‹ Histoire des Romains: depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des AntoninsChapitre 23 sur 40 · CHAPITRE LXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXI

DE l'aVÉNEMENT de DÈCE A LA CAPTIVITÉ DE VALÉRIEN

INVASIONS PARTIELLES DANS TOUT l'eMPIRE.

Dèce (249-251). — Dèce était né dans une famille romaine établie au bourg de Bubalia, près de Sirmium ^ Il commence la longue liste des empereurs sortis de rillyricum, et dont plusieurs rendirent de grands services à Tempire. Les qualités brillantes leur manquent, mais ce sont des esprits nets et des caractères énergiques, comme il devait s'en former dans ces provinces pauvres et belliqueuses.

Dèce était de petite condition et fit son chemin par l'armée*. Des anciens font de lui beaucoup d'éloges*, que son règne ne justifie pas : il fut très -court, et l'histoire en est singulièrement confuse : aussi prête-t-elle à beaucoup de contradictions. Trois faits s'y détachent pourtant avec netteté, et cela nous suffit : la guerre contre les Goths, le rétablissement de la censure, qui indique un retour vers les anciennes coutumes, et, comme conséquence, une persécution contre la grande nouveauté du temps, le christianisme.

Après sa victoire près de Vérone (sept. 249)*, Dèce se rendit à Rome avec son fils QuintusHerenniusEtruscus, qu'il

L G. Messius QuÎDtus Trajanus Decius^ né en 201} suivant Aiirelius Victor ; en 191, suivant la Chronique d^ Alexandrie, — 2. Militix gradu ad impcrium (Aur. Vict.,29).— 3. Surtout Zosime (I, 21-23) et Aur. Victor (29). — 4. On a un rescrit de lui, daté du 16 oct. 249, au God., X, 16^ 3, et» suivant Eckhel, Philippe vivait encore le 29 août de cette année*

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avait nommé césar*; mais il fut presque aussitôt forcé d'en sortir pour aller repousser une invasion gothique.

Confiant dans les succès qu'il avait remportés sur ces barbares en Thrace, Gordien III avait sans doute supprimé le subside annuel promis à cette nation. Du moins Jordanès * raconte que le roi Ostrogotha s'en plaignait, et que, pour ce motif, il passa le Danube avec trente mille des siens, pour saccager la Mœsie. D'autres barbares se joignirent à lui ; des soldats romains vinrent même prendre part à la curée, et les montagnards de THaemus, sur qui la civilisation grecque et romaine avait eu peu de prise, fournirent sans doute aux envahisseurs des guides et des auxiliaires *. La grande ville de Marcianopolis (à l'ouest de Varna) fut mise à rançon *.

Quand les Goths revinrent avec un riche butin, les Gépides voulurent piller les pillards; une bataille acharnée s'ensuivit, où les premiers restèrent vainqueurs. Ces événements se passaient durant le règne de Philippe.

Sous Dèce, Kniva, successeur d'Ostrogotha, fit une invasion plus formidable; il divisa ses forces en deux corps, envoya l'un saccager la partie de la Mœsie que les troupes romaines avaient abandonnée pour se concentrer dans les places fortes, et avec l'autre, qui s'élevait à soixante-dix

1. Eckh., VII, 342. Aurelius Victor (29) dit que le césar fut aussitôt envoyé m lUyrios. Dèce avait un second fils, C. ValensUostilianus Messius Quintus,qui fut aussi nommé césar et prince de la jeunesse. — 2. Sur les pensions faites aux Goths, peut-être dès le temps d'Alexandre Sévère, voy. Tillemont, 111,216. Jordanès a résumé, dans son Uist, desGothSj un grand ouvrage, aujourd'hui . perdu, de Cassiodore, le ministre favori du grand Théodoric. Voyez, sur la guerre gothique, Wietersheim, op. cit., au tome II, où il discute les récits contradictoires de Jordanès, Zosime, Zonare et Aurelius Victor. Ces détails perdent d'ailleurs tout leur intérêt devant le fait trop certain du désastre de l'armée romaine et de la mort de Dèce. — 3. Les colonies grecques de la côte de Thrace, loin de changer l'état du pays, avaient subi l'influence des barbares, leurs voisins, qui avaient modiûé les moeurs, le culte et jusqu'à la langue de ces Grecs. Une inscription de l'an 238 montre, à Odessus, le dieu thrace Derziparos, et sur d'anciennes monnaies de cette ville, le grand dieu des Odessins était Kursa.(iîeuitearc/ieoi., mars 1878, p. 114. Cf.

Dumont, Inscr. de Thrace.) — 4 post longam obsidionem^ accepta prX'

mio ditalm Geta recessit (Jord., 17).

