‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des Antonins (volume 2)Chapitre 21 sur 51 · Tite-Live, VII, 32.— 2. Pl., VII · texte numérisé non relu

Tite-Live, VII, 32.— 2. Pl., VII

Il avait vu mourir Camille , et les Romains trembler devant quelques bandes gauloises; il vit finir la guerre samnite, qui donna à Rome l'Italie, et presque commencer les guerres puniques qui lui donnèrent l'empire du monde; et dans cette vie séculaire il ne manqua pas un jour à la république, dans l'action ou dans le conseil. En 343, il était à son troisième consulat. Chargé de chasser les Samnites de la Campanie, il vint les chercher près du mont Gaurus, et inspira à ses troupes une telle ardeur, qu'après le combat les prisonniers avouèrent, dit Tite-Live, qu'ils avaient cru voir tous les yeux, sous les casques des légionnaires, darder des flammes1. Capoue tout entière sortit au-devant du vainqueur. A Rome l'attendait le triomphe, mérité par une seconde victoire près de Suessula. Ces succès retentirent au loin, les Falisques demandèrent à changer la trêve en alliance, et les Carthaginois, amis de cette puissance qui s'élevait entre leurs rivaux, les Étrusques et les Grecs, envoyèrent une ambassade féliciter le sénat, et déposer au Capitole une couronne d'or.

L'hiver venu, les Romains, à la demande des Campaniens, prirent garnison dans leurs villes. Nous avons raconté leur révolte et ses suites. Quand la sédition fut apaisée, le sénat, qui sentait l'État ébranlé et les Latins menaçants, renonça à la guerre samnite, ne demandant qu'une année de solde et trois mois de vivres pour l'armée du consul Jlmilius (341). A ce prix, il abandonnait aux SamnitesTéanum et Capoue. Les Latins continuèrent, pour leur compte, les hostilités, ligués avec les Volsques, les Aurunces, les Sidicins et les Campaniens; et lorsque les Samnites vinrent se plaindre à Rome, les sénateurs répondirent, la rougeur au front, qu'ils n'avaient pas le droit d'empêcher leurs alliés de faire la guerre à qui bon leur semblait9.

III. De 340 à 338. Depuis la première invasion gauloise, Rome avait toujours trouvé des ennemis dans le Latium.

1. Liv., VU. 33-38.-2 In fœdere latino nihil esse, quo bellare cum

quibus ipsi velint prohibeantur. Iiv., VIII, ?.

Si des dangers communs avaient, en 357, rapproché d'elle plusieurs cités, celles-ci n'acceptaient pas sa suprématie avec la même résignation qu'aux jours où, chaque année, les légions venaient les défendre contre les Èques et les Volsques. L'affaiblissement de ces deux peuples et l'éloignement des Gaulois ôtant aux Latins toute crainte, leur jalousie se réveilla; l'alliance des Sidictns et des Gampaniens, que Rome abandonnait, accrut leur confiance , et l'heureuse issue de la révolte des cohortes de Gampanie leur fit croire au succès de leur défection. Bientôt arrivèrent à Rome deux préteurs latins, Annius de Sétia et Numisius de Circéii. Ils demandèrent ce que les plébéiens venaient d'obtenir, l'égalité des droits politiques, c'est-à-dire qu'un des deux consuls et la moitié des sénateurs fussent pris parmi les Latins. A ces conditions, Rome resterait la capitale du Latium. L'orgueil national se révolta. « Entends ces blasphèmes, ô Jupiter, » s'écria Manlius, et il jura de poignarder le premier Latin qui viendrait siéger au sénat. Annius répliqua, avec des paroles d'outrage pour Rome et pour son Jupiter Capitolin. Mais, disait la tradition, l'éclair brilla, les éclats de la foudre ébranlèrent la curie, et quand Annius sortit du Capitale pour descendre l'escalier aux cent marches, le pied lui manqua, et il roula jusqu'au bas des degrés, où il resta sans vie. Le dieu s'était vengé lui-même1.

