‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des Antonins (volume 2)Chapitre 45 sur 51 · Val. Max., II · texte numérisé non relu

Val. Max., II

l'invasion des Cimbres. La pacification de l'Espagne ne devait être achevée que par Auguste

En 124, Métellus prit possession des Baléares après en avoir presque exterminé les habitants *.

Il faut revenir maintenant de l'Espagne à l'Asie pour suivre l'œuvre de destruction que le sénat accomplissait tout autour de la Méditerranée, dont il voulait faire un lac romain.

De 188 à 133, il ne parut pas un légionnaire en Asie; mais les commissaires du sénat y furent toujours présents, épiant les actions et les paroles des princes, intervenant avec autorité dans toutes les affaires pour dégrader aux yeux des sujets la majesté des rois, exigeant de riches présents i pour les tenir toujours obérés, prenant leurs fils en otage * pour les renvoyer, comme Démétrius, gagnés à la cause de Home, enfin leur défendant la guerre pour que le bruit des armes ne réveillât pas les peuples endormis.

Un imposteur s'était élevé contre Ariarathe, ils lui attribuèrent la moitié de la Cappadoce '3 (147). Prusias de Bithynie avait vaincu le roi de Pergame et pillé sa capitale, ils le condamnèrent à une amende de 600 talents (155). A la mort d'Antiochus Épiphane, le légitime héritier de la monarchie des Séleucides, Démétrius, était à Rome. Le sénat reconnut pour roi un enfant, Antiochus Eupator, et donna mission à Octavius d'aller en Syrie brûler les vaisseaux, tuer les éléphants et disperser l'armée 6. Mais Démétrius, aidé de Polybe qui lui fréta un vaisseau carthaginois, s'échappa; le sénat se hâta de faire alliance avec les

1. La source principale pour ces guerres est toujours Appien. Cf. aussi Florus et Vell. Paterculus. — 2. Flor., III. 8; III, p. 168; Liv., Epit., 60. Métellus y fonda Pal m a et Pollentia, qu'il peupla avec 3000 colons appelés d'Espagne. Str., VII. — 3. Antiochus donna en une fois 500 livres d'or, une autre fois 50 talents. Liv., XXXVI, 4; XLII, 6. Prusias offrit une couronne d'or de 150 talents, etc. — h. Et avec leurs fils, ceux des principaux personnages. Antiochus en donna 20, avec la condition expresse de les changer tous les trois ans. Chap. vi de Montesquieu, Grand, et decad. — 5. App., Syr., 47.— 6. Polybe, XXXI, 10

Juifs, alors révoltés contre les Séleucides l. En Égypte, pris pour arbitre entre Physcon et Philométor, il démembra le royaume, cachant une politique perfide sous les dehors de l'impartialité. Et l'héritage des Ptolémées forma trois États : Egypte, Chypre et Cyrénaïque J.

Les rois de Pergame avaient rendu trop de services pour que le sénat pût se montrer ouvertement leur ennemi. Il les laissa attaquer par les Galates et par les Bithyniens pour bien prouver à ces princes qu'ils tomberaient dès que la main de Rome se retirerait d'eux. Des deux successeurs d'Eumène, le second, Attale III, avait montré une cruauté insensée. Tour à tour sculpteur, fondeur, médecin, il tuait tous ceux qui n'applaudissaient pas à ses folies, et essayait sur ses parents, ses amis et ses gardes, les plantes vénéneuses qu'il cultivait lui-même. Quand il mourut (133), le sénat prétendit que, par son testament, il avait institué le peuple romain son héritier, et dans le legs, il comprit le royaume; mais un fils naturel d'Eumène, Aristonic, souleva les habitants, battit et prit le consul Licinius Crassus, qui insulta un soldat barbare pour se faire tuer. On répara facilement cette défaite; Aristonic, envoyé à Rome, y fut étranglé et le royaume de Pergame forma la nouvelle province d'Asie (129).

Ainsi, dans l'espace de quelques années, Rome avait soumis à sa loi la plus grande partie des pays que baigne la Méditerranée. Le monde, auparavant troublé par les mille guerres auxquelles n'échappaient pas les plus obscures cités, allait enûn trouver un peu de repos et de sécurité au sein de cette paix que Rome étendait de l'Atlantique à l'Euphrate. Pour beaucoup ce repos fut un sommeil de mort. Mais tous les peuples ne périrent pas avec leur liberté, d'autres reparaîtront plus tard animés d'une vie nouvelle. La Grèce, dans quelques-unes de ses villes, conserva le culte des arts ; Rhodes, son école d'Eschine ; l'Asie pergaméenne, son activité littéraire; l'Espagne, cette séve qui

1. Machab., I. App., Syr. Le traité d'alliance est de 158. — 2. Polybe, XXXI, 26.

allait nourrir une civilisation féconde, d'où sortira le second siècle littéraire de l'empire.

De ces nations une seule, le peuple carthaginois, disparut sans retour, sous le flot envahisseur, en ne laissant derrière lui que des ruines et quelques souvenirs. De nos jours, où le commerce est, avec raison, tenu en si grand honneur, on a voulu reviser, au nom de la science économique, le jugement des siècles. La préoccupation des intérêts matériels se reportant du présent vers le passé, a fait déplorer la destruction de cette puissance qui devait unir le monde dans les liens pacifiques du commerce, comme Rome l'unit par les liens sanglants de la victoire. Mais il y a des guerres fécondes comme il y a des paix destructives. Les hommes périssent et se renouvellent ; les idées et l'art seuls vivent. Et qu'est-ce que Carlhage nous a laissé? quelques fragments de voyages1, quelques maximes d'agriculture ! Qu'on ne dise pas que les Romains ont tout détruit. Mummius et Sylla n'ont pas été moins terribles à la Grèce que Scipion à l'Afrique ; et cependant la civilisation grecque n'est pas restée sous les décombres de Corinthe et d'Athènes. L'esprit est comme le feu du temple, toujours on le retrouve, même sous les ruines.

1. Salluste, B. Jug., '20, parle cependant de quelques historiens, mais ce qu'il leur emprunte est bien étrange. Le sénat, au lieu de détruire, lit traduire l'ouvrage de Magon sur l'agriculture, et donna tous les livres carthaginois aux princes d'Afrique. VI, II. N., XVIII, 22. Nous avons la version grecque du voyage dUannon, et une version latine de quelques fragments du voyage d'Himilcon.

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