Tac, Ann., XIII
38 l'empire romain DE TIBÈRE À NERVA (14-96).
c'était s'interdire les conquêtes pacifiques, c'était empêcher ce rayonnement de la civilisation romaine qui eût éveillé sur la rive droite du Rhin Findustrie, le commerce, la vie sociale en un mot, barrière plus sûre que les solitudes où accourront les plus braves des barbares dès qu'ils sentiront trembler dans la main de l'empire Tépée de César, de Drusus, de Germanicus et de Tibère. Mais Auguste l'avait dit : plus de guerre avec les Germains. On aimait mieux encourager leurs querelles, et, du haut des retranchements du Rhin et du Danube, contempler leurs luttes, commie à l'amphithéâtre les combats de gladiateurs. « Cet été (58), dit Tacite, les Hermundures et les Cattes se livrèrent une grande bataille; ceux-ci furent défaits. Les deux partis avaient dévoué à Mars et à Mercure l'armée qui serait vaincue. Selon ce vœu, hommes, chevaux, tout ce qui appartenait aux. Cattes fut exterminé. Ainsi les barbares tournaient contre eux-mêmes leur rage*.» Et ailleurs : a Les Bructères ont été chassés et anéantis par une ligue des nations voisines qu'a soulevée contre eux la haine de leur orgueil, l'appât du butin, ou peut-être une faveur particulière des dieux pour nous. Le ciel ne nous a pas même envié le spectacle du combat. Soixante mille barbares sont tombés, non sous le fer des Romains, mais, ce qui est plus admirable, devant leurs yeux et pour leur plaisir. Puissent, ah! puissent les nations, à défaut d'amour pour Rome, persévérer dans cette haine d'elles-mêmes, puisque la fortune n'a désormais rien de plus à nous offrir que les disgrâces de nos ennemis *. »
Avec cette politique de paix, il ne restait aux généraux d'autre moyen d'attirer sur eux l'attention de l'empereur que d'occuper leurs soldats à des travaux utiles. Corbulon leur en avait donné l'exemple sous Claude ; deux légats de Néron entreprirent , l'un d'achever la digue commencée soixante-trois ans auparavant par Drusus, pour contenir le Rhin, l'autre de couper le plateau de Langres pour join-