La guerre était déclarée (340) . Rome, par la défection des villes latines, allait donc avoir à combattre des hommes habitués à sa discipline, à ses armes, à sa tactique *. Le péril était immense; mais les courages s'élevèrent à la hauteur du danger. Les consuls étaient alors Manlius, que son inflexible sévérité fit surnommer Impériosus, et Décius Mus, de cette noble famille plébéienne, où le dévouement à la patrie devint héréditaire. Tandis que les consuls faisaient les levées parmi les plus braves, raffermissaient la discipline, et préparaient tout, avec cette activité et ces

1. Tite-Live, VIII, 6, qui veut ramener cette légende aux conditions de l'histoire, ne parle que d'une chute suivie d'un évanouissement.*— 2. Liv., VIII, 12, -,3.

ressources que donne un pouvoir centralisé, le sénat retenait dans son alliance Ostie, Laurentum, Ardée, les Herniques, et peut-être Lanuviunb» dans la neutralité Fundi et Formies; dans des dispositions favorables, l'aristocratie campanienne. Mais le secours le plus important lui vint du Samnium; le traité de paix entre les deux peuples fut changé en un traité d'alliaDce offensive. Dès les premiers jours du printemps, l'armée romaine traversa sans bruit le pays des Marses, des Péligniens et des Samnites, se recrutant sur la route des forces de ses nouveaux alliés, et parut inopinément dans la plaine de Gapoue. Une armée laissée au préteur Pap. Crassus, couvrait la ville, pendant cette marche habile, et tenait en échec les Latins, qui n'avaient pas rejoint en Gampanie la grande armée destinée à envahir le Samnium.

La bataille se donna au pied du mont Vésuve, près d'un ruisseau nommé Véséris. Tous les peuples de l'Italie centrale s'y rencontrèrent : les Romains avec les Herniques et les peuples sabelliens; les Latins avec les nations osques, qui habitaient du Numicius au Silarus. On aurait dit une lutte des deux vieilles races italiennes. Avant la bataille, un Tusculan, Géminus Métius, provoqua en combat singulier le fils du consul. Manlius accepta le défi, fut vainqueur, et revint, entouré des soldats, offrir à son père les dépouilles du vaincu. Mais il avait combattu sans ordre ; la discipline était violée. Gomme Brutus, le consul oublia le père, et le jeune Manlius fut décapité. L'armée plia sous cette main de fer. Le jour de la bataille, l'aile gauche, que commandait Décius, faiblit. Le consul appelle le grand pontife, et la tête voilée, un javelot sous les pieds, il prononce la formule sacrée1 qui le dévouait, pour le salut des légions, lui et l'armée ennemie aux dieux infernaux; puis, monté sur

1. Jane, Jupiter, Mars Pater, Quirine, Bellona, Lares, Divi Novemiles, DU Indignes, Divi, quorum est potestas noslrorum hosh'umque , Diiquc Mortes. Les dieux nommés ne «ont que les vieilles divinités italiennes, et à leur têto Janus : les DU Novensiles sont les dieux nouveaux. Cf. Cincius ap. Arnob., III, 38.

son cheval de guerre, revêtu de ses armes et le corps ceint de sa toge *, comme le prêtre dans les sacrifices, il se précipite au milieu des rangs ennemis, où il tombe bientôt percé de coups. Cet appareil religieux, ce dévouement héroïque, dont les deux armées ont été témoins, la croyance que le sang de cette victime volontaire a racheté celui de l'armée romaine, donnent aux légions consulaires la certitude de la victoire, aux Latins celle de la défaite. Les trois quarts de l'armée latine restèrent sur le champ de bataille, et la Campanie fut en un coup reconquise. Une manœuvre habile de Manlius , qui ne fit donner sa réserve qu'après que les Latins, trompés par une ruse, eurent engagé toutes leurs forces, avait décidé le succès. Les débris de l'armée battue se rallièrent à Vescia, chez les Ausones. Numicius y amena des levées faites en toute hâte. Mais une seconde victoire qui ouvrit le Latium à Manlius, rompit la ligue; plusieurs villes firent leur soumission, et dès le 18 mai Manlius rentrait triomphant à Rome (340).

