ANT
« J'aurais souhaité, dit un de nos vieux chroniqueurs, qu'il me fût échu en partage une éloquence ]);u'eille à celle des anciens ; mais on puise dillicilement à une source dont les eaux tarissent, he monde se fait vieux, la pointe de la sagacité s'émousse, et aucun homme de cet âge ne saurait ressembler aux orateurs des temj)s })asÊés. » Celte tristesse conviendrait aux compilateurs de V Histoire Auguste, car ils n'ont ni la flamme qui échauffe et éclaire, ni le patient courage de ceux qui savent au moins amasser des matériaux pour de plus habiles. La biogra})hie d'Antonin le Pieux par Juliiis Capitolinus est encore plus maigre que celle d'Hadrien par Spartianus. Elle enferme en quelques pages l'histoire d'un règne de vingt-trois ans, et nous réduit à dire de cet empereur ces seuls mots, qui sont assez pour sa gloire, mais trop peu pour notre curiosité : (ransiit benefdciendo, il a jiassé en faisant le bien'.
Dès le temps de Xiphilin, le chapitre où Dion Cassius racontait l'histoire de ce prince était perdu, et si l'on veut juger de ce que valent les abréviuteurs qui sont à présent notre principale ressource, qu'on lise Aurélius Victor racontant comment se fit radoj)tion d'Antonin. On comprendra ensuite que de pareils écrivains nous aient naturellement ramenés au souvenir des chroniqueurs du moyen âge, et l'on ne s'étonnera pas que nous ayons ])orté hardiment la critique au milieu de ces puérils récits : « .... Hadrien convoqua le sénat pour créer un César. Comme les sénateurs s'empressaient d'accourir à l'assemblée, l'empereur aperçut par hasard Antonin, qui, du bras, soutenait les })as clian-
* Son premier nom était Titus Aurélius Fuhwi Boionius Arrius Anloninus; après son avènement il s'appela T. JElius Hadrianus Anloninus Pins; il était né le 10 septembre 86, dans la villa (le Lanuvium. Pour les fastes consulaires de 158-147, voyez Lacour-Gayet, au premier volume des Mélanges de l'École française de Kome.
^rn) LES ANTONINS (0(5-180).
celants d'un vieillard, son beau-père ou son père. Pénétré d'admiration à cette vue, lïadricMi fait accomplir les cérémonies nécessaires ])our l'adoption d'Autoiiiu comme César, et il ordonne le massacre des sénateurs qui l'avaient tourné en ridicule. Aj)rès sa mort, le sénat, insensible aux prières du nouveau j)rince, refusa de dt'îcerner à Hadrien
les lionneurs de l'apothéose, tant il était affligé de la perte d'un si grand nombre de ses uKMubres ! Mais lorsqu'il vit reparaître tout à coup ceux dont il déplorait le trépas, chacun, après avoir embrassé ses amis, finit })ar accorder ce qu'il avait refusé d'abord. »
Voilà les contes bleus que la malignité avait fait circuler, que la sottise acceptait, et qui nous donnent la mesure du respect dû à de pareils esprits.
Les ancêtres d'Antonin, originaires de Nîmes', avaient exercé à Rome les plus hautes charges et s'y étaient fait re-
Galoritis AiitDiiin, lils (rAiitoniii 1p l'ieux et delà premicrfi Fausline *. (Capitole, salle des Empereurs, ir 40. j
marquer par la dignité de leur vie. Cinq fois les faisceaux consulaires avaient été portés dans
* Dès le temps do Tibère, cette ville avait \ojus Lalii,ce qui donnait le droil de cité romaine à ceux des habitants de Niines qui y avaient exercé nne charge rmiiiicipale.
s TABLEAU GÉ.NÉALOGIOl'E DE LA FAMILLE D'^VNTONIN.
Tiliis Aiirelius Fulviis.
consul en 85 et 89, et préfet de la Ville.
Titus Arrius Antoninus. — Boiania Procilla.
Aurelius Fulvus, consul, non mentionné dans les Fastes.
Arria Fadilla.
Titus Aurelius Fulvus, devient après son adoption : T. ^Elius lladrianus Antoninus Plus Augustus.
11 épouse Annia Oaleria Fauslinn.
M. Galerins Antoninus M. Aurelius Fidvus
Anlonuius
Aurélia Fadilla Annia Faustina,
épouse (k; l'empereur
Marc Aurèle.
sa maison, et l'on disait de sou père qu'il était un iiomme intègre et de moeurs pures', de son aïeul qu'on n'aurait pas su trouver un reproche à lui faire, liomo satidus. Ce dernier, Arrius Antoninus, était cet ami de Nerva qui })laignait le vieux consulaire d'échanger une condition paisible contre celle d'empereur. Antonin hérita de ces vertus et de cette modération. 11 fut consul (120), proconsul d'Asie (128 ou 129), juge (judcx) d'une des quatre provinces italiennes et membre du consistoire impérial, fonctions qui prouve ut que depuis longtemps l'attention d'Hadrien s'était arrêtée sur lui. Sa femme, la première Faustine, lui avait donné quatre enfants, dont deux fils, morts avant son avènement. De ses deux filles, il perdit l'une durant son proconsulat d'Asie ; l'autre fut la seconde Faustine, qui épousa Marc Aurèle.
