CHAPITRE VI
la révolution de 510, faite par les patriciens, n'avait profité qu'à l'aristocratie; celle de 448, faite par le peuple, ne profita qu'au peuple. Les décemvirs avaient abdiqué; et deux sénateurs populaires, Valérius et Horatius, étaient allés sur le mont Sacré promettre le rétablissement du tribunat et du droit d'appel avec une amnistie pour tous ceux qui avaient pris part à la révolte. Le peuple revint sur l'Aventin, et afin d'assurer l'exécution de ces promesses, occupa encore une fois le Capitole*. Mais on ne songeait pas à lui disputer sa victoire. Le grand pontife tint les comices pour l'élection de dix tribuns, puis on nomma consuls, Horatius et Valérius qui garantirent par plusieurs lois la liberté restaurée.
La première défendit, sous peine de mort, de jamais créer une magistrature sans appel*. La seconde donna force de loi aux plébiscites, c'est-à-dire que les résolutions prises dans l'assemblée des tribus n'auraient plus besoin que de la sanction des curies, comme les résolutions des comices centuriates, pour devenir les lois générales*. La troisième
1. Cic, pro Cornel., 1 fragra. — 2. Liv. III, 55. — 3. Trjv aw^v i/ovra; 8uva|iiv tôt; èv toû; >oxtti<riv iy.xXrxriai; TtOKiaouévoiç. Den., XI, 45. Les centuries conservèrent les jugements des crimes capitaux, l'élection aux grandes magistratures, le droit de faire les lois les plus importantes, les plus générales, et plus tard celui de décider de la paix et de la guerre. Le pouvoir législatif des tribus s'exerça surtout pour le maintien et l ex-
renouvela l'anathème prononcé contre quiconque porterait atteinte à l'inviolabilité tribunitienne. La quatrième ordonnait qu'une copie de tous les sénatus- consultes contresignée par les tribuns de la lettre T1 afin de prévenir toute falsification, serait remise aux édiles plébéiens et gardée par eux dans le temple de Cérès sur l'Aventin. Le tribun Duilius fit encore passer cette loi : que le magistrat qui négligera de tenir les comices à la fin de l'année, pour l'élection des tribuns du peuple, soit puni des verges et de la hache2.
La liberté était assurée ; mais le sang versé demandait vengeance. Virginius accusa les décemvirs. Appius leur chef se tua dans sa prison avant le jugement; Oppius, après lui le plus odieux, finit de même. Les autres s'exilèrent; on confisqua leurs biens au profit du temple de Cérès*. Le peuple se contenta de ces deux victimes, et Duilius déclara qu'il opposerait son véto à toute accusation nouvelle.
Cependant les deux consuls avaient repris les opérations militaires contre les Èques et les Sabins, et ceux-ci furent si bien battus par Horatius, qu'ils restèrent en paix avec Rome pendant un siècle et demi. Au retour les consuls demandèrent le triomphe; jusqu'alors le sénat seul avait eu le droit de l'accorder; il refusa. Mais Icilius le fit décréter par le peuple; et « les consuls triomphèrent non-seulement des ennemis, mais des patriciens. » Ce furent encore les tribuns qui décidèrent dans le débat entre Ardée et Aricie, et la guerre qui sortit de cette décision injuste ne fit que rendre plus importante celte innovation populaire. Peu à peu les tribuns mêlaient le peuple aux grandes affaires de l'État*.
Dans une révolution, le parti qui a renversé l'obstacle ne
tension des droits populaires. Cf. pour les exemples, Tite-Live, III, 63; IV, 1, 25, 41 ; V, 32; VI, l, 5, 29. — I. Val. Max., II, 2, 7; Tite-Live, III, 55, dit : senatusc. qux ante arbîtrio consulum supprimebantur vitiabanturque. — 2. Liv. III, 55. Diod. XII , 25. Une autre loi, provoquée par Trébonius, obligea de nommer toujours dix tribuns, et défendit la cooptation. — 3. Ce jugement était contraire aux lois décemvirales, mais Rome n'était pas encore rentrée dans la légalité. — 4. Liv. III, 71. Là se trouve un de ces trop rares récite qui nous montrent l'intérieur des cités latines.
