‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des Antonins (volume 2)Chapitre 39 sur 51 · Liv., XXXVI, 3. — 2. Tite-Live, XXVI, 19, d'après Folybe · texte numérisé non relu

Liv., XXXVI, 3. — 2. Tite-Live, XXVI, 19, d'après Folybe

tendant de l'OEta, Antiochus, qui avait arrêté Acilius devant ses lignes dans le défilé, s'enfuit à tëlatée, puis à Chalcis, et de là à Éphèse. La bataille des Thermopyles coûta aux Romains 150 hommes (juillet 191). « Qu'Athènes nous vante maintenant sa gloire 1 s'écriaient les Romains. Dans Antiochus nous avons vaincu Xercès! »

Pour stimuler le zèle de Philippe, le sénat lui avait abandonné d'avance toutes les places dont il pourrait s'emparer. Tandis qu'Acilius, tournant ses forces contre les Italiens, s'obstinait aux sièges d'Héraclée et de Naupacte, Philippe faisait de rapides progrès. Déjà il avait conquis quatre provinces Mais Flamininus veillait sur lui. Il accourt à Naupacte, montre au consul le danger, et le force à accorder aux Étoliens une trêve qui désarme le roi de Macédoine. Quelque temps auparavant, il avait aussi arrêté une expédition des Achéens contre Messène; et, en laissant entrer cette ville dans la ligue, il avait statué qu'elle pourrait recourir, pour tous ses différends, au sénat ou à son tribunal : tribunal partial ouvert à toutes les plaintes contre les Achéens. Déjà, en effet, il ne ménageait plus ce peuple. Ils avaient enlevé l'île de Céphallénie aux Afhamanes. « Comme la tortue retirée sous son écaille, vous serez invulnérables, leur dit-il, tant que vous ne sortirez pas du Péloponnèse; » et il leur reprit Céphallénie1.

A Ëphèse, Antiochus avait retrouvé sa sécurité; Annibal seul s'étonnait que les Romains ne fussent pas encore arrivés. Pour la première fois, docile à ses avis, le roi passa dans la Chersonèse, où il augmenta les fortifications de Sestos et de Lysimachie. En Asie, il acheta l'alliance des Galates, rechercha celle de Prusias et d'Ariarathe, rois de Bithynie et de Cappadoce., et réunit des forces considérables pour soumettre, avant que les Romains se montrassent, le royaume de Pergarae et les villes grecques restées libres. Mais 1 100 Achéens, formés par Philopœmen, défendirent opiniàtrément Pergame2; et Livius,par une victoire surl'ami-

I. Liv., XXXIV, 32. -2. Polybe, XXI, fr. 8 et 9. Cf. Tite-Live.

ral syrien Polyxénidas, saisit, du premier coup, l'empire dans la mer Égée. Si les Rhodiens furent vaincus à Samos, si Livius échoua dans ses tentatives sur Éphèse et Patara, les premiers réparèrent leur défaite dans une bataille où Annibal ne put triompher de l'impéritie du courtisan Apollonius; et le successeur de Livius détruisit, près de Myonèse, la flotte syrienne.

La route était donc ouverte; les légions arrivèrent sous la conduite du consul Lucius Scipion, médiocre général, et de son frère l'Africain, qui s'était offert à lui servir de lieutenant. Elles traversaient alors la Macédoine, après s'être débarrassées des Étolienspar une trêve de six mois1. Philippe, gagné par le renvoi de son lils Démétrius et par la remise du tribut1, avait fait préparer des vivres, ouvrir des routes et jeter des ponts sur "les fleuves. Lysimachie aurait pu arrêter l'armée, Antiochus l'évacua; et ce passage de l'Hellespont, qui aurait dû être si vivement disputé, s'effectua sans obstacle. Le roi, à la fin effrayé, demanda la paix, et chercha à corrompre Scipion, dont le fils avait été fait prisonnier. L'Africain lui ordonna d'abandonner l'Asie jusqu'au Tarn-us*. Antiochus voulut au moins risquer une bataille. Lucius se hâta de la donner en l'absence de son frère resté malade àÉlée. Elle se livra le 5 oct. 190, près de Magnésie du Sipyle. 30 000 Romains4 allaient combattre 82 000 Asiatiques défendus par 54 éléphants, des chars à faux, une phalange et des chameaux montés par des archers arabes, etc. Cette armée avait tout, excepté le courage. On dit que 52 000 Syriens furent tués ou pris, et que le consul ne perdit que 350 hommes. Les Galates seuls s'étaient battus avec acharnement5. Il ne restait plus qu'à traiter; les conditions furent sévères6. Le sénat interdit au roi toute

l. Liv., XXXVI, 7. — 2. Polybe, XX, fr. 10. — 3. Il lui donna cependant le conseil équivoque de ne point combattre tint que lui, Scipion, serait éloigné de l'armée. Liv., XXXVII, 37. Polybe n'en parle pas; il est vrai que son livre XXX est très-mutilé. — 4. Il y avait 2000 volontaires macédoniens etthraces. — ô. Liv., XXXVII, 39,40; XXXVIII, 48 App., Bell. Sijriac. — G. Ce traité ne fut arrêté que sous le procoiisulat de Manlius, en 188. Liv., XXXVIII, 38.