Bon ménager de son patrimoine, Antonin augmenta sa fortune par l'économie, non par l'usure, car il prêtait au-dessous du taux légal; il l'employa à aider ses amis, bien plus qu'à ses plaisirs, et, une fois prince, il en consacra les revenus aux besoins de l'État. A son avènement, il refusa Ymirum coronarium, que l'Italie voulait lui donner, et ne prit que la moitié de ce que les provinces lui offrirent; de sorte qu'il fut obligé de prélever sur son propre bien une partie des gratifications dues, dans cette circonstance, aux soldats et au peuple. Il avait du goût, de l'éloquence, et gouvernait son esprit comme sa maison en maître qui voulait que tout y fût bien rangé. Il écoutait
'"in 1/1
Faustine, femme d'Antoniii le Pieux.
(Buste du Capitule, Galerie, n° 2.)
' Homo castus et inlajer (Capitolin, Anton., 1). Son aïeul paternel avait été préfet de la Ville. Arr. Antoninus était son aïeul maternel.
lcV2
LES ANTOMXS (00-180).
Iic.nii'oiii), délibérait longtemps, et, la décision prise, y persistait avec leniieté; ou n'atliniuistro bien qu'à celte couditiou. Il estimait la popularité ce qu'elle vaut, n'agissait qu'eu vue du devoir, et s'inquiétait peu du reste : c'était un sage '.
Il avait cependant un défaut laclieux pour un prince, il s'arrclait aux pcliles clioses : il aurait voulu couper en quatre un grain de cumin', et ou prétendait qu'il était avare; mais ce sont de mauvaises langues qui le disent, et ces propos ne furent peut-être que la rançon de sa bonne renommée. Au coimlium il opinait toujours
pour les résolutions les plus douces, el, durant son règne, il garda celle disposition à faire grâce'" : vertu royale, quand il s'agit de pardonner une offense au prince, mais dangereuse si cette bouté affaiblit l'autorité de la loi . Comme tous ceux que nous appelons les Antonins, il vécut moins en empereur qu'eu riclie particulier, souffrant la liberté de parole de ses amis, môme les violences du i)euple.
Durant une disette la foule lui jeta des pierres, il répondit par un discours. Il admirait, chez un de ses i'amiliers, certaines colonnes et demanda d'où elles venaient : « Quand lu euli'es dans la maison d'autrui, sois muet et sourd, » répondit l'autre brutalement, et l'empereur ne s'en fâcha |)oint.
Arrivant à Smyrue, sous le règne d'Hadrien, comme proconsul, il desceiulit chez le rhéteur Polémon, alors absent; la nuit venue, le sophiste rentra et fit un tel bruit des embarras qu'on lui causait,
Fatistiiio, femme de M;irr Anrèle.
(Dustc trouvé à la villa Ilndriann. Capitolc,
salle des Empereurs, n" 50.)
* Voy. le porirait qiu; Marc Aiirclo a tracé de lui dans ses Pensées, I, 10, et la phrase : Kal 70 Traûcai rà -ly. toù; epojTx; Tôr; u.eipaxiMv, que de très-savanls liommcs interprètent difl'éreinmenl; ce qui n'est pas douteux, c'est qu'elle renferme un éloge pour Antonin.
* Km-.voirsîoTr,; (Dion, LXX, 5) ; Julien {les Césars, 9) : « Fi le vétilleux ! il est lionime ù fauclier le cumin, » ou, comme nous dirions, à tondre un œuf.
'' Ad iiuliilffenlias pronissimus fuil (Capitolin, Aiilvii., 10). ProcuralorUms qnos Hadrianus damnavcral in senalu induUjcnlias pelil [ibid., (j).
ANTOMN ET MARC AUHÈLE (158-18^). 153
qu'Aiitonin déguerpit sur l'heure. A quelques années de là, un acteur vint se plaindre de ce que Polémou, i)résident des jeux Olympiques, l'avait chassé du théâtre en ])lein jour. « Et moi, dit le prince, il m'a bien chassé en ])leine nuit. » Une autre fois, les courtisans
Marc Aurèlc joune. (Buste du Capitule, Galerie, n" 70.)
