V. — li
flore de l'Europe s'est oiuicliie de quantité de plantes exotiques qu'il avait semées dans ses jardins de Tibnr'.
Tant d'années passées par le prince loin de sa capitale, tant de travaux acc()nîp!is en Italie et dans les provinces, à ses frais ou à son exemple, prouvent trois choses qu'il im})orte de noter: la richesse des cités qui pouvaient exécuter de si nombreuses constructions d'embel-
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Inscriplion roinniéiiioralive île i'iiiilialion fllladricn aux mystères d'Lleiiss. (Musée du Louvre.)
lissement ou d'utilité; le bon état des finances publiques, puisque le prince prenait une large; part à ces dépenses; enfin la tranquillité de l'empire, où tout allait de soi, sans arrêt dangereux, ni secousse violente, qu'Hadrien naviguât sur le Nil, ou qu'il chassât dans les montagnes (If l.i (;al(''donie.
Cet ordre tenait à la forte discipline des légions, à l'esprit de justice fjui auiu'i.-iif, comme on le verra tout à l'heure, l'administration géné-
Spina (lu cirqiu- des lloiti Variani, où il a élé retrouve au commencement du seizième siècle.
• Les travaux de la villa Hadriana ont dû commencer en l'25 ou J24. (Dcscemet, Inscr. doliaires, p. 155.)
raie, mais aussi à l'activité des travaux publics qui, occupant quantité de bras, chassaient la faim, mnuvaisc conseiïïère, ma lesuada famex. De même que nous avons trouvé pour la politique extérieure d'IIadrien un principe de gouvernement, la paix armée, nous en trouvons un autre pour sa politique intérieure, le développement des travaux publics. Par le premier, il était en désaccord avec son prédécesseur; par le second, il l'imitait. Tous deux, en effet, ont été de grands bâtisseurs, non point uniquement par goût personnel, mais par une règle de conduite qu'ils s'étaient imposée, qu'ils appliquaient avec persévérance et dont les peuples se rendaient compte. Dans la dédicace d'un temple égyptien, on lit ces mots : « Pour le salut de l'empereur Hadrien.... et pour le succès des travaux ordonnés par lui'. » Il faut que le spectacle de cette activité laborieuse ait singulièrement frappé les esprits, puisque l'on en retrouve l'écho dans une formule de prière adressée aux dieux et jusque dans une inscription de l'hiérophante d'Eleusis : « Moi, la grande Prêtresse, j'ai initié le maître du monde.... Celui qui a versé un flot d'or sur toutes les villes de l'univers'. » Lors donc qu'Eutrope disait de ces princes qu' « ils couvraient la terre de leurs constructions », cet écrivain signalait une grande idée politique, et non pas une puérile satisfaction de vanité.
m. — ADMI.MSTRATIOX
Le monde n'avait pas encore connu une pareille prospérité. Et ces richesses créées par l'industrie ou le commerce de l'univers, on en jouissait avec sécurité; car la terrible loi de majesté ne menaçait plus
1 Letronne (Inscr. cVÉgijple, n° 16) prend les mots -a îoy. dans le sens général que nous leur donnons. Les paroles de Vespasien, citées au tome IV, p. 048, montrent que ces grands travaux publics étaient un système bien arrêté de la politique impériale.
- Villoison, Mém. de VAcad. des inscr., t. XLVH, p. 550. Voici la traduction de l'inscription. « Mère de Marcianus, fille de Démétrius, je tairai mon nom. Séparée de la foule des mortels, depuis le moment où les enfants de Cécrops m'ont nommée grande prêtresse de Cérès, j'ai enseveli mon nom dans les ténèbres de l'abime profond qui renferme les mystères impénétrables. Non, ce ne sont point les fils de la Spartiate Léda que j'ai initiés, ni l'inventeur de ces remèdes salutaires qui triomphent de la mort, ni ce vaillant Hercule qui s'est tiré avec tant de fatigues des douze travaux qu'Eurysthée lui avait imposés. Moi, j'ai initié le maitre de la terre et de la mer, celui dont le vaste empire s'étend sur tant de nations, celui qui a versé un fleuve d'or sur toutes les villes de l'univers, et principalement sur la terre fameuse de Cécrops, l'empereur Hadrien. » Elle ne veut pas dire son nom parce que, devenue hiéronyme, elle n'avait plus que le nom de sa charge. Ainsi nos sœurs perdent leur nom de famille en entrant au couvent.