peut s'arrêter court; l'élan l'emporte au delà du but marqué, et il en conserve longtemps une force dont ses chefs savent tirer profit, quelquefois dans l'intérêt public, plus souvent dans celui de leur ambition. Après la victoire, les tribuns se servirent de ce reste d'énergie populaire pour achever l'œuvre des décemvirs et accomplir la loi Térentilla. Les patriciens avaient plus d'une fois essayé de se glisser au tribunat; la loi Trébonia leur en ferma à jamais l'entrée. Ils s'étaient réservé le pouvoir judiciaire, excepté dans le cas de sentence capitale contre un citoyen, et l'administration des finances, en laissant aux consuls le droit de nommer eux-mêmes les questeurs du trésor. Les tribuns obtinrent en 447 que les quxstores parricidii et les quœstores œrarii seraient à l'avenir nommés dans les assemblées centuriates1. Deux choses maintenaient l'outrageante distinction des deux ordres , l'interdiction des mariages et l'occupation de toutes les charges par les patriciens ; en 445, le tribun Ganuléius demanda l'abolition de la défense relative aux mariages, et ses collègues le partage du consulat. ♦ C'était demander l'égalité politique.
Toute aristocratie qui ferme ses rangs périt bientôt, car le temps et le pouvoir usent vite les familles, comme les individus. Sans connaître cette vérité d'histoire, le patriciat romain agit comme s'il la comprenait, et cette intelligence des nécessités publiques fit la grandeur de Rome. Après une résistance habilement calculée pour opposer au torrent populaire une digue qui amortît sa force sans l'exciter, les grands cédaient toujours; mais comme une armée disciplinée qui jamais ne se laisse rompre, ils reculaient pour prendre sur un autre point une forte défensive. Ainsi se prolongea cette guerre intérieure qui forma la robuste jeunesse du peuple romain. Cette fois encore l'indignation
1. Tac, Ann. XV, Ti. Varron donne au* questeurs les fonctions fiscales et judiciaires. Wachsmuth, p. 373, admet cette opinion. Nicbuhr distingue. Notre opinion serait que, primitivement, les questeurs judiciaires n'étaient pas permanents, mais nommés seulement chaque fois qu'il eu était besoin. Nou» n'hésitons pas un seul instant à les séparer des qurstores aerarii.
éclata. « Ainsi donc, disait un Claudius, dans son orgueil héréditaire, ainsi rien ne restera pur; l'ambition plébéienne viendra tout souiller, et l'autorité consacrée par le temps, et la religion, et les droits des familles, et les auspices, et les images des aïeux. > — Mais le peuple usa du moyen qui lui avait deux fois servi ; il se retira en armes sur le Janicule1; et le sénat, pensant que les mœurs seraient plus fortes que la loi, accepta que désormais il pourrait y avoir de justes noces entre patriciens et plébéiens.
Cette barrière tombée, il n'était plus possible d'interdire aux plébéiens l'accès des charges curules. Cependant à force d'habileté le patriciat à demi vaincu se défendit quarante cinq ans encore. Car il avait dans cette lutte les dieux mêmes pour alliés, par la croyance profondément enracinée dans le peuple, que la main d'un noble pouvait seule oirrir des sacrifices favorables. Les collègues de Canuléius demandaient pour leur ordre une place de consul et deux de questeurs du trésor. Le sénat accorda que les questeurs du trésor seraient indistinctement» choisis dans les deux ordres ; et, grâce à cette latitude, on ne vit pendant longtemps . que des patriciens dans cette charge. Quant au consulat, il aima mieux le démembrer. A ce pouvoir royal on avait enlevé déjà le droit d'accomplir certains sacrifices (rex sacrificiorum), la garde du trésor (quœstores œrarii) et l'instruction des affaires criminelles (quœstores parricidii); deux nouveaux magistrats, les censeurs, créés en kkk , pour cinq ans d'abord, pour dix-huit mois ensuite, héritèrent encore du droit des con
1. Flor., I, 25. Tertiumseditionem....in monte Janirulo.... duce Canulein. Les patriciens seuls pouvaient prendre les auspices. Ce privilège, nécessaire pour la connaissance de tous les mystères de la religion et du droit, leur donnait un caractère religieux, qu'à la longue, par le mélange des familles, les plébéiens auraient partagé. De là la vive opposition du sénat à une loi qui devait mêler les deux ordres. Quand Clisthènes voulut fortifier à Athènes l'élément démocratique, il supprima les sacra prirata.... xat rà tô»v iôûov tepàiv avvaxtéov ei; oXiya x*i vtotvà, xat rcivTa oosiiteo* ôntt>; à* ôxi [l6lU<t-ol àvafiixÔÔMT: «ivte; à»r>t;.... Arist.. Pol., VI, 2, 11. — 2. Liv. IV, 43. promiscue. Les questeurs étaient dépositaires des deniers publics, c'étaient eux qui ouvraient et fermaient le trésor où étaient aussi déposées les enseignes.
