‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des Antonins (volume 5)Chapitre 28 sur 44 · Tac., Germania, 33. — 2. Tac, inn., Il, 68, en l'an · texte numérisé non relu

Tac., Germania, 33. — 2. Tac, inn., Il, 68, en l'an

ris et Cotys ; Tibère, qui se faisait un devoir de suivre en tout son exemple, chargea le gouverneur de la Mœsie d'empêcher cette réunion de la Thrace entière en un seul État. Rhescuporis, attiré à une conférence, fut enlevé, conduit à Rome et relégué à Alexandrie, où quelque temps après, sous prétexte qu'il avait voulu rompre son ban, on le fit mourir. Son fils garda son royaume, et les jeunes enfants de Cotys eurent celui de leur père, sous la tutelle d'un commissaire romain. La veuve de Cotys était venue dans le sénat implorer cette vengeance, de sorte que Tibère, tout en donnant cette leçon sévère aux rois alliés, n'apparaissait que comme le juge désintéressé des coupables et le protecteur des orphelins.

Une plus sérieuse affaire avait commencé Tannée précédente en Afrique (17 de J. C ). Les Romains n'avaient pas trouvé dans cette province ce qui fait les résistances les plus opiniâtres, l'opposition religieuse, mais celle des mœurs, que le voisinage de Carthage et Tinfluence de la civilisation gréco-latine avaient même affaiblie. Tout le littoral devenait romain. Mais par delà l'Atlas, dans les solitudes qui avoisinent le Sahara, erraient des nomades à qui la prospérité du Tell donnait de bien vives tentations. Un Numide, déserteur des légions, Tacfarinas, réunit dans les montagnes quelques bandits, puis une troupe, enfin une armée qu'il disciplina à la romaine. Les Musulmans sur les limites du désert se déclarèrent pour lui, entraînant les Maures leurs voisins avec la grande tribu des Cinithiens, et les colons de la province virent le fer et le feu portés au milieu de leurs villages. Il fallut que le proconsul Camille marchât contre eux avec une légion.- Tacfarinas accepta le combat, mais ses Numides étaient encore mal exercés, il fut battu. Tibère, heureux de cet acte de vigueur qui rendait la sécurité à une province frumentaire^ envoya les insignes du triomphe au vainqueur. Il accorda aussi l'ovation à ses deux fils, qui avaient remporté des victoires comme il les aimait, par la politique, sans avoir eu besoin de tirer TépAei

C'est au milieu de cette prospérité, disons mieux, de cette gloire pacifique qu'on place le crime le plus odieux de Tibère, l'empoisonnement de Germanicus. Dans les gouvernements monarchiques, soit calcul, soit résultat inévitable d'une disposition des esprits qui aiment à placer dans l'État, comme dans la famille, l'avenir à côlé du présent, il y a toujours un prince qui recherche la popularité ou à qui elle s'impose. Cette idole du peuple, à qui s'attachent les espérances publiques, avait été Marcellus, mort à vingt ans, puis Drusus, mort à trente, brèves et infaustos populi romani amores^; maintenant c'était le jeune général de l'armée du Rhin, le pacificateur de l'Orient. Aimé des soldats pour son courage et ses goûts militaires, des lettrés de Rome pour les dons heureux de son esprit % de la foule pour ses vertus, sa belle et nombreuse famille, de tous enfin pour sa modération, l'affabilité de ses mœurs, la douceur de son commerce, Germanicus, sans s'y prêter, sans le vouloir, était devenu dans l'opinion de beaucoup le rival secret de Tibère. Plus on sentait le pouvoir de l'un, plus on s'obstinait voir dans l'autre un prochain restaurateur de la liberté romaine. De la position ainsi faite faussement aux deux princes devait nécessairement sortir, pour la crédulité populaire, en cas d'accident imprévu, le drame que la sombre imagination de Tacite a si éloquemment retracé.

Mais un homme tel que Tibère, sérieux, réfléchi, calculant tout, et que Tacite est obligé de nous montrer vingt fois dans le sénat complètement maître de lui-même, un tel homme ne commettait pas de crimes inutiles. La mort de son fils adoptif ne lui ôtait pas un rival dangereux, il le savait incapable d'une trahison odieuse, et elle le

1. Belle phrase où le poëte historien ghsse encore un soupçon, tant il est plus occupé de ses périodes que de la vraisemblance. Ann.j II, 41. On a vu que Marcellus était mort de maladie, peut-être d'un traiiement- maladroit, et Drusus d'une chute de cheval. — 2. Tac, Ann.j II, 83; Ovide, Fastes j I, 24 ; Pont,) IV} Ep. , 8, 67. Il composa des comédies grecques, etc. "Weichert, imp, ÀuQt aeriptor* r9Uq, , pi ]86i Mi Cggor On domO) Hiitou d^Àug,^ pi 116

