Voy. ce discours dans App
mourant, le chargea de partager ses tètats entre ses trois fils; en revenant au camp, il ramena l'un d'eux, Gulussa, avec toutes ses forces.
Calpurnius Pison, qui commanda pendant l'année 148, laissa périr la discipline, et fut repoussé de Clypéa etd'Hippone. Scipion était à' Rome, demandant l'édilité; on lui donna le consulat et la direction de cette guerre. Avec lui, elle prit une face nouvelle. Il rendit aux soldats l'habitude de l'obéissance, du courage et des travaux pénibles. Carthage était située sur un isthme, il le coupa d'un fossé et d'un mur haut de 12 pieds. Pour affamer ses habitants, il fallait encore fermer le port; il jeta à son entrée une digue large de 62 pieds à sa base, et de 24 à son sommet. Mais les Carthaginois creusèrent dans le roc une nouvelle sortie vers la haute mer; et une flotte bâtie avec les débris de leurs maisons faillit surprendre les galères romaines. Après tout un jour d'efforts, Scipion les refoula dans le port, et en garda l'entrée en y plaçant des machines qui couvraient de traits toute la passe.
Laissant la famine faire d'affreux ravages dans la ville, il alla durant l'hiver forcer le camp de Néphéris et détruire l'armée qui était le seul espoir des Carthaginois. Au retour du printemps, il reprit avec activité les opérations contre Carthage et enleva la muraille qui fermait le port Cothon. Les Romains étaient dans la ville ; mais pour atteindre la citadelle Ryrsa, placée au centre, il fallut traverser de longues rues étroites, où les habitants retranchés dans les maisons firent une résistance acharnée. L'armée mit six jours et six nuits à atteindre la citadelle. Sur la promesse qu'ils auraient la vie sauve, 50 000 hommes en sortirent; il y restait 1 100 transfuges, réfugiés avec Asdrubal dans le temple d'Esculape. Jusqu'alors Asdrubal, quoi qu'en dise Polybe, avait dirigé la défense avec habileté et courage. Un moment de faiblesse le déshonora : il vint demander la vie à Scipion, qui le montra aux transfuges prosterné à ses pieds. Sa femme n'avait pas voulu le suivre. Elle monta au sommet du temple, parée de ses plus beaux vêtements et
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s'adressant à Scipion : « Souviens toi, s'écria-t-elle, de punir cet inlâme qui a trahi sa patrie, ses dieux, sa femme et ses enfants. 0 le plus vil des hommes, va orner le triomphe de ton vainqueur et recevoir à Rome le prix de ta lâcheté. » Puis, égorgeant ses deux enfants, elle se précipita elle-même au milieu de l'incendie que les transfuges avaient allumé.
Scipion abandonna au pillage ces ruines fumantes, après avoir réservé au prolit du trésor public l'or, l'argent et les dons déposés dans les temples. Pour lui-même il ne prit rien; mais il invita les Siciliens à enlever les trophées que Cartilage avait rapportés de ses victoires sur Agrigente et Syracuse. Vint ensuite l'œuvre du sénat. Ses commissaires firent du territoire carthaginois une province. Ils renversèrent ce qui était encore debout dans la ville ; et par les plus terribles imprécations vouèrent à une éternelle solitude la place où Garthage avait été. Du haut d'une colline, Scipion voyait s'accomplir l'œuvre de destruction, fcn face de cet empire écroulé., de ce peuple anéanti, de cette immense cité où il n'allait bientôt plus rester pierre sur pierre, il se sentit ému; et au lieu de l'ivresse de la victoire, une mélancolique pensée le saisit. Il songea à l'avenir de Rome, et Polybe l'entendit tristement répéter ce vers d'Homère : Un jour aussi verra tomber Troie, la cité sainte, et Priam, et son peuple invincible'.
I. "ET<jeTai r([i*p ôtoiv itot' ôXu>).yj *J/.io; Uy) xai ripiafioc, xai >aô; iûpLjxe- Xico llpiàaoïo. Scipion avait tort dans ses craintes. Rome était plus forte et valait mieux que Carthage. Les empires que le commerce seul a créés reposent sur une hase fragile. Pour qu'ils s'écroulent, il n'est pas toujours nécessaire d'un choc violent. Quelques-uns s'affaissent d'eux-mêmes sous la corruption de l'or; d'autres tombent indirectement frappés. Les Parthes, en fermant au commerce de l'Orient la route de terre, et les Ptolémées, en lui (tuvrant l'Egypte et la mer Rouge, ruinèrent la Phénicie; la découverte du cap de Bonne Espérance, par Vasco de Gama, frappa Venise à mort ; Ja Hanse succomba, parce que l'importance du commerce du Nord tomba dès (|ue les relations directes s'établirent par mer avec l'Orient. La Hollande enfin, le Portugal et l'Espagne enrichis par le commerce de l'Orient, du nord de POcéanie et de l'Amérique, ont été supplantés par l'Angleterre, grâce à l'extension que le commerce de cette puissance prit dans les deux Indes. Un jour le nouveau monde, placé entre l'Europe et 10-
Scipion tèmilien fut aussi le destructeur de Numance, la seconde ten eur de Rome1.
