CHAPITRE XLIX
Tibère avait mis le gouvernement sous la protection des prétoriens. En face d'une famille impériale impuissante à se perpétuer, d'une aristocratie épuisée de sang, même de courage, et d'une populace formée par le rebut de l'univers, les soldats avaient bien vite senti leur force. Séjan leur avait donné le moyen de se compter et de s'entendre, en les établissant aux portes de la ville, dans un camp qui valait une forteresse, d'où ils pouvaient braver toutes les colères d'un peuple sans armes et tenir le sénat sous la menace de l'épée. Déjà ils avaient vendu l'empire à Claude et ils croyaient le vendre encore à Galba. Mais, puisque la force était le droit, les inutiles soldats du prétoire ne pouvaient prétendre à garder pour eux seuls un privilège si lucratif. Les légions avaient accepté l'élu des prétoriens tant qu'il avait été un César; cette famille éteinte, et la carrière ouverte à toutes les ambitions, chaque armée songea naturellement à son chef. Voilà comment s'ouvrit Tère des révolutions militaires qui, jusqu'à Constantin, ne seront interrompues que par deux familles, où Ton essayera de rétablir Thérédité. Qu'on n'attende donc pas Septime Sévère pour proclamer l'avènement du despotisme militaire, c'est-à-dire le règne des soldats. Nous y sommes déjà : les deux années qui suivent la mort de Néron n'ont rien à envier aux plus mauvais jours de Tempire *