Plut, in Flam
payait d'une apothéose la trompeuse image. Quand Flamininus s'embarqua, les Achéens lui amenèrent douze cents prisonniers romains des guerres d'Annibal, qui avaient été vendus en Grèce et qu'ils venaient de racheter de leurs deniers. Des Grecs seuls savaient remercier ainsi I
Rome ne prenait rien des dépouilles de la Macédoine. La Locride et la Phocide retournaient à la ligue étolienne; Gorinthe à la ligue achéenne; à Pleurate étaient donnés Lychnidus et le pays des Parthiniens ; à Amynander, toutes les places qu'il avait prises durant la guerre; à Eumènes, fils d'Attale, l'île d'Égine ; à Athènes, Paros et Delos; à Rhodes, les villes de Carie*. Et si les légions étaient encore dans la Grèce, c'est qu'Antiochus approchait, et que les Romains voulaient, disaient-ils, la défendre après 1 avoir délivrée. Flamininus avait d'autres vues encore. Malgré le don de Corinthe, les Achéens étaient incapables de résister à Nabis, maître de Gythion, de Sparte et d'Argos. Ce Nabis était un abominable tyran, dont la cruauté est fameuse. Rome ne l'en avait pas moins reçu dans son alliance ; elle l'en chassa lorsqu'elle crut n'avoir plus besoin de lui. Dans une assemblée réunie à Corinthe, le proconsul représenta aux alliés l'antiquité et l'illustration d'Argos ; « devait on laisser une des capitales de la Grèce aux mains d'un tyran ? Du reste, qu'elle fût libre ou asservie, il importait peu aux Romains. Leur gloire d'avoir affranchi la Grèce en serait moins pure sans doute; mais si les alliés ne redoutaient pas pour euxmêmes la contagion de la servitude, les Romains n'avaient rien à dire, et ils se rangeront à l'avis de la mnjorité. » Les Achéens applaudirent à ces hypocrites conseils, et armèrent jusqu'à 1 1 000 hommes*. Ce zèle alarma Flamininus; il voulait bien abaisser Nabis, non le détruire. Ses lenteurs calculées, ses demandes d'argent et de vivres fatiguèrent les alliés ; ils le laissèrent bientôt traiter avec le tyran, qui livra l'Argolide, Gythion et ses villes maritimes (195).
1. Liv., XXXIII, 30. — 2. Flamininus eut jusqu'à 50 000 hommes devant Sparte, Liv., XXXI V, 38, et Sparte n'avait de murs que dans les endroits bas de la ville.
Ainsi Nabis restait dans le Péloponnèse contre les Achéens, comme Philippe dans le nord contre la ligue étolienne. Rome pouvait rappeler maintenant ses légions ; car avec ce mot trompeur, la liberté des peuples, elle avait rendu l'union encore plus impossible, et augmenté les haines, la faiblesse et les factions. Chaque ville avait déjà ses partisans de Rome1, comme Thèbes, où ils venaient d'assassiner le , béotarque Brachyllas; et ces hommes, dans leur aveuglement, allaient pousser la Grèce au-devant de la servitude. Il n'était donc plus nécessaire de la tenir dans les entraves. Flamininus évacua sans crainte Chalcis, Démétriade et l'Acrocorinthe. En retournant triompher à Rome, il y portait cet utile protectorat de la Grèce que tous les successeurs d'Alexandre s'étaient disputé, sans le pouvoir saisir2.
Ce fastueux désintéressement, que personne ne pouvait encore comprendre, était une habile réponse à la coalition qu'Annibal travaillait à former. Ramené dans Cartilage par une défaite, il s'y trouva encore assez puissant pour saisir le pouvoir et commencer des réformes qui devaient régénérer sa patrie. Il se lit nommer sufîète; et, avec l'appui de ses vétérans et du peuple, il renversa la tyrannique oligarchie qui s'était formée durant la guerre». Les centumvirs étaient inamovibles, il les rendit annuels; les finances étaient indignement dilapidées, il y porta un ordre sévère, ordonna des restitutions, et rendit le trésor assez riche pour acquitter, sans fouler le peuple, le tribut promis à Rome*. Les troupes, régulièrement payées furent
1. On parle d'hommes achetés : Charops, en Épire ; Dicéarchos et Antiphilos, en Béotie; Aristénès et Diophanès, en Achaîe; Dinocratès, en Messénie. Cependant Polybc célèbre les vertus et le patriotisme d'Aristénès, et Rome n'aimait pas à acheter les consciences argent comptant. Elle exerçait une corruption moins basse et plus efficace. Dans ces républiques, il y avait presque toujours deux partis; elle en prenait un sous sa protection, et par son influence le faisait arriver au pouvoir. C'est ainsi qu'elle avait agi un Italie. — 2. Liv., XXXIII, 28. — 3. Carthage n'avait plus d'armée, et Annibal était rentré avec 6500 de ses vétérans. App., VIII, 55.-4. Liv., XXXI II, 46. En l'année 191, les Carthaginois offrirent au sénat de payer en une seule fois le reste du tribut, et de lui envoyer des grains pour une somma énorme.
augmentées, et en attendant qu'il pût en tirer de plus sérieux services, il les employa à d'utiles travaux dans les campagnes. En même temps, pour éviter une rupture prématurée, il condamnait au bannissement son émissaire Amilcar, qui entretenait la guerre dans la Cisalpine, laissait les Romains prononcer contre Garthage dans un différend avec Massinissa, et leur envoyait pour la guerre de Macédoine 400 000 boisseaux de blé1. Mais ses secrets messages pressaient Antiochus d'attaquer, tandis que Philippe résistait encore, que les Grecs hésitaient, que les Cisalpins et les Espagnols étaient soulevés.
Cynocéphales renversa ces espérances, et bientôt trois ambassadeurs, malgré l'avis de Scipion, vinrent à Carthage demander la tête de cet infatigable ennemi de Home. Depuis longtemps il s'y attendait, et une galère secrètement préparée le porta en Syrie (195). Antiochus, enhardi par les succès des premières années de son règne, ne revendiquait pas moins que tout l'héritage de Séleucus-Nicator : d'aboro l'Asie avec la Cœlésyrie et la Phénicie, qu'il avait enlevées au roi d'Égypte, pupille du sénat, et les cités grecques dont les Romains venaient de proclamer l'indépendance; puis, en Europe, la Chersonèse de Thrace, où il fortifia Lysimachie pour en faire le boulevard de son empire ; la Thrace et la Macédoine elle-même, qu'il osait comprendre dans ses imprudentes prétentions. En vain le sénat multiplia les ambassades, les avis et les menaces. Antiochus répondit fièrement : «Je ne me mêle point de ce que vous faites en Italie, ne vous occupez pas de ce que je fais en Asie. » L'arrivée d'Annibal décida la guerre. Ce grand homme offrait de recommencer, avec 11 000 hommes et 100 vaisseaux, sa seconde guerre punique. En passant, il soulèverait Carthage; et tandis qu'il occuperait les Romains en Italie, le roi descendrait en Grèce, en réunirait tous les peuples, et au premier bruit des défaites de Rome, viendrait porter le dernier coup à cette domination ébranlée. Ainsi, Annibal