108 LES ANTOMNS (96-180).
la tète ou la forlune des riches', et les fonctionnaires étaient sévèrement surveillés. Naguère encore, la curie avait retenti d'accusations que les députés de la Bétique, de l'Afrique et de la Bithynic étaient venus porter devant le sénat dans les premières années de Trajan. On
avait revu de monstrueuses dilapidations, la liberté, la vie même de chevaliers romains vendues à prix d'argent. Avec un prince qui (il trois ou quatre fois le tour de l'empire, et qui, dans chaque province, demeurait assez longtemps })0ur tout entendre, avec la volonté de tout savoir, ces crimes n'étaient plus possibles.
Il y eut cependant des exécutions ; des gouverneurs de province, des intendants de (inance,ou procurateurs, furent condamnés. Quaiul les victimes de ces magistrats infidèles se taisaient par crainte, Hadrien suscitait lui-nn''ine des accusateurs ^
Mieux valait prévenir que
réprinu^r. Hadrien traça aux
gouverneurs de province des
règles* invariables. Les lois, les
édits, lessénatus-consultes, les
rescrifs des princes, formaient
un |)èle-mèlc de décisions sou-
viiil conlradicloires, dont quelques-unes d'ailleurs ne s'a})pliquaient
qu'à des cas particuliers ou à de certaines provinces. Par l'ordre de
rcmpercui-, le préteur Salvius Juliauiis, un des jurisconsultes dont les
iladrieu Icnihuit ;iij\ |iietN un Jl^i^ûllllie^^
• Majesluits crhaiiKi non adinhil (S|iarlicii, llailr., 17).
' Circumiens provincùts procuralores et pnesides pro faclis aiippUcio adjecit, iUi severe ut acciisalores per se crederclur immillerc (Spartien, Hadr., I'j). Vdvcz nii Digoslo, XXXIX, 4, § \, 1« rcscril sur les denrées que les gouverneurs l'ont aciietci' ]inui- Inir usage.
' Statue nuiliii'c, Ironvée en Civte et transportée au musée du Vieux Sérail à Conslantinople depuis 1870. Gazette airhcoL, 1880, pi G.)
ouvrages ont servi aux rédacteurs des Pandectes autant que ceux de Papinien, réunit les anciens édits prétoriens et tous les travaux faits sur la IcxÀiiinia, que depuis longtemps les préteurs se transmettaient sans y beaucoup changer ; il en coordonna les dispositions qui formèrent, sous le nom déjà ancien d'Edit perpétuel, une sorte de code ■de la juridiction prétorienne et un règlement général de procédure. Hadrien provoqua un sénatus-consulte qui, en l'année 151, donna force de loi à ce nouvel Edil perpétuel. Les préteurs, les gouverneurs de province et tous les magistrats chargés de rendre la justice durent s'y conformer, sauf à ajouter, pour les espèces nouvelles qui viendraient à se produire, des règles de forme et des articles accessoire» conçus dans l'esprit de l'œuvre législative dont le sénat et le prince venaient de consacrer l'autorité. C'était la loi substituée à l'arbitraire, un bienfait assuré aux provinces, et la première édition de ce grand livre qui est devenu le Corps des lois romaines^.
Hadrien n'entendait point arrêter par cette codification, comme il est arrivé en d'autres temps et en d'autres pays, la vie juridique qui avait pris un si brillant essor". Il encouragea, au contraire, les études des prudents, en confirmant par un rescrit l'autorité de leurs réponses officielles, auxquelles il donna force de loi lorsqu'elles étaient unanimes '.
La paix sur les frontières, l'ordre dans les provinces, l'économie au palais, même à l'armée*, la justice partout, enfin cette bonne politique ■qui donne de bonnes finances, permirent que le prince, sans charger les peuples, embellit les cités, pensionnat des lettrés et des artistes, dégrevât les provinciaux des frais d'entretien de la poste impériale, et augmentât l'assistance accordée par Trajan aux enfants pauvres ^ Mais
* Godefroy {Cod. Tlieod., prol., p. 283) estime que l'Édit perpétuel de Juiianiis a été la source de tout le droit romain jusqu'à la publication du Code de Théodose II. C'est aussi l'opinion de Bach {Hist. Jur. rom., p. 40i-il2).
- Julius Celsus, Neratius Priscus, étaient ses contemporains. Je viens de parler de Salvius Julianus.
