‹ Histoire des Romains, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des Antonins (volume 4)Chapitre 8 sur 47 · CHAPITRE XXXYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXYII

Le voyage que nous venons d'accomplir à travers les provinces romaines et les pays qui leur sont limitrophes, nous ramène en face de l'Espagne, d'où nous étions parti pour faire le tour de la Méditerranée. Mais au milieu de cette mer, unique au monde pour la richesse et la variété de ses rives, au centre de ce bassin vers lequel convergeaient les regards et les efforts de vingt peuples, nous avons oublié la péninsule qui s'élevait comme une haute citadelle, d'où Rome surveillait et contenait son empire '. Position inexpugnable si elle reste bien approvisionnée de force, de courage et de vertu !

Par malheur, l'Italie avait cruellement expié ses victoires, et ce n'était qu'aux temps antiques que pouvait se rapporter le magnifique salut du poète :

Salve magna parens fruguin, Saturnia tellus Magna virum !

Maintenant, en effet, que restait-il de la vieille race italienne? et l'Italie même était-elle encore ce sol fécond où

1. Strabon dit (VI, p. 286) : L'Italie se trouvant au milieu de tous les pays occupés par les plus grand. s nations semble faite pour leur donner la loi et, vu leur proximité, peut les forcer aisément à l'obéissance. Voyez l'éloge que Pline en fait, H. N., III, 6. Nuinine deum electa qu^.... sparsa congregaretimperia, ritusque molliret et tôt populorum discordes ferasque lingttas sermonis commercio contraheret ad colloquia et humanitatem homini daret.

110 l'empire sous auguste.

l'on croyait que les dieux étaient venus donner les premières leçons de la sagesse agricole? Comme l'homme, la terre vieillit; et sa sève s'épuise lorsqu'une culture intelligente ne lui rend pas les forces qu'elle a perdues. Il y avait bien çà et là des traces de- l'ancienne fertilité; sur quelques points on montrait des merveilles : un cep qui portait deux mille grappes ', un autre à Rome même qui donnait douze amphores de vin'-. Yarron vantait aussi le blé de Campanie et d'Apulie, le vin de Falerne, l'huile de Yénafre et « cette multitude d'arbres, qui fait, disait-il, de notre pays un immense verger ^ » Mais généralement la richesse du sol s'était perdue avec les vieilles traditions de culture * et le blé ne rendait pli, s en moyenne que quatre pour un". « Nous avons abandonné le soin de nos terres aux derniers de nos esclaves, dit Columelle '' : aussi les traitent-ils en vrais bourreaux. Nous avons des écoles de rhéteurs, de géomètres, de musiciens. J'en ai vu même où l'on enseigne les professions les plus viles, comme l'art d'apprêter les mets ou de parer la tête; mais pour l'agriculture, nulle part je n'ai trouvé ni professeur ni élève. Et cependant dans le Latium même il nous faut, pour éviter la famine, tirer le blé de pays situés au delà des mers, et le vin des Cyclades, de la Bétique et de la Gaule. »

Ces moissons de la Sicile, de l'Afrique et de l'Egypte données ou vendues à vil prix dans les cités maritimes, c'està-dire sur tous les points de grande consommation, firent aux maigres récoltes de l'Italie une concurrence redouta-

1. Colum., III, 3. — 2. Plin., XIV, 1. — 3. DeR. R., I, 2. —4. Dès le temps de la guerre des piratfs, l'Italie ne pouvait se nourrir elle-même. Cic, pro leg. Man., 12, 15 : Eos fortus quitus vitam et spiritiim ducitis. — 5. Majore quidem parte Italix.... cum quarto responderint (Colum., Ill, 3). Varron parle cependant de 15 pour 1 dans l'Étruri? et locis aliquot in Italia {de R. R., I, 44k Le rendement moyen en France est de 10 à 12; il est souvent en Angleterre de 22. Voy. \e livre de M. Loise'eur-Ueslongchamps, Considérations sur les céréales, 1846. — 6. In proœmio et I, 3 : Prapotentes qui possident fines gentium quos ne circumire equis quidem valent.... at occupatos nexu civium et ergastulis tenent. Cf. Sénèque, de Ben., VII, 10 : Et vasta spatia terrarum colenda per vinctos.

ble : le blé étranger acheva de tuer le blé indigène *. Alors on se mit à faire de la viande qui se vendait mieux : de là les prairies substituées aux terres à labour; les cultures « dont Jupiter fait tous les frais » remplaçant celles qui demandent beaucoup de ])ras; et, sur ces latifundia, pas plus de travail pour l'ouvrier agricole que de place pour le petit propriétaire.