440 L'EBiPIRE ROMAIN DE TIBÈRE A NERVA (14-96).

privait d'un appui nécessaire. Germanicus vivant, Gérmanicus fidèle aux habitudes d'obéissance et à la discipline mises par Auguste dans la famille impériale, était un obstacle aux desseins des ambitieux et des rêveurs ; Germanicus mort ouvrait la route aux menées coupables et aux révolutions; car aux espérances de ses ennemis Tibère n'avait plus à opposer que son fils, l'incapable Drusus. Mais quand donc les contemporains ont-ils vu disparaître du monde, dans la fleur de l'âge, un grand personnage sans croire à de mystérieux complots Mci l'artisan du crime aurait été Pison. C'était un patricien d'un caractère violent et fier, qui se croyait aussi noble que le prince, plus noble que ses fils, et dont nous avons vu déjà les emportements dans le sénat. Il avait obtenu le gouvernement de la Syrie dans le temps où Germanicus était envoyé en Orient. Ce choix était fait sans doute avec dessein. Pison et Plancine sa femme, confidente d'Augusta, connaissaient la haine de Livie pour Agrippine ; et sans avoir de crainte arrêtée, Tibère était bien aise de placer auprès du jeune prince un gardien vigilant de ses intérêts. Peut-être que, s'exagérant d'imprudent€S paroles, les deux époux se crurent encouragés à ne garder ni mesure ni convenances envers Germanicus et Agrippine. Allèrent-ils plus loin? Je croirai difficilement au rôle qu'on prête à ce rigide personnage, fils d'un homme qu'Auguste avait été réduit à solliciter pour qu'il daignât accepter le consulat et qui lui-même s'était montré plus d'une fois si libre en face de Tibère. Tacite même n'ose ici afQrmer^ Germanicus avait voulu visiter l'Egypte et ses merveilles. Bien qu'il s'y fût montré sans aucun appareil et en simple particulier, ce n'en était pas moins une infraction aux règlements' d'Auguste. Tibère le reprit vi-

1. Tacite dit lui-môme, au sujet d*une autre mort : Atrociore semper fama erga dominantium exitus. Ann,, IV, 11. — 2. Il donne partout à entendre que Germanicus mourut assassiné , mais il est forcé d'avouer que Pison, dans le procès, se disculpa tout à fait.— 3. Philon (in Flacc), Trébellius PoUion (in jEmiL), montrent qu'il y avait danger d'une émeute à Alexandrie, si quelque personnage s'y présentait avec les faisceaux consulaires ou l'appareil royal. D'après Cicéron, adv. Gahin,, c'était une vieille

vement de donner l'exemple de l'oubli des lois, mais lui laissa achever son voyage, et lui fit à ce moment même accorder l'ovation en récompense de ses services en Orient. A son retour en Syrie, Germanicus trouva toutes les dispositions qu'il avait prises ctiangées par Pison. De vives altercations éclatèrent entre eux, et l'indocile gouverneur, plutôt que de céder, préféra quitter sa province. La nouvelle d'une grave indisposition de Germanicus l'arrêta à Antioche. Le prince s'étant rétabli, il s'opposa aux fêtes célébrées pour sa convalescence et gagna Séleucie, où le bruit d'une rechute plus alarmante le retint encore. Autour d'Agrippine on parlait d'empoisonnement. On avait trouvé sur le sol et le long des murs du palais des os de morts, des caractères magiques et des talismans, le nom de Germanicus gravé sur des tablettes de plomb, des cendres sanglantes, des débris à demi consumés, d'autres maléfices encore, toutes choses par lesquelles on croyait dévouer sûrement une victime aux dieux infernaux. Les émissaires de Pison, qui venaient épier les progrès du mal, montraient par quelles mains le coup était porté. Voilà ce que disaient les amis du prince; mais lui-même il repoussait ces soupçons. On n'écrit point à son assassin pour rompre avec lui, pour répudier son amitié et c'est une telle lettre que Germanicus adressait à Pison*. Après de nouvelles crises qui donnèrent un rayon d'espérance, le malade s'affaiblit et expira, en recommandant, selon Tacite, à son père de le

prétention des Alexandrins, et César raconte lui-même {B, C, III, 106) que la guerre qu'il eut à soutenir dans Alexandrie et qui mit sa fortune en péril, conunença sur ce prétexte. Voilà la raison politique et sensée qui fit décider par Auguste que de simples chevaliers pourraient seuls être préfets d'Egypte. Gallien ayant voulu nommer un proconsul à cette charge, les prêtres égyptiens s'y opposèrent en invoquant le vieux droit de la ville. On a vu que, par surcroît de précaution, Auguste avait établi qu'aucun sénateur ne pourrait entrer, sans son expresse permission, dans cette province. — 1. Cornponit epistolas quis amicitiam et renuntiàbat. Ann,, II, 70. Tacite voit toutes choses d'une façon si tragique, que, oubliant que le père de Germanicus était mort d'une chute de cheval, il ose dire de lui et de son fils : neque oh aliud interceptos quam quia P. fl. asquo jure complecti, reddita libertate, agitaverint. Ann,, II, 82.

venger, à sa femme d'abaisser son orgueil et de modérer ses désirs de pouvoir. Germanicus n'avait que 34 ans*. (9 oct. 19 de J. G.)