s'indignaient de voir Marc Aurèle pleurer son précepteur mort; il les en reprit vivement : « Permettez-lui d'être homme, leur dit-il, caria philosophie ni l'empire ne doivent dessécher le ca?ur. » Plus d une fois on l'entendit répéter qu'il voulait se conduire avec le sénat comme il avait désiré, étant sénateur, qu'on se conduisit avec lui : pensée qui semblait l'annonce du grand principe moral qu'Alexandre Sévère inscrira sur les murs de son lararium : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit à toi-même. »
Nous aurions à raconter beaucoup d'actes de sa munificence, bcau-
ir.'i LI'S ANTOMXS (DO- ISO),
coup do libéralités faites par lui à des particuliers, au peuple de Rome % aux cités des j)rovinces, qu'il secourut ou embellit; uous voyous eu elTet, i)ar (piautité d'iuscriptious, qu'il suivit l'exemple de sou prédécesseur -. Tout cela est d'un excelleut naturel, et sur ce point il n'y a |ias à lui iii.iichauder les louanges; mais le j)rince l'ut-il au niveau de riiouiuie? La réponse est dilTicile; car, si les éloges uuanimes qu'il a reçus j)our ses qualités de cœur nous })ermettent de lui donner, au miliiMi (les païens, la place de saint Louis j)armi nos ])rinces, son histdirc politique est si obscure, qu'il se j)résente à nous, comme chef d'empire, avec une figure à demi effacée, dont les contours se perdent dans l'onibre.
Il avait cinquante-deux ans, l'âge qui donne la pleine maturité, sans ôter encore l'activité et la force. L'activité d'Hadrien avait paru quelquefois iu(iuièle et bruyante; celle d'Antonin fut silencieuse et
discrète. Son prédécesseur était toujours en course; durant près d'un quart de siècle, il ne quitta pas un jour Rome ou ses environs, excepté pour un rapide voyage en Asie. Au belliqueux Trajan avait succédé un pacifique ; l'empereur nomade fut remplacé par un prince sédentaire. C'est la loi des contrastes, qui ))laît aux peuples comme aux artistes. Oiiel(jijes inconvénients d'un régime en masquent, aux yeux de la l'oule, les avantages, et on se jette dans nu autre système par la seule raison (pi'il plaît de changer.
Hadrien était mort fort impopulaire au sénat; on a vu que les repro-
Monnaies d'or (rAntoiiin.
portant au revers la Libéralité''.
' .Neuf fois, duranl son régne, les doux cent niillo citoyens qui prenaient part aux distri- Ijulions publiques reçurent chacun 5 à 400 sesterces (Eckhel, t. VII, p. H-27), et de ce chef la dépense monta à 640 millions de sesterces [Chronofjr., éd. Momms., p. 647). Malgré ces dons et les autres libéralités, malgré les dépenses de l'État, qui, pour l'armée seule, s'élevaient peut-être chaque année à 'ihi) millions de francs, Antonin laissa un trésor de 2700 millions de sesterces ou de 5 à GOO millions de francs (Dion, LXXIII, 8) ; ce qui veut dire que la situation financière était excellente, puisque, durant les vingt-trois années de son règne, le budget impérial avait dû se solder annuellement par un excédant de recettes de 25 millions de francs. Pour la question des dépenses de l'armée, voyez tome IV, page 204, note 2; seulement il faut anj;meiitcr ces chiffres pour r('])oque Antonine où l'on comi)lait 50 légions an lieu de 25.
* Ainsi il acheva l'aqueduc commoTicé par Hadrien dans la nouvelle Athènes. (C. I. L., t. III, n" 549.)
5 .V 1 : LIBKRALITAS AVG. II. Antonin assis sur une estrade; la Libéralité debout répandant de sa corne d'abondance des monnaies dans la main d'un homme debout au pied de l'cslradc. N' 2 : LIBEIULITAS VII. COS. llll. La Libéralité debout, tenant une tessère et une baguette
ches qui lui sont faits vioiiiient de la sourde irritation des Pères contre un prince dont la cour errante portait loin d'eux l'éclat et la réalité du gouvernement, de sorte que le néant de leur autorité n'était même plus caché derrière des apparences. Ils voulaient lui refuser rajjotiiéose, c'est-à-dire le déclarer tyran et annuler ses actes. Antonin refusa de se faire le complice de cette iniquité, qui d'ailleurs eût i-^rnié ses droits. Ses prières n'auraient peut-être pas triomphé du mauvais vouloir de ces sénateurs petitement haineux et jaloux, si, derrière le prince débonnaire, ils n'avaient aperçu un orateur bien autrement persuasif, le soldat, qui n'entendait pas qu'on fit cet outrage à la mémoire du chef qu'il avait aimé. SuivantDion, toute opposition tomba devant la crainte de l'armée. Hadrien fut donc mis au rang des dieux; Antonin lui éleva un temple à Pouzzoles, lui donna des flamines, et institua en son honneur un concours quinquennal. L'apothéose et le temple étaient pour le prince défunt affaires d'étiquette impériale. Ces honneurs rendus à la mémoire d'IIadrien ne méritaient donc pas au nouvel empereur que les sénateurs lui décernassent le surnom de Pius; mais comme ils avaient usé avec les autres toutes les épithètes de louange, ils ne trouvèrent que celle-là qui fût restée disponible ; et puis le prince ne s'étant pas associé à leur haine contre Hadrien, ils s'associaient, en lui donnant ce titre, à son respect filial. Ces volte-face bien réussies, cette habile stratégie d'antichambre, étaient tout l'art qui restât aux descendants des grands généraux de Piome, devenus les plus intrépides des courtisans.