Ainsi la terre manquait aux hommes et les hommes à la terre; le sol italien s'était appauvri et l'Italie s'était dépeuplée'-.

Aux causes économiques de cette dépopulation il faut joindre les causes politiques et militaires, tout le sang répandu depuis les Gracques, la guerre des Marses et la colère plus terrible de Sylla, qui avait couvert l'Italie de ruines sanglantes ; puis tant de légions décimées par les fatigues et la guerre, tant de colons envoyés hors de la péninsule % et ces continuelles migrations d'aventuriers qui allaient chercher fortune au loin. Ils étaient Romains, le monde leur appartenait et, à présent que la misère était une honte, ils seraient modestement restés à labourer leurs champs, comme au temps de l'antique et honorable pauvreté ! Bien mieux valait accourir dans les provinces pour y exploiter leur titre de citoyen ^ la faveur de leurs patrons, surtout les emplois lucratifs qu'ils trouvaient auprès des magistrats et des publicains, ou dans ces sociétés de commerce répandues en si grand nombre dans l'empire

1. A rimitation de Rome il y eut souvent, aux époques de disette, des distributions de blé faites dans les villes par de riches particuliers. Cf. Orelli, n" 80, etc. — 2. Villarum infmita spatia (Tac, II, 53). Un affranchi à demi ruiné par la guerre civile posséda t encore 3600 paires de bœufs de charrue, 150000 têtes de petit bétail et 4116 esclaves (Pline, XXXIII, 47). Cf. Sen.,de Benef.,Yll, 10; de Tranq. aiiim., 2, et Ep. 95; Juste Lipse, de Magn. Rom., II, 15, Voyez aussi mon IP vol., p. 42. M. H. Passy a surabondamment prouvé que la petite culture rapporte plus en produits que la grande. Or la quantité des produits agricoles détermine jusqu'à un certain point la quantité delà population. Cf. Sismondi, Études sur V économie politique, II, 18.— 3. 80 0U0 sous César; 120 000 dans une seule année, sous Auguste. Moniim. Ancyr. — 4. Ce titre y était encoie hautement respecté. Voyez, dans les Actes des Apôtres, l'efïioi d'un tribun légionnaire quand il apprend que saint Paul est citoyen.

qu'il n'y avait pas une ville de quelque importance qui n'eût un comptoir et toute une colonie de négociants romains '.Si 80 000 Italiens étaient en Asie au temps de Mithridate, combien y en a-t-il aujourd'hui? Combien encore en Egypte, en Syrie, à Cartilage qu'à cette heure même ils relèvent; en Espagne, où la moitié du pays parle déjà latin ; en Gaule, où ils ont achevé l'invasion de la Narbonaise, et où ils commencent celle de la Celtique et de l'Aquitaine ? Bientôt nous en trouverons au fond de la Germanie chez les Marcomans et les Ghérusques, et jusque dans les solitudes où l'Arabe qui les rencontre, s'arrête étonné devant ces hommes d'un monde qu'il ne connaît pas ^.

