‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des Antonins (volume 2)Chapitre 40 sur 51 · Str., XI, p · texte numérisé non relu

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Tandis que Manlius achevait la guerre d'Asie, son collègue attaquait Ambracie, comme les Galates l'avaient été, sans déclaration de guerre, pour en finir avec les Étoliens. Vainement ce peuple, depuis la bataille des Thermopyles, avait demandé la paix. T e sénat, enveloppant ses réponses de paroles ambiguës , exigeait qu'il se remît à la foi romaine. Un jour ses magistrats acceptèrent, mais quand le consul Acilius leur eut expliqué que ces termes voulaient dire qu'il fallait livrer à Rome ceux qui avaient fomenté la guerre, ils se récrièrent que c'était contraire à la coutume des Grecs. Alors Acilius, haussant le ton, moins par colère que pour faire sentir aux députés à quoi les Étoliens étaient réduits, et leur inspirer une extrême terreur : « 11 vous sied bien, petits Grecs, de m'alléguer vos usages, et de m 'avertir de ce qu'il me convient de faire, après vous être abandonnés à ma foi ! Savez-vous qu'il dépend de moi de vous charger de chaînes?» Et sur-le-champ il en fit apporter, ainsi qu'un collier de fer qu'il ordonna de leur mettre au cou. Les ambassadeurs furent si effrayés que leurs genoux ployaient sous eux. Mais, à la prière de Lucius et de quelques tribuns, le consul se radoucit.

L'affaire ne fut pourtant pas réglée cette fois ni l'année suivante. Pour ne pas perdre son consulat au siège de quelques places obscures, L. Scipion leur accorda une trêve de six mois, au bout desquels le sénat leur laissa encore le temps d'enlever à Philippe ses conquêtes. Quand ils l'eurent rejeté dans la Macédoine, et que le roi de Syrie eut été abattu, Fulvius arriva avec deux légions, et s'empara d'Ambracie malgré une héroïque résistance. Les Étoliens, restés seuls, achetèrent la paix au prix de 500 talents, et reconnurent l'empire et la majesté du peuple romain1. Au moins ce petit peuple avait-il honoré sa défaite par son courage, et bravé trois ans la puissance romaine. Les villes qui avaient autrefois l'ait partie de la ligue en furent séparées, pour

l.lmperium majestatemque poptdi Romani. Liv., XXXVIII, 11. L'Étolic était .si riche de dépouilles, que l'olybc parle d'un Étolien possesseur de 200 talents. XXI, fr. 3.

4^8 CONQUÊTE DU MUNDK (264-133).

recouvrer ce que le sénat appelait leur liberté ; mais Céphallénie reçut garnison romaine. Afin de ne pas rester inactif durant ces expéditions des consuls, le commandant de la flotte était allé, sans décret du sénat, menacer les Crétois d'une descente, s'ils ne rendaient les prisonniers romains amenés ou vendus dans leur île. On lui en livra 4000.

Cependant Manlius revenait d'Asie par laThrace avec ses légions, qui suffisaient à peine à escorter le butin. Embusqués le long de la route, les Thraces enlevèrent la moitié des bagages et mirent deux lois l'armée en péril. Mais Philippe n'était pas en état d'en profiter. Il ouvrit encore la Macédoine aux Romains, et Manlius repassa l'Adriatique sans qu'un seul légionnaire restât dans la Grèce ou l'Asie. Le sénat tenait ce qu'il avait promis : partout, sur les deux continents et dans les îles, les Grecs étaient libres ; et de tant de conquêtes, Rome ne gardait pas un pouce de terre. La comédie commencée avec tant de succès par Flamininus aux jeux isthmiques était jouée. Mais en se retirant après avoir abaissé tout ce qui avait quelque énergie, la Macédoine, les Étoliens, la Syrie et les Galates, les légions laissaient derrière elles, dans chaque ville, dans chaque État, un parti dévoué qui faisait pour le sénat la police de la Grèce et de l'Asie. Et en face de cette foule de petits princes et de petits peuples, en face de leurs mille rivalités et de leur faiblesse, s'élève la colossale puissance de Rome, avec sa forte organisation militaire et publique, son sénat si habile et ses légions si braves !

Durant ces faciles et brillantes expéditions, d'autres légions soutenaient aux extrémités de l'Occident, et dans l'Italie même, une lutte meurtrière contre des peuples dont le courage était excité par l'espérance d'une vie meilleure, promise aux braves tombés sous le fer ennemi. AprèsZama, le sénat s'était cru maître de l'Espagne : la prise d'armes de Mandonius et d'indibilis, ces mobiles alliés des Scipions *,

1. Ils s'élaieut soulevés après le départ de Seipion. Leurs sujets vaincu les avaient livrés. Liv., XXIX, 1-3.

et le soulèvement des Sédélans, avaient paru la dernière protestation de l'indépendance ibérienne. Mais lorsque, en 197, l'envoi de deux préteurs, et une tentative pour organiser l'Espagne en provinces romaines, eurent montré que le sénat comptait garder sa conquête, les indigènes, qui ne l'avaient aidé que pour se délivrer des Carthaginois, répondirent en se levant en masse contre l'étranger. Le préteur Sempronius fut tué, et cette bataille devint le signal d'une guerre séculaire1. Les Lusitaniens, qui avaient vaincu le grand Amilcar et qu'Annibal n'osa attaquer, les Vaccéens, les Vettons , surtout les Celtibériens jouèrent le premier rôle dans cette lutte héroïque. Retranchés dans les montagnes du centre de la Péninsule, les Celtibériens coupaient toutes les communications des Romains, tandis qu'euxmêmes descendaient facilement dans les vallées du Oouro, du Tage ou de l'Èbre, pour donner la main aux peuples soulevés. Comme ils n'avaient point de grandes villes par où l'on put saisir et contenir le pays, leurs villages et leurs innombrables châteaux forts éparpillaient la guerre et la rendaient éternelle, la prise de chacun d'eux ne livrant aux Romains que d'arides rochers. A l'est au contraire, et dans le sud, tout le long de la Méditerranée, étaient de riches cités, Empories, Tarragone, Carthagène, Malaga el Gadès, dont la soumission entraînait celle de vastes territoires ; ou bien des peuples sans courage comme les Turdetans (maxime imbelles), ou à peine Espagnols et énervés par un long commerce avec Tyr et Carthage, comme les habitants de la Rétique.

Sobres et agiles, patients et rusés, comme le montagnard et le chasseur, cependant braves aussi jusqu'à la témérité, les Espagnols faisaient déjà dans leurs montagnes cette guerre de guérillas qui a triomphé de Napoléon et des meilleurs soldats du monde. Quand ils attaquaient de près, ils se formaient en coin, et cet ordre de bataille était irrésistible. Alors ils se servaient d'une lourde épée à deux

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