‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des Antonins (volume 2)Chapitre 7 sur 51 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

HISTOIRE MILITAIRE DE ROME DEPUIS LA MORT DE TARQU1N JUSQU'AUX DÉCEMV1RS, 495-451.

Ce n'est qu'à de rares époques et dans les plus graves circonstances qu'un peuple, occupé de son organisation intérieure, déploie au dehors une redoutable énergie. Cette double vie épuiserait trop vite ses forces. Pour l'action continue et victorieuse au dehors, il faut le repos au dedans. Il n'y a donc pas à s'étonner si Rome mit un siècle et demi à sortir du Latium ; car ce ne fut qu'au bout de ce temps que la guerre intérieure cessa. La conquête de la liberté lui avait d'ailleurs coûté cette puissance que le traité avec Cartilage nous a montrée. Soumise par Porsenna, elle n'avait retrouvé, après la défaite des Étrusques devant Aricie*, que l'ancien ager romanvs, borné au sud par les terres des

I. Malgré les traditions contraires conservées par Tite-Live et dont nous avons parlé plus haut, les Etrusques, recommençant la conquête du Latium qu'ils avaient déjà trois siècles plus tôt traversé et en partie soumis, s'emparèrent de Rome, à laquelle ils enlevèrent le territoire des dix tribus de la rive droite du Tibre et qui dut se soumettre aux plus dures conditions.... Vedita urbe ... Tac, Hùt. III, 72, Porsenna défendit ne ferro nisi in agricultura uterentur. Plin., XXXIV, 14. Dans Den. V, 34, le sénat lui offre un trône d'ivoire , un sceptre , une couronne d'or, etc. Une statue de ce roi resta longtemps dressée près de la curie. Do Rome, l'armée étrusque marcha sur Aricie; sa défaite devant cette ville par les Latins, que les Grecs deCumcs, rivaux des Étrusques, avaient secourus (Den., V, 36; VII, 2, 11), rendit aux Romains leur liberté, mais non leur puissance; car les Etrusques restèrent maîtres de la rive droite du Tibre, et les Latins victorieux réduisirent le territoire romain presque aux limites de l'ancien ager romanus.

Latins de Gabies, de Tusculum, de Bovillae et de Telléna. Quelques expéditions heureuses dans la Sabine portèrent la frontière jusqu'à cette rangée de collines qui courent de NarniaàTibur1; au nord elle dépassait à peine le Janicule*. Rome n'était donc plus un grand État; mais, et cela fit sa fortune : c'était toujours la plus grande ville de l'Italie. Dans son enceinte, sur ce territoire de quelques lieues seulement d'étendue, on comptait 1 10 000 hommes 9 en état de combattre: 110000 hommes réunis sous la main des consuls, dirigés dans les moments de péril par une seule volonté et toujours soumis à une admirable discipline. Grâce à cette concentration de leurs forces, les Romains purent se livrer impunément à leurs querelles intérieures; car, s'ils dépensaient au Forum l'énergie qu'ils auraient utilement pour leur puissance portée sur les champs de bataille, ils étaient aussi trop forts pour être accablés par quelque ennemi qui les attaquât, une guerre sérieuse ramenant toujours l'union, et avec l'union une puissance invincible.

Ces ennemis étaient surtout les Èques et les Volsques. Montagnards pauvres et pillards, toujours menaçants et cependant insaisissables, aujourd'hui dans la plaine, incendiant les moissons , demain retranchés ou perdus dans leurs montagnes, les Èques étaient l'ennemi, sinon le plus dangereux, du moins le plus incommode. Les Volsques, riches, nombreux et maîtres d'un fertile territoire, auraient été plus à craindre, s'ils n'avaient pas été divisés en une foule de petits peuples qui ne se réunirent jamais pour attaquer ou se défendre, et ne surent mettre ni suite ni