Ainsi le peuple romain, dispersé sur toutes les mers et dans les plus lointaines régions, laissait désertes ces campagnes de l'Italie où il avait trouvé la force qui lui avait soumis le monde. Rome seule s'encombrait d'une foule famélique et inutile, sur laquelle Tite Live n'osait compter. Témoin de l'appauvrissement de l'Italie et de la disparition de cette classe moyenne qui fournissait autrefois de si nombreuses armées, il s'étonnait des ressources que, dans les anciens jours, Rome trouvait en elle-même et il ajoutait tristement : ^^ Lever dix légions au premier bruit d'une irruption soudaine ne serait pas à présent chose facile, même en réunissant toutes nos forces, tant il est vrai que ces richesses et ce luxe qui nous minent, seuls ont grandi, non notre puissance 3. » Golumelle est plus précis encore,

1. C'était quelque chose comme l'expansion delà race espagnole au xvi' siècle et de la race grecque aux temps plus anciens qui toutes deux s'épuisèrent aussi à peupler d'autres pays. La race anglaise offre aujourd'hui la même activité exubérante, mais non le même épuisement. — 2. Dion, LUI, 26. Strab., Desc. de V Arabie Pétrée. Tac, Ann., Il, 62. Les Marcomans, dit-il, avaient une capitale où vivaient beaucoup de marchands italiens. — 3. Liv. VII, 25; Cf. PI., H. N. , III, 5 et 25. Cicéron parle {ad AU., I, 19) des solitudes de l'Italie qu'il faut repeupler : Italiœ solitudinetn frequentari. Strabon et Appien témoignent du même état. L'Italie était dans une tout autre condition politique que les provinces. Elle n'avait point de gouverneur, mais seulement des questeurs chargés de la surveillance générale du pays. Voyez ci-dessus, t. I, p. 299; elle était exempte de l'impôt foncier , mais payait des droits de douanes rétablis par Ce-

lorsqu'il montre l'antique et vigoureuse race d'Italias'étiolant dans une vie làclie et efféminée, et ces jeunes Romains si ruinés par la débauche, que la mort n'avait presque plus rien à faire quand elle venait les prendre \

il arriva donc à l'Italie, comme à l'Espagne de Philippe II, de s'épuiser à élever une domination colossale et de payer sa gloire par d'incurables misères. Le soleil ne se couchait pas sur l'empire du fils de Charles-Quint : le Pérou lui envoyait ses trésors; ses flottes couvraient la mer; ses armées menaçaient l'Europe entière; et, au milieu de tant de richesses et de puissance, l'Espagne se ruinait, ses campagnes se changeaient en déserts, ses villes en bourgades, ses châteaux en masures, et leurs maîtres, les fiers hidalgos, couvraient le pays d'un peuple de mendiants. La base (jui portait l'édifice fléchissant, bientôt tout croula. Heureusement pour l'Italie, elle avait lentement monté, lentement aussi elle descendit.

snr; quant au tributum ex censu rôtabli, dit-on, par les triumvirs en 43, voyez ci-de.>sous au chap. xxxviii, p. 179, n. 1; enfin, quoiqu'elle eût le droit de cité, ses villes conservaient leur ancienne organisation. On y distinguait toujou«i> des municipes, des colonies, et quelques préfectures en Campanie, avec des localités subordonnées, fora, conciliabnla, pagi, rici, castella. La loi de la Gaule cisalpine {lex Ritbria, 43 av. J. C.) montre une restriction apportée à l'ancienne indépendance des municipes italiens. Leurs magistrats avaient la juridiction civile et criminelle : dans la Cisalpine , ils n'eurent plus que la juridiction civile et seulement pour les cas où l'objet du litige ne dépassait pas une valeur de quinze mille sesterces. Au-dessus de cette somme, l'affaire devait être portée à Rome devant le préteur; ces restrictions seront, sous l'empire, étendues à toute l'Italie. Les colonies ne différaient maintenant des municipes que par leur origine. Quant aux préfectures, depuis qu'elles ont, elles aussi, le droit de cité, elles ne se distinguent des deux sortes de villes précédentes qu'en ce qu'elles recevaient de Rome un pra'fectus juri dicundo: c'est l'cpinion mise en avant par Savigny dans son Histoire du droit romain au moyen âge, et que l'on peut concilier, si l'on tient compte des temps, avec la définition donnée par Sigonius des préfectures dans son de atit. Jure Italiœ, II, c. x : Formula prœfectur,r non longe a provincix formula abfaisse videtur. Du reste, M. L. Renier pense que les pnefecti juri dicundo, dont le titre officiel était : prœfecti j. d. Capux, Cumis, et qui faisaient partie du riginlisexvirat, furent supprimés quand ce collège de magistrats devint le viginticirat, en l'un 13 av. ,1. c. — 1. De lie rustica, in pra'fat. Les fatigues d'un travail exagéré et surtout de- déb'.uches jirécoces produisent le même effet dans nos villes de fabriques.