suis de faire le cens, d'administrer les domaines et les finances de l'État, de régler les classes, de dresser la liste du sénat et des chevaliers, d'avoir enfin la haute police de la ville. Restaient aux consuls les fonctions militaires, la justice civile, la présidence du sénat et des comices, la garde de la ville et des lois; on les donna, mais divisées entre plusieurs, sans les honneurs curules, avec six licteurs au lieu de douze, et sous le nom plébéien de tribun, à trois, quatre ou six généraux. A ces tribuns militaires, créés sans auspices*, peut-être dans l'assemblée profane des tribus1, la religion interdit une des plus importantes prérogatives des consuls, ils ne pourront nommer un dictateur*. Simples lieutenants, pour ainsi dire, d'un magistrat invisible, mais que le sénat connaît et espère, ils ne combattent pas sous leurs propres auspices, et jamais ils ne pourront obtenir la plus enviée des récompenses militaires, le triomphe*. Ce qu'ils ont de pouvoir se partage encore, entre eux, suivant leur nombre. Ceux-là vont à la tête des légions ; celuici commande la réserve, un autre les vétérans ; un autre encore veille aux arsenaux et aux approvisionnements pour les troupes. Un seul est investi des fonctions religieuses et judiciaires des consuls : c'est le préfet de la ville, président du sénat et des comices, gardien de la religion, des lois et de tous les intérêts de la cité5. Aussi le sénat aura soin que ces prérogatives, qui renferment toutes les attributions données plus tard aux préteurs, avec le privilège important de désigner les juges, ne tombent jamais au pouvoir
1. C'est ce qu'il faut conclure du discours d'Appius (Liv. VI, 41), nullus auspicato. Du moins n'avaient-ils pas les maxima auspicia (Aulu-ii., XIII, 15). — 2. Liv. V, 18. 11 est vrai qu'il se contredit ailleurs, V, 13, 64. — 3. Religio obstaret. Cependant, en 423, dans un danger pressant, les augures consultés lèvent cette défense , et le tribun consulaire-préfet de la ville, Corn. Cossus, nomme un dictateur. — 4- Zonar., VII, 19, confirmé par le silence des fastes triomphaux. Cf. Périzon , p. 261. Le triomphe n'était cacordé qu'à ceux qui avaient vaincu suis ausptciis. — 5. Liv. VI, 6. Camille énumère ses fonctions, prxsidem publici consilii, cusfodem religionum, comitiorum, legwn, rerum omnium urbanarum. En 424, quatre tribuns sont nommés, e quibus Cossus prxfuit \urbi; de même en 383, en 431, etc.
d'un plébéien1. Quand les plébéiens auront forcé l'entrée du tribunat consulaire, une place au moins sera toujours réservée pour un candidat de l'autre ordre2.
Des débris du consulat quatre charges se sont formées 5 : la questure judiciaire, la censure, la questure du trésor et le tribunat consulaire. Les deux premières restent exclusivement patriciennes. Les questeurs du trésor et les tribuns militaires, véritables proconsuls réduits, un seul excepté, au commandement des légions, pourront être indistinctement choisis dans les deux ordres. Mais la loi, en n'exigeant pas que chaque année un nombre déterminé d'entre eux soient plébéiens, permet qu'ils soient tous patriciens; et ils le seront pendant un demi-siècle. Malgré de si habiles précautions, le sénat ne renonçait pas au consulat. Il tenait en réserve et pure de toute souillure la magistrature patricienne, attendant pour elle des jours meilleurs. La dictature, qui n'était pas effacée du nouveau code constitutionnel, et le droit d'opposition des curies restaient aussi, comme une dernière ressource pour les cas extrêmes. La religion enfin servait toujours les intérêts de l'aristocratie; et si, malgré l'influence des grands dans les assemblées, malgré le pouvoir arbitraire du président des comices, qui avait le droit de refuser les votes pour un candidat ennemi, la majorité des suffrages se portait sur un homme nouveau, son élection pouvait encore se briser contre une décision des augures. Au besoin Jupiter tonnait.