1. Si on laisse décote les paroles de Germanicus mourant qui ne sont qu'une déclamation d'école^ si l'on doute qu'un homme épuisé par les attaques répétées de la malaiie ait été capable de dire adieu à la yie avec cette majesté et cette éloquence, à moins que, comme Julien, il n'ait eu sous son oreiller un discours en règle préparé de longue main pour cette occurrence, on ne trouvera comme indices de l'empoisonnement que les faits suivants. Dans Tacite : l'ia haine de Pison et de Flancine; 2" des incantations magiques ; 3** le poison que Pison aurait mêlé aux aliments. — Dans Pline (XI, 71) et Suétone (in Caio,I): 4* le corps de Germanicus parsemé de taches livides, sa bouche couverte d'écume et son cœur resté intact au milieu de ses ossements brûlés. On invoque encore: 5* les paroles de Tacite : Scripsissent expostulantes quod haud minus Tiherius quam Pùo dbwuere; 6* la mort subite à Brindes de Martine, célèbre empoisonneuse; ?• un manuscrit vu entre les mains de Pison ; 8" la joie de Tibère et de Livie; 9" les funérailles de Germanicus, où nulle pampe ne fut déployée. Mais le premier argument ne prouve rien ; le second et le quatrième sont ridicules. Que, pour assouvir sa haine, Plancine, fort crédule sans doute comme les femmes de son temps en fait de nécromancie, ait recouru à des sortilèges, je ne m'en étonne pas; mais de là à 1 empoisonnement, il y a loin. Bien des gens au moyen âge envoûtaient sans remords des hommes qu'ils n'auraient pas osé tuer. Les taches livides et l'écume de la bouche ne sont point des indices certains de poison; d'ailleurs, si ces taches avaient existé, comme le corps fut exposé à Antioche, Tacite en parlerait. Quant au troisième point, Tacite se charge lui-môme de le réfuter. Le poison n'a pas de ces intermittences : Germanicus parut d'abord guéri, et si bien, que sa famille s'acquitta des vœux qu'elle avait faits pour sa santé, puis il retomba. Un empoisonnement est un crime dont l'accomplissement exige le plus grand secret. Pison au contraire est comme fou de haine ; il déclare bien haut son ressentiment, sans se soucier, comme le dit son fils, des soupçons ridicules et des bruits malveillants. Enfin Tacite déclare que l'accusation parut réfutée : Yeneni crimen visus est

diluisse quod ne accusatores quidem satis fîTmabant in convivio

Germanicif quum super eum Piso discumheret ^ infectos manihus ejus cibos arguentes, Quippe absurdum videbatur inter aliéna sei'vitia et tôt adstantium visu, ipso Germanico coram id ausum ; offarebatque 'familiam reuSj et ministros in tormenta flagitabat. On ne peut donner au texte altéré qui est cité sous le n" 5 la signification qu'on lui accorde (Voir Burnouf, notes adAnn. III, 14). N° 6. Nous ne connaissons pas cette Martine et ne pouvons rien conclure de sa mort. N" 7. Qu'un livre ait été vu entre les mains de Pison, c'est un bruit dont le testament de Pison fait justice. N* 8. S'il en faut croire Tacite, l'empereur et Livie dissimulaient leur joie; maislui-inême nousapprend que Tibère n'aimait pas le fracas des solennités. Josèphîî atteste qu'après la mort de Drusus il interdit l'accès de sa maison à tous les amis de son fils, craignant que leur vue ne ravivât sa douleur {À* J. XVIII, 8). Dion «n cite un autre ixemple (à la mort de son petit-fîlâ), en ajoutant i • 11 fte p«niait pai qu'uni oonduite diff4ranl« (Ût digni d'un

Avant de brûler son corps, on Texposa nu dans le forum d'Antioche : Agrippine recueillit pieusement ses cendres et malgré Thiver s'embarqua pour l'Italie avec son précieux dépôt. Dès qu'on eut signalé de loin en mer son approche, de toutes les villes voisines on se précipita vers Brindes. La flotte funèbre entra lentement au port, dans un appareil lugubre et sans les cris joyeux des matelots, sans les acclamations de la foule. Mais quand on vit Agrippine, en longs vêtements de deuil et les regards fixés contre terre, sortir de son vaisseau avec ses deux enfants, portant elle-même l'urne sépulcrale, un immense cri de douleur éclata. Dans toutes les villes de la Calabre, de la Fouille, de la Campanie, et tout le long de la route, la même affliction éclata. Tibère avait envoyé jusqu'à Brindes deux cohortes prétoriennes. Drusus, les quatre enfants de Germanicus restés à Rome et Claude son frère allèrent jusqu'à Terracine au-devant du cortège. Mais la vénérable Antonia sa mère, Livie et l'empereur restèrent renfermés dans leur palais pour y cacher, disaient-ils, leur douleur.