114 L'JiMPIRE SOUS AUGUSTE.

Cet état frappait les yeux clairvoyants : César y avait pensé'. Afin d'arrêter ces migrations qui dépeuplaient la péninsule, et de combattre ra6.se?2/('/.s-mc qui l'appauvrissait, il avait ordonné qu'un citoyen ne put rester plus de trois années de suite dans les provinces, à moins d'empècliement légal. En même temps, pour encourager l'agriculture, il posait des bornes à l'extension des patrimoines, et il forçait ses vétérans colonisés à rester vingt années au moins sur leurs cliamps avant d'avoir le droit de les vendre'^ Mais les troubles du second triumvirat remirent tout en question. Les proscriptions, la guerre de Pérouse, surtout les nouvelles colonies, accumulèrent sur l'Italie plus de misère qu'elle n'en pouvait porter. On a compté que, de la dictature de César aux premières années du principal d'Auguste', soixante-trois villes avaient été livrées à des vétérans sortis de toutes les provinces et recrutés dans toutes les races M C'était comme un renouvellement de la population entière de la péninsule, à laquelle on donnait, au lieu de paysans sobres et actifs, des soldats grossiers et paresseux, impius miles'.' Après ces exécutions, les clremins de l'Italie se couvraient de troupes d'émigrants que la faim chassait vers Rome. Et tandis qu'ils remplissaient de leurs lamentations le forum et les temples % ceux qu'ils laissaient derrière eux sur leurs terres gaspillaient, en quelques mois d'orgies , ce qui avait nourri dix générations de laboureurs. Comment, en effet, ces hommes de sang et de

1. Suet., in Crs., 42. — 2. Cassius retira ceUe défense. App., D, C, III, 7. — 3- Panvinus (Imp. Rom., c. ii) a retrouvé treize colonies fondées ou repeuplées par César et quatorze par les triumvirs (ils en avaient ('tajili dixhuit, Suet., 44). Auguste en fonda à lui seul vingt-huit, dont Borghesi a retrouvé les noms {Œuv. V, 257). Cf. App., IV, 3 et Front, de Colon, ap. Script. Rci mjrar.,]). 10.'. — 4. Il y avait eu telle pénurie desoldats, qu'il avait fallu enrôler des esclaves (PI. , VI[, 40 ; Dion, LVI, 23). César s'était plaint iléj;\ de la ôcivYi 6).iYav0pwntK (Dion, XLIIl, 25). Du moment où Marins, changeant lo moJe de recriil'nient des légions, avait pris des prolétaires pour soldats, il avait rendu indispensable le système des colonies mditnires, l'Élat devant des terres à ces vétérans qui n'en avaient pas. — h. Virgile, 1" églog. Voy . aussi les beaux v( rs d Horace [Od., II, xviii). — (i. Voyez ce tableau dans App., V, 12 S';q. : i; Tr,v 'Pw(ay,v.... è: tr.v àyopàv.... £Op/)''OOv.

pillage, qui faisaient la loi même à leurs chefs victorieux, seraient-ils devenus des citoyens laborieux et utiles? Par eux, on eût pu com])aitre le plus grand mal de l'Italie : la formation des grandes propriétés qui dévoraient les petites ^ Mais bien moins encore que les colons de Sylla ceux des triumvirs étaient capables de changer leur épée en un soc de charrue, de s'attacher au sol, d'élever une famille, de fonder une maison.