La guerre n'était pas finie : le sénat se hâta cependant de décerner les peines et les récompenses. Capoue perdit le pays de Falerne, si renommé pour ses vins. Mais les 1600 chevaliers restés fidèles à la cause de Rome reçurent le droit de cité, avec une solde annuelle, pour chacun d'eux, de 450 deniers, prélevés sur le reste des habitants. C'était 500 000 francs environ, dont le peuple campanien payait, chaque année, la trahison de son aristocratie. Les cités latines qui venaient de se soumettre furent aussi dépouillées d'une partie de leurs terres. On les distribua aux citoyens, à raison de deux jugera par tête dans le Latium, de trois dans le pays de Falerne *.

Cependant Manlius, tombé malade, nomma Crassus dictateur pour achever la réduction du Latium. Une expédition contre Antium demeurée sans résultat fut un encouragement pour les villes restées en armes. Une victoire de Publilius Philo n'effaça pas l'échec de son collègue au

1. lpse, incinctus cinctu gabino. Cf. Liv., VIII, 9. — 2. Liv., VIII, tl.

siège de Pédum. La république était, il est vrai, agitée, à cette époque, par les troubles qui amenèrent la dictature et les lois de Publilius ; mais c'était le dernier acte de ce long drame. La révolution, victorieuse au dedans, le fut aussi au dehors, et le premier événement de l'ère nouvelle fut l'entière soumission du Latium.

Antium sur la côte, Pédum en avant de l'Algide, étaient les deux derniers boulevards de la ligue. Les consuls de Tannée 338 se partagèrent l'attaque de ces deux places. Maenius marcha contre Antium, et battit, près de l'Astura, les Latins de la plaine ; Furius prit Pédum, malgré tous les efforts des Latins de la montagne. Dès lors la résistance cessa, et toutes les villes ouvrirent, l'une après l'autre, leurs portes.

Il fallait décider du sort des vaincus. C'était la première fois que le sénat allait avoir à régler d'aussi graves intérêts. Il le fit avec une telle prudence, que les mesures prises par lui à cette occasion assurèrent à jamais la fidélité des Latins, et qu'elles furent invariablement appliquées pendant trois siècles à tous les pays conquis par la république. D'abord, tout lien fut rompu entre les cités latines. Il fut défendu à leurs habitants de se réunir en assemblées générales, de former des ligues, de faire la guerre, de contracter mariage et d'acquérir des propriétés foncières hors de leur territoire *. La confédération latine ainsi dissoute, et Rome n'ayant plus devant elle que de petites villes condamnées à l'isolement, le sénat se chargea de réveiller, par une répartition inégale des charges et des privilèges, ces rivalités et ces haines municipales, toujours si vivaces dans les cités italiennes. Les villes les plus voisines de Rome : Lanuvium, Aricie, Pédum, Nomentum, et sans doute Gabies, furent rattachées à sa fortune, par la concession du droit de cité et de suffrage1. Tusculum eut le premier de ces droits, non le second. Laurentum restait alliée. Derrière

1. Cxteris Latinis populis connubia commerciaque et concilia inter se ademerunt. Liv., VIII, 14. — 2. On forma de leurs habitants deux nouvelles tribus, Mxtia et Scaptia. Liv., VIII, 17.

CONQUÊTE DE l/lTALIE (367-265). 251

cette première ligne de villes devenues romaines, et qui couvraient la capitale depuis la mer jusqu'aux monts de la Sabine, Tibur et Préneste 1 gardèrent leur indépendance en perdant une partie de leur territoire, Priverne les trois quarts, Vélitres etAntiumla totalité. Antium livra ses vaisseaux de guerre, dont les rostres allèrent orner la tribune du Forum, et reçut défense d'en armer d'autres à l'avenir. A Vélitres, les murailles furent renversées et le sénat déporté au delà du Tibre. L'importante position de Sora était depuis peu occupée par une garnison romaine; Antium, Vélitres, Priverne, et quelques années plus tard, Anxur et Frégelles, qui commandaient les deux routes du Latium dans la Gampanie, reçurent des colonies. Ainsi, le vieux Latium était gardé par des villes désormais affectionnées , le pays des Volsques par de nombreux colons. Chez les Aurunces, Fundi et Formies; dans la Campanie, Capoue, dont les chevaliers garantissaient la fidélité, Cumes, Suessula, Atella et Acerrae, obtinrent, comme encouragement à rester dans l'alliance de Rome, le droit de cité sans suffrage, ou, comme on disait alors, le droit des Cœrites a.