empereur.» (LVII, 14; Cf LVII, 22.) Sénèque (Çons, ad Marc.^ 3) vante Auguste d'avoir été Victor dolorumj comme Saint-Simon et Voltaire louent la fermeté de Louis XIV dans ses malheurs. N» 9. Les funérailles ne furent pas célébrées sans pompe : le récit de Tacite prouve qu'elles eurent tout Péclat qu'elles pouvaient avoir, si l'on remarque qu'il était impossible de les rendre semblables à celles de Drusus, sous Auguste, parce que les deux actes principaux de la solennité, l'exposition du corps et sa crémation au bûcher, ayant été accomplis à Antioche, il n'était pas possible de les renouveler à Rome. A mes yeux Tibère a de plus un avocat puissant, cette Antonia dont Valère-Maxime (IV, 3, 3) et Josèphe {Q. J., XVIIl, 6, 6) font un pompeux éloge, à cause de la pureté de ses mœurs; elle était mère de Germanicus et la mort de son fils altéra si peu son dévouement pour Tibère, qu'elle le sauva dans la conjuration de Séjan (Jd. Ihid, 6, 10), et qu'après la mort de cet empereur elle décida Caïus à respecter la m moire de son grand-père. Ce n'est pas là la conduite d'une mère vis-à-vis du meurtrier de son fils? Sénèque, qui était à Rome quand Germanicus mourut, et qui a dû counaître tous les détails de cette mort par son amie Julie, fille d'Agrippine, ne fait pas même allusion au crime {ConsoL ad Marc. 15 et Quœst. natur. I, 1), et Suétone {Caius^ 1) est dans la vérité lorsqu'il dit que Germanicus succomba à une maladie de langueur; il ajoute seulement: e non sans soupçon de poison; et ce soupçon était inévitable. »Du reste, parmi les travaux récents sur Tibère, il en est bien peu où Ton soutienne eogori ranol«nne tli^ie â« l'empoiionnoûtot ât Oirmanieuii

Tibère avait fait voter à Germanicus des statues, des arcs de triomphe, à Rome, sur le mont Amanus, aux bords du Rhin, et des honneurs qu'on rendait encore à sa mémoire un siècle plus tard. Mais à la fin il se fatigua de tout ce bruit qui se faisait autour d'un mort, et il trouva que le peuple de Rome, si expansif dans sa douleur comme dans sa joie, donnait de trop longs témoignages de regrets et d'amour. Agrippine surtout et ses amis le blessaient par de vagues accusations qu'on faisait remonter plus haut que Pison. Il savait qu'on avait jeté des pierres contre ses statues : aussi mit-il brutalement un terme à ce deuil prolongé, par un édit où il rappelait que d'autres grands hommes aussi étaient morts pour l'État, que Rome avait perdu des armées, mais en supportant avec plus de fermeté ces malheurs. Cette douleur honorait les Romains et lai-même, pourvu qu'elle eût des bornes, car il y avait des faiblesses qui ne convenaient ni à un grand empire, ni au peuple roi.... Les princes meurent, niais la république est immortelle : qu'ils retournent donc à leur vie ordinaire, même aux plaisirs. »

Le dernier mot était au moins de trop, bien qu'il s'expliquât par l'approche de grandes fêtes religieuses qu'il ne convenait pas de déserter*. Ces dures paroles rendirent la ville à ses habitudes; on n'en attendait pas moins avec impatience l'arrivée de Pison. Chassé de sa province par Germanicus, Pison avait reçu avec une joie inconvenante la nouvelle de sa mort et avait aussitôt repris la route de son gouvernement. Mais les légats et les sénateurs répandus en Syrie avaient déféré le commandement à un d'entre eux; Pison ne recula pas devant une guerre civile. Cette faute le perdit : Tibère ne devait point pardonner à celui qui compromettait la paix publique ' . Pison battu fut embarqué de force sur un navire pour l'Italie; des accusa-

1 . Les Mégalésies, fôf e de la déesse Mère, commençaient le 4 avril. Le juttitium, ou vacance des tribunaux, devait être auparavant proclamé. C'était sans doute Tobjet de Tédit. — 2. Judices implacahUes erant : Cxsar ob bellum provinciae ilUUum (Ann., 111, 14).

teurs l'y attendaient. Ils voulaient que l'empereur fût seul juge dans cette cause*. S'il avait craint quelque révélation compromettante, il aurait accepté; il renvoya tout.au sénat, lui demandant froidement impartialité et justice. Il siégea lui-même ; et l'accusé, dit l'historien, le vit, avec épouvante, sans pitié, sans colère, impassible, impénétrable. C'est le plus fidèle portrait que Tacite ait laissé de Tibère *.