A l'exemple de leurs prcJécesseurs, ils continuaient la guerre en pleine paix"^; ils pillaient leurs voisins, et, quand ils ne trouvaient plus rien à prendre autour d'eux, ils vendaient leurs terres à quelque riche accapareur, pour accourir à Rome faire le peuple souverain, vivre à la porte de leurs patrons, s'asseoir au cirque ou tendre la main sur le pont Sublicius, et manger en un coin du forum la sportule qu'ils ont mendiée ^

Aussi voyez Rome ', ce centre des affaires et des plaisirs, des privilèges et de la fortune : comme elle grossit, comme elle déborde par-dessus ses murailles et par toutes ses porte's ! Autour de la grande ville, il y en a une autre, Suburbana, qui descend vers Ostie^ ou court le long des voies Appienne et Latine, qui gagne vers Tusculum et Tibur, et déjà passe le fleuve pour monter au Janicule et au Vatican. La Grande Grèce est désolée, sauf deux ou trois villes que leur position protège, et le pays des Samnites est désert, à

L Voyez mon 11° vùl., p. 39-46. — 2. Sur les violences des colons, voy. Tac, Ann., XIV, 27 : Neque conjugiis suscipiendis neque alendis Uherù sueti, orhas sine postnis domos relinqnebant. Frontin (de Colon, ap. Goës et tous les historiens montrent qu'il fallut souvent envoyer de nouveaux colons dans les anciennes colonies militaires. — 3. Ce pont était lo principal rendez-vous des mendiants, qui manum ad stipem porrirjunt. Sén., de Vita heata, 25. — 4. En trente ans la j opulation romaine décupla. 11 ne faut cependant pas croire que les concessions du droit de cilé, tant prodiguées par César, eussent proHté à l'Italie. Les nouveaux citoyens restaient dans leur province; quelques-uns tout au plus venaient augmenter dans la capitale la fouie qui l'encombrait déjà. — 5. Pline avec son exagération ordinaire dissit que Rome s'étendait d'Otricoli à Ostie. Oslie avait quitrovingt mille habitant^, suivant Sickler (Handbiich der allen Géographie, t. I, p. 3G0). Florus [Hist. Rom., I, 11) appelle Tibur un faubourg de Rome : nunc suburianum ei xstiva; Frénésie dcliciiv.

116 l'emi'iuk sous auguste.

ce point qu'on chercherait vainement le Samnium dans le Samniummème': Bénévent, le grand passage entre les deux versants do l'Apcnninniéridional, y garde seul un peu de vie; la Sabine, l'Étrurie achèvent de mourir-. Au moyen âge, après le désastre de la Meloria, qui voulait voir Pise allait à Gênes ; qui cherche l'Italie n'a maintenant qu'à demeurer à Rome. Combien y étaient ils? Les uns disent 4, 6, 8, même 14 millions, d'autres seulement 562 000 ^ Cependant les grands, les riches fuyaient de temps à au-