guerre dans l'Asie Mineure, lui prit ses éléphants qu'il donna à Eumène, et ses vaisseaux qu'il brûla, comme ceux de Cartilage et de Philippe. Il lui défendit de faire des levées en Grèce, c'est-à-dire d'avoir une armée, et comme autrefois Athènes à Artaxercès, de naviguer au delà du promontoire Sarpédon; enfin le chassant de l'Asie Mineure, il fixa au Taurus la limite de ses États. Une contribution de guerre, pour Rome de 80 millions, pour Eumène de 2 500 000 fr., ruina ses finances. On voulut encore le déshonorer, en lui demandant de livrer Annibal, Thoas, quelques-uns de ses conseillers et vingt otages qu'il dut changer tous les trois ans : parmi eux on eut soin de comprendre son second fils1. Antiochus remercia encore le sénat de ce qu'il n'avait pas demandé davantage!

Quand Manlius Vulso vint recevoir l'armée des mains de L. Scipion, il trouva les conditions de la paix à peu près arrêtées et la guerre terminée (189). Mais son ambition et son avidité s'allumèrent dans cette riche Asie où les triomphes étaient si faciles. Les Galates avaient donné quelques secours à Antiochus, il prit le prétexte de leur en demander raison. Pour cette guerre il n'avait ni décret du peuple, ni autorisation du sénat, il s'en passa ; et afin de rendre l'expédition plus productive, il évita de prendre par le plus court chemin. D'Éphèse il alla jusque dans la Pamphylie, et de là il remonta par la Pisidie et la Phrygie vers le Sangarius,- rançonnant sur son passage1 les villes, les provinces et tous ces petits princes, indépendants alors comme aujourd'hui dans leurs inaccessibles retraites. Jusqu'au Sangarius il n'y eut que des fatigues; au delà du fleuve la guerre commença.

Il y avait 90 ans environ que les Gaulois étaient en Asie. Leur fougue de courage, leur amour de courses lointaines

1. Voy. le traité dans Polybe, XXIII, f. 15. — 2. Consul mercenariut.... vayari eas euro belli terrore per nationes, quibus bellum indictum non sit pacem pretio vendentes. Liv. Aspende, Sagalasse, Telmesse, Thabès, furent taxées chacune à 50 talents, le tyran de Cibyra à 115, et toutes les autres villes à proportion.

étaient tombés. Mais si l'on a exagéré leurs forces, comme celles de tous les adversaires de Rome à cette époque, si la concurrence des Grecs et le bas prix des mercenaires crétois et étoliens diminuaient leur nombre dans les armées de Syrie et d'Égypte, si le temps enfin où ils disposaient presque des couronnes de ces deux royaumes était passé, ils étaient toujours le peuple le plus brave de l'Orient. Les populations qui tremblaient devant eux voyaient avec joie les Romains se charger d'en délivrer l'Asie. Dans toute la Phrygie on courut au-devant des légions, et à Pessinunte, les prêtres de Cybèle promirent au nom de la déesse une route facile et une victoire assurée. Deux rois seulement, Ariarathe de Cappadoce, gendre d'Antiochus, et Murzès de Paphlagonie, comprirent que les Gaulois étaient le dernier boulevard de leur indépendance ; ils vinrent les joindre avec 4000 hommes d'élite'.

Les Galates s'étaient retranchés sur les monts Olympe et Magaba. Manlius attaqua d'abord les Trocmes et les Tolistoboïes sur l'Olympe. L'imprudence des Gaulois qui ne s'étaient point pourvus d'armes de jet, permit au consul d'en faire de loin un grand massacre. Au mont Magaba, la même négligence eut les mêmes résultats. Les deux camps forcés, ce qui restait de la nation demanda la paix'. Content d'avoir brisé leur puissance, et répandu au loin par cette expédition contre un peuple redouté la terreur du nom romain, Manlius ne leur imposa ni tribut ni clause honteuse. Il était habile d'attacher à la fortune de Rome ce peuple ennemi de tous les peuples de l'Asie. Les Galates rendirent seulement les terres qu'ils avaient enlevées aux alliés du sénat, s'engagèrent à ne plus sortir de leur pays et firent alliance avec Eumène3.

1. Liv., XXXVIII, 26. — 2. On sait l'histoire de la belle Chiomara, femme d'un des tétrarques, et qui, faite prisonnière, rapporta à son époux, dans un pan de sa robe, la tète du centurion qui l'avait offensée : w -pivat, lui dit Ortiagon, xaX.ôv 1\ 7tC<rti;. Nat, eittcv, àXXà xiXXiov ëva novov è[ioï awyyeYevïiiiévov. Plut., de Virt. Mul. Polybe la vit à Sardes. — 3. Voy. Liv., XLV, 34, la modération inusitée du sénat à leur égard.