Quelque habileté qu'eût déployée le sénat, le principe de l'égalité politique venait de triompher, et le partage des
1 . Une seule fois, en 393 , T. Live nomme six plébéiens. Mais au lieu de P. Maelius les nouveaux fragments des Fastes, et Diod., XIV, 90, nomment Q. Man* lius.— 2. Quant aux fréquentes variations du nombre des tribuns consulaires, chose si étrange dans l'antiquité romaine, elles s'expliquent en ne faisant des tribuns consulaires que de simples généraux. Leur nombre croit suivant les besoins. De 443 à 432, ils sont trois, deux pour les légions, un pour rester comme préfet dans la ville. En 425, après la déclaration de guerre de Véies, on en nomme quatre. Si l'on monte à six en 404, c'est encore pour la guerre contre les Véiens. Quand ils sont huit, c'est peut-être, comme l'a soutenu Périzonius, que les censeurs avaient été comptés dans leur collège. — 3. Cf. Mont. , Esp. des lois, XI, 14.
magistratures curules n'était plus qu'une question de temps. Ce temps fut long; car il ne s'agissait plus ici de satisfaire des intérêts généraux, mais seulement l'ambition de quelques chefs du peuple. Aussi l'attaque, bien que vive, fut mal soutenue; et les plébéiens, contents du nom, laissèrent longtemps la chose*. Nous les verrons, au moment suprême, prêts à abandonner Licinius Stolon et le consulat pour quelques arpents de terre.
La constitution de 444 autorisait à nommer des plébéiens au tribunat consulaire; jusqu'en 400 pas un seul n'y parvint; et durant les soixante-dix-huit années que cette charge subsista, le sénat fit nommer vingt-quatre fois des consuls, c'est-à-dire qu'il chercha et réussit une année sur trois à rétablir l'ancienne forme de gouvernement".
Ces perpétuelles oscillations encouragèrent les ambitieuses espérances d'un riche chevalier, Spurius Mse lius (437). Il crut que les Romains abdiqueraient volontiers, entre ses mains, leur orageuse liberté, et, durant une famine, il fit aux pauvres d'abondantes aumônes. Le sénat s'alarma de cette charité qui n'était point dans les mœurs antiques, et fit élever à la dictature le vieux Gincinnatus. Cité au tribunal du dictateur, Maelius refusa de répondre et chercha au milieu de la foule qui couvrait le forum une protection contre les licteurs. Mais le maître de la cavalerie, Serv. Ahala, l'atteignit et le perça de son épée. Malgré l'indignation du peuple, Gincinnatus approuva hautement son lieutenant, fit démolir la maison du traître et vendre au
1. Ti Live dit, il est vrai, imperio et insignibus consularibus usos; mais tout ce qui précède met hors de doute l'infériorité des tribuns sur les consuls. Si le nom seul avait été changé, les tribuns du peuple n'auraient pas mis une telle opiniâtreté à demander le consulat lui-même. Il n'y a jamais de querelle de mots, dit quelque part Mme de Staël. — 2. C'était sur la proposition du sénat que les centuries décidaient chaque année si on élirait des tribuns militaires ou des consuls. 11 ne proposait ordinairement des tribuns que quand on était menace d'une guerre; la formule ordinaire, lors de l'élection des consuls, était : pax et otium domi forisque; excepté en 31P, où éclata une guerre soudaine, et sous le consulat de Géganius, qui triompha des Volsques. Cf. Liv., IV, passim.
prix d'un as le modius, le blé amassé par Mselius1. Peut-être fut-il, comme Cassius, une victime sacrifiée aux craintes ombrageuses des grands ? Ceux-ci du moins reprirent pour quelque temps l'ascendant; et pendant les onze années suivantes on ne nomma que deux fois des tribuns militaires. Il y eut cependant en 431 une dictature populaire, celle de Mamercus J£milius,qui réduisit à dix-huit mois la durée de la censure.