1. Uti hodie Samnium in ipso Samnio requiratur (Florus). Cependant Eustace trouva, en 1802, aux Fourches Caudines {le Forche d'Arpaia), un cicérone du pays qui lui pariait de la honte des Romains, comme dune éciatarite victoire gagnée la veille par ses coaipatriotes. .1 cla'tsical tour Ihrough Italij, t. II. p. 3. — 2. Strab. , V, passim. Cseré était très-déchue, Pise mal habitée, Popuionium déserte. Cures, Frégelles n'étaient que des iiourgades. Antium n'avait d'habitants que quand l'empereur y venait. Les Marses, les Péligniens, les Marrucins et les Frentans étaient réduits à un petit nombre, ^sernia avait disparu ; il en élait à peu près de même de Caiiusium, d'Arpi et de onze villes des Japyges. Cicéron dit de la Grande Grèce (de Amicit., 4) : Nunc dcleta est, tum f]orehat Qui veut voir des déserts, dit Sénèque, qu'il aille dans la Lucanie et le Biutium (de Tranq. animi, 2). On ?ait la phrase de T. Live (VI, 12) sur le pays des Volsques : Innumerabilem midtitudinem liberorum capititm fuixse in his locis qucV nunc, vel exiguo seminario militum rclicto, seriitia romana a solitudine vindicant. M. Mommsen, éditeur de la collection des Iiiscripticns du royaume deNaples, dit [In^cr. regn. Neapol., p. 1-33) qu'on ne trouve presque pas d'inscriptions latines dans le Brutium, la Japygie et la Lucanie. Leur nombre ne s'élève pjur ces trois provinces, en comptant môme les plus insignifiantes, qu'à 5'51, sur près de 8000 qu'il a recueillies pour toutes les provinces de terre ferme : preuve qu'après la ruine des cités grecques, les Romains abandonnèrent cette région à leurs pâtres et à leurs fermiers. La vie municipale s'éteignit presque, là où elle avait été, sous la race hellénique, si active. — 3. Juste Lipse (de Magnitudine Rom , 1. III, c. m) et Mengotù prennent le chiffre de 4 millions: Brotier (Xotes au xn' livre des Ânn. de Tacite) s'arrête à 1 188 162; Gibbon et Jacob (llist. des métaux précieux, I, p. 207) à 1200000; Merivale descend à 700 000, Bureau de la Malle (Écon. pal. des Rom. , t. I, p. 403) à 562 000; M. D; zobry [Rome au siècle d'Aug., t. Ilf, p. 533), discutant les calculs de M. de la Malle, remonte au chiffre de 1 300000, et le docteur Hœck (Rnms Bevôlkerung , dans l'appandice de son Histoire romaine, p. 383-392), qui a cependant connu les travaux de l'académicien français, arrive jusqu'au chiffre de 2 26n000 âmes. Becker, III, 2, s'arrête à cdui de 1 630 000 ; Bunsen va à 2 millions. J'ai cherché, comme d'autres, mais je n'ai pas le courage de donn.r un chiffre. Je prindrais volontiers, pour la fin du rigne d'Auguste et pour les époques prospères, ui-e évaluation intermédiaire entre cel'es de MM. Dezobry et Becker, I 500 000 Ames, si l'on veut.

L'ITALIR ET LK PFlîPr,'^ ROM.MX 30 AXS AV. .î. C. 117

tre loin de cette foule, et relliiaient dans la campagne sur les collines du Latium et de l'Etrurie méridionale. « Là où nos pères gagnaient des triomphes, dit Florus, leurs descendants bâtissent des villas. » On les voit surtout vers les beaux rivages du golfe de Xaples, qu ils couvrent de somptueuses constructions. La sombre forêt qui entourait l'Averne était tombée sous la hache des légionnaires d'Agrippa, et de nombreux éditices, couronnant ces collines redoutées, se miraient dans le lac limpide qu'on avait appelé la bouche des enfers. Sur ce coin de l'Italie se concentrait une activité qu'on ne retrouvait plus qu'à Rome. Agrippa y complétait ses grands travaux en conduisant une route souterraine de l'Averne à Cumes, et il allait faire creuser la fameuse grotte du Pausilype qui devra son nom au Sans Souci de Yédius Pollion*. A Pouzzoles, des cris en vingt langues, et l'inlînie variété des costumes et des denrées, annonçaient un des grands marchés de l'empire. Près de là s'étendaient ces rives enchantées de Baïa, si dangereuse pour tant de chastes matrones dont le poète dit : « A l'arrivée, c'était Pénélope; mais c'est Hélène au départ-. » Naples la voluptueuse, l'oisive Parthénope, otlrait un asile moins fastueux aux rhéteurs émérites qui venaient y chercher les souvenirs toujours vivants de la Grèce, les gymnases, les phratries et leurs joyeux festins, des concours de musique, enfin tous les jeux du stade ^ Plus loin, P.nndes, où l'on s'embarquait pour la Grèce, grandissait chaque jour ; Hhégium, colonisé par Octave après la défaite de Sextus Pompée, relevait plus lentement sa fortune: mais Tarente, assise sur un sol fertile, devant le meilleur port de l'Italie

1 . Le mont avait pris le nom de la vilia, qui en grec a litisralement le même sens que le Sans-Souci de Frédéric II. Baïes était une dépendance de Cumes; voy. Orelli, Inscr. sélect., n" 2263, et la curieuse inscription (Id., n» 132) où un Grec bavard célèbre en distiques latins, quelquefois aux dépens de la grammaire, les agréments de Baïa et les délices de la mer.

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