‹ Histoire des Romains: depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des AntoninsChapitre 11 sur 40 · Kai dXXoi Bï woUoi àX'/.oOi (Dion, LXXIX, 7). —2. fbid · texte numérisé non relu

Kai dXXoi Bï woUoi àX'/.oOi (Dion, LXXIX, 7). —2. fbid

n'avait à se contraindre en rien. Entre ces deux femmes il se fit un partage du pouvoir selon leur goût. Les affaires ennuyaient le prince : il les abandonna à sa prudente aïeule, à la condition qu'elle ne le gênerait pas dans ses plaisirs, et il la fit siéger dans le sénat, auprès des consuls. A sa mère il donna la présidence d'un sénat de femmes*, qui fut chargé de déterminer pour les matrones les préséances et les costumes, la quantité d'or et de pierreries que chacune pourrait porter suivant sa condition, les ornements des litières et voitures, etc. ; singulière préoccupation d'étiquette dans cette cour de parvenus où le prince étalait tous les vices, confondait tous les rangs et mettait un cocher du cirque au-dessus d'un consulaire. Quant à la mère d'Alexandre, elle se tenait à l'écart et surtout elle y tenait son fils.

L'empereur allait se déshonorer; mais il faut bien reconnaître que si la morale publique fut odieusement outragée, TÉtat ne souffrit pas trop de ce règne déplorable *. Les exécutions des premiers jours et la fidélité des légions décidément acquise au nouveau gouvernement rendirent les ambitieux prudents ; l'agitation se calma, et les Germains ne remuant pas, les Parthes ayant assez à faire que de travailler à conjurer une ruine prochaine, les cités des frontières furent en paix comme celles de l'intérieur.

Mais à Rome, que de honte, quels spectacles! Une gourmandise à désespérer Vitellius, une luxure à faire rougir Néron, des débauches qu'en latin seul on peut raconter! Élagabal était entré dans la ville costumé comme un prêtre de Phénicie ou un satrape des Mèdes, amenant avec lui son dieu informe, la pierre noire d'Émèse, qu'il honorait par des chants barbares, des danses lubriques, et des immolations d'enfants *. Il en fit la divinité suprême de l'empire. Tout l'Olympe dut s'humilier devant cet intrus, qu'il maria solennellement avec TAs-

1. Lampr.j Heliog.^ 4. — 2 xal piTjSèv pi^y* xaxôvi?|jiïv çépovxa (Dion,

LXXrX, 8). — 3. /6fd., 11.

tarte de Carthage, en donnant pour cortège de noces à ces divinités des vaincus, celles à qui, durant des siècles, les Romains avaient attribué leur fortune et qui par conséquent avaient aidé à la faire. Jupiter Capitolin était réduit au rôle de courtisan de l'idole syrienne *, et le souverain pontife de Rome devenait le prêtre du dieu Soleil*.

Chaque année, dit Hérodien, il conduisait son dieu dans un temple magnifique qu'il lui avait bâti en un des faubourgs de Rome. L'idole était placée sur un char étincelant d'or et de pierreries, traîné par six chevaux blancs et où personne ne montait, pour que le dieu parût le diriger lui-môme. En avant, le prince, soutenu par deux gardes, courait à reculons, afin d'avoir les yeux toujours fixés sur la sainte image ! Derrière, on portait les statues de tous les dieux, les ornements impériaux, et les meubles précieux du palais ; la garnison de Rome et le peup'e entier faisaient l'escorte*.

Dion raconte une autre aventure qui se produisit vers le même temps, près des lieux où lui-même commandait: « Sur les bords de l'Ister se montra, je ne sais comment, un génie qui ressemblait de figure à Alexandre de Macédoine. Il traversa la Mœsie et la Thrace, à la manière de Bacchus, en compagnie de quatre cents hommes armés de thyrses et couverts de peaux de bouc. Il ne faisait aucun mal, et tout lui était fourni, logements et vivres, aux frais des villes, car personne n'osa s'opposer à lui en ■paroles ou en actions, ni chef, ni soldat, ni procurateur, ni gouverneur de province ; et ce fut en plein jour, comme il l'avait annoncé, qu'il s'avança processionnellement jusqu'à Byzance. De là, ayant gagné le territoire de Chalcédoine, il accomplit la nuit de certains sacrifices, enfouit en terre un cheval de bois, puis disparut *. »

Ces populations hébétées de superstitions grossières,

1. Omnes deossui dei ministros esse aiebat (Lampr., Hel.y 7). — 2. Sacerdos Dei solis (Eckh., VII, 250). — 3. Hérod., V, 5. — 4. Dion, LXXIX, 18.

$32 LES PRINCES APîUCAINS ET SYRIENS.

prenant pour un dieu l'illuminé ou Fadroit industriel qui vivait à leurs dépens, aident à comprendre cet autre fou grotesque, faisant à Rome une révolution religieuse en faveur de sa pierre noire. Au précédent chapitre, on a vu les hommes supérieurs de ce temps plonger leur pensée dans les profondeurs du ciel, pour y chercher ce dieu qui«.se dérobe toujours. Les deux faits qu'on vient de rapporter montrent l'imagination des simples d'esprit, princes ou peuple, hantée des mêmes fantômes. Les génies, les démons sont partout : chaque religion en fournit ; et la foule, ne sachant à qui entendre, les confond dans une commune et craintive adoration. C'est le syncrétisme populaire qui se produit à sa façon au-dessous du syncrétisme des philosophes.

« Dans le temple de son dieu, où nous avons déjà vu tous les hôtes du Panthéon gréco romain, il plaça encore, dit son biographe, l'image de la grande déesse, le feu de Vesta, le Palladium, les boucliers sacrés; il voulait qu'on pût y accomplir les rites des JuiTs et des Samaritains, ïïïÊtne les cérémonies du christianisme, afin que les prêtres d'ËIagabal eussent le secret de toutes les religions ^ »

Ce secret, les chrétiens croyaient le posséder; et, en les voyant opposer à cette anarchie religieuse Tunité de leur croyance et la discipline de leurs églises, oii pressent que l'heure du triomphe viendra pour eux. Il ne faut cependant pas que le juste dégoût inspiré par le grand prêtre d'Émèse nous empêche de voir qu'au milieu de ces fêtes immondes se cachait un fait important. Le culte de la pierre noire n'allai); pas au génie romain, que les Grecs avaient rendu exigeant pour la représentation plastique des dieux : mais l'idée que cette pierre représentait devenait très-romaine. Le culte du Soleil prend de plus en plus d'importance, et, pour une religion païenne, ce culte était de tous le plus rationnel. On verra que le Soleil fut le grand dieu d'Aurélien et de

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