1. Depuis la guerre durant laquelle le Sabin Attus Clausus vint s'établir à Rome (toy. p. 100, v. 2), on ne Irouve plus de ville sabine indépendante plus voisine de Kome qu'Erétum. — 2. Cela résulte clairement de la guerre contre les Véiens en 483, et de la réduction des 30 tribus de Servius à 20, chiffre qu'on trouve après l'expulsion des rois. En 495, on en cite 21 (Liv., Il, 21), une nouvelle tribu, appelée Crusiuminienne, du nom d'une ville conquise, ayant été formée après la guerre contre la Sabine. — 3. Den., V, 96. Le cens de Servius avait donné 84 700, celui de 508 : 130000 (Den. V, 20), et celui de 499 : 150100 (Men., V, 75). Fidènes, qui ne fut réduite qu'en l'an 330, est à deux lieues de Rome. Du lieu où elle s'élevait on voit parfaitement Saint-Pierre de Kome.

calcul dans leurs expéditions, toujours compromises par l'impatience des uns ou par les lenteurs des autres. Cette division même, le manque de grandes capitales, dont la prise pût d'un coup terminer la lutte, et la nature du pays coupé de montagnes et de marais, devaient éterniser la guerre. Avec de tels ennemis, il n'y avait d'autres moyens d'en finir que celui dont se servait naguère encore le gouvernement pontifical contre les brigands des États romains : raser les villes et en chasser ou exterminer la population. Rome procéda ainsi. Mais quand la guerre fut terminée, le pays des Volsques n'était plus qu'une solitude.

Dans l'Étrurie, les "adversaires étaient différents ; Véies, ville commerçante et industrieuse1, était à quatre lieues seulement du Janicule. De ce côté, on savait où frapper ; il n'y avait qu'à marcher droit à la ville, l'assiéger et la prendre. Mais le danger pour Rome était le même que pour Yéies, car ces deux villes se trouvaient dans des conditions d'existence à peu près semblables : toutes deux grandes, peuplées, fortes d'assiette, couvertes d'épaisses murailles et pouvant mettre sur pied des forces considérables. Aussi ce siège, qui devait terminer la guerre, Rome ne fut en état de l'entreprendre qu'au bout d'un siècle.

Parmi ces ennemis, nous n'avons compté ni les Latins, niles Herniques, que leur position rendait nécessairement les alliés de la république. C'était par l'incendie des fermes latines que s'annonçaient toujours à Rome les courses des Èques ou des Volsques ; et les Berniques, établis entre ces deux peuples, dans la vallée du Trérus, avaient à souffrir chaque jour de leurs déprédations. Cette alliance datait de loin (Fériés latines). Sous le dernier Tarquin, elle s'était changée pour Rome en une domination que l'exil du roi renversa et que ne rétablit pas la bataille du lac Régille.

I. Den., II, 54, la dit aussi grande que Rome, et Liv., V, 24, plus belle. Elle s'élevait U où se trouve l'Isola Farnese, sur une hauteur qui domine une magnifique vallée au fond de laquelle coule la Créméra, à quelques pas du premier relai de poste, sur la roule de Rome à Florence, à 11 milles de Rome ou un peu plus de 16 kilomètres

Rome et les Latins restaient séparés; mais la puissance croissante des Volques et les brigandages des Èques les rapprochèrent. En 493, durant son second consulat, Sp. Cassius signa avec les trente villes latines un traité omis à dessein, on mal compris par les historiens de Rome, parce qu'il attestait sa faiblesse après les guerres royales, mais qu'on lisait encore, au temps de Cicéron1, sur une colonne de bronze :

« Il y aura paix entre les Romains et les Latins tant que le ciel sera au-dessus de la terre et la terre sous le soleil. Ils ne s'armeront pas l'un contre l'autre ; ils ne donneront pas passage à l'ennemi à travers leur territoire, et ils se porteront secours avec toutes leurs forces quand ils seront attaqués. Le butin et les conquêtes faites en commun seront partagés. » Un autre témoignage 2 permet d'ajouter : « Le commandement de l'armée combinée alternera chaque année entre les deux peuples. »

Sept années plus tard, durant son troisième consulat, quelque temps avant de proposer sa loi agraire, Cassius conclut un traité semblable avec les Herniques Dès lors les Èques et les Volsques ne firent pas un mouvement que les messagers herniques ou latins n'accourussent le dénoncer à Rome, et les légions, en descendant ou en remontant la vallée du Trérus, purent aller menacer jusqu'au cœur le pays ennemi. Ces deux traités ont plus aidé à la future grandeur de Rome qu'aucun de ceux qu'elle signa plus tard ; car ils assurèrent son existence à une époque où sa fortune pouvait être facilement étouffée dans son berceau. Tout le poids de la guerre contre les Èques et les Volsques retomba sur ses alliés, et de ce côté elle ne joua