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mille hommes, il attaqua Ad Novas^ ville importante au confluent du Janthrus et du Danube. Repoussé par le futur empereur Gallus, alors duc de Mœsie, il tenta un coup de main sur Nicopolis, que Trajan avait bâtie en souvenir de ses victoires daciques. Mais il se heurta contre une armée que Dèce y avait réunie. Incapable d'en forcer les lignes, le barbare, avec Taudace d'un coureur indien, laissa l'empereur dans son camp, se jeta dans THaemus, dont les passes n'étaient point gardées, et descendit sur la grande cité de Philippopolis, sans s'inquiéter si sa ligne de retraite était coupée. Dèce le suivit par des sentiers de montagne non frayés, où son armée, hommes et chevaux, eut beaucoup à souffrir. Il avait atteint Béroë, et s'y croyait encore bien loin des Goths*, lorsque Kniva, tombant sur lui à l'improviste, fît des troupes impériales un grand carnage. Dèce n'eut que le temps de fuir à travers l'Hœmus. Tandis qu'il reformait une armée avec les garnisons des forteresses, Kniva s'emparait de Philippopolis, par la connivence du gouverneur de la Macédoine, Priscus, qui semble avoir pris la pourpre'. Le roi barbare rentra ensuite dans la Mœsie pour aller mettre en sûreté, au delà du Danube, les fruits de cette heureuse campagne. Sur sa route, il rencontra l'empereur, qui essaya de venger Tempire, en reprenant aux Goths leur butin et leurs captifs, parmi lesquels se trouvaient de nobles personnages. La trahison de Gallus lui fit perdre une nouvelle bataille, dans laquelle il périt avec son fils. On ne put même retrouver son cadavre (novembre 251)*.

C'était le premier empereur qui tombait sous les coups de l'ennemi, en pleine terre romaine. Aussi ce désastre porta la terreur dans les provinces, la joie et l'espérance

1. Béroë était à 60 milles, dans l'est, de Philippopolis. —2. Aurelius Victor (29) fait aller les Goths 'jusqu'en Macédoine, où ils auraient décidé l'usurpation de Priscus. — 3. Avant l'invasion de Kniva, Dèce doit avoir eu quelques succès en Dacie, car une inscription l'appelle Resiiiulor Dacia" rum (Orelli, 991), et contre les Germains, Victoria Germanica (Eckh., VU, 344-5), mais il n'y en a point trace dans les histoires.

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dans le monde barbare; il était le prologue terrible du grand drame qui ne finira que le jour où la race germaine, après avoir couvert de sang et de ruines tout Tempire d'Orient, fera monter un Hérule au palais d'Auguste et de Trajan.

Dans la très-courte durée de son principat, Dèce avait commis deux grandes fautes et une erreur. Malgré son expérience, il ne sut ni préparer la guerre contre les Goths ni la bien conduire, et la conséquence fut le ravage de deux provinces et sa mort. Comme il aurait eu rhonneur du succès, il doit avoir le blâme du revers. Sa seconde faute fut la persécution des chrétiens. Quant à Terreur, elle marque une naïveté politique qu'on s'étonne de trouver dans un homme de cet âge : il rétablit la censure, oubliée depuis Claude et Domitien, et le sénat en investit Valérien. « Va, lui dit l'empereur, va prendre la censure de l'univers ; tu diras ceux qui doivent rester au sénat et tu rendras son lustre à Tordre équestre ; tu régleras le cens et la perception des impôts; tu feras les lois et les nominations aux grades militaires. Ta vigilance s'étendra jusque sur le palais impérial et sur tous les magistrats, excepté le préfet de Rome, les consuls ordinaires, le roi des sacrifices et la grande vestale. »

Si Trebellius PoUion * a lu ces paroles dans les actes publics, c'était un collègue temporaire que Dèce se donnait, une sorte d'interroi qu'il laissait derrière lui dans la capitale, au moment où il partait avec son fils pour une guerre dangereuse*. On peut même voir, dans cette mesure, une nouvelle manifestation de la pensée qu'il était sage de partager entre plusieurs les pouvoirs impériaux ; d'avoir, comme au temps de Pupien et de Balbin, un empereur de la ville et un empereur de l'armée.

On avait très-justement laissé tomber en désuétude la censure, institution bonne dans une petite cité, impraticable dans un grand État. Mais, s'il était impossible de

t. VàUrianuSf 1. — 2. Zonare (XH, 22) fait même de Valérien le colique de Dèce.

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restaurer le passé, il semblait possible de proscrire certaines choses du présent, et Valérien, qui ne ramena pas les anciennes mœurs, fit pour le compte de Dèce, et pluô tard pour le sien, rude guerre aux nouvelles croyances.

