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L'KMPini' ET LA SOCIÉTÉ ROMAINE.
nioiule lïit lettré ou voulût le i)ai'aitre'; les thermes, construction coinpliiiuée et dispendieuse", où l'on passait par toutes les tempéraluies, au milieu de vapeurs parfumées, et qui se terminait par une palestre, atin que des exercices rendissent aux membres la souplesse et la force. Dans riiygiènc des Romains, le bain avec tous ses accessoires jouait le |)rincij)al rôle, et pas un jour ne s'écoulait sans qu'on en prît. CepcMidanl, malj^ié leur grandeur et leur luxe, ces liabitations
Un inlrripur do thermes"'.
étaient presque toujours disposées moins en vue de la commodité et de la vie intérieure que pour l'ostentation. On mettait dans sa fortune l'orgueil qu'on plaçait autrefois dans ses consulats, et l'on voulait être vanté pour ses constructions, ne pouvant plus l'être pour ses triomphes. L'aristocratie d'argent avait succédé à l'aristocratie de race.
Les cités provinciales imitèrent Rome, en se donnant, chacune selon ses ressources, des tcmi)les et des arènes, des thermes et des théâtres, des basiliques et des curies. On prenait jusqu'aux noms de ses rues: Aiilioche de Pisidie avait un Yélabre et un quartier Toscan; Lyon et la cité des Mattiaques, un Vatican ; Toulouse et Cirla, un Capitole *,
• C'est le graïul souci de Trim.'ilcion.
' Juvciiiil (Sal., VII, I7X) p.irlc (In l)ains pnrliculinrs ayant coûté 600 000 sesterces, et, Horace de viviers plus vastes que le l;ic Lncriii (Cann., H, 1;)). Au sujet des thermos, voyez tome IV', page 217.
* Rcslauralion faite au temps de la Ilenaissance sur l'ordre d'un arciiitecte, comme figure IhéoriipK! de bains antiques.
♦ Ilen/en, Inile.r, p. 108.
' Nous dînons à l'obligeant concours de M. le sénateur Fiorelli, directeur général des foiiillos du royaume d'Italie, la représentation de cette curieuse fontaine découverte en 1881.
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Fontaine en mosaïque découverte à Pompéi en )S81 (p. 624, n. 5j.
nom que porte encore l'hôtel de ville fort peu romain de la reine du Languedoc. Maintes villes avaient, comme la capitale, des factions du cirque et des distributions de blé. Leurs riches citoyens eurent aussi, comme les sénateurs, maison de ville et maison des champs, même plusieurs, afin de pouvoir changer de climat, en se trouvant toujours chez soi '. Alors il n'y eut point de lac et de source thermale, point de coteau bien orienté pour la vue ou le soleil, qui n'eût sa villa ; au besoin, on forçait la nature à se plier au goût du propriétaire. Un ruisseau passait où s'était élevée une colline; des rocs jadis décharnés portaient des vignobles et des bois; on bcàtissait dans la mer pour avoir des viviers et des bains que la tempête ne pût troubler', et « le flot azuré reculait devant les miMes puissants" ». On voit encore, à Antium, des restes de ces constructions sous-marines. Sans les marées de la Manche, qu'on n'avait pas sur les côtes d'Antium ou de Pouzzoles, notre mer normande serait bientôt contrainte de reculer aussi devant des constructions de plaisance, et les rhéteurs modernes n'y trouveraient pas un thème à déclamations philosophiques.
Quelques-unes de ces demeures étaient considérables : Sénèque les compare à des villes *. Cependant tout ce que nous connaissons de l'antiquité romaine nous fait penser que les habitations du plus grand nombre étaient petites et sans valeur. « A Sora, à Fabrateria, à Frosinone, dit Juvénal, tu auras une jolie maison pour le prix du loyer d'un bouge à Rome*. »
A Pompéi, qui avait de riches citoyens, on trouve à peine deux ou trois habitations considérables; les maisons sont petites, les pièces basses, sans lumière ; nos ménages d'ouvriers refuseraient d'y loger, et, dans ses rues étroites, à chaque instant barrées par des pierres de trottoir, il ne pouvait circuler que des litières ou des voitures à bras. A Athènes, les fondations des maisons antiques sont encore plus pe-
• Les villas de Pline le Jeune étaient éparses depuis l'Ilalie méridionale jusqu'au pied des Alpes.
* Voyez, dans Stace [Silv., II, 2), sa prétentieuse description de la villa de sou ami Pollins Félix à Sorrente, et (Silv. I, 3) celle de la villa de Vopiscus sur l'Anio. Cf. Sénèque {Epist. 5.^), pour la villa de A'atia à Baïa, et Philosirate (Vif. Soph., II, 25), pour celle du sophiste Damianos à Ephèse.
5 Ovide, im., III, 126.
* Domos instar urbiuin (Sénèque, Episl. 90; id., 89). Tacite parle aussi quelque part des villarum infinita spatia. Ces exagérations sont si habituelles dans l'école, qu'un traducteur de Martial rend non unius balnea soins habes par ces mots : « Tu possèdes des bains qui pourraient servir à tout un peuple. » La rhétorique moderne, renchérissant sur l'ancienne, a altéré le vrai caractère de Phistoire romaine.
• Sat., III, 225.