^ Senientise eorum quihus permissum est jura condere si in nnnm concurvanl id let/is
vicem obtinet (Gaïus, 1, 07).
■* ;V l'armée : ordinatis impendiis; au palais ad deprehendendas obsoiialonim fraudes
(Spartieu, Hddr., 17); dans l'administration onmes publicas raliones ila complexus est ul
ilomumprivaUtm qiiivis paterfamilias diligens non satius novil (20) Eutrope résume tout cela d'un mot: diligenlissimus civca serarium (VIII, 5).
■' Voy. t. IV, p. 783. Il décida que la pension alimentaire laissée par testament à un enfant jusqu'à l'âge de puberté serait continuée, aux garçons jusqu'à dix-huit ans, aux fdles jusqu'à quatorze. (I)ig., \XXIV, I, U.) Quant aux postes, avant Hadrien, les cités étaient obligées de -tenir pourvues du matériel nécessaire les stations, mansiones. établies sur leur territoire, et
11(1 LFS ANTOiMNS (96-180).
s'il voulait que l'Klat secourût la misère ou le malheur, il n'entendait pas que le contribuable se fit à lui-même des largesses aux dépens du trésor public. Oiielques mois après son avènement, il avait brûlé toutes les créances du lise dej)uis seize ans, qui montaient à l'énorme somme (l\iivii()n 200 millions de francs'. Un tel chiffre d'arrérages donnerait à penser que l'administration financière était bien mal conduite ou (|ii(' les guerres de Trajan avaient obéré le peuple et les provinces. Afin (le prévenir le retour de tels abus, Hadrien créa une charge nouvelle, celle d'avocat du lise, qui fut, pour les intérêts financiers de l'État, ce que notre ministère public est pour les intérêts de la société et le respect de la loi. Dans chaque province, l'avocat du fisc rechercha ceux (pii retenaient injustement un revenu ou un bien du domaine et les poursuivit devant le procurateur du jjrince, ou au tribunal du gouverneur. Mais on peut être assuré que si le nouveau magistrat montra dans sa fonction de la vigilance, il n'y mit point de dureté, car il eût agi contre les désirs du prince qui refusait les héritages des citoyens ayant des enfants', laissait aux fils des condamnés à la confiscation une p.irlie de la forliiiie paternelle'', quelquefois la totalité, en disant ces mots qu'on lit encore au Digeste* : « J'aime mieux enrichir l'Klat d'hommes que d'argent. » C'était de la part d'IIadrien une j)roteslalion généreuse et iiilelligente contre la coutume de la confiscation que nous avons mis dix-sept siècles à abolir.
On prête à Hadrien une réforme considérable : il en aurait fini avec l'hypocrisie du gouvernement impérial, en constituant franchement la monarchie, et Aurélius Victor j)rélend que la réorganisation administrative qu'il opéra subsistait encore à la fin du (|uatiiêiiie siècle, sauf quelques changements introduits par Constantin ^ Dans cette
files dev.iifnt moMro chovaiix ol voilures à la disposition du voyageur officiel sur la présenl;ilion de son diiilôme ou permis de circulation (cette organisation existe encore en Russie), llndricn semble avoir substitué des contributions fixes aux prestations éventuelles; Antonin iliminua celle cliarge, el Sévère en fil peut-être supporter une partie par le fisc; mais, après lui, tout retomba au compte des municipalités. Le cursus piiblicus servait donc le gouvernement, mais il ne servait pas les particuliers. A mesure que son importance s'accrut, la dépense en pesa plus lourdement sur les villes et devint une des causes de leur misère. Cf. llirsclifcld. op. rit., p. i»S.
> Orelli, n" SO.j: Eckliel, t. VI. p. i78 ; et Colicn, I. H, |)l. VI, n" 1040. Une monnaie représente mi licteur mettant le feu à un monceau de créances. Cf., ci-dessus, p. 8. l'our l'administralion d'Hadrien, voyez une savante tlièsede M. Caillet.
• S|tartien, Haclr., 18.
s Le douzième (id., ihi(L\. Itosilliée (§ 9) dit le dixième.
♦ Dig., XLYIII. 20. 7, S; ô.
■' Officia sane publica et palaiinu, nec non mililiw in vum foimam statnit, (ptoc, panels pcr Constanlinnm immutuHx, lioflir persévérant [Epil., W\).