Ces neuf consulats rendirent aux grands tant de confiance que le sénat lui-même se trouva trop faible contre l'orgueil de quelques-uns d'entre eux. Les consuls de l'an 428, vaincus par les Èques , se refusaient à nommer un dictateur. Pour triompher de leur résistance , le sénat recourut aux tribuns du peuple, qui menacèrent de faire traîner les consuls en prison*. Ce fut un spectacle nouveau que celui de l'autorité tribunitienne protégeant la majesté du sénat. De ce jour la considération du tribunat égala sa puissance et peu d'années se passèrent sans que les plébéiens obtinssent quelque nouvel avantage.
Trois ans plus tôt, jaloux de voir les suffrages se porter toujours sur les grands , les tribuns avaient proscrit les robes blanches qui désignaient de loin, à tous les yeux, le candidat patricien» : c'était une première loi contre la brigue.
En 428, une loi mit un terme à l'arbitraire des amendes payées en espèces 4.
En 427, les tribuns, par leur opposition aux levées, obligèrent le sénat à porter aux comices centuriates la question de la guerre contre Véies5.
En 423, ils renouvelèrent la loi agraire et demandèrent que la dîme, plus exactement payée, à l'avenir, par les détenteurs du domaine, fût appliquée à la solde des troupes.
Ils échouèrent cette fois; mais, en 420, il parut néces-
1. Liv. IV, 16. Flor., 1,26. Cic, Cat., I, 1. — 2. Liv. IV, 26. — 3. En 431. Liv., IV, 25. — 4. Cic, de Rep., II, 35. Liv., IV, 30. La loi fixa la valeur en argent d'un bœuf et d'un mouton : un bœuf à 100 as, un mouton à 10. — 5. Liv., IV, 30. En 380, ce sont les tribus qui décident que la guerre sera faite aux Volsques. Liv., VI, 21.
saire de créer deux nouvelles places de questeurs du trésor pour Tannée ; le peuple n'y consentit qu'à la condition que la questure serait accessible aux plébéiens.
Trois ans plus tard, trois mille arpents du territoire de Labicum furent distribués à quinze cents familles plébéiennes. C'était bien peu; aussi le peuple réclama, en 414, le partage des terres de Bola, conquises sur les Éques. Un tribun militaire, Posthumius, s'y étant vivement opposé, fut tué dans une émeute de soldats. Ce crime, inouï dans les armées romaines, fit tort à la cause populaire ; il n'y eut pas de distributions de terres, et, pendant cinq années, le sénat put faire nommer des consuls. Cette réaction patricienne en amena une autre dans le sens contraire , qui ne se termina que par la franche exécution de la constitution de l'an 444. Un Icilius, en 412, Mœnius, en 410, reprirent la loi agraire et s'opposèrent aux levées. L'année suivante trois Icilius furent nommés tribuns. C'était une menace pour l'autre ordre. Les patriciens le comprirent; et, en 408, trois plébéiens arrivèrent à la questure.
En 405, la solde est établie pour les troupes et les riches se chargent d'en payer la plus forte part.
Enfin, en 400, quatre tribuns militaires sur six furent plébéiens. A une époque antérieure, la loi Ovinia1 avait permis aux censeurs de choisir les sénateurs dans tous les ordres.
Les chefs du peuple arrivaient donc aux charges et jusqu'au sénat, et les pauvres obtenaient une indemnité qui nourrissait leurs familles tant qu'ils restaient sous les drapeaux. Toutes les ambitions, tous les désirs sont pour le moment satisfaits. Le calme et l'union rentrent dans Rome ; on s'en aperçoit à la vigueur des coups qu'elle porte au dehors.
1. Fest., s. v. Prseleriti. Au lieu de lex Ovinia, on a proposé de lire lex Quinctia, ce qui en fixerait la date à l'an 403, sous le tribunat militaire de Quinctius; elle ne peut, dans tou» les cas, être antérieure à 443 ni postérieure à 400, date de la nomination de Licinius Calvus au tribunat militaire.