La discipline et les mœurs s'étaient fort relâchées parmi les chrétiens. A lire saint Cyprien^, on croirait « que la piété était morte dans les prêtres, la probité dans les ministres, la charité dans les fidèles, et que tous les vices de la société païenne avaient envahi les membres de Jésus- Christ. Des évoques, méprisant le saint ministère, allaient de province en province, pour gagner davantage. Au lieu d'assister les pauvres, ils ravissaient par la fraude des terres et des héritages, et ils grossissaient leurs revenus par l'usure. » — « Nous nous déchirions les uns les autres, dit un second contemporain, et nos péchés ont élevé un mur entre Dieu et nous. Aman nous insulte ; Esther, avec tous les justes, est dans la confusion, car toutes les vierges ont laissé leur lampe s'éteindre; elles se sont endormies, et la porte de TÉpoux est fermée *. Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il de la foi sur la terre? Ah! le Verbe de Dieu a le van à la main pour nettoyer son aire. »

Ainsi que tous les orateurs de la chaire, Gyprien force le ton. Son tableau « de la chute » pousse au noir, comme ses apologies ont de trop brillantes couleurs. Puisque Dieu permettait la persécution, il fallait en prouver la justice ainsi que Topporlunité, et les dérèglements des chrétiens devenaient nécessaires pour expliquer le châtiment divin. Mais les choses se passaient plus humainement. L'Église ayant vécu en paix depuis la courte persécution de Sévère % Théroïsme n'avait pas eu l'occasion de

1. De LapsiSj passim. — 2. Saint Pionius, prêtre de Smyrne et martyr en 250. (Ap. Bol!., 1" fév., p. 45.) Allusion à la parabole des vierges folles et des vierges sages : an omnino dormitaverunt omnes virgines et dormierunt,,.. (Id., ibid.) — 3. Sur ce qu'on appelle la persécution de Maximin, ▼oy. p. 261, n. 1. Origène [Contra Celsum, lU) dit que jusqu'à la grande persécution de Dèce, il n*y a eu « qu'un très-petit nombre, très-facile à compter », de chrétiens mis à mort

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se produire, et il s'en était suivi une détente dans Texalta-^ lion, par conséquent moins de rigueur dans la vie. Toutefois la haine était toujours la même entre chrétiens et païens, et ceux-ci, en voyant tant de maux fondre sur l'empire, invasions des barbares, peste meurtrière, perpétuelles révolutions, crurent les dieux irrités de l'impunité qu'on laissait à leurs blasphémateurs. Dèce, esprit étroit et dur qui, dans son amour du passé, rêvait à ressusciter les morts, à rendre au sénat sa puissance et son foudre à Jupiter, se chargea de cette vengeance divine. Il promulgua un édit q^u'on afficha dans toutes les cités pour la recherche et la punition des chrétiens. C'était la guerre d extermination qui commençait. Elle parut d'abord réussir, parce qu'on y mit plus encore d'adresse que de cruauté. Tous les efforts des proconsuls tendirent à obtenir des apostasies. «Les tourments, dit saint Cyprien, ne finissaient pas. Ils étaient calculés, non pour donner la couronne, mais pour lasser la patience '. » Aussi les chutes furent-elles nombreuses. « Pour sauver sa vie, le fils reniait son père, le père dénonçait son fils *. » — « A Carthage, le plus grand nombre des frères déserta aux premières menaces de l'ennemi. Ils n'ont pas attendu qu'on les interrogeât; mais, pour conserver des richesses qui tenaient leur âmecaptive,ils couraient d'eux-mêmes sacrifier aux idoles; ils suppliaient le magistrat de les recevoir sur l'heure à brûler l'encens impur et de ne pas remettre au lendemain ce qui devait assurer leur perte éternelle*. » Mêmes scènes à Alexandrie, à Smyrne, à Rome, partout*. On vit jusqu'à des évêques entraîner tout leur peuple dans la chute*. Trophime d'Arles mena lui-même les chrétiens aux autels des idoles*. D'autres, avec un peu d'argent, achetaient la tolérance : les libellatiques furent très-nombreux''. Ces faiblesses sont dans la nature humaine et il n'y a point à

1. Ep. 8 et 53. — 2. Du moins dans le Pont. (S. Grég. de Nyssc, Ktto Greg, Thaumat] — 3. S. Cypr., de Lapsis. —4. Eus., Hist. eccL, VI, 41; S. Cypr., Ep, 8, 12 et 31. — 5. TiUem.,ni, p. 337. — 6. S. Cypr., Ep. 52. — 7. Voy. p. 197, n. 1.

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s'étonner que le christianisme, en s'étendant, ait perdu de sa vertu première.

