Liv., VII
tins protestèrent contre cet honneur, décerné à leurs dépens, en insultant les murs de Rome, et les Gaulois établis dans une forte position, autour de Pédum *, derrière un retranchement formé de leurs chariots de guerre, partaient de là pour des courses dans le Latium et la Gampanie. Ainsi, au moyen âge, les Northmans se jetaient audacieusèment au milieu du pays ennemi, et, se faisant un camp de leurs barques amarrées sur le rivage des fleuves, en sortaient pour piller au loin.
A cette guerre latine et gauloise se joignit, en 366, une guerre plus terrible, excitée par le fanatisme religieux et par la haine politique : les Tarquiniens dénoncèrent les hostilités.
Tout se trouva alors en feu autour de Rome. Depuis trois ans, les Gaulois campaient au milieu du Latium, et Tibur, Préneste, Vélitres, Priverne semblaient liguées avec eux ; les Herniques se souvenaient d'avoir tué récemment le consul plébéien Génucius, et de n'avoir cédé au dictateur Appius qu'une victoire chèrement achetée. Enfin, les Tarquiniens avaient hérité de la haine de Véies contre Rome. Unis aux Falisques, ils allaient au combat, conduits par leurs prêtres qui secouaient, comme les furies, des torches ardentes et des serpents. L'armée de Fabius se laissa effrayer par cet appareil menaçant, et trois cent sept légionnaires faits prisonniers furent sacrifiés par les Tarquiniens à leurs sombres divinités.
Au milieu de tant de périls et de terreur, ce fut une consolation que le renouvellement , avec les cités latines, de l'antique alliance brisée par l'invasion gauloise 2. Aricie, Bovillae, Gabii, Lanuvium, Laurentum, Lavinium, Nomentum et Tusculum, fatiguées autant que Rome du séjour prolongé des barbares, unirent leurs forces aux légions commandées par le dictateur Sulpicius, et les Gaulois, trompés par un stratagème, furent écrasés. Dans leur joie, les Romains égalèrent cette victoire à celle de Camille. La
1. Gallos.... circa Pedum. Liv., VII, 12. Il dit ailleurs de Tibur, arx gaU lici belli. — 2. Inter multos terrons solatio fuit.... magna vis militum ab us accepta.... Liv., VII, 12.
fortune revenait; les Herniques furent, cette même année, battus et soumis. Afin de conserver ces avantages et de préparer de nouvelles ressources pour l'avenir, le sénat forma, de tous les habitants du pays Pomptin entre Antium et Terracine, deux nouvelles tribus. C'était la politique qui avait si bien réussi en 386; elle eut le même succès ; les Priver nates furent vaincus par Marcius Rutilius et toute la rive gauche du Tibre pacifiée. Tibur résistait encore ; mais on lui prit Sassula, et Tannée suivante, avec Préneste, elle demanda la paix (351).
Cependant, au nord du fleuve, les Étrusques avaient encore ravagé le territoire romain jusqu'aux salines d'Ostie. Pour chasser ces pillards, Marcius Rutilius fut nommé dictateur; c'était un homme nouveau. Les patriciens auraient voulu, à tout prix, prévenir un triomphe plébéien. Mais le peuple accourut avec empressement sous un général sorti de ses rangs. Marcius repoussa l'ennemi, et, malgré le sénat, par les suffrages des tribus, il rentra à Rome en triomphe. Deux ans après, la défaite de Fabius fut réparée ; et trois cent cinquante-huit Tarquiniens, de nobles familles, furent décapités dans le forum2. L'an 350, ce peuple demanda et obtint une trêve de quarante ans. On espérait quelque repos ; les Gaulois reparurent (349). Valérius renouvela l'exploit de Manlius, auquel les annalistes ajoutèrent des circonstances merveilleuses. Un corbeau, disaiton, s'abattit sur son casque durant le combat, et troubla le Gaulois en le frappant au visage du bec et des ailes ; quand le barbare tomba, il reprit son vol et disparut vers l'Orient. Les soldats donnèrent au vainqueur le surnom de Corvus, et se précipitèrent sur l'ennemi, certains de vaincre. Cette victoire, gagnée par le fils de Camille,
1. Ce fut au sujet des prisonniers privernates, relâchés sur rançon par les soldats de Marcius, que son collègue Manlius, dans un camp près do Sutrium, fit voter par ses soldats la loi de viecsima eorum qui manu mit* terentur. Voy.p. 220, n. 2. — 2. Liw, VII, 19. Ces petites guerres étaient très-meurtrières : on avait tué beaucoup sur le champ de bataille, dit Tite- Live, et fait un grand nombre de prisonniers. Les nobles furent décapités à Rome, vulgus aliud trucidatum.