1. Cic, pro Balbo, 23. Liv., II. 33. Den., VI, 95; quelques pages plus haut, Y, 61, il nomme les trente villes latines. — 2. Cincius, cité par Fest., s. v. Vtxtor ad Portam.... Quo anno romanos imperatores ad exercitum mittere oporteret.... — 3. C'est en vertu de ce traité que la colonie d'Antium fut partagée entre les Romains, les Latins et les Herniques.... éSo^e . t$ (JouX^.... èiuTpé<J/aiAaT{vwv -re xott 'Epvixwv toîç pouXojuvoi; vr^ ànoixiaç. Den., IX, 64.

ordinairement que le rôle d'auxiliaire. De là le peu d'importance de ces guerres, malgré les actes d'héroïsme et de dévouement, les grands noms et les merveilleuses histoires dont les écrivains les ont remplies.

Les Volsques avaient été longtemps en guerre avec Tarquin, et, après sa chute, ils reprirent les villes qu'il leur avait enlevées. Arrêtés quelque temps par la forte position de Circéii, qui cependant tomba en leur pouvoir, et par le pays impraticable et stérile des Auronces, ils se rejetèrent sur les riches plaines du Latium et portèrent leurs avantpostes jusqu'à 10 milles de Rome *. La plus heureuse de leurs invasions, celle à laquelle on a rattaché toutes leurs conquêtes, fut conduite par un illustre banni romain, de la gens Marcia.

C'était, dit la légende, un patricien distingué par son courage, sa piété et sa justice 2. A la bataille du lac Régille, il avait mérité une couronne civique et gagné à la prise de Corioles le surnom de Goriolan. Un jour que les plébéiens se refusaient aux levées, il avait armé ses clients et soutenu seul la guerre contre les Antiates. Cependant le peuple, qu'il blessait par sa hauteur, lui refusa le consulat, et Coriolan en conçut une haine qu'il laissa percer par d'imprudentes paroles. Pendant la retraite sur le mont Sacré, les terres étaient restées sans culture ; pour combattre la famine, on acheta du blé en Étrurie et en Sicile, où Gélon refusa d'en recevoir le prix. Le sénat voulait le distribuer gratuitement au peuple : « Point de blé ou plus de tribuns, » dit Coriolan. Cette parole fut entendue des tribuns, qui le citèrent aussitôt par-devant le peuple. Ni les menaces, ni les prières des patriciens ne purent les fléchir, et Coriolan, condamné à l'exil, se retira chez les Volsques d'Antium. Tullius, leur chef, oublia sa jalousie et sa haine, pour exciter dans le cœur de l'exilé le désir de la ven-

1. A Bovillœ, qu'ils prirent, Den., VIII, 20; Plut., Cor., 29, ainsi que Circéii, Corioles, Lavinium, Salricum et Vélitres. Liv., II, 39. — 2. Deu., VIII, 6'2, "ASeTai xeù {ijmtTai Ttpè; àravTwv w; sùo't&ij; x»i SUaio; avirp. Voy. ci -dessus p. 152.

geance; il consentit à n'être que son lieutenant, et Coriolan marcha sur Rome à la tète des légions volsques. Aucune armée, aucune place ne l'arrêta et il vint camper sur le fossé Cluilius, ravageant les terres des plébéiens, mais épargnant, à dessein, celles des grands. En vain Rome essaya de le fléchir. Les plus vénérables des consulaires et les prêtres des dieux venus à lui en suppliants n'obtinrent qu'une dure réponse ; il céda pourtant aux larmes de sa mère Vétyria. Les Volsques regagnèrent leurs villes chargés de butin ; mais ils ne pardonnèrent pas à Coriolan de s'être arrêté au milieu de sa vengeance, et ils le condamnèrent à mort. Suivant Fabius, il aurait vécu jusqu'à un âge avancé, en répétant : « L'exil est bien dur pour un vieillard. »

Ainsi on n'osait nier que Rome eût été réduite aux dernières extrémités et que les Volsques se fussent établis au centre du Latium ; mais c'était un patricien qui avait vaincu, et l'honneur était sauf.