Durant ce règne de vingt-trois ans, l'empire jouit d'une paix profonde, et les sujets reconnaissants regardèrent l'État comme une grande famille gouvernée par le meilleur des pères'. Un contemjjorain, Pausanias, voulait que l'empereur fût appelé « le Père du genre humain ^ » .
Dans son désir d'éviter tout bruit, tout mouvement qui dérangeât le bel ordre mis dans l'empire par son prédécesseur, il reprit la règle de Tibère pour la longue durée des magistratures", mais en l'exagérant. Il conserva leurs fonctions à ceux qui les tenaient d'IIadrien; quand il eut de nouveaux choix à faire, il n'éleva aux charges que des hommes expérimentés, et souvent, dit son biographe, il les laissa mourir dans
' Quœ incredibili diligentia ad speciem oplimi patrisfamilias exsequehatiir (Aur. Victor, Epit., 15).
2 OaTY.p àvôfoirtuv (liv. VIII, cliap. 45). Voy., ci-dessus, t. IV, p. 525.
156 LKS ANTOMN'S (90-180).
leur |)lace '. Ainsi, son ami .M. (iaviiis Maximus commanda ponrlant viii^l annéps les cohortes préloriciincs; Oifitus- garda la préfocliire de la Ville tant qu'il lui plut et ne l'ut remplacé que sur sa demande; des gouverneurs restèrent sept ans, mè'uie neuf années dans leur gouvci iicim'iil. I*. Pactumeius Clemens, légat de Cilicie sous Hadrien, fut ('levé au consulat, et maintenu néanmoins dans son commandement*, l/eniperenr avait changé le rang officiel de la province plutôt que de ne pas y laisser le magisliat qui connaissait le mieux ses hesoins. dette p()lili(|U6 était excellente, à la condition pourtant de ne ])as aller trop loin dans cette voie, car le plus actif s'alanguit dans des fonctions toujours les mêmes; comme la vie s'éteint au milieu des eaux dornianlcs, l'adminislraliou dû l'on n'entretient pas une certaine action de renouvellement arrive hieu vite à la sénilité. Le règne d'Antonin nous en fournira i)eut-ètre la preuve.
i,c droit civil lui doit beaucoup', et les Pandatcs renferment plusieurs fragments de ses constitutions ou rescrits. Une est célèbre sous le nom de ijuarte AiiloniDe ou réserve établie en faveur de l'adopté sur les biens de radoi)tant. Eu pi-euve de son esprit libéral, on mentionnera encore la décision (pii permit aux enfants d'un nouveau citoyen, lorsfpi'ils n'ojjtaient point pour la nationalité de leur père, de conserver leurs droits sur son héritage. Auparavant, le drec, obl(Miant le jim rivitatis et dont les enfants restaient provinciaux, était obligé de léguer sa succession à des citoyens ou de la laisser au fisc, comme bien tombé en déshérence*. Des publicains avaient exercé le droit d'épaves, a Je suis le seigneur du monde, répondit-il aux naufragés qui réclamaient contre cette cruauté; mais il y a une loi de la nier, celle que les iihodiens ont faite; qu'on décide d'ajirès elle. » Et le fisc eut tort*. l'.ir un K s( rit d'application difficile, mais très-juste dans son esprit, il n'autorisa le niari à poui'suivre sa femme comme adultère qu'autant (|ur lui-même avait gardé la fidélité conjugale. La condition des esclaves fut encore adoucie. Antonin déclara que le maître qui, pour un motif frivole, tuait son esclave serait puni de la relégation ou de la
' Capitolin. Aiilifii., t) ci 8.
* Ser. Scipio Siilvidionus OiTilus avait été appelé à ce poste par Hadrien en reini)lacement de L. Catiiius Severus.
' Voy. Borgliesi, t. Vllt, p. 50,'», noie.
* )fullu (le jure smi.rit (Ca|)ilolin, Anloii., 12). Sur la l('gislation d'Anlonin, cf. Ilrenel, Corpvs Leginn, \t. 101-114. Lips., 18.")7.
■' l'aiisanias, VIM, 4.").
'' Lig-, XIV, 2, 9 : Hoc idem dtviis Autjustiis judicavit.
Médaillon de bronze d'Aiitonin le Pieux (Face : la lêlo de l'empereur.)
mort: que celui qui l'aurait uialtrailc outre mesure serait forcé de le veudre, et qu'il uc j)ourrait ni le racheter ni écrire au contrat une clause qui lui permit de le j)Oursuivre de sa colère jusque dans la servitude d'autrui, telle que celle-ci : « Défense de l'affranchir ; » ou cette autre : « II, ou elle, sera livré à la prostitution. » Un de ses rescrits porte : « Il est de l'intérêt des maîtres qu'un appui contrôla faim, la cruauté et une intolérahle injustice ne soit pas retiré aux esclaves qui l'implorent justement'. »
Dans l'administration financière, il retrancha les dépenses inutiles, les pensions servies à des gens qui « rongeaient l'État » sans lui rendre aucun service; il vendit des villas du domaine impérial, des bijoux, des meubles précieux : capital mort, dont il fit bénéficier le trésor public; comme Hadrien il accorda encore la remise des arriérés d'impôts, et Marc Aurèle, Aurélien, feront comme lui. Son économie lui donna les moyens de développer l'institution alimentaire et de venir au secours de villes désolées par l'incendie ou par un tremblement de terre, comme
y. i • 1 V 1 i Médaillon do bronze d'Anlonin le l'icnx.