Pison se tua dans sa maison. Près de son corps on trouva une lettre assez digne, où il n'avouait d'autre tort que celui d'être rentré en armes dans sa province. Tibère récompensa les trois amis de Germanicus qui s'étaient portés accusateurs, sollicita pour Néron, l'aîné de ses enfants, la permission de demander la questure cinq ans avant Tâge prescrit et le maria à la fille de Drusus (20 de J. G.). Quand le second des fils de Germanicus prit la robe virile (23), il lui fit donner le même privilège ; et pour maintenir Drusus dans ses dispositions favorables à leur égard, il le loua longuement dans le sénat de la bienveillance paternelle qu'il montrait aux enfants de son frère*. Des sénateurs voulaient que Ton consacrât un autel à la Vengeance et une statue à Mars Ultor, il s'y opposa. « Réservons, dit-il, les monuments pour des victoires sur l'étranger, et cachons nos malheurs domestiques danà la douleur et le silence. »

Ce long drame accompli, Tibère retourna aux soins du gouvernement. On se plaignait de la trop grande sévérité de la loi Papia-Poppaea, il nomma quinze commissaires pour en adoucir les exigences et réprimer Tavidité des délateurs \ Les édiles demandaient une loi somptuaire : « qu'on se corrige d'abord, répondit-il avec l'autorité du bon sens, de bonnes mœurs valent mieux que des lois impuissantes'. »

1. Ann., \\l, 10. — 2. Il le montre de même lorsque arrive la nouvelle du soulèvement des Gaulois. Ann., III, 44 et 47, et dans le jugement de Libon : .... immoto vuUu.,,. liheUos et auctores récitât..., ita moderans ne lenire neve asperare crimina videretur [Ann. II, 29). Philon (Leg. ad C, p. 1034, D.) dit aussi de Tibère : oOx euXrinTo; 3)v ôpy^. — 3. Tac, Ann., IV, 4. — 4. Ihid.y III, 28. Montesquieu, Esprit des ioM, XXIII, 21. — 5. Ihid., III, 55.

Et s'il ne peut ramener les bonnes mœurs, il frappe au moins les mauvaises qui se produisent trop effrontément. « Il rétablit, dit Suétone (ch. 35), l'ancien usage de faire prononcer, par une assemblée de parents, à l'unanimité des voix, le châtiment des femmes qui avaient violé la foi conjugale et que ne poursuivaient point des accusateurs publics. Il releva de son serment un chevalier romain qui, ayant juré de ne jamais répudier sa femme, ne pouvait la renvoyer, quoiqu'il l'eût surprise en adultère. Des matrones, pour se délivrer d'une dignité gênante et' se mettre hors des atteintes de la loi, s'étaient fait inscrire parmi les courtisanes; déjeunes libertins des meilleures* maisons s'étaient fait noter d'infamie par un tribunal, pour avoir ensuite le droit de paraître sur le théâtre ou dans l'arène: il les exila tous. » Il exigeait de la dignité dans la vie des magistrats. Un questeur tire une femme au sort, l'épouse et le lendemain la répudie ; il lui ôta sa charge. Un sénateur s'éloignant de Rome par un mesquin calcul, vers les calendes de juillet, pour y revenir, le jour du terme passé, afin de louer une maison moins cher, il le dégrada. Un autre dissipait son bien, il lui imposa un tuteur *.

Comme il trouve ses pouvoirs suffisants, il repousse, sans hypocrisie ni feinte modération, tout ce qu'on veut y ajouter. Un sénateur propose d'étendre ses droits pour le choix des gouverneurs, il refuse ^ Le sénat nommait au proconsulat d'Afrique ; un homme de guerre étant néces-

1. 11 y eut peu de modifications au droit civil, sous Tibère. J'ai parlé, p. 418, n. 1, de la loi Junia Norhana (19 de J. C.) qui se rattachait aux mesures prises par Auguste relativement à la condition des affranchis. Un sénatus-consulte de Tan 20 introduisit une amélioration pour les esclaves. « Si servus reus postuîahitur f eadem ohservanda sunt quas si liber esset, » Dig. XLVIII^ fr. 12, § 3. Sous la république, la peine était arbitraire et toujours plus dure pour l'esclave que pour Thomme libre. Dans le droit pénal des empereurs, l'esclave fut traité comme Tingénu de basse condition, /lumth'or, parce que « natura est communis. » /d. ibid.y § 4- Un autre sénatus- consulte augmenta les peines civiles contre les célibataires, et le sénatus-consulte Libonien organisa la théorie des prohibitions contre ceux qui, même sous la dictée du testateur, inscrivaient dans le testament un legs en leur faveur. Cf. Cod. IX, 23. Enfin Tibère priva du droit de tester ceux à qui on avait interdit le feu et l'eau [Dio., LVII, 22). —2. Ann., 111, 68.