La persécution de Dèce ne semble pas avoir été aussi meurtrière qu'on la représente*. Un arrêt de mort ne fut pas toujours la sentence inévitable. Ceux-ci furent dépouillés de leurs biens, ceux-là condamnés à l'exil, d'autres jetés en prison : Babylas d'Antioche et Alexandre de Jérusalem, arrivés à un grand âge, ne purent en supporter les rigueurs et y moururent. Le chrétien le plus redouté, parce qu'il était alors le plus célèbre, Origène *, fut chargé de chaînes et menacé du feu, sans que « Thomme d'acier* » cédât. Les bourreaux se lassèrent plus tôt qqe la victime * ; on le relâcha, et il vécut quatre années encore.

Comme la persécution avait été annoncée avec éclat, beaucoup eurent le temps de fuir. Les chefs le plus en évidence, tels que Cyprien de Carthage, Denys d'Alexandrie, Grégoire le Thaumaturge, échappèrent au péril, en quittant leur ville épiscopale pour vivre dans une retraite peu éloignée, d'où ils communiquaient avec les fidèles. Il dut être facile pour un grand nombre de se mettre, ainsi qu'eux, à l'abri. De ces fugitifs, quelques-uns allèrent jusque chez les barbares, d'autres au désert: saint Paul ermite y vécut quatre-vingt-dix-huit ans \ c'est-à-dire assez longtemps pour que saint Antoine pût recueillir son dernier soupir et son exemple. Ainsi naquit de la persécution l'ordre monastique, le plus redoutable instrument des persécutions futures.

1. Excepté en Egypte, où se trouva sans doute un gouverneur particulièrement animé contre les chrétiens. Dans Alexandrie, une émeute populaire avait coûté la vie à plusieurs chrétiens avant l'arrivée de l'édit de Dèor. (Eus., Hist. ceci., VI, 41.) Après la publication de l'édit, il y eut beaucoup de chuteS; et un certain nombre de martyrs. Toutefois Denys, évoque d'Alexandrie, à cette époque, ne nomme comme martyrisés, après l'édit, que neuf hommes et quatre femmes. (Id., ibid.) Il y en eut certainement davantage. — 2. Il venait d'écrire son grand traité contre Celse, le Aôyo; «XyjÔtj;, entre les années 245 et 249. — 3. 'ASaptàvrio;. (Eus., Hist. eccl.^ VI, 14.) Il avait alors soixante-cinq ans. — 4. Saint Cyprien disait des confesseurs africains : Nec cessistis suppliciis, sed vo^is potius supplicia cesserunt {Ep, 10). — 5. S. Jérôme, Vita Pauli, t. IV. p. 68.

Les martyrologes comptent, pour cette époque, un nombre considérable de martyrs ; mais de graves auteurs n'osent garantir l'authenticité de ces actes^ remplis d'ànachronismes et de merveilleuses légendes, comme celle des Sept Dormants d'Éphëse qui, enfermés dans une caverne dont on avait muré la porte, en sortirent vivants deux cents ans plus tard *. Il ne faudrait cependant pas tomber dans l'excès contraire, en concluant de ces fraudes pieuses qu'il y eut très-peu de condamnations à mort. L'édit de Dèce révèle l'intention du gouvernement impérial de frapper un grand coup ■ ; quelques-uns des chefs de l'Église, évoques ou docteurs, et, comme toujours, des gens du peuple et des esclaves périrent. Les plus illustres victimes furent Pionius, prêtre de Smyrne, qui racheta par son sacrifice l'apostasie de son évêque*, et Fabien, évoque de Rome, dont le siège resta vacant l'espace d'un an et demi. Pionius avait été mis en croix, en. même temps qu'un marcionite. Les hérétiques avaient donc aussi leurs martyrs. S'ils nous en avaient raconté l'histoire, ils auraient ajouté de glorieux chapitres à ce grand et terrible poëme de la persécution, qui a entretenu dans les âmes, à travers les siècles, la flamme du sacrifice et qui suscite encore tant de nobles dévouements.

La tempête déchaînée sur l'Église ne dura véritablement que quelques mois: Dès la fin de l'année 250, la paix était à peu près rendue à la chrétienté, et, avant la mort de Dèce, tous les confesseurs étaient sortis de prison *. L'empereur avait bien autre chose à faire que de tourmenter des hommes inoffensifs, à cause de leur croyance. Kniva et ses Goths le forçaient à s'occuper

1. Grég. de Tours, Glor. Martyr. , 95.-2. Saint Cyprien (£>>. 52) parle de la haine de Dèce contre les évoques. Voyez, dans VUa Greg. Thaum., la sévérité des ordres envoyés aux gouverneurs pour qu'ils ramenassent les chrétiens T^ TÛv SaipiôvtDV >aTp$i'a.... (poScpte xai x% t(Sv alxt<T(&âv àvocYit^* — 3. Avec lui périt une esclave fugitive. — 4. Tillem., HI, 344 et 381. Si les actes de saint Âcace sont authentiques (BoUand., 10 mars), Dèce aurait lui-même ordonné la mise en liberté de cet évoque.