Trois ans plus tard, les Sidicins de Téanum et de Calés attaquèrent les Ausones ; le sénat, qui jamais n'abandonna un allié, pas plus qu'il n'oublia un ennemi, se hâta d'envoyer à leur secours les deux armées consulaires et son meilleur général, Valérius Corvus. Calés fut prise a et gardée par une colonie de 2500 hommes ; Téanum demanda sans doute la paix ; du moins, depuis cette époque, il n'est plus question des Sidicins ; les Ausones aussi disparaissent ; les Volsques n'ont pas été nommés depuis la ruine d' Antium; les Rutules ne donnent plus signe de vie; la plupart des Latins sont citoyens de Rome; les Èques, les Sabins, les Herniques reparaîtront une fois encore, les uns pour retomber, aussitôt vaincus et brisés, (fans l'obscurité de leur indépendance municipale, les autres pour aller se per-

1. Ces deux villes restèrent cependant deux États indépendants, et les citoyens romains condamnés à l'exil pouvaient s'y retirer. — 2. Liv. , VIII, 10-14. — 3. Liv., VIII, 16.

dre dans la grande cité. Ainsi se simplifie l'état de l'Italie centrale; à la variété des nations succède déjà l'unité romaine. De la forêt Ciminienne aux bords du Vulturne, un seul peuple domine1.

IV. De 326 à 311. — Tandis que les résultats de la guerre latine donnaient à la république un territoire d'une étendue de 140 milles, du nord-est au sud-est, et de 58 milles de l'ouest à l'est un roi d'Épire, oncle d'Alexandre le Grand, Alexandre le Molosse, essayait de faire en Occident ce que le fils de Philippe accomplissait en Orient. Appelé par les Tarentins, il battit les Lucaniens et les Samnites, se fit livrer par eux 300 otages qu'il envoya en Épire et chercha à constituer à Thurium une assemblée des peuples de l'Italie méridionale dans l'espoir de la gouverner, comme les rois de Macédoine menaient à leur guise le synode de Gorinthe3. Dans la guerre latine, l'alliance des Samnites avait sauvé Rome. Mais les services sont vite oubliés quand les intérêts sont contraires. Depuis qu'il n'y avait plus entre les deux alliés un peuple ennemi, leur jalousie s'était réveillée. Aussi apprit-on à Rome avec joie les succès d'Alexandre; et ce prince s'étant plaint des pirateries des Antiates, on saisit cette occasion de conclure un traité avec lui 4 (332). Vers le même temps, le sénat s'assurait de l'alliance des Gaulois.

Cette ligue des Romains avec les peuples du nord de l'Italie et avec un prince qui était comme le représentant de tous les Grecs établis dans le sud de la Péninsule,

1. M. Mommsen qui est un grand philologue, un épigraphiste et un archéologue éminent, traite parfois rudement les historiens, l'histoire et ceux qui pensent que cinquante ans après l'invasion gauloise les annales romaines ont un caractère suffisant d'authenticité pour l'ensemble du récit. Pour lui, les récits de Tite-Live, de Denys d'Halicarnasse et d'Appien sur la première guerre samnile et la guerre latine « fourmillent d'impossibilités de toutes sortes, qui sautent aux yeux du lecteur, pour peu qu'il ait de la clairvoyance et de l'attention. • En rejetant avec cette aisance les témoignages anciens, on peut faire un livre très-érudit; on ne fait pas un livre d'histoire. — 2. De Sora à Antium. — 3. Liv., VIII, 17. — 4. Polybe, II, 18. Tite-Live parle cependant, VIII, 17, de deux menaces d'invasion qui firent armer à Rome jusqu'aux artisans. Peut-être ce traité, que Tite-Live ne connaît pas, fut-il conclu quand ces craintes se furent dissipées, c'est-à-dire deux ou trois ans après la mort d'Alexandre.