Les montagnes qui séparent les bassins du Liris et de l'Anio descendent des bords du lac Pucin jusqu'au-dessous de Préneste, où elles se terminent à l'Algide par une sorte de promontoire qui domine la plaine jusqu'au Tibre. En suivant les sentiers cachés de la montagne, les Èques arrivaient sans être aperçus jusqu'à l'Algide, dont les bois couvraient encore leur marche et leurs embuscades *. De là ils fondaient à l'improviste sur les terres latines, et, s'ils étaient assez nombreux ou l'ennemi trop prudent, ils étaient bientôt au milieu de la campagne romaine. Chaque année ces incursions se renouvelaient ; ce n'était pas la guerre : mieux eût valu de sérieux combats que ces éternels brigandages. Les Latins s'en trouvèrent si affaiblis, que les Èques purent leur prendre plusieurs villes 2. Suivant le

h Nigrx feraci frondis in Algido. 11 y a quelques années que l'Algide était encore le repaire de brigands qui infestaient les environs de Palestrina et de Frascati. — 2. Corbio, Vitellia, Bola, Labicum. Dans la légende de Coriolan, toutes ces villes, même Corbio, située au delà de l'Anio, sont prises par les Volsques ; on avait à dessein attribué à l'exilé romain les conquêtes successives des Volsques et des Eques.

traité de Cassius, Rome aurait dû envoyer toutes ses forces à leur secours. Mais ses dissensions intérieures et les dangers qu'elle courait du côté de Véies retenaient les légions dans la ville ou au nord du Tibre. Cependant le sénat s'alarma quand il vit les Èques établis sur l'Algide et les Yolsques sur le mont Albain, séparant les Latins des Berniques et menaçant à la fois les deux peuples *. Une trêve de quarante ans, que venaient de signer les Véiens (474) et l'adoption de la loi Publilia (471) ayant mis fin pour un temps à la guerre étrusque et aux troubles du Forum, on put écouter les plaintes des alliés.

Deux membres de la gens Quinctia, Capitolinus et Cincinnatus, eurent l'honneur de cette guerre.

T. Quinctius Capitolinus, patricien populaire, avait été le collègue de l'impérieux Appius. Tandis que les Voléros de celui-ci se faisaient battre par les Volsques, Quinctius enlevait aux Èques leur butin et rentrait à Rome avec le titre de Père des soldats. Une seconde fois consul en 467, il s'empara d'Antium dont une partie du territoire fut distribuée à des colons romains et eut au retour un si brillant triomphe, qu'il en garda le surnom de Capitolinus. Les Èques restaient en armes; quatre fois leurs bandes agiles pénétrèrent audacieusement dans la campagne de Rome et un jour ils enveloppèrent le consul Furius dans une gorge étroite : deux légions allaient être perdues. Capitolinus les sauva. A la nouvelle du péril, le sénat avait investi l'autre consul de la puissance dictatoriale par la formule : Caveat consul ne quid detrimenti respublica capiat, et il ne s'en était servi que pour charger Capitolinus du soin difficile de délivrer l'armée consulaire.

Jamais Rome, depuis Porsenna, n'avait été aussi sérieusement menacée; les troubles intérieurs avaient recommencé au sujet de la proposition Térentilla; la peste sévis-

1. Ces deux montagnes forment la ligne de séparation des eaux qui se rendent dans l'Anio, le Tibre, la mer et le Trérus, affluent du Liris ; elles dominent donc tout le pays.