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moins de venger ses dieux et à s'occuper plus de sauver l'empire : il laissa son entreprise inachevée. La persécution n'avait pas mieux réussi que la censure des mœurs ; mais celle-ci était demeurée une innocente curiosité, celle-là avait fait couler des larmes et du sang, et la trace en est justement restée sur le nom du persécuteur.

Gallus[nov. 251, févr. 254). — Dans les circonstances critiques où l'armée se trouvait après la défaite et la mort de Dèce, elle n'avait pas plus le loisir que le goût d'attendre une décision du sénat*. Gallus réussit sans peine à se faire donner la pourpre par ses légions*. Afin d'écarter de lui le soupçon d'avoir trahi son prince, il prit pour collègue le second fils de Dèce, Hostilianus, et il fit épouser par son fils Volusianus, qu'il nomma césar*, la sœur du second auguste. Peu de temps après, celui-ci mourut de la peste ou fut tué. Un traité honteux avait permis aux Goths de repasser tranquillement le Danube avec leur butin, leurs captifs et la promesse d'un subside annuel payé en or. Mais ils avaient trouvé l'empire à la fois si faible et si riche, qu'il fallait compter revoir bien" tôt Kniva ou d'autres chefs. On parle en effet, pour la Pannonie, de nouveaux combats que le gouverneur Émilien, Maure d'origine, sut faire tourner à son avantage. Ces légers succès enflèrent le cœur de ses troupes dont le traité de Gallus avec les Goths avait humilié l'orgueil militaire. La distribution aux soldats de l'argent du tribut gothique acheva de les gagner, et ils proclamèrent leur général *. La peste, la famine désolaient les provinces, sans troubler la vie efféminée que l'empereur menait à Rome, et les peuples le rendaient respon-

1 . n n'est pas possible que cette armée ait, du fond de la Mœsie, attendu que le sénat lui ait donné un empereur, comme le dit Âurelius Victor : ....hsec ubi patres comperere.... decernunt. — 2. C. Vibius Trebonianus Gallus, né en 206, suivant Aurelius Victor j en 194, selon la Chronique d'Alexari' drie. C'était peut-être un Africain, originaire de l'île de Meninx. — 3. Eckh., VII, 365. Après la mort d'Hostilianus, il fut fait auguste, (/d., 566.) — 4. Ver» la fin d'août 353 (Eckh., VU, 371).

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sable de ces fléaux. Émîlien pénétra sans obstacle en Italie', jusqu'à la ville de Terni, où il rencontra son adversaire. Une promesse d'argent faite aux soldats de Gallus décida leur défection. L'empereur fut tué avec son fils (février 254), et le vainqueur eut quelques jours de royauté.

Èmilien* (254). — Ce vaniteux personnage promit au sénat de renouveler la gloire des grands règnes, de laisser aux Pères l'administration de la république, tandis que, prenant pour lui-même les travaux de la guerre, il irait chasser les barbares du Nord et de l'Est; déjà il se laissait représenter sur les médailles avec les attributs d'Hercule Victorieux et de Mars Vengeur.

Avant même la mort de Gallus, Valérien, que ce prince avait chargé d'amener à son secours les légions de la Gaule et de la Germanie, avait été, quelques mois auparavant (253), décoré par elles de la pourpre dans la Rœtie. Rome eut donc un moment trois empereurs à la fois. La catastrophe de Terni en supprima un. Valérien n'eut pas besoin de combattre l'autre. Les soldats de son adversaire, se sentant les plus faibles et blessés peut-être des avances faites par leur prince au sénat, envoyèrent au nouvel auguste la tête d'Émilien. Le malheureux avait été égorgé près de Spolète, en un lieu qui, de cette catastrophe, garda le nom de Pont-Sanglant ; il n'avait pas régné trois mois*.

On trouve, pour cette année, un préfet de Rome qui avait été comte des domestiques, titre nouveau et réservé à un grand éclat. Déjà Ton a vu des ducs et des présidents : au grand conseil de guerre tenu à Byzance en 258, l'empereur en sera entouré *. Voici que l'ami du prince devient un fonctionnaire ; un Clarus est dit préfet de l'Ulyrie et des Gaules et, durant le principat qui commence,

1. A la fin de 253. Pour cette chronologie difficile à établir, j'ai suivi Eckhel qui en a savamment discuté les bases. — 2. M. iEmilius ^milianus. (Or.-Henz., 5542.) — 3. Euirope (IX, 6) dit qu'il fut tué tertio mense. — 4. Vopisc, Aur,y 13.