Kome, AntlOCne, INarbonne et (Revers : Esculape debout, avec rindicalion du troisième
Rhodes. Je ne [.arle point des '''"'"''''' '''^""^"'" ■ '^''''- '"'^
constructions faites par lui ou sous son règne dans la Grèce et l'Ionie, dans la Syrie et à Carthage*, à Lambèse, dont plusieurs monuments
« Iiistit., I, 8, § 2.
* Pausanias, VIII, 43
LES ANTONINS (9r.-l80).
(latent de cette époque, à Tarragonc pour sou port, à Gaële pour son ])hare, à Nîmes pour les Arènes et le ])ont du Gard, à Baalbeck })our son temple du Soleil '. Tous les empereurs étaient de grands bâtisseurs. C'était une dette qu'ils i)ayaient dans Rome, au peu])le entier, en décorant la lité (le monuments nouveaux ; aux pauvres, en leur donnant (lu travail; à leur ])rédécesseur, en lui élevant le temple exigé par l'apothéose ; dans les provinces, c'était la condition de leur popularité. En outre, chaque empereur, comme les princes d'Orient, voulait avoir sa demeure vierge de tout souvenir. Ainsi Aéron avait délaissé
Iiilci'iciir dos Ai unes de Nimes.
le palais des Césars; Yespasien déliuisit la Maison d'Or, et Antonio ne voulut point habiter la villa Tiburtine. L'âge des Antonins fut un temps de fête pour les architectes, car on démolissait incessamment pour reconstruire. Mais il faut répéter que, hors de Rome, les travaux étaient surtout r(e.uvre des riches cités, où ils étaient payés avec les revenus municipaux, les dons des citoyens, et souvent une subvention impériale. Cette observation est d'autant |)lus nécessaire pour ce règne, que Marc Amèlc dit de son père adoptif qu'il n'aimait point à bâtir.
' Une inscriplioii <lii n'-gno d'Anlonin, entre 1i7 et 161, montre que Gtjrasa a consacré un propyion et un portique « pour le salut d'Antonin et de Marc Aurèle ». (Letronne, Inscr. dÈijyple, I, 218.)
'i^.ii^'r'"^
ANTONIN ET MARC AUni-LE (ITxS-ISO). 159
Comme Iladricn, Antonin créa de nouvelles chaires de rhétorique et de philosophie dans beaucoup de villes \ en allouant aux titulaires un traitement qui leur fut payé par l'État, quand les ressources locales se trouvèrent insu^^lsantes^ A l'argent il ajouta des honneurs : dans les petites villes, cinq médecins, trois sophistes et trois gram-.
mairicns ; dans les grandes , dix médecins, cinq sophistes et cinq grammairiens furentexempfés des charges municipales^ ; et il couronna la déclamation même en donnant, dans l'année 143, le consulat à deux rhéteui's fameux, le Grec Hérode Atticus et le Latin Cornélius Fronto. Mais les poètes ne lui paraissaient pas aussi nécessaires; du moins, il réduisit la pension qu'Hadrien avait faite au poëte lyrique Mésomède.
Il se trouva pourtant dessénateurs pour conspirer contre ce prince qui faisait de la félicité publique l'unique objet de son gouvernement. Cette fois on ne doute plus, comme sous Hadrien, de la réalité du crime; les Pères, qui, par eux-mêmes ou par
Le Discobole de Miroii, trouvé à la villa Tiburline. (Vatican, salle du Bige, u" 618.)
' Rhetorihus et plitlosophis per omnes vrovincias et honores et salaria detulit (Capitolia, Anton., W). - Zumpt, Ueher dcn Bestand der philos. Schulen in Athen, p. 45. 3 Dig., XX Vil, 1, 6, §§ 1 et 2.