Hl
opinion trop absolue, il faut voir le souvenir persévérant de la sagesse d'Hadrien; c'est un hommage rendu au prince qui mieux qu'aucun autre eut le sentiment de l'ordre à mettre dans toutes les parties de l'État. Il n'a point fait au deuxième siècle l'œuvre du quatrième, mais il l'a })réparée. On connaît, à cet égard, deux faits importants : il irorganisale comiliumprincipis et il retira les offices du palais aux affranchis, qui, depuis Auguste et surtoutdepuis Claude, avaient été les véritables chefs de l'administration : tous les secrétaires de l'empereur furent pris dans l'ordre équestre'. Or placer dans les offices du palais, au lieu d'affranchis, serviteurs aveugles de leur maître, des chevaliers romains qui devenaient les fonctionnaires de l'État, et, par une conséquence nécessaire, réorganiser les bureaux du gouvernement, c'était changer la maison du prince, jusqu'alors peu différente d'une riche maison particulière, en une grande administration publique.
Cette réforme en amena une autre. En s'obstinant à vivre loin
de Rome, Hadrien aurait paralysé le mouvement des affaires publiques, s'il ne s'était rendu comme présent dans sa capitale par un conseil de gouvernement investi d'une autorité légale. Auguste avait constitué un conseil privé qui, si Dion n'a pas transporté au com-
Buste d'Hadrien, Irouvé dans les fossés du Cliâteau Saint-Ange. (Vatican, salle Ronde, n° 545.)
' Ah epistuUs et a lihellis primus équités Romanus hahuil (Spaiiien, Hadr., '■l'i). Vitellius avait dijà confié les charges du palais à dos clievaliers. (Tacite, Hisl., I, 58 : Ministeria pniicipatus per liberlos ayi solita in équités Romanos disponit. CI', l'iutarque, Olho, 9.) Doiuilieu avait fait de même (Suétone, Dom., 7) ; un illustre chevalier romain qui fut décoré des ornements prétoriens et préfet des Vigiles, Titinius Capifo (Pline, Epist., I, 17; V, 8; VIII, 12), fut ab epislulis sous ce prince, sous Nerva et Trajan. (Kellerniann, Vigil., n" 7.) Mais c'était une exception; la règle rappelée par Spartien ne fut établie que par Hadrien. Voy. Borghesi, t. Y, p. 14 et suiv., et Hirschfeld, p. 215, 257, 290.
nieiiccnient do l'empire ce qu'il avait sous les yeux, était iuvesti déjà d'atirihutious éteudues'. Mais ce conseil ne semble pas avoir survécu au premier empereur, du nmins avec le caractère que celui-ci lui avait doiiiu'". Ou ne sent nulle part son action, et ce qui en sidjsistait n'était tiu'iinr réiinicm accidentelle et changeante, formée au hasard des amitiés impériales. Hadrien le reconstitua, eu demandant aux séualeurs de donner leur approbation aux désignations qu'il fit de personnages considérables, jurisconsultes fameux, chevaliers, préteurs, même con suis. Le choix de l'empercMir et la sanction du sénat donnèrent à des lonetions jusqu'alors d'ordre privé, ou du moins indécises, le caractère d'une sorte de magistrature parmanente. Les questions étudiées |)a!' h's bureaux (pi'il venait de réorganiser ari'ivèrent à ce conseil et y reçurent une solution'". L'empereur ])ouvait donc, sans nulle inquiétude, courir le monde et chercher à Athènes ou en Egypte des hiversplus doux, en Gaule ou dans l'illyricum des étés moins brûlants; les Pères avaient fait dans ses mains comme une seconde abdication, et, en son absence, les membres du conseil de gouvernement, suppléant au besoin le sénat par la délégation qu'ils en avaient reçue, et l'empereur dont ils avaient la confiance, assuraient l'expédition des affaires, la tranquillité de Rome et la sécurité du prince. Ce n'était pas un ministère, car les liomaius répugnaient, comme nos anciens rois, au partage des attributions; mais quand des hommes tels qui; Salvius Julianus, Ulpien, Papinicn ou Paul siégèrent au consilium, on put croire qu'un ministre de la justice s'y trouvait. 11 n'y a donc point à s'étonner qu'on ait fait remonter les commencements de
Moniuiie commùmoralive du vova're d'Hadrien en Grèce'.
* Voy. l. III,. p. 753.