TIBÈRE, DE l'an 14 A L'AN 23. 447

saire dans cette province troublée par Tacfarinas, les Pères renvoient la nomination au prince; il s'en plaint et ne consent qu'à désigner deux personnages entre lesquels la curie décidera. L'Asie, Gyrène accusent leurs gouverneurs de concussions; ils sont condamnés. L'abus du droit d'asile dans les temples entraînait mille désordres, dont le moindre était l'impunité des coupables. Une mesure énergique eût peut-être, parmi les populations de l'Orient, causé des troubles : Tibère provoque une enquête solennelle, et c'est au sénat qu'il renvoie cette importante aiïaire. « Jour glorieux, dit Tacite, où les bienfaits de nos aïeux, les traités des alliés, les décrets des rois qui avaient précédé la puissance romaine et jusqu'au culte rendu aux dieux, tout fut soumis à l'examen du sénat, libre, comme autrefois, de confirmer ou d'abolir. » En l'an 22, il demande pour son fils Drusus la puissance tribunitienne ; le sénat y ajoute tous les honneurs que la flatterie invente : Tibère les rejette; c'est lui qui les rappelle à la modération, à la dignité. La fameuse Junie, nièce de Caton, épouse de Gassius, sœur de Brutus, meurt cette même année en faisant des legs à tous les grands de Rome : Tibère, dont elle n a pas mis le nom sur son testament, oubli insultant dans les usages de Rome, laisse célébrer ses funérailles avec une pompe solennelle, et porter à son convoi les images de vingt nobles familles. Celles de Brutus et de Gassius manquaient; Tacite s'en indigne, et il a raison si Tibère a imposé cet exil posthume; mais je doute qu'il ait eu peur de ces deux illustres morts reparaissant dans une cérémonie funèbre.

On objectera peut être les accusations de majesté, ce fantôme qui trouble et poursuit l'imagination de l'historien; il y en a, et les voici : Drusus tombe malade; un poëte, récompensé pour des vers sur la mort de Germanicus, compose aussitôt un poôme sur celle du fils de l'empereur. Mais le prince se rétablit; le poëte vaniteux, loin de renoncer à ses vers, ose en faire des lectures ; ces paroles de mort sont, pour la superstition romaine, un présage funeste : puis-

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qu'elles peuvent porter malheur, elles deviennent un attentat. On l'accuse, et le sénat, en un même jour, le condamne et le fait exécuter. Tibère était absent, il s'indigne, se récrie qu'on s'est trop hâté*, qu'il aurait fait grâce; et ses reproches sont si sérieux, qu'un décret inspiré par lui décide qu'il y aura désormais un intervalle de dix jours entre la sentence et l'exécution ^ Un chevalier est cité pour avoir fait servir une statue d'argent de Tibère à divers usages; il ne veut pas qu'on reçoive l'accusation. Capiton se révolte bassement contre cette indulgence, mais le prince persiste*. En mainte autre circonstance il avait déjà défendu qu'on poursuivît pour des paroles contre la famille impériale*, car il n'enrourageait point encore les délateurs*; d'eux d'entre eux, quoique chevaliers, furent punis pour une fausse accusation ^ ; et un autre dénonçant le sénateur Lentulus, Tibère se leva et dit qu'il ne se croirait plus digne de voir le jour siLentulus lui était ennemi \

Sa justice est égale et sévère pour tous, môme pour les dieux. Un jeune chevalier avait trompé une matrone dans

1. Josèphe dit : Persoane De procédait aussi lentement que Tibère en toute chose. MsUy)x9j;, i\ xainç éTépcov paatXéwv Yj Tvpàvvcov ^evôfiEvo;. A. J., XVIII, 6, 5. Ce sont les expressions mêmes de Tacite : Insita ètiamin extraneos cunetatione et mora, Ann,, IV, 11.-2. ïhid.y III, 50 et Dio, LVII, 20. — 3. Ann.y III, 70. Il était plus sévère pour ce qui regardait Auguste: s'habiller devant sa statue ou la briser devenait un crime. Mais les délateurs n'acceptèrent pas longtemps les réserves qu'il avait imposées pour lui-même. Il y en eut qui voulurent poursuivre ceux qui étaient entrés avec une image du prince dans un lieu privé, vel matellam sumpHsse.... et admotam esse imaginem ohscenis, Sén., de Ben., III, 26.^ — 4. Ibid., III, 22, et ailleurs, voy. ci-dessus, p. 426. — 5. Les lois romaines admettaient malheureusement la confiscation et accordaient une part aux délateurs; dans les accusations de lèse-majesté le quart, suivant Tac, Ann., IV, 20; le huitième suivant Jos., A. J., XIX, 16, Tàc ày^oac tûv èuauôv. Aussi cette race pullulait. Tacite dit de Tibère, Ann., III, 56, ingruentes accwatores represser at. Suétone {Tih.y 28) et Dion (LVn , 9) affirment que dans la première moitié de son règne il n'abusa pas des ju. gements de majesté. On ne voit en effet dans cette période punir personne qui ne fût coupable d'un autre crime que d'une offense à la personne du prince. — 6. Ann.y III, 37. — 7. Ce fut en l'an 24 (Dion, LVII, 24). En 21 , une femme qui se croyait le droit d'insulter toutes gens, parce qu'elle portait toujours sur elle une image de l'empereur, fut envoyée par Drusus en prison (Tac., Ann,, III, 36).