Soit flatterie ou joie sincère d'être délivrées de ces pirates, toutes les villes d'Asie offrirentà Manlius des couronnes d'or. Une contribution de 300 talents frappée sur Ariarathe augmenta l'immense butin que le consul traînait après lui. Mais cette armée si riche avait perdu sa discipline. Ce général qui de son autorité privée, faisait la paix ou la guerre, ne pouvait réclamer de ses légions l'obéissance qu'il refusait lui-même au sénat'. Malgré les dix commissaires qu'on lui avait adjoints, il retourna une seconde fois jusqu'en Pamphylie, tâchant d'attirer Antiochus à une conférence pour l'enlever, et cherchant un prétexte de guerre pour franchir le Taurus, limite fatale au delà de laquelle la Sibylle ne promettait aux Romains que désastres. Cependant cette expédition avait montré les aigles romaines aux peuples de l'Asie Mineure et fait entrer dans la politique du sénat, ou placé sous son irfluence, tous les pays jusqu'à l'Euphrate. De retour à Éphèse, Manlius régla avec les commissaires le sort des alliés.

Dans la distribution des dépouilles, Eumène eut la meilleure part*, les plus riches provinces de l'Asie Mineure et les possessions d'Antiochus en Europe; Prusias lui rendit ce qu'il avait enlevé de la Mysie. Quelle brillante fortune pour un roi de Pergame ! De la Thrace à la Cilicie tout maintenant lui appartenait! Mais le sénat épargnait Prusias et Ariarathe, qui cependant paya 200 talents pour quelques secours fournis à Antiochus; il n'imposait aux Galates que d'assez douces conditions, et refusait à Eumène de lui livrer les colonies grecques, qui seules valaient plus que toutes ces provinces à demi barbares. Aussi le nouveau royaume d'Asie, formé de vingt peuples différents, sans unité, sans force militaire, sans frontières, et entouré de rivaux puissants, n'avait-il aucune des conditions qui font les États durables. L'alliance de Rome n'était qu'une dé-

1 . Disciplinant militarem.. . . omni génère licentùv corrujnsse. Liv., XXXIX, 6. Déjà les soldats d'jEmilius avaient pillé Chios, malgré le traité et les défenses sévères du préteur. Liv., XXXVII, 32. — 2. Sulpicius avait aussi vendu Égine pour 30 talents à Attalc. Polybe, XX11I, 6.

pendance déguisée, car déjà commençait « la coutume d'avoir des rois pour instruments de servitude. » Personne ne s'y trompait, et en plein sénat, en face d'Eumène, on s'écriait : L'empire de Rome s'étend maintenant jusqu'au Taurus.

Les flottes rhodiennes avaient été plus utiles que les quelques vaisseaux et les 3000 auxiliaires d'Eumène : Rhodes eut moins cependant, parce qu'elle ne semblait déjà que trop puissante. Elle dut se contenter de quelques agrandissements dans la Carie et la Lycie, où nombre de villes restèrent libres. Le long de la côte, dans la Troade, l'Éolide et l'Ionie, presque toutes les anciennes colonies grecques obtinrent l'immunité, et quelques-unes de nouvelles terres et des honneurs. Milet eut le champ sacré; Clazomène, l'île Drymusa, qui commande le golfe de Smyrne ; Ilion, comme berceau du peuple romain, reçut deux villes voisines ; Dardanus dut au même titre sa liberté. Chio, qui pendant la guerre avait servi d'entrepôt aux Romains pour leurs convois d'Italie; Érythrée et Smyrne, qui avaient résisté aux menaces comme aux promesses d'Antiochus, eurent des terres, et « furent tenues auprès du sénat en singulier honneur. » Phocée, malgré sa défection, recouvra son territoire et reprit ses anciennes lois. Adramytte, Alexandrie de Troade, Lampsaque, Élœunte, Magnésie du Sipyle, etc., furent affranchies de toute domination. Mais Ëphèse, qui avait été le centre des opérations militaires d'Antiochus, Sardes, le rendez-vous ordinaire de ses armées, et Élée demeurèrent, au roi de Pergame. Enfin , les Pamphyliens, qu'Eumène et Antiochus se disputaient, obtinrent la liberté et le titre d'alliés de Rome. Quant aux Galates, Rome ne toucha ni à leur liberté, ni à leur territoire, mais elle avait détruit leur force militaire, le prestige de leur puissance, et elle leur défendit de jamais passer leurs frontières. Plus loin à l'est les deux satrapes d'Arménie qui gouvernaient cette province pour Antiochus, furent autorisés à prendre le titre de roi (188)*.

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