* .... in consUio habtiil non amicns aul comités solnin, sed jnrisconsultos aliosque, quos tamen senafiis omnis prolxmcl (Spnrlicii, Hadr., 18).... Adhibilis in consilio suo consulibus alque prse-
toribm et optimis senaloiibus (ibkl, 22) "f.^UyX.^ (j-erà tôjv TtpoWuv (Dion, LXIX, 7). Les-
iiioinbrcs de ce conseil r'(;iienl divisés en ilcnx classes : conriliares et adsumptiin concilium, comme nous avons des conseillers d'Klal lilulaires, et des maîtres des requêtes ou auditeurs. Ils étaient appointés depuis GO 000 sesterces jusipi'à 200 000, et la différence du traitement maninail celle du ran?. Vovez Wilmanns, n" 1280 : celh' inscription, étant accentuée, appartient, au plus tard, à la findu deuxième siècle, et, connue elledonne à l'empereurles surnomsde^jws et de/c//.rr|ne Commode jKirta le premier, elle est postérieure à l'an 180. (Eckliel.t. Vil, p. 155.)
s TOIC AXAIOIC AISE0HKEN. Mercure nu, debout, tenant le caducée; devant, terme de Priape. Monnaie de bronze.
la transformation monarchique, opérée sous Diocléticn, à l'époque où les affranchis rentrèrent dans l'ombre, les chevaliers dans l'administration centrale, les sénateurs, ou du moins quelques-uns d'entre eux, dans le gouvernement effectif de l'empire.
La haute juridiction civile et criminelle, confiée, en Italie, à quatre consulaires, et la multiplication des curateurs, annoncent aussi l'approche des temps où les anciens droits, les vieux privilèges, vont disparaître devant l'égalité dans l'obéissance. Marc Aurèle remplacera les consulaires d'Hadrien par des juridici \ magistrats de moindre dignité, investis seulement de la juridiction civile ; mais il donnera la juridiction criminelle au préfet de la Ville dans la région suburbicaire (jusqu'au centième mille), au préfet du prétoire dans le reste de l'Italie ^ Ainsi, par respect pour cette vieille terre qui avait porté les fortes populations dont Rome avait formé ses légions, on évitait, tout en lui faisant la condition des provinces, de lui en donner le nom.
Les voyages d'Hadrien ne changeaient rien à cet ordre : la poste impériale lui apportait rapidement l'avis de son conseil. D'ailleurs il emmenait avec lui une partie de ceux qui le composaient; de sorte que le gouvernement le suivait dans ses pérégrinations. « Rome, dit Hérodien, est là où se trouve l'empereur". »
J'omets quantité de réformes sans importance. Hadrien avait la manie de tout réglementer, comme il avait celle de tout savoir, même les secrets des familles. Sa police, qu'à raison de ses continuels voyages il dut rendre très-active, écoutait aux portes, regardait dans l'intérieur des maisons et lisait, par-dessus l'épaule, la lettre qu'une femme écrivait à son mari, non, comme Tibère, par esprit de soupçon, mais, comme Louis XV, pour se distraire et rire. S'il multiplia les édils sur les vêtements, les voitures, les bains, les matériaux de démolition*, les
' Sur les /«Wrf/c/. voy.Mommsen dans les Groma/i Ddpjrs, éd. Lachniann, t. II, p. 192 et suiv.
^ Le préfet du prétoire avait incontestablement ce droit sous Sévère ; il est probable, mais on ne peut l'affirmer, que c'est Marc Aurèle (|ui le lui donna. Il renouvela la vieille interdiction du négoce pour les sénateurs. (Dion, LVIIl, 16.) Quant au droit du préfet de la Ville, il est marqué au Digeste, I, 12, 1 pr. et § 4.
' Amhulatorhim senatiiin, dit Haubold (de Consist. principum Rom.). Cf. Papinien, au Dig ,
XXVII, I, ."50 honor delatus (in consilium adsumpto) fmem ceiii temporis nec loci hahet. 'Er.h
Ts T, 'Vt'w.fi ÔTTcu ttct' àv i fiaaikù: •? (Hérodien, I, G). Il est probable que c'est à Hadrien qu'est dû l'élargissement du jus Latii dont une nouveUe lecture du palimpseste de Gains (I, 95-0()) a permis de bien marquer la différence. Dans les villes qui avaient le Minus Lalium, les magistrats seuls acquéraient la cité romaine ; dans celles qui avaient le Majus Lalium, tous les décurions obtenaient ce privilège.
* Voy. le mémoire de M. Egger sur le sénatus -consulte conlre les industriels qui spéculent sur la démolition des édifices, 1872.