I()0 LKS ANTOMNS (OG-180).
knii's aflVanchis transformes on historiens, faisaient dans la postérité la r(''|)utali()n des princes, admettent ponr le favori du sénat un j)éril dont ils avaient nié l'existence ponr l'ami des provinciaux. 11 n'y eut pas d'exécution : Atilins Titianus en fut quitte pour la perte de ses liiens; î^riscianus se Ina lui-même ; Avidius Cassius, qui se révolta sous Marc Aiirèle, eut au moins le désir de renverser Antonin; Celsus enfin, (pie nous ne connaissons pas, fit quelque entreprise sérieuse, puisque, vingt ou trente ans après, la seconde P'austine en rappelait le souvenir à son époux'. Le sénat mettait nu grand zèle à rechercher les coupables, Antonin l'arrêta. « Que gagnerai-je, répondil-il à ceux (pii le pressaient de sévir, que gagnerai-je à ce qu'on sache qu'un certain nombre de mes concitoyens me haïssent? »
Antonin n'aimait pas la guerre. « Mieux vaut,
la Maiiivlaiiie. (fii-aïul lii'onze .
d'Aïuoiiiii; Cohen, 080.) disait-il, sauver un citoyen que tuer mille ennemis. » 11 n'entrepril par lui-nu^me aucune expédition', mais ses lieutenants eurent à livrer des combats défensifs : en Afrique, contre les nomades', sur la frontière des Carpathes et du llanube, contre des Daces réfugiés dans les montagnes, et contre des |)('U|ila(les germaines établies au voisinage de la Pannonie. Caj)itolin (lit (pie les Juifs firent encore quelque émeute, et qu'il y eut des rébellions en Egypte et en Grèce. Une émeute en Grèce, au lendemain (riladrien, se comprend mal, à moins qu'il ne s'agisse d'une conspiration, celle de Celsus par exem|)le*, dont nous m.' savons ni le lieu ni la date, ou de quelque tumulte populaire auquel Lucien semble faire allusion (157)*; et une révolte des Juifs aurait été, ce semble, bien difficile, après tout le sang que Trajan et Hadrien avaient tiré à ce peuple ^ En
* Viilcncius Gallicanus, Avid. Cass., 10.
- IlcAca-yV u.Év 'Pwu.aîoi; ÈOiXovrr,; lnrqi.-^f:'j cùSs'vx (l'aiisailias, VIII, 45).
'■ hi., ibitl Maûscu;.... vcu.x^a; te i'vrœ;. D'après les nK'dailIcs (Colieii, Anl.,n°' 68(5 et C87).
on peut rapporter cette {(lierre à l'année 159. On a pensti qu'il y eut deux expéditions en Libye : celle dont il vieni d'être question, qui semble rappeler par la présence dans celte contrée des vexillaires de la légion F" Fcrrata, liabituellement cantonnée en Syrie, et qui en 145 sont occupés à tracer nne route dans l'Aurès (Léon Renier, Inscr. iVAlcj., n" 45G9); l'antre, vers IfiO, ipii serait attestée par une médaille représentant l'empereur velu An paludamenlum, r.\rri(|n(! prosternée devant lui et, derrière, nue victoire tenant un tropbée; mais cette médaille est de Commode. Cf. Eckhel, (. VII, p. 20.
* Capilolin, Avid. Cass., 10.
* Percgr., 19 : i}-\. Si ts'u; "F.XUva; i'-aOcv àvTasaoôai ôirÀa 'l'o)|j.ac(;i;.
* Les monnaies d'Alexandrie citées en preuve par Munter [Die Juden unter Hadrian, p. 98) ne mènent pas à une conclusion positive, et la guerre des l'artlies, à l'aide de laquelle Gratz
Ui
Egypte, l'affaire fut plus sérieuse, puisque le préfet Dinarchos fut tué (147-8), et que, au dire d'uu ancien, l'empereur se crut obligé de faire le voyage d'Orient : ce fut la seule fois qu'il quitta Rome pour aller plus loin que la Campanie^
Dans la Bretagne, Lollius Urbicus, qui s'était distingué en Judée sous Hadrien, réprima les Brigantes (140), et, se trouvant à l'étroit derrière le Vallum Hudriani , reporta la ligne des défenses de la province plus au nord, jusqu'au rempart d'Agricola, le Grahains dike, levée de terre gazonnée, courant entre les deux golfes de la Clyde et du Forth". En récompense, Lollius obtint plus tard la première charge de l'État, celle de préfet de la Ville. Les Partlies préparaient une expédition contre l'Arménie , une lettre d'Antonin les arrêta. Les Lazes, les Quades, les Arméniens, acceptèrent les rois qu'il leur donna protection couvrit les Grecs des bords de l'Euxin contre les Scythes du voisinage et l'Arménie contre les brigandages des Alains. Appien raconte qu'il vit à Rome les députés de peuplades barbares qui demandaient à être reçues au nombre des sujets de l'empire; Antonin refusa : c'était la politique d'Auguste et d'Hadrien. Il y vint aussi des ambassades de la Bactriane et de l'Inde : preuve que les Antonin posant la time sur
, . , , . , . . la tète du roi d'Arménie.
relations de commerce avec ces régions lointaines (Grand bronze, cohen, 758.) continuaient.
En somme, les guerres sous Antonin furent sans importance et les émeutes sans périls. « Alors, dit son biographe, toutes les provinces
Antonin donnant la main
au roi des Quades.
(Grand bronze. Cohen, 759.)
sa
(Judische Gesch., IV, ii° 20) essaye de se tirer d'embarras, n'eut lieu que trois ans avant la mort d'Antonin.