TIBÈRE, DE L'AN i4 A L'AN 23. 449

le temple d'Isis, en se faisant passer, avec Taide des prêtres, pour le dieu Anubis : Tibère flt ruiner le temple, jeter dans le Tibre la statue de la déesse et crucifier ses prêtres ^ Dans le même temps, quatre Juifs, quatre bandits au témoignage de Josèphe, leur compatriote, avaient converti la femme d'un noble romain et lui extorquaient beaucoup de pourpre et d'or, sous prétexte de dons au temple de Jérusalem. Le mari vint les dénoncer à Tibère ; l'empereur, peu soucieux des dogmes et ne voyant que la police et Tordre indignement violés, défendit à Rome l'exercice de ces cultes étrangers. « Quatre mille Juifs, qui étaient en âge de servir et de race d'affranchis, furent enrôlés et envoyés en Sardaigne, contre les brigands de l'île. On fixa aux autres un terme pour quitter l'Italie ou leurs rites profanes *. » Cela était dur, car beaucoup d'innocents étaient punis pour quelques coupables; mais la tolérance religieuse est- elle une vertu bien ancienne? En outre les Juifs n'ayant point le droit de cité à Rome, y étaient légalement à la discrétion du pouvoir; et aujourd'hui encore les gouvernements modernes peuvent expulser les étrangers de leur territoire : seulement ils ne les enrôlent pas.

Au reste Tibère semblait alors un justicier sévère, mais impartial, inexorable pour les juges autant que pour les accusés, et combattant de tous ses efforts ce vieux mal de la société romaine, la vénalité des tribunaux, c II venait s'offrir, dit Suétone, pour conseil aux magistrats et s'asseyait à côté d'eux au tribunal. Ou bien, s'il apprenait que la faveur devait sauver un accusé, il paraissait tout à coup et rappelait avec autorité aux juges leur serment, les lois et le crime qu'ils avaient à punir. » Tacite appuie de son témoignage ces paroles du biographe des Césars; il montre le prince arrêtant les brigues, les sollicitations des grands % et aussitôt il ajoute : « Ainsi la justice était sauvée, mais la liberté était perdue. » Quelle liberté, grands dieux I

1. Jos.* A. J., XVIII, 3, 4. — 2. Tac, Ànn,y II, 85 et Jos., Ibid. — 3. Àdverstts amhitum et poterUium preces. Ann.f T, 75; Suét., Tib.j 33; Dion, LVII, 7 ; Palerc, II, 129.

celle de suborner ou de vendre la justice! Cependant je passe cette fois de son côté : l'exemple était dangereux, car le prince intervenant aujourd'hui pour la loi, pouvait intervenir demain contre elle. N'oublions pas cependant qu'il était tribun perpétuel, qu'à ce titre il avait le droit de recevoir appel des jugements et, par son veto, d'arrêter l'effet des sentences, même les procédures; qu'enfin l'antiquité ne connaissant pas ce que nous appelons la division des pouvoirs, les Romains ne s'offensaient pas plus de la présence du prince aux jugements, que nos aïeux des temps féodaux ne s'étonnaient de voir le roi rendre la justice, fût-ce au pied d'un chêne.

Bon ménager des deniers publics comme des siens propres, il diminua les dépenses, accrut les recettes, et par sa ponctuelle exactitude à payer la solde militaire, par ses largesses au peuple dans les cas de nécessité, il prévint tout mouvement séditieux*. L'avare devenait un prodigue quand le bien public l'exigeait. On en a eu déjà mainte preuve, on en verra d autres jusque dans les derniers temps de sa vie. En voici encore un exemple : Verrucosus le supplie de payer ses dettes, Tibère y consent à condition que Verrucosus lui remettra la liste de ses créanciers. D'autres font la même demande ; le prince exige qu'ils rendent compte de leur état de fortune au sénat, et ensuite paye. Sénèque s'en plaint: « Ce n'est plus un bienfait, » dit-il ". Mais le trésor public doit-il en accorder? Si Tibère consentait à venir au secours du sénateur, pour sauver l'honneur du corps, il voulait que le débauché fût châtié par la honte; et il avait raison. En Tan 27 le feu dévora tout le jnont Gœlius, il indemnisa les incendiés; on s'en étonna: c'étaient, pour le plus grand nombre, des gens de rien'. Tibère ne s'était pas enquis de leur qualité. Dédaigneux de la popularité comme des hon-

1. Tac, I, 75; Dion, LVII, 17. Sous Tibère les importations de blé à Rome furent supérieures à ce qu'elles étaient sous Auguste. Tac, VI, 13. — 2. De BeUf II, 7, 8. Voyez pour des secours à des particuliers. Tac, Ann.j II, 37, 86; Suét., Tih.y 47 ; Dion, LVII, 10. - 3. Tac, Ann. , IV, 64. H avait déjà, en Tan 16, fourni des secours en pareille circonstance. Dion, LVII, 16. Plus tard il donnera encore cent millions de sesterces

neurs, il avait secouru des malheureux, probablement sans les plaindre, et comme il faisait toute chose, par esprit de gouvernement. La loi lui donnait les biens des condamnés ; souvent il les laissa à leurs héritiers, et il refusa les legs que lui faisaient, aux dépens de leurs enfants, ceux qui ne lui étaient ni parents^ ni amis^