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il y aura comme deux empires : celui d'Orient, où Valérien combattra; celui d'Occident, dont Gallien, son fils, sera Tauguste; les éléments de la réforme prochaine sont en préparation.

Valérien et Gallien (254-268). — Nous allons entrer dans la période dite des Trente Tyrans, c'est-à-dire dans la plus horrible confusion. Aussi irons-nous vite dans cette histoire, comme on presse le pas dans les lieux mal famés et dans les régions de la mal'aria.

Le désordre qui est dans TÉtat se retrouve dans les récits qui en parlent. La chronologie môme est incertaine, parce que les princes se succèdent trop vite pour avoir le temps de frapper des monnaies qui fixent les dates. Ce que Ton voit bien, c'est que toute la barbarie se jette sur l'empire; que les Franks courent la Gaule ; que les Alamans franchissent le Rhin ; les Goths ou les Scythes, le Danube et TEuxin; les Perses, le Tigre etTEuphrate, et que la nature semble ne vouloir plus former d'homme qui soit capable de les arrêter, en rendant à Tempires a vigueur et sa discipline.

Valérien* était un citoyen honnête qui avait mérité d'être le censeur des autres, parce qu'il l'avait toujours été de lui-même; très-digne du second rang, mais non du premier. 11 cherchait à soulager les peuples, écoutait les avis et avançait les gens de mérite; Claude, Aureolus Postume, Ingenuus, Aurélien, furent distingués par lui, et Probus lui dut ses premiers honneurs*. Mais la conduite des affaires demandait, à une époque aussi troublée, autre chose que de bonnes intentions : il fallait une intelligence nette et vive, de la fermeté, de la persévérance, et Yalérien n'avait pas ces qualités-là. D'ailleurs il arrivait bien tard à l'empire : la vieillesse est l'âge du repos et

1. P. Licinius Valerianus et P. Licinius Egnatius Gallienus. Il était d'une vieille famille et âgé, peut-êlre, de çoixanle-trois ans. Sa première puissance tribunitienne, comptée du vivant de Gallus, est de Tannée 253. (Eckh.^ VH, 376.) — 2. Treb. PoU., Tyr. trig., 20; Vopisc.,i4ur., 8, 9, 11-15; Pro6.,3-5

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non celui de fonctions qui veulent la double énergie de l'âme et du corps * .

Pour combattre Galius, Émilien avait emmené en Italie les meilleures troupes de la Pannonie, tandis que, pour le secourir, Valérien y avait conduit l'élite des légions du Rhin. Les barbares, à qui cet affaiblissement des garnisons de la frontière n'avait pas échappé, tentèrent un nouvel assaut. Valérien reconnut qu'il ne pourrait répondre seul à tant de menaces : c'était sage. Mais, au lieu de prendre pour collègue quelque général vaillant et expérimenté, comme il s'en trouvait alors plusieurs dans l'armée romaine, il choisit son fils Gallien qui était trop jeune pour avoir de l'autorité, et trop efféminé pour la bien employer s'il l'avait eue*. Le père et le fils se partagèrent la défense. Valérien se chargea de l'Orient, Gallien de l'Occident (255) ; nous les verrons tous deux incapables de faire leur métier d'empereur.

Gallien était encore tout entier aux plaisirs, et il y passa sa vie. Son père avait peu de confiance dans ce grand enfant', et n'osa lui donner comme conseiller et comme guide Aurélien, dont la sévérité lui paraissait trop grande pour ce temps et surtout pour son fils. Il le confia à Postume, habile homme de guerre qu'il nomma duc de la frontière rhénane et gouverneur de la Gaule. Quoique les Romains tinssent encore leurs places fortes du Rhin, les maraudeurs franks trouvaient toujours sur l'immense étendue des frontières un point mal gardé par où ils se glissaient dans la province. Une fois la ligne des castra franchie*, ils arrivaient au milieu de populations désarmées qu'épouvantait la vue de ces guerriers

1. Zosime est très-sévère pour Valérien (I, 29, 36). — 2. Toutes les monnaies de Gallien lui donnent le titre d'auguste; aucune, celui de césar. — 3. Puer. Le mot est dans une lettre citée par Vopiscus (ilwr., 9) et dont on a révoqué en doute l'authenticité, sans motifs suffisants. Il est vrai qu'Aurelius Victor donne trente>cinq ans à Gallien au temps de son avènement. — 4. Ils semblent être entrés en Gaule par la vallée de la Moselle, où Ton a trouvé beaucoup de monnaies de ce temps, qui furent sans doute enfouies à leur approche.