* Letronne (Recherches pour servir à l'histoire de VÉgypte, p. 250) met cette révolte dans les années 148 et 149. Cf. Malala, Chronocjr., XI, p. 280, éd. Niebuhr, et Aristide, I, 550, éd. Diud. La mention du voyage d'Antonin en Orient, dont Capitolin ne parle point, se trouve dans Malala, auteur de peu d'autorité, il est vrai, et qui a ramassé bien des fables, mais qui a peut-être pris ce fait dans la Chronique (VAntioche. Cf. Waddington, Chronol. du rhéteur Aristide.
* Voy. Hist. des Romains, t. IV, p. 705.
5 Voy., dans Eckliel, t. VII, p. o et 15; dans Cohen, Anton., n" 758 et 759, les médailks avec la légende : Rex Quadis datus Armeniis, qui se placent entre 159 et 145. Le dernier de" ces deux auteurs dit [Anton., p. 279) que la décadence de l'art commence h se faire sentir sous Antonin, dans les médailles, surtout dans celles d'argent.
102 LES ANTONINS (9G-i80).
étaiciif riorissautes.... et anciiii i)i-incc iio fut autant respecté des Harliares. » l'a contemporain, le rhéteur Aristide, montre quelle confiance inspirait celle longue paix : « Le continent tout entier est eu repos, et l'on ne croit plus à la guerre, même lorsqu'elle sévit sur quelque point écarté '. »
Plus respectueux (pi'lladrien envers les vieux usages et les antiques légendes, il croyait trouver un intérêt de conservation sociale en des choses où son prédécesseur n'avait vu ([u'un inlérèt de curiosité sceptique. Il essayait comme Auguste de ranimer le patriotisme expirant, en remettant à la mode les origines merveilleuses du peuple ro- Lescn.ciiKiiytoa*. maiu ; quelques-uiics de ses moniuiies représentent la momwied\ntonhi.) '"''^ d'Kuéc, la fondation d'Alhc, Mars ct Rhéa, Romulus et les |)remicres dépouilles opimes, Iloratius Coclès défendant le pont du Janicule, ou Esculape arrivant dans l'île du Tibre sous la forme d'un s('ri)ent (Glycon). Pour raffermir les dieux sur leurs autels chancelnnls, il remplissait scrupuleusement ses fonctions pontilicales, ramenait aux temples la foule avide de spectacles et méritait que les Pères, ahusés par ces apparences de restauration religieuse, fissent graver une inscription avec ces mots : « Le sénat et le peuple romain au très-bon, très-grand et très-juste prince Antonin Auguste, nh htsigncm crga cxnmonias publicas curam ac religionem''. » En même temps, il essayait d'arrêter le progrès des conversions juives, par le renouvellement des peines édictées sous Vespasien contre ceux qui pratiquaient la circoncision sur des hommes étrangers à la race hébraïque*.
En lui voyant cette disposition d'esprit, on pourrait craindre qu'il u'filt eniclli'ment ti'ailé les chrétiens. Jl n'en fut rien. Il suivit, à leur égard, la politique de son père adoptif et leur accorda une tolérance de fait, qui fut pourtant ti'oublée, de loin en loin, par quelque magistrat trop zélé, frappant nue victime impatiente de mourir. Quant au rescrit
' Aristide, I, ."j, cil. iliml.
- Monnaie de bronze d'Ionopolis. (Mionnol, Descr. de m"<l. anl., t. IV, p. 5,^0, n° 5.) Le serpent à tète Iiuinaine est la persoiinilicafion de Glycon, la nouvelle manifestation d'Esciilape dont le culte \tn\, au temps des Anlouius, nue grande extension.
^ Ori'lli, u" 84i. Celte inscription est de l'an \17>.
* iJig., XF>ViII. 8, 1 1 : Cirruincidera Jitdwis fiUos suos tanlum rcscripto divi PU permiltitur; is non rjuidem rciKjionis ijiii Itoc fcceril, caslranlis pœna irrogatur ; or, cette peine était la mort. Medico qm e.tcidciit, capitale ont, item ipsi qui se sponle cxcidendum prœbuit. Voy. Hist. des Romains, t. IV, p 721.
qii'Eusèbe a mis sous son nom, on ne peut le recevoir, au moins dans sa forme actuelle, comme authentique. Il est certain que ce prince et son prédécesseur n'ont jamais songé à donner droit de cité dans l'empire à la religion nouvelle ; mais ils n'auraient ])as voulu davantage la persécuter. L'un par indifférence philosophique, l'autre par bonté de cœur, répugnaient à verser le sang pour des croyances. « Sous le règne d'Antonin, dit Orose, la paix régna dans l'Église'. »
A cette époque, la foi trouva un habile et hardi défenseur. Saint Justin représente dans l'histoire de l'empire le moment décisif où le christianisme, qui, avec saint Paul, avait professé l'impuissance de la raison", et qui, avec les premiers successeurs des apôtres, vivait dans l'ombre et le mystère, sort au grand jour et revendique hautement ses droits comme doctrine rationnelle. Alors ce qu'on appelait dédaigneusement « la religion des esclaves et des femmes, des enfants et des vieillards », s'affirme, non-seulement devant le bourreau, mais devant la science, et s'efforce d'absorber en soi la sagesse païenne purifiée par la nouvelle révélation.