CONQUÊTE DE L'iTALfE (367-265). 243
mit fin aux invasions gauloises. L'armée barbare, chassée du Latium, se jeta audacieusement en Gampanie, et poussant toujours devant elle, sans s'inquiéter du retour, pénétra jusqu'en Apulie. Huit siècles plus tard, les Francs devaient, avec la même confiance insoucieuse, renouveler ces courses audacieuses, et, partis des bords de la Meuse, aller droit devant eux, jusqu'à ce que la terre leur manquât, aux bords du détroit de Messine.
Le héros de cette dernière lutte, Valérius Corvus, fut, à vingt- trois ans, élu consul pour réprimer, en 346, quelques mouvements des Volsques. Il brûla Satricum, que les Antiates avaient rebâtie. L'année suivante, la prise de Sora, à l'extrémité du pays des Volsques, et une victoire sur les Aurunces, ouvrirent aux Romains la route de la Gampanie.
Les efforts faits par Rome durant ces vingt-trois années l'avaient délivrée pour plus d'un demi-siècle des Gaulois. Les seules villes étrusques qui avaient osé ou pu l'attaquer avaient reçu des preuves sanglantes de leur faiblesse. Toute la plaine du Latium était occupée par des citoyens romains ou des alliés. Mais dans les montagnes il restait encore des cités volsques ou latines indépendantes et secrètement ennemies. Telle était, en 343, la situation de la république. Ce moment est grave : au dedans, les patriciens avaient échoué dans leurs tentatives contrerévolutionnaires, et les lois de Génucius et de Publilius allaient achever la révolution plébéienne; au dehors, la suprématie sur le Latium semblait assurée. Mais rien n'annonçait, si ce n'est la forte organisation de ce petit peuple, que la domination romaine sortirait de ces étroites limites. La guerre avec les Samnites décida de l'avenir de Rome. Jusqu'alors, depuis les rois, elle s'était péniblement défendue. Cette lutte, où il allait de son existence, et au terme de laquelle elle trouva la domination de l'Italie, la rendit de nécessité conquérante. Le combat du mont Gaurus fut la première bataille d'une guerre qui ne devait finir qu'aux sommets de l'Atlas et aux bords du Rhin, du Danube et de l'Euphrate.
11. De 343 à 341. Quand les frontières de deux peuples conquérants viennent à se toucher, du choc jaillit la guerre. Les Romains s'étaient établis à Sora, à deux pas du territoire samnite ; et les Samnites menaçaient Téanum, près du pays des Aurunces, dont les Romains semblaient s'être réservé la conquête par une récente victoire. On a vu1 quel était ce peuple samnite, son courage, son amour de la guerre, son besoin d'expansion au dehors, qui presque à chaque génération le chassait de ses montagnes sur les riches plaines qui les entourent, mais aussi ses divisions qui devaient l'empêcher de former jamais un grand État. En 343, ils voulaient prendre position entre la Gampanie et le Latium, en s'emparant du pays des Sidicins. La capitale de ce peuple, Téanum, était assise sur un groupe de montagnes qu'enferment le Liris et le cours demi-circulaire du Vulturne ; du haut de ses murs on aperçoit Gapoue au delà du Yulturne, et Minturnes aux bouches du Liris. Ces deux places et la route entre le Latium et la Gampanie auraient été à la discrétion des Samnites, s'ils avaient fait la conquête du pays des Sidicins. Aussi les Gapouans promirentils des secours à Téanum ; mais leurs troupes énervées ne purent tenir contre les agiles montagnards ; elles furent deux fois battues et rejetées dans Gapoue, que les Samnites, campés sur le montTifata, tinrent comme assiégée*. Dans cette extrémité, les Campaniens envoyèrent une ambassade à Rome (342). Onze ans auparavant, une haine mutuelle contre les Volsques, et la crainte des bandes gauloises avaient rapproché les Romains et les Samnites ; un traité avait été conclu. Ge fut le prétexte dont le sénat se servit pour repousser les premières demandes des Campaniens, et faire acheter à haut prix ses secours. «Eh bien! dirent les députés, refuserez-vous de défendre ce qui vous appartient? Capoue se donne à vous avec ses terres, ses temples, toutes les choses sacrées et profanes. » Le sénat accepta, mais quand ses envoyés vinrent signifier aux gé-