était une menace pour les nations sabelliennes. Alexandre ayant péri peu de temps après , les deux peuples se contentèrent de se faire une guerre sourde qui envenima encore les haines, fin 331, les Samnites passèrent le Liris et détruisirent Frégelles. Le sénat ne se tint pas pour offensé; mais une colonie romaine alla ^ans bruit relever les murs renversés. Les Samnites menacèrent Fabratéria; le sénat déclara que ses habitants étaient sous la protection romaine. En 333, ils avaient excité sous main les Sidicins; Rome battit ce peuple et colonisa Çalès. En 329, ils soulevèrent les Privernates, et un noble de Fundi, Vitruvius Vaccus, sans doute à leur instigation, fit entrer dans le mouvement Fundi et Formies. Ces deux villes se portèrent mollement à la guerre et en sortirent bientôt. Priverne, restée seule, brava pendant plusieurs mois deux armées consulaires. Vaccus, traîné au triomphe des consuls, fut décapité, et les sénateurs de la ville déportés au delà du Tibre. Quant au reste des habitants, on délibéra dans le sénat sur leur sort. « Serez-vous fidèles? » demanda le consul à leurs députés. « Oui, répondirent-ils , si vos conditions sont Donnes, autrement la paix ne durera guère. » Le sénat ne récompensait pas encore la bassesse; il voulut s'attacher ces vaincus si fiers dans leur défaite. Priverne, comme Pédum, eut le droit de cité 1 .

Ainsi les Samnites avaient échoué à Frégelles, à Fabratéria, à Galès et à Priverne. Jusqu'au Vulturne, tout restait Romain; ils se rejetèrent sur la Gampanie pour y chercher des ennemis à la république.

Sur le faux bruit que la peste désolait la ville et que la guerre était déclarée aux Samnites, les Grecs de Palépolis avaient attaqué les Romains épars dans la Gampanie. Quand les féciaux vinrent demander justice, ils ne reçurent que bravades ou injures, et 4000 Samnites entrèrent dans la place. Aux plaintes des Romains sur cette violation des traités, les Samnites répondirent par la demande de l'éva-

1. Les Privernates furent compris dans la tribu Ufentinc, formée dix ans après. Fest., s. v. Vftntina. Liv., IX, 20. Diod., XIX, 10. Val. Max., VI, 2.

cuation de Frégelles; les députés offraient de remettre l'affaire à la décision d'un arbitre. « Que l'épée décide, dirent les chefs, nous vous donnons rendez-vous dans la Campanie *. »

La guerre languit cependant la première année (326), bien que le sénat se fût assuré de l'appui des Lucaniens et des Apuliens, pour prendre les Samnites à revers. Entraînés par les Tarentins, déjà jaloux de la puissance romaine, les Lucaniens changèrent presque aussitôt de parti ; mais les villes industrieuses et commerçantes de l'Apulie avaient eu trop à souffrir du voisinage des Samnites, pour ne pas demeurer dans l'alliance de Rome, tant que la fortune, au moins, lui serait fidèle. La défection des Lucaniens fut, au reste, compensée par la prise de Palépolis et par l'alliance de Naples, c'est-à-dire de tous les Grecs Gampaniens.

Le blocus de Palépolis avait été l'occasion d'une innovation importante. Pour continuer les opérations contre cette ville, Publilius Philo avait été prorogé dans son commandement, sous le titre de proconsul. Par la solde, le sénat pouvait tenir les mêmes soldats sous les drapeaux tant que l'exigeaient les besoins publics; par le proconsulat, il put laisser à leur tête les chefs qui avaient leur confiance et la sienne. L'élection annuelle des magistrats était une garantie pour la liberté, mais un obstacle et un danger pour la puissance. L'institution du proconsulat, sans toucher à ce grand principe du gouvernement romain, fit disparaître ce péril. La loi Génucia fut ainsi heureusement éludée, et presque toujours, surtout hors d'Italie, dans les pays dont les généraux devront étudier lentement les ressources et les dispositions, où il faudra, à la fois, négocier et combattre, ce seront des proconsuls qui achèveront les guerres. Fabius Rullianus, Scipion, Flamininus, Sylla, César et Pompée n'auront que ce titre quand ils gagneront leurs plus belles victoires.

Le traité avec les Grecs Campaniens avait chassé les

Page 1