‹ Histoire des Romains: depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des AntoninsChapitre 19 sur 40 · Amm. Marc, XXVIU · texte numérisé non relu

Amm. Marc, XXVIU

280 l'anarchie MILITAIRE.

si^heureuse, Texemption de la tutelle, des légations et des charges municipales, munera. C'était tout ce qu'il pouvait maintenant donner (février ou mars 244).

Au lieu de continuer la guerre contre les Perses, que leur défaite à Resaina avait découragés, Philippe se hâta de conclure la paix avec eux, à des conditions avantageuses pour les Perses*, et il rentra dans Antioche. Eusèbe, qui serait disposé à faire de ce meurtrier un chrétien, dit qu'on racontait de son temps' que Philippe ayant voulu, avec l'impératrice, célébrer la pâque dans cette ville, l'évêque, saint Babylas, leur avait interdit rentrée de l'église ; que tous deux s'humilièrent, firent Tcxomologèse ou confession publique de leurs fautes et prirent place parmi les pénitents. Ces bruits devinrent, dans la suite, une certitude ^ , sans qu'on voie l'intérêt qu'avait l'Église à réclamer un pareil prosélyte. 11 se peut que cet Arabe ait eu, dans sa jeunesse, connaissance du christianisme; qu'à l'exemple de Mammée, il ait entretenu des relations avec Origène*, et il est certain que, durant son règne, comme sous celui d'Alexandre, les chrétiens jouirent d'une paix profonde^; mais toute sa conduite publique fut celle d'un empereur païen. D'après la légende d'une de ses monnaies, il croyait que son avènement avait été prédit par Apollon % et les médailles d'Otacilia Severa portent des types profanes : honneurs sacrilèges qu'une chrétienne véritable aurait refusés.

1. Eutr., IX, 2; Zon., XII; 18-9. Une de ses monnaies a pour légende ces raots : Pax fundala cum Persis, (Cohen, Med. Imper, ^ IV, p. 179, n" 45.)

— 2. '0 Xôyo; xatéxei (Eus., Hist, eccl.j VI, 34). — 3. S. Chrysostome, Contra Julianum et gentiles, l. II, p. 554; même récit dans Orose, Hist., VII, 20, et Zonare, Ann., XII, 19. S. Jérôme [de Vir, ilL, LIV, p. 128) dit de Philippe j qui primus de regibus rom. christ, fuit. — 4. Eusèbe (Hist. eccl., VI, 36) possédait deux lettres d'Origène, l'une à Philippe, l'autre à l'impératrice, mais il ne dit pas qu'on y trouvât la preuve qu'ils fussent chrétiens.

— 5. Excepté à Alexandrie, s'il faut en croire Eusèbe (VI, 41). Mais cette prétendue persécution ne fut sans doute qu'une de ces émeutes populaires si fréquentes dans cette ^ille et dans laquelle des chrétiens périrent, comme il y périt aussi des païens. — 6. Ex oraculo Apollinis (Cohen, IV, p. 201, n» 4).

D'ailleurs, en ce temps de confusion religieuse, beaucoup d'esprits étaient incertains sur leurs croyances. Le syncrétisme rationnel des philosophes alexandrins devenait un syncrétisme irréfléchi dans bien des âmes. Ainsi un monument singulier, d'une date pourtant trèspostérieure, représente un saint Georges avec une tête d'épervier, c'est-à-dire le héros d'une légende chrétienne confondu avec un dieu égyptien, Horus*. Le prétendu christianisme de Marcia, de Mammée et d'Otacilia était de même nature et moins précis encore.

Les événements du règne de Philippe nous sont à peu près inconnus. L'Histoire Auguste , depuis Gordien III jusqu'à Valérien, c'est-à-dire de 244 à 253, est perdue, et, pour remplir cette lacune, nous n'avons que les secs ou douteux résumés de Zosime et de Zonare, qui écrivaient, l'un au cinquième siècle, l'autre au douzième. Il y eut cependant une solennité qui agita l'Italie entière : la célébration des jeux séculaires pour le millième anniversaire de la fondation de Rome (248)*. Afin d'honorer ce grand souvenir, on déploya toute la magnificence des fêtes impériales, et l'enthousiasme des peuples répondit à la pompe des cérémonies. Le dieu Terme ayant depuis dix siècles avancé toujours, la foule pouvait croire qu'il n'était pas près de reculer. Aussi, en voyant cette fortune constante, durant un si long espace de la vie de l'humanité, les fils dégénérés de la vieille Rome laissaient leurs poètes promettre à l'empire un nouveau millénaire. Mais les cris de victoire vont cesser : un successeur d'Auguste et de Trajan tombera bientôt sous les coups des Goths, un autre sera captif de Sapor, et dans quelques années naîtra celui qui réduira la reine du monde à n'être qu'un municipe italien.

