirent liiir plus gros revenu de celles-ci, les Romains le demandèrent à celleshi : ils imposaient surtout la propriété foncière, qui eut à foni'uir, outre le tribut en argent et les corvées, d'énormes prestations en nature pour nourrir le palais, l'administration et l'armée. Aussi furent-ils conduits à concéder ^yix possessores des privilèges en échange des charges dont ils les accablaient; de sorte que l'organisation linan-

' Monimsen. Imcr. Neap., n" G287.

- Pour le prêt seul, on arrive ;i 1 800 000 deniers par légion. A cette dépense il faut ajouter la somme inconnue que représentaient la double paye d'un grand nombre de soldats, les a|ipoiiilenienls des ofliciers, qui s'élevaient rapidement (25 000 sesterces à un tribun légionnaire), les gi-atilications aux vétérans, les fournitures laites en nature par l'Etat et qui deviendront de jour on joiu- plus considérables (voy. Tréb. Pollion, Vie de Claude; Capilolin, Gordien III, 2S, et Vopiscus, Vie dWurélien), l'entretien des machines, le corps des ouvriers, le service médical, les donaliva, dont un seul, celui d'Hadrien, après l'adoption de Verus, l'ut de 300 millions de sesterces, etc. J'ai déjà fait remarquer que le donalimin était un souvenir de l'or trioni|>lial.

'' Voy. ci-dessus, p. bhi.

* IHoii. LU, 28.

cièrc de cette société devint une cause nouvelle de séparation entre les classes de citoyens.

1" Uimpôt foncier. — Les terres étaient réparties, suivant leur produit, en diverses catégories ' : terres de première et de seconde classe, prés, forêts à glands, forêts ordinaires, pâturages, étangs, salines, etc. Xu rôle, renouvelé tous les dix ans, étaient consignés le nom du domaine, ceux du canton et de la cité où il se trouvait; la quantité d'arpents labourables; le nombre des arbres, des plants de vignes, d'oliviers qu'il contenait; l'étendue des prairies et des pâturages, la nation, l'âge, le service des esclaves établis sur la propriété ^

L'impôt foncier était payable en trois termes, au 1"' septembre, commencement de l'année financière, au l"" janvier et au l" mai".

Le blé demandé pour Vannone civique qui nourrissait Rome et pour Vannone militaire fournie à l'armée et aux fonctionnaires de l'État, n'était en réalité qu'une partie de l'impôt foncier. Il en était de même pour les cellaria ou livraisons de vin, viande, huile, vinaigre, bois, fourrage et vêtements.

Les Romains fixés dans les provinces devaient le tributum soli, qui était établi sur la terre, non sur la personne*, mais l'Italie ne le devait pas.

2" La capitation. — Elle frappait, d'une part, les marchands, les industriels, les banquiers et tous ceux qui, sans être propriétaires fonciers, avaient des capitaux ou des biens mobiliers; d'autre part, ceux qui les aidaient à conserver ces biens ou à les accroître, la femme, l'enfant majeur, le colon, l'esclave. Pour les premiers, la capitation était proportionnelle à l'avoir; pour les autres, elle n'était qu'une contribution personnelle. En Syrie, d'après un texte d'Ulpien, les tilles au-dessous de douze ans, les garçons au-dessous de quatorze, les vieillards au delà de soixante-cinq, étaient exemptés de la capitation*; mais, s'il fallait en croire Dion ^ les mendiants devaient prélever quelque chose sur leur industrie pour le fisc; sans doute il s'agissait

• Voy. Hist. (les Romains, t. IV, p. 10, et plus loin le règne de Dioclélien. - Ulpien au Digeste, L, 15, 4.

3 C'étaient les dates auxquelles, depuis Auguste, on distribuait le blé à Rome et, depuis Domitien, on payait le prêt aux soldats. (Suétone, Oct., 40.)

* ....in vectkjalibus ipsa prsesidia, non personas conveniri (Rescrit d'Antonin et Verus au Digeste, XXXIX, 4, 7). Aussi l'héritier du fonds était passible des fraudes commises par son prédécesseur: Fraudati vecligalis crimen ad heredem.... transmillitiir (ibid., 8).

s Dig., L, 15, 5, proœni.

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