Dans les provinces, il maintenait la bonne administration par l'habileté de ses choix, par sa persévérance à conserver dans leurs charges les officiers éprouvés, par sa sévérité contre les prévaricateurs. Bien des provinces avaient encore les gouverneurs qu'il leur avait donnés à son avènement*; et on ne trouve pas qu'un seul de ceux qui furent accusés de concussions ait échappé*; il les rendit même responsables des délits que leurs femmes pouvaient commettre à Tabri de leur nom *. Il y eut cependant quelques troubles en Thrace, actes de brigandage plutôt que de guerre % entre les diverses tribus, et il n'en coûta pas un homme aux Romains pour tout faire rentrer dans l'ordre. En Gaule, ce fut un commencement de révolte. Un Trévire, Florus, essaya de soulever les Belges et TÉduen Sacrovir les Gaulois de la Celtique^ Le prétexte était le poids des tributs, la dureté des gouverneurs et des créanciers, raisons difficiles à concilier avec le tableau qu'ils traçaient en même temps, pour enflammer les courages, de la prospérité des Gaules et de la misère de lltalie ; mais ils ne surent rien concerter. Un mouvement prématuré des Andécaves et des Turons fut réprimé par une seule cohorte et quelques légionnaires.

1. Tat., Ànn., II, 48; Dion, LVII, 17. Tacite vante môme son désintéressement, satis firmutj ut saepe memoravi, adversus pecuniam, Ann,, III,

18. 2. Comme Gratus,qui resta onze ans en Judée. Jos.,ii. J., XVIII, 3. Id

morum Tiherii fuit continuare imperia ac plerosque ad finem vitœ in Usdem exercitibus aut jurisdictionibus hahere. Tac, Ann., I, 80. — 3. En Tan 22, Silanus, gouverneur d'Asie, et Cordus, gouverneur de la Cyrénaïque, furent condamnés, Ann., III, 68,10. Marcellus, gouverneur de la Bithynie, n'échappa certainement pas, ibid., I, 74. Aussi Tacite s'en fâche, non enim Tiberius, non accusatores fatiscebant, Ann. , III, 38. Sur tous ces procès voy. Tac, Ann., I, 74; 111,38, 66, 70; IV, 15, 18, 19, 31, 36; VI, 29. Remarquons que les plaintes partent surtout des provinces sénatoriales et non des provinces impériales. —4. Ann,, IV, 20. — 5. Tac, Ann,, III, 40.

Florus, cerné dans les Ardennes et traqué par un autre Trévire qui le poursuivit au fond de ces bois, se tua luimême. Sacrovir causa plus d'alarmes; il entraîna les Édues et les Séquanes, prit Autun et rassembla jusqu'à 40 000 hommes, dont à peine, il est vrai, un cinquième était armé. Deux des légions du Rhin se rabattirent sur la province. Depuis un demi-siècle les Gaulois avaient si bien désappris la guerre, qu'il n'y eut même point' de combat, mais un massacre. Sacrovir et ses amis réfugiés dans une villa s'entre-tuèrent après y avoir mis le feu *.

A Rome, il y avait eu un moment d'effroi et beaucoup de clameurs. Tibère seul n'interrompit rien de ses travaux; il ne daigna même parler de cette guerre que quand elle fut terminée. « Alors il annonça au sénat la révolte en même temps que la soumission, n'ôtant rien, n'ajoutant rien à la vérité. Les mesures qu'il avait prises, disait-il, et la fidélité, la bravoure de ses lieutenants avaient suffi atout. Puis il expliqua pourquoi ni lui ni Drusus n'étaient partis. Il allégua la grandeur de l'empire, qui ne permettait point à ses chefs de quitter, pour quelques troubles dans une ville ou deux, la capitale, d'où ils surveillaient tout l'État. Un sénateur proposa que Tibère rentrât de la Campanie dans Rome, avec Tovation. Il répondit aussitôt: « Ma vie n'a pas été tellement vide de gloire que j'aie besoin de ce peu d'honneur. Dans ma jeunesse, j'ai dompté assez de nations belliqueuses, obtenu ou dédaigné assez de triomphes pour n'aller point dans l'âge mûr ambitionner cette vaine récompense d'une promenade sur la route de Rome*. » De quel côté se trouvent le bon sens, la dignité et la sagesse politique?

Tacfarinas avait reparu en Afrique, et assiégé dans un fort une cohorte romaine qui, par une sortie imprudente, lui avait livré la place. Encouragé par ce succès, il osa attaquer la ville de Thala. Mais le proconsul avait fait décimer la cohorte qui s'était laissé battre, et il avait si bien raffermi la discipline par cette sévérité, que cinq cents vétérans

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