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l.'KMlMIi!': ET LA SOCIÉTÉ IU»MA1NE.
liU's, ol l'habitalion de Livie, sur le Pulaliii, no ressemble guère à une {lenieuie irinipérafrice. Pline était riche, il possédait des villas aux portes de Uonie, en Toscane', dans le JJénéventin % et, près de (lônie, une seule de ses terres était louée plus de 400000 sesterces \ 11 avait, en outre, disait-il, (jneUpie argent dans le commerce*. Aussi, malgré de grandes libéralités à sa ville natale et à ses aniis, il était encore en étal d'acquérir un bien de 3 millions de sesterces dans le ImIIiiiii. JMiliu, il avait une jeune femme (ju'il aimait; i! était le com-
Villa (li; l'Iiiie. (Restaui-.'ilion de Cuiiina.)
mensal du |)rince ; il appartenait par son rang, ses relations, sa fortune, à la plus haute soci(';té r!)maine; il devait donc mener chez lui la grande existence d'un des j)rincipaux personnages de l'empire. Or il nous a laissé une description minutieuse de ses deux villas du Launiiliiiiiiii. ;iii boni de la nier, et de Tifernum, dans la haute vallée du Tibre. Tout s'y trouve j)our la commodité, rien j)our le luxe, si ce n'est celui d'iiiie Ix-lle ludure. il n'énumère pas ses bronzes corin-
' Eiuil., V, (j. Iii Tuaculauo (IV, 13) est mis pour in Tuscano.
* lleiizen, Tab. alim., p. 65.
* ll>.. III. 2i'J.
Ihiens, ses tableaux, ses statues imitées des chefs-d'œuvre de la <}rèce; il ne parle ni des riches tissus ni des parures de Calpurnia ; mais de l'habile disposition des pièces qui donnent la vue de la mer el des montagnes, où l'on trouve le soleil en aulomne, la fraîcheur
Centaure et le Génie de rivresse». (Groupe dit le Centaure et l'Amour. Musée du Louvre.)
en été et, dans tous les temps, le calme et le silence'. On dira : c'était un sage. Oui, mais aussi un homme semblable à beaucoup d'autres, qui jouissait honnêtement de sa fortune, savait en faire un
» Centaure portant le Génie de l'ivresse qui lui a lié les mains derrière le dos. Ce groupe, trouvé sur le mont Cœlius, à la villa Fonseca, est une répétition d'un modèle antique quiladrien avait acquis pour sa villa Tiburtine.
2 II est probable que l'on compléterait la description de la villa de Pline en empruntant à Martial celle de la villa de Faustinus (III, 58). L'orateur bel esprit a dédaigné d'entrer dans les détails où le poëte, plus naturel, se complaît.
Or.O L'tMPIUE KT LA SOCIÉTÉ ROMAINE.
lion iisaj^v et (léilaij;iiail les vulgaires plaisirs des prodigues dont le rôguo, d'ailleurs, était, pour le niouieut, passé. On verra que beaucoup de gens alors pensaient et vivaient comme lui.
Si on comparait ces demeures aux châteaux de nos industriels enrichis, on Irouverail dans ceux-ci moins de goût probablement', mais pins de Inxe ; el il est telle maison seigneuriale d'Angleterre dont j.nnais la plus magnifique des villas romaines n'a égalé l'étendue ni la richesse en trésors d'art, d'ameublement, d'argenterie, de plantes ra-rcs, et où de bien autres efforts ont été faits pour tirer parti du sol et braver le climat. Dans ce qui touche aux agréments de la vie, nous avons reçu les leçons de Rome; mais combien les élèves ont dépassé les maîtres M
Il en faut dire autant de la manie des chevaux: quelques-uns furent aussi célèbres à Rome que nos vainqueurs de Longchamp, et ils s'y vendaient aussi cher. Caligula voulait décorer son cheval Incitatus des ornements consulaires, et la popularité de Martial, en ses plus beaux jours de faveur publique, était éclipsée par celle du coursier Andrcmon. Les folies du cirque valent celles de nos courses : celles-ci remi)ortent même sur celles-là, car les paris sont plus nombreux et pins forts à Longchamp et à Epsom qu'ils ne le furent jamais à Rome on a Antioche. Dans la l*ouille, la Calabre, la Sicile, la Cappadoce, de vastes pâtures servaient à l'élève du cheval, produit qui se plaçait toujours bien. ])arce que voyageurs et marchands, gens riches et gens (pii voulaient le devenir, en avaient besoin pour leurs plaisirs ou leurs affaires. Les chevaux croisés d'Espagne et d'Afrique passaient pour les meilleurs; Antioche en achetait, à grands frais, sur les bords du Tage cl (\\i Guadalquivir. Nous en faisons venir du Nedjed : c'est encore plus Iniii cl plus difficile. On dressait la généalogie des héros du cirque; m MIS avons le Slud-book, tenu sous la surveillance du gouvernement. Sauf les [)ariours et les élégantes, pour qui le champ de course est un
' Cependant, dans la villa du l'iiiic, à TilerMum, il y avait quantité de petites choses d'un goût douteux, et autant il avait d'afféterie dans son style, autant on en retrouve dans ses jardins, avec leurs buis taillés en lettres, en figures d'animaux, ces plantes qui dessinent des noms, etc. « Quand on vent manger en ce lieu, on range les mets les plus lourds sur les linrds du bassin et on met les plus légers dans des vases en forme de navires et d'oiseaux qui flollenl sur l'eau. »
* Un économiste a calculé que dix mille familles anglaises possèdent au moins pour 500 livres sterling d'argenterie, et cent cinquante mille pour 100 livres sterling. Les Romains en nvaient certainement beaucoup moins. A l'ompéi, jusqu'en 1837, on n'avait découvert dans les fouilles qu'une centaine d'objets d'argent. (Becker. Gallus, II, 522.) Il est vrai que beaucoup d'Iiabilanls claienl revcims chercher ce qu'ils avaient de plus précieux.
champ de manœuvres, nous trouvons que nos cent vingt hippodromes sont une fort utile institution. Pourquoi blâmer si vivement chez les anciens ce que nous approuvons chez nous? Condamnons des deux