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aux longues moustaches fauves, dont la francisque ne manquait jamais son but, et ils passaient fleuves et montagnes pour le plaisir de voir, de tuer et de « faire flamber » les cités et les villas. Les Pyrénées ne les arrêtèrent pas, ni le détroit d'Hercule; et les Maures virent avec effroi ces enfants d'un autre monde, dont les Vandales devaient leur révéler plus tard les instincts destructeurs. Entre les villes espagnoles pillées ou détruites par les Franks, Eusèbe nomme la grande cité deTarragone*, à qui un siècle et demi n'avait pas suffi pour effacer toutes les traces de cette dévastation. Ilerda, du temps d'Ausone, n'était qu'un monceau de décombres*; et au cinquième siècle, Orose parle de beaucoup de villes espagnoles encore en ruine. Si, comme nous le demandions en racontant le règne d'Auguste, l'empire avait su donner aux assemblées provinciales une sérieuse existence*, si les milices communales que nous avons trouvées au premier siècle* avaient subsisté au troisième, l'Espagne aurait eu aisément raison de cette poignée de maraudeurs sans pitié. L'isolement des cités les empêcha d'organiser la défense commune.

Gallien s'inquiétait peu de ces malheurs : le soleil de l'Espagne et de l'Afrique, la civilisation dont le contact est mortel aux barbares, quand ils ne sont pas assez nombreux pour l'étouffer, devaient avoir raison de ces audacieux aventuriers. Il se contenta d'arrêter le gros de la nation sur le Rhin par une foule de petits combats et, finalement, en recourant au moyen si souvent employé d'acheter un chef barbare qui fît pour lui la police de la frontière; après quoi, il prit le titre de Germanique, et se fit représenter sur les monnaies domptant les deux fleuves du Mein et du Rhin, dont l'un couvrait la Gaule contre les Germains et l'autre ouvrait la Germanie aux

1. Eusèbe met la prise de Tarragone par les Francks en 263. Suivant Orose (VII, 22), ils seraient restés douze ans en Espagne, 256-268. — 2. A la fin du quatrième siècle. (£"/?., XXV, 5, 3.) — 3. T. III, p. 377 etsuiv., et t. V, p. 215 et suiv. — 4. Voyez mon Mémoire sur les tribuni milUum a populo.

invasions romaines*. Âurélien se distingua dans ces campagnes laborieuses. Il détruisit près de Mayence un corps firank, et l'on a conservé trois vers d'une chanson de ses soldats :

Mille, mille, mille, mille, mille decollavimus,

Mille Sarmatas, mille Francos occidimus,

Mille, mille, mille, mille, mille, Persas quserimus*.

En 258, une insurrection des légions de Pannonie appela Gallien dans cette province : elle était à peine étouffée que les Alamans, ne trouvant pas jour à pénétrer dans la Gaule, bien gardée par Postume, se jetèrent sur l'Italie et arrivèrent jusqu'à Ravenne. Au temps d' Aurélien, ils se vantaient que quarante mille de leurs cavaliers s'étaient abreuvés dans le Pô et avaient saccagé une grande partie de la péninsule ^ C'était la première fois depuis les Cimbres que les Germains touchaient, autrement qu'en captifs, le sol sacré de la vieille Italie, de la maîtresse du monde. Les Alpes n'étaient donc plus une infranchissable barrière, et la crainte des tumultes gaulois, que quatre siècles de victoires avaient dissipée, reparaissait. Rome fut dans l'épouvante. En l'absence des empereurs, le sénat prescrivit des levées et arma les citoyens : c'était le premier acte de virilité qu'il eût accompli depuis longtemps. Les Alamans, sans doute moins nombreux * qu'ils ne le prétendirent ensuite et déjà chargés de butin, reprirent en désordre la route des Alpes. Gallien eut le temps d'accourir de la Pannonie, et il en défit, près de Milan, quelques détachements (258 ou 259). Dans l'espoir de prévenir le retour de pareilles incursions, il pratiqua sur le Danube la politique qui paraissait réussir sur le Rhin, celle des

' 1. Eckh., VII, 385, 390-1. Postume fit graver des monnaies semblables, (/d., 447.) — 2. Vopisc, Aur., 6. La date de ce fait est incertaine. Tillemont le place trop tôt, en 242; car la lettre de Valérien au préfet de la ville (Vopisc, Aur.j 9), où l'empereur l'appelle liberator Illyrid, Galliarum restUutor, et fait allusion à des services considérables qui venaient de mettre Aurélien en lumière, est de 257. — 3.Dexippos, Excerptade Légat, dans la Byzantine; Orose, VU, 22. — 4. Zonare dit trois cent mille; mais il ajoute que Gallien les battit avec dix mille hommes.