Saint Justin était un Grec de Palestine qui avait traversé tous les systèmes de philosophie avant d'arriver au christianisme, et qui a raconté lui-même, dans un dialogue à la manière de Platon, non sans grâce, les diverses étapes de son esprit. 11 ne brûle pas, comme tant d'autres, ce qu'il avait adoré. Le christianisme, pour lui, est une philosophie nouvelle, })lus sûre, plus utile que l'ancienne, mais il ne renie pas celle qui l'a précédée. « Socrate, dit-il, avait été une incarnation du A0-/0Ç, ou raison divine répandue dans l'humanité, loyoq c-nep^xTiyJq, car toute intelligence en contient une parcelle. Le Christ en fut une autre plus complète, puisqu'il est la Vérité absolue. Lorsque le maître de Plaion tenta, avec la force de la vérité, d'enlever les hommes aux démons, ceux-ci le hrent tuer comme impie et athée. Ils font de môme contre nous. Athées, nous le sommes contre vos dieux, mais non contre le Dieu véritable, le Père de toute vertu que nous adorons, avec le Fils qu'il nous a envoyé pour nous instruire, avec l'armée des bons anges, ses satellites, et l'Esprit prophétique. Vos anciens ont enseigné certains dogmes que nous exposons d'une manière plus divine, et dont seuls nous prouvons la vérité. Nous disons, comme Platon, que
' Orose, Hist. sac, II, ^0: Anfonino Pio imperanlc, pax ccclcsiis fuit. Cf. Eusèbe, Hist. ceci., IV, 15, 20; Tertullion, Apol.,h; Dion, LXX, 5.
- Cf. Epist. ad Rom., 1, 21-24 ; ad Cor., I, i, 19; m, 18 ; ad Gai., I n, 8.
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Dieu a tout produit et tout ordonné; comme les stoïciens, que le monde itérira dans les flammes; comme vos poêles et vos philosophes, que les bons seront récompensés et les méchants punis. Quand nous appelons Jésus-Clii'ist le kôyoq divin, la Raison de Dieu, nous ne faisons que lui apjiliquer la dénomination donnée à Mercure.... Si on dit (jii'il a été erucilié, en cela môme il ressemble à ceux des fils de .liil)iler qui, selon vous, ont eu des tourments à souffrir; qu'il est né d'une Vierge, il a cela de commun avec Persée; qu'il guérissait les
boiteux, les paralytiques, les infirmes, et ressuscitait les morts, c'est ce que vous racontez d'Esculape.... Tous ceux qui ont vécu d'une manière conforme à la raison sont chrétiens. Tels furent, chez les Grecs, Socrate, Heraclite et ceux qui leur ressemblent, comme de notre temps Musonius', et, chez les Barbares, Abraham, Ananias, Mizaël, Élie et beaucoup d'autres. »
Le christianisme était donc l'achèvement et non la contradiction de la révélation naturelle.
Saint Justin se défend, mais aussi il attaque. Aux dieux incestueux et adultères du paganisme il oppose celui des chrétiens, et aux scandaleuses leçons de leur histoire ses saints commandements. En face de la vieille société légalisant ses vices par l'impôt qu'elle en tire et dressant des autels à Antinous, il met la société nouvelle qui, au lieu de fêtes impures et de sacrifices sanglants, a pour culte la prière, l'aumône, le baiser de paix, la communion fraternelle avec le pain et le vin ; puis il s'écrie: « Cessez donc d'imputer à des hommes purs vos débauches et celles de vos dieux! »
Comme ])rédication aux pauvres, aux opprimés, mieux eût valu l'Évangile; comme plaidoirie devant un tribunal païen, la défense était
Esculapc et Glycon *.
* C'est fliiiis \'Aiiolo(jic II, § 8, que se Iroiive le nom de Musonius ; les autres sont dans la première, § 21.
' Inlaillc sur jaspe roiifre représentant Escuia|)e debout, le corbeau fatidique d'Apollon derrière lui; en face sa nouvelle manifestation, Glycon. {Revue archéuL, 1878, p. 17!).)
\iitoniii couranné de cliùne. (Statue trouvée à la cilla Uadnana. — Vatican, salle Ronde, n° 550.)
A^^TONIN ET MARC AURÈLE (ir.8-180). 167
habile sans manquer de vérité ni de grandeur. On trouve même dans les premiers mots de cette supplique la mâle intrépidité d'un homme qui acceptait le combat avec les maîtres du monde :
A l'Empereur Titls .Elius Antomn, Pieux, Auguste, César,
A SON FILS VÉRISSIME, riULOSOrHE,
A Lucius, pinLOsoriiE, FILS DE César par la naissance et d'AiNtonin par l'adoption,