‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des Antonins (volume 2)Chapitre 13 sur 51 · I. Peu lu «Restons ici » du centurion passant sur lu Forum · texte numérisé non relu

I. Peu lu «Restons ici » du centurion passant sur lu Forum

aspect matériel, cette confusion qui devait bientôt se produire dans l'ordre politique. En passant sur ce sol, l'invasion gauloise l'avait nivelé; quand le torrent se fut écoulé, une nouvelle ville et presque un nouveau peuple apparurent.

L'épée des barbares avait fait de grands vides dans la population1 ; pour les combler et prévenir une révolte dangereuse des sujets, le droit de cité fut accordé aux habitants du territoire de Véies, de Capène et de Falérie, et les premiers censeurs nommés après la retraite des Gaulois en formèrent quatre tribus nouvelles *. C'était une très-grave mesure que d'appeler, d'un coup, tant d'hommes au partage de la souveraineté et d'assurer à d'anciens sujets quatre suffrages sur vingt-cinq ; mais Rome ne pouvait être autrement tirée de la dangereuse situation où les Gaulois l'avaient laissée , et le sénat n'hésita pas devant ce sacrifice nécessaire. Il en fut aussitôt récompensé, car nul doute que cette concession n'ait beaucoup aidé aux succès de Home, restée sans alliés par la défection d'une partie des Latins et des Herniques , et attaquée , avant d'être sortie de ses ruines, par presque tous ses voisins ».

Chez les peuples énergiques, l'adversité retrempe le courage. En refusant d'aller à Véies, les Romains avaient pris avec eux-mêmes l'engagement de relever à la fois leur ville et leur empire ; et, malgré les apparences contraires, ce double travail de reconstruction n'était pas au-dessus de leurs forces. Les voisins et les ennemis de Rome avaient souffert aussi de l'invasion. Les Èques surtout, par le pays desquels les Gaulois avaient peut-être passé pour gagner l'Apulie, semblaient avoir perdu leur audace accoutumée. D'ailleurs ces guerres ne sont toujours que des attaques partielles ou mal combinées. Quelle que soit, dans certains cas, la supériorité du nombre, les Romains ont pour eux cette unité de sentiments dans les soldats et de direction dans les chefs qui double la force des armées.

1. Tùiv îdei'iTTwv tîoXitwv àffoluXÔTuv. Diod., XIV, 116.— 2. Stcllatina, Traraontina, Sabatina et Arniensis. Liv., VJ, 5. — 3. Tite-Live, VI, 2, defectio LaXinorum Hernicorumquc.

Les circonstances n'en étaient pas moins très difficiles. Rome n'en traversa pas de plus dangereuses. Camille, qu'on retrouve sans cesse à la tête des légions y gagna, avec bien plus de justice que dans la guerre gauloise, le titre de second fondateur de Rome1. A l'intérieur, il rappelait par ses patriotiques conseils les partis à l'union, ou il cherchait, par sa fermeté, à leur imposer la paix. Dans les camps, ses habiles réformes préparaient la victoire, que ses talents assuraient sur le champ de bataille. Devant l'attaque impétueuse des Gaulois les légions romaines s'étaient enfuies ; il arma les soldats de longues piques qui arrêtèrent l'élan des barbares, et de casques d'airain, de boucliers bordés d'une lame de fer, contre lesquels s'émoussèrent leurs sabres mal trempés. Il fit plus ; il changea tout l'ordre de bataille. Le nom de celui qui créa ce corps animé et vivant de la légion romaine ; qui sut y combiner si bien les diverses armes, qu'elle fut prête à vaincre sur tous les terrains, à triompher de toutes les troupes et de toutes les tactiques ; inébranlable et unie en face des rapides cavaliers de l'Atlas, ou des bandes désordonnées des barbares ; divisée et légère devant la phalange macédonienne ou les chàrs à faux et les éléphants d'Antiochus, le nom, dis-je, de celui qui fit ainsi de la légion une armée complète, nous est inconnu. L'expérience de tous les jours, une guerre de montagnes et de continuelles escarmouches enseignèrent sans doute les avantages de la division en manipules, sur l'ancienne organisation en phalange. Mais si quelque général contribua à ce changement, à quel autre plus qu'à Camille convient-il d'en rapporter l'honneur? Pour en fixer la date, les textes manquent ; on sait seulement qu'après les guerres gauloises, à la bataille du Vésuve, cette division était définitivement établie. Camille lui dut peut-être les nombreux succès qui sauvèrent Rome une seconde fois.

A plusieurs reprises, il battit les Volsques, les Èques et les Tarquiniens qui ne purent empêcher les Romains de

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