Zonare, XVH, 26. — 2. T. V, p. 304 et suivantes
310 l'anarchie militaire.
ruine. Sous Tempire, l'unité de compte était le sesterce, valant un quart de denier ou un centième d'aureus. Or le denier d'argent des premières années de Néron dont on taillait quatre-vingt-seize à la livre, et qui était presque de métal fin, contenait, au temps d'Alexandre Sévère, de 50 à 60 pour 100 d'alliage; il ne valait donc plus que 37 centimes au lieu de 86 ^ A cette dépréciation de l'argent correspondait nécessairement une augmentation de la valeur de Tor. L'État crut habile d'en profiter pour faire payer tous les impôts en aurei*. C'était une banqueroute, telle que le serait aujourd'hui le refus de recevoir dans les caisses publiques la monnaie fiduciaire ou d'appoint pour la valeur que la loi lui a donnée. Ou, si on préfère un mot moins dur, c'était une augmentation d'impôt, comme un grand État, dont le papier était en baisse, l'a fait dernièrement, lorsqu'il a décidé que les droits de douane seraient acquittés en or. Le contribuable, par exemple, qui devait 100 sesterces au trésor, ne put se libérer, comme auparavant, avec 25 deniers, vdant pour lui dans le commerce journalier de la vie moins de 10 francs; il lui fallut donner au percepteur un aureus qui en valait bien davantage. A partir de l'année 256, les pièces d'argent ne contiennent plus que 20 et même que 5 pour 100 de fin. Sous Claude le Gothique, VAntoninianuSy la monnaie d'argent la plus répandue, était un mélange de cuivre, d'étain et de plomb sur lequel on avait appliqué une couleur blanchâtre qui donnait aux pièces neuves l'apparence de l'argent. Mais, au lieu d'un métal précieux, les détenteurs de ces pièces avaient du cuivre saucé : c'était un véritable assignat*. Le môme
1. Deux pièces d'argent de Dèce, d'apparence identique, valent : rune 53 centimes 3/4, l'autre 30. (Mommsen, Histoire de la monnaie rom., t. IH, p. 85, n. 1.) Aussi les ordres de payement sur le trésor ne portaient pas, on l'a vu p. 295, n. ], le chiffre de la somme à toucher d'après une unité de compte déterminée, comme les 25000 sesterces qui étaient anciennement le traitement des tribuns légionnaires, mais l'indication de diverses pièces dont la réunion devait faire à peu près la même somme. — 2. Voy. p. 207 n« 4.-3. De Claude à Dioclétien, il n'y eut que de très-rares monnaies
l'empire au milieu du IIP SIÈCLE. 311
gouvernement qui condamnait aux bêtes le faux-monnayeur* donnait cours forcé aux pièces fausses qu'il mettait en circulation et punissait de la relégalion ou de la mort ceux qui refusaient de les recevoir*.
La valeur intrinsèque de YaureiLS diminua également: César en taillait 40 à la livre, Caracalla 50, Constantin en taillera 72* ; et en même temps que le poids du métal fin diminuait, la quantité de l'alliage augmentait : au premier
contenant encore un peu d'argent (Eckh., VII, 475). Cet auteur remarque qu'à partir de Claude, toutes les villes, excepté Alexandrie et trois cités de la Pisidie, Ântioche, Séleucie et Sagalassos, perdirent le droit de battre monnaie. — 1. Ulpien au Dig., XLVIII, 10, 8. — 2. Paul, Sent. Recept,, V, 25 1. — 3. Nous empruntons à M. de Witte {Histoire de la monnaie rom, de Mommsen, t. III, p. 491) la comparaison de la valeur de la monnaie romaine et de la monnaie française. Dans ce tableau, on considère seulement la valeur métallique qu'auraient aujourd'hui les pièces romaines, si elles étaient de métal fin, par conséquent on ne tient compte ni de l'alliage, ni des changements de cours, ni des détériorations. La proportion de l'or et de l'argent est celle que le législateur français a fixée :: 1 : 15,5 ; et on a compté pour les réductions, comme à la Monnaie de Paris, où un lingot d'or de 900 gr., plus 100 gr. d'alliage, sert à frapper 3100 fr.; un lingot d'argent de môme poids et de môme alliage, 200 fr. Ce tableau donne donc la valeur intrinsèque et non pas la valeur relative, c'est-à-dire, le pouvoir comme moyen d'échange des monnaies romaines, parce que cette valeur potentielle est très-variable et presque impossible à déterminer.