Depuis la pacification de l'Espagne par Sempr. Gracchus jusqu'à l'année 153, le repos de ce pays ne fut troublé que par une levée de boucliers des Ceitibériens. En 170, un de ces fanatiques de religion et de patriotisme, comme l'Espagne en a tant produit, parcourut les villages de la Celtibérie en montrant une lance d'argent qu'il avait, disait-il, reçue du ciel, et qui devait faire fuir devant lui les légions épouvantées. 11 voulut pénétrer de nuit dans la tente du consul ; mais il fut tué par les gardes et sa mort dissipa la révolte. Ce mouvement indique que le pouvoir de Rome n'était pas encore accepté de l'Espagne. Elle était trop riche en effet pour ne pas exciter la cupidité des préteurs, et ceux-ci étaient trop avides pour reculer devant aucune extorsion. .Au milieu de la guerre contre Persée, le sénat fut contraint de paraître juste et interposa son autorité. Mais c'était seulement de loin en loin que cette compagnie se souvenait de l'ancienne austérité ; les préteurs continuèrent d'aller réparer en Espagne leur fortune dissipée à Rome dans les débauches ou dans les scandaleuses profusions qui précédaient les élections.
En 153, un émissaire de Carthage trouva les Lusitaniens assez irrités pour les pousser à une révolte. Il tua un préteur, et dans le même temps une peuplade celtibérienne réservée à une renommée glorieuse, les Arévaques de Numance, prit les armes et battit trois fois les troupes envoyées contre elle. . Une perfidie parut d'abord réussir : Galba, vaincu par les Lusitaniens, feignit de traiter avec eux, les dispersa en leur offrant des terres fertiles, puis en massacra 30 000 et se gorgea de butin, lui et ses soldats.
Dans la Celtibéne le consul Lucullus déshonorait par une semblable conduite la foi romaine. Il avait eu peine à trouver des soldats. Depuis que le pillage était mêlé d'une guerre meurtrière, personne ne se présentait plus à l'enrô-
rient, lu riluia île la prospérité commerciale de l'Angleterre. — 1. Cic. , llep.y I, 47.
lement. Il fallut que Scipion Êmilien fît honte de cette lâcheté à la jeunesse romaine et donnât le premier son nom. Lucullus assiégea une ville des Vaccéens où une multitude d'hommes s'était enfermée. Vivement pressés, les habitants traitèrent et ouvrirent leurs portes : il en tua 20 000 et vendit le reste. Aussi les gens d'Intercatia ne se rendirent que sous la garantie de la parole de Scipion (150).
Du massacre des Lusitaniens, un homme s'était échappé, Viriathe, ancien pâtre auquel tous les sentiers des montagnes étaient connus, et qui ût aux Romains une guerre de surprise et d'escarmouches, où ils perdirent leurs meilleurs soldats. 10 000 de ses compatriotes s'étant imprudemment engagés dans une position d'où ils ne pouvaient ni fuir ni combattre, Viriathe les sauva par des sentiers qui semblaient impraticables. Son peuple ne voulut plus d'autre chef (149), et pendant cinq années il battit tous les généraux envoyés contre lui. Toutefois il comprit que les Lusitaniens ne pourraient seuls sauver l'Espagne, ni même leur indépendance, et il souleva les Celtibériens. Cette union avec le peuple qui tenait le centre de la péninsule rendait la guerre sérieuse. Le sénat envoya contre les Celtibériens un de ses meilleurs généraux, Métellus le Macédonique, qui les battit pendant deux ans (143-142) et prit presque toutes leurs villes. Cette puissante diversion n'en servit pas moins Viriathe en laissant l'autre armée romaine exposée seule à ses coups. Enfermée dans un défilé, elle n'évita une entière destruction qu'en capitulant : « Il y aura paix, à l'avenir, entre le peuple romain et Viriathe , et chaque parti conservera ce qu'il possède. » Les comices ratifièrent ce traité qui eût fait mourir de honte les hommes des générations précédentes (141).