Philippe fit une ordonnance sévère contre le vice grec;

1. Cf. Horus et S. Georges, mémoire de M. Clermont-Ganneau, dans la Revue archéol.j 1877. — 2. La millième année de Rome commençait, en suivant le calcul de Varron, le 21 avril 247. On attendit qu'elle fût écoulée pour célébrer ce grand anniversaire. (Eckh., VII, 324.)

il ne réussit pas à détruire cette dégradante aberration qui met Thomme au-dessous de la bête; du moins on n'osa plus s'en vanter et en rire^.

Son fils n'avait que sept ans» : il le nomma césar, puis auguste, en 247, oubliant le sort de ces jeunes fils d'empereurs pour qui la pourpre n'avait été qu'un linceul, et il mit tous ses proches dans les emplois. Son frère Priscus commanda l'armée de Syrie; son beau-père, Severianus, celle de Mœsie. 11 eut, du reste, des égards pour les sénateurs et paraît avoir gouverné doucement, sans cruautés ni confiscations. Toutefois il fit passer au fisc le palais de Pompée, propriété des Gordiens, qui l'avaient beaucoup embelli. Les Carpes, peuple d'origine gétique, probablement établi du côté du Pruth, avaient encore pénétré dans les pays du bas Danube ; il semble être allé lui-même les chasser et avoir employé deux campagnes à cette guerre (245-6) '. Après son retour à Rome, la nouvelle y arriva que les Syriens, exaspérés des exactions de Priscus, avaient nommé un empereur, Jotapien, qui se disait descendant d'Alexandre, et qu'en Mœsie quelques mutins en avaient proclamé un autre, Marinus *. Philippe, fort troublé, consulta le sénat. Un des membres de cette assemblée, Dèce, qui savait ce que valaient les nouveaux augustes, annonça que ces rois de théâtre ne pourraient se soutenir, et, en effet, ils tombèrent d'eux-mêmes. Philippe crut cependant nécessaire d'envoyer à l'armée du Danube le sage conseiller, qui avait si bien vu quelle tournure prendraient les évé-

1-. Les empereurs chrétiens ne réussirent pas mieux à chasser ce vice honteux. Aurelius Victor, ou l'auteur des C^ars, qui écrivait au milieu du quatrième siècle, dit: ....manet^ quippe condUione loci mulata, pejoribus flor gitiis agitatur (§ 28). — 2. M. Julius Philippus. — 3. Victoria Carpica^ Carpicus MaximuSy légendes de deux de ses monnaies ; une autre qui lui donne le titre de Germanicus Maximus annonce quelques succès sur des Germains. (Cohen, IV, p. 202, n. 5.) — 4. On a des médailles impériales de deux autres usurpateurs qu'on ne sait où placer, Pacatianus et Spoosianus. Le travail annonce le temps de Philippe ou de Dèce. {Ibid., p. 229, 231 et pi. XI.)

nements. Dèce résista longtemps, prévoyant que ces légions qui, depuis quatorze ans, n'avaient point fait de sédition, saisiraient le premier prétexte pour se donner le plaisir et les bénéfices d'une révolte. Dèce, en effet, était à peine au milieu des cantonnements, que les soldats le saluaient empereur malgré lui. Ceux qu'il était chargé de punir à cause des derniers troubles avaient imaginé cette combinaison, qui, du même coup, les sauvait du châtiment et leur assurait un donativum.

Zonare prétend que Dèce écrivit à Philippe de ne rien craindre, et que, aussitôt arrivé à Rome, il déposerait la pourpre. L'empereur ne se fia pas à cette parole et marcha au-devant de l'armée de Pannonie : il fut vaincu et tué près de Vérone*. Les prétoriens, qu'il avait laissés à Rome, égorgèrent son fils : l'enfant avait douze ans, et jamais on ne l'avait vu sourire (249)^.

1. LdiChronique (T Alexandrie le fait mourir àquarante-cinqans; Zosime, beaucoup plus tard, et il doit avoir raison : le fils du voleur arabe avait eu besoin d'une longue vie pour s'élever aux premiers rangs de l'armée romaine. — 2. Aur. Victor., de Cœs., 28. Cette tragédie se place au commencement de l'automne.

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