sait avec une violence d'autant plus meurtrière que les courses de l'ennemi remplissaient la ville, durant les chaleurs de l'été, d'hommes et de troupeaux habitués à l'air pur des montagnes *. En 462 une armée d'Èques et de Volsques campa à trois milles de la porte Esquiline; trois ans plus tard une surprise de nuit livra pour un moment le Capitole au Sabin Herdonius (voy. p. 176); l'an d'après, Antium fit défection, et le consul Minucius se laissa encore une fois enfermer par les Èques dans un défilé. Cincinnatus parut seul capable de sauver la république. C'est lui qui reprit le Capitole et rendit aux Romains leur forteresse et leur sanctuaire ; dans cette circonstance il s'était signalé par une sévérité qui lui avait gagné la confiance du sénat : on l'élut dictateur. Les sénateurs qui vinrent le saluer Maître du Peuple le trouvèrent à sa charrue, labourant de ses mains victorieuses son modeste héritage2. Il prit pour maître de la cavalerie un noble patricien aussi pauvre que lui-même, appela sous les drapeaux tous les hommes en état de combattre et courut aux Èques, qu'il enferma dans ses lignes et fit passer sous le joug. Rentré à Rome en triomphe, suivi du consul et de l'armée qu'il avait sauvés, il força Minucius à se démettre de sa charge, fit briser devant lui et disperser les faisceaux consulaires, et lui-même, le seizième jour, déposa la dictature pour retourner à ses champs (457) s. Malgré ce succès que la vanité nationale a embelli, comme tant d'autres points de l'histoire militaire de Rome, la guerre n'était pas terminée, et les Èques restaient toujours en possession de l'Algide, comme les Volsques du mont Albain.

Depuis un demi-siècle que les rois avaient été chassés, la décadence de la puissance de Rome ne s'était pas un instant arrêtée; en 493, son territoire était au moins couvert par les Latins. Mais des trente villes latines qui avaient signé le traité de Cassius, treize étaient maintenant ou dé-

1. Liv., III, 6. Den., IX, 67. - 2. T. Liv., III, 26.-3. Den., X, 22 Liv., III, 26-30.

truites ou occupées par l'ennemi *. Si Yager romanus n'était pas encore entamé, la barrière qui devait le protéger avait été en partie détruite. Rome était- elle plus heureuse au nord, contre les Étrusques?

Une grande partie de l'Étrurie avait pris part à l'expédition de Porsenna ; depuis ce temps les courses des Gaulois cisalpins et la puissance croissante des Grecs et des Carthaginois avaient divisé l'attention et les forces des villes étrusques : les unes veillant sur les passages des Apennins; les autres, sur leurs côtes menacées par les pirates de Ligurie et sur leurs colonies , qui Tune après l'autre leur échappaient. La ligue s'était dissoute, et toute idée de conquêtes vers le Latium avait été abandonnée. Mais Véies, éloignée des Gaulois et de la mer, se trouvait trop près de Rome pour ne pas profiter de son affaiblissement. Ce ne fut cependant qu'en 482 que la guerre éclata. Elle dura neuf années. On n'a conservé que deux faits de cette guerre, plus sérieuse cependant pour Rome que les courses des Èques et des Volsques : la fondation, par les Romains, d'une forteresse sur les bords du Crémère, d'où ils étendirent durant deux années le ravage jusqu'aux murs de Véies, et l'occupation du Janicule par les Véiens. On a déjà vu que les annalistes romains faisaient honneur au patriotique dévouement des Fabius d'avoir tenu seuls en échec toutes les forces des Véiens, jusqu'au jour où, surprise dans une embuscade, la gens entière périt. Les Véiens à leur tour portèrent l'incendie sur les deux rives du Tibre et s'établirent sur le Janicule, d'où un vigoureux effort les chassa. La guerre se trouvait reportée sous les murs de Véies : une trêve de quarante ans laissa les deux peuples dans la position où ils étaient avant les hostilités (474).

Ces cinquante années si fécondes pour la liberté semblaient donc avoir été perdues pour la puissance. Cependant le territoire proprement dit n'avait pas été entamé, et la

1. Circéii, Sétia, Norba, Vélitres, Toliua, Ortona, Satricuro, Labicum, Cora, Pédum, Corioli, Carventum, Corbio. Den. et Liv., pauim.

population s'était aguerrie dans ces luttes* au fond peu dangereuses. Les soldats qu'Appius décime sans résistance, que Gincinnatus charge de douze pieux, de leurs armes et de leurs vivres pour une marche de vingt milles en quatre heures, sont déjà les légionnaires de Véséris, de Bénévent, de Cynocéphales et de Zama.

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