Un nouveau général, Cépion, se fit autoriser par le sénat à rompre le traité; il surprit Viriathe qui s'abandonnait sans défiance aux serments reçus, le rejeta dans les montagnes et l'y lit assassiner par deux Lusitaniens qu'il avait gagnés (140). Pendant huit ans, Viriathe avait balancé en Espagne la fortune de Rome. Sa mort découragea ses trou-
pes et son peuple; Cépion n'eut pas même à combattre pour couvrir d'un peu de gloire sa perfidie Les Lusitaniens se soumirent; il les transporta au milieu de peuples façonnés au joug de Rome sur les bords de la Méditerranée, où Brutus son successeur leur fit bâtir Valence. Ce dernier chef eut encore à vaincre quelques résistances partielles. Des bandes nombreuses couvraient le pays, il les afl'ama en détruisant toutes les cultures, et pénétra chez les Gallaïques, jusqu'au bord de l'Océan, où il montra à ses légions le soleil descendant au sein de ces mers mystérieuses de l'Occident qu'agitait incessamment, disait-on, la respiration puissante de la Terre*.
Brutus croyait la domination romaine arrivée aux extrémités du monde. Cependant derrière lui durait une lutte soulevée par le héros lusitanien. Métellus n'avait laissé à prendre dans la Celtibérie que deux villes, Thermantia et Numance. La guerre d'Espagne, terminée au sud par lamort de Viriathe et à l'ouest par l'expédition de Brutus, allait donc se concentrer au nord, dans les montagnes qui, se détachant des Pyrénées aux sources de l'Èbre, ferment, au midi, le bassin de ce fleuve et donnent naissance au Tage et au Douro. La difficulté des lieux, l'indomptable courage des montagnards à défendre ce dernier asile de la liberté, surtout l'impéritie des généraux romains, donnèrent à ce suprême effort de l'indépendance espagnole les apparences d'une guerre dangereuse. En 141, Pompéius fit avec les Numantins un traité qu'il n'osa avouer dans le sénat ; et son successeur n'approcha de la ville que pour essuyer une défaite (138). L'année suivante, le consul Mancinus renouvela la honte de Fabius ; il se laissa enfermer avec 24 000 hommes dans une gorge sans issue par 4000 Numantins, leur abandonna son camp, ses bagages, et engagea sa parole qu'il cesserait les hostilités. Si grande était maintenant la défiance inspirée par la bonne foi romaine que les Numantins
t. Pomp. Mêla, 111, 1. Le phénomène «les marées «le l'Atlantique était un objet d'étonnement pour les riverains de la Méditerranée. Cependant les anciens avaient déjà remarqué l'influence de lalune sur le flux et le reflux.
exigèrent pour l'observation du traité le serment des ofliciersdeMancinusetde son questeur TibériusGracchus, fils de ce Gracchus dont les Espagnols vénéraient la mémoire (137). Le sénat ne tint compte de ce traité, et, ne prenant dans les anciens temps que les exemples qui allaient aux mœurs nouvelles, il recommença la scène qui suivit la convention des fourches caudines et livra Mancinus aux Numantins. Le peuple s'était opposé à ce que Tibérius eut le sort du consul.
De nouveaux chefs, une nouvelle armée ne surent pas effacer cette honte. Pour abattre cette petite cité espagnole il ne fallut pas moins que celui qui avait renversé Carthage. Scipion commença par bannir du camp la mollesse et l'oisiveté. Il faisait élever des murailles, creuser des fossés qu'ensuite il renversait et comblait. « Qu'ils se couvrent de boue, disait il, puisqu'ils ne veulent pas se couvrir de sang. • Évitant toute affaire générale , il attaqua l'un après l'autre les alliés des Numantins, refoula peu à peu ceux ci dans leur ville, et les y enferma par une épaisse muraille flanquée de tours. Le Durius traversait Numance, et des plongeurs apportaient des vivres aux assiégés ; Scipion jeta dans son lit des poutres armées de dents de fer et des filets. Un chef passa cependant et alla solliciter les secours de Lucia. Scipion courut à cette ville, se fit livrer 400 des principaux citoyens et leur fit couper les mains. A. Garthage il avait fait jeter aux lions tous les transfuges qu'il avait pris1. Les Numantins, pressés par une horrible famine, lui demandèrent une bataille où ils pussent au moins trouver une mort glorieuse ; il ne quitta point ses inattaquables retranchements et les réduisit à s'entr'égorger (133). Cinquante Numantins seulement suivirent à Rome son char de triomphe.
L'Espagne, épuisée de sang, rentra enfin dans le repos. Mais les montagnards du Nord, Astures, Gantabres, Vascons, n'étaient pas domptés. Les Geltibériens et les Vaccéens remuèrent encore durant la second i» guerre des esclaves et