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alliances achetées par des présents ou des honneurs : il épousa la fille d'un roi des Marcomans, Pipa, et la fit asseoir à côté de Timpératrice Gornelia Salonina. La blonde Germaine devint la favorite du prince et la maîtresse du palais, où Salonina se consola de ne conserver que de vains honneurs, en philosophant avec le chef de la nouvelle école d'Alexandrie ^

Il faut sans doute rapporter à l'invasion des Alamans en Italie une importante loi de Gallien. L'ardeur belliqueuse que le sénat venait de montrer l'inquiéta. Un rescrit interdit aux pères conscrits le service militaire, et défense leur fut faite de paraître dans une armée ou dans un camp*. On a vu, au précédent chapitre, les effets de cette décision.

Les Marcomans et les Goths avec leurs alliés les Carpes, les Boranes et les Burgondes, infligeaient à l'IUyrie, à la Macédoine, à la Thrace et à la Grèce, les mêmes maux que les Franks à la Gaule et les Alamans à l'Italie : dans toutes ces provinces, des dévastations, des meurtres et une foule de petits combats dont on ne sait ni le lieu ni la date, mais où des généraux gagnèrent de la réputation, l'affection intéressée de quelques soldats et, plus tard, le dangereux honneur d'être, par eux, élevés à l'empire, ce qui était l'équivalent d'un arrêt de mort à bref délai. Un de ceux qui se signalèrent dans ces combats gardera pourtant la pourpre cinq années et sera un grand prince; je veux parler d'Aurélien •. Dans une lettre de 257 au préfet de Rome, Valérien l'appelle le libérateur de l'IUyrie, qu'il avait nettoyée de barbares. Ces hordes traînant à leur suite beaucoup de bétail, comme en Afrique nos colonnes expéditionnaires emmènent avec elles un troupeau,

1. Pipa, malgré l'amour de Gallien, ne fut qu'une concubine. II ne reste d'elle ni une médaille ni une inscription, tandis que Salonina est toujours qualifiée d'augusta. — 2. Aur. Vict., 33; cf. id., 37. — 3. Un autre, Valens, qu'on verra un moment empereur, paraît avoir fait lever aux Goths le siège de Thessalonique. Du moins, dans Ammien Marcellin (XXI, 16), il porte le surnom de Thessalonicus.

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Aurélien put répartir entre plusieurs villes de Thrace quantité d'esclaves, de bœufs et de chevaux. Il envoya même à Rome, pour une villa de Yalérien, cinq cents esclaves choisis, deux mille vaches, deux mille juments, dix mille brebis et quinze mille chèvres '.

Invasion des Goths dans ta Thrace et F Asie Mineure. — Le cercle de barbarie qui enveloppait l'empire se resserrant de toutes parts, l'Asie avait, conmie l'Europe, ses invasions.

Les garnisons des postes romains qu'on a vus établis le long des côtes méridionales de l'Euxin jusqu'à Sébastopolis * au pied du Caucase, avaient été affaiblies pour fournir des soldats aux continuelles révolutions de l'empire, et des séditions, que les Antonins auraient empêchées, mettaient le royaume du Bosphore à la discrétion de ses nouveaux voisins*. Les Cimmériens livrèrent leurs navires aux Goths, aux Alains, aux Hérules, et ces pirates improvisés se firent mener par les marins du Bosphore à travers « la mer inhospitalière » jusqu'aux côtes d'Asie. Ils s'emparèrent de Pithyus, puis de la grande cité de Trébizonde, où trois siècles de prospérité avaient entassé d'immenses richesses, qu'une nombreuse garnison ne sut pas défendre *.

Le bruit de cette importante capture excita l'ardeur des Goths du Danube. Ils forcèrent leurs prisonniers

1. Vôpisc, Aur.y 10. — 2. Voy. tome IV, p. 328 et suiv. — 3. Zosime, Tillemont et des modernes disent que la race royale s'éteignit alors dans cet État ; les médailles, au contraire, montrent pour cette époque des rois du Bosphore; qui mettent au revers de leurs monnaies la tête de l'empereur régnant : Decius, Gallus, Volusianus^ Hostilianus, ^milianus, Gallienus, Odenath, Probus, etc. Cf. Eckh., III, p. 306, et Cary, Hist. des rois du Bosph., p. 76-8. Mais ces rois étaient maintenant à la discrétion des barbares, leurs voisins. Ainsi une lacune de plusieurs années dans les médailles de Rhescuporis IV annonce des troubles dont un usurpateur barbare, Ininthimevus, profita. Pharéansés, qui semble n'avoir régné que peu de temps vers 253, a encore un nom d'une physionomie douteuse. Un Rhescuporis VII régna de 254 à 266 et probablement plus longtemps. (Trésor de numismatiquej p. 63.) -^ 4. II y eut deux expéditions : la première, qui échoua, peut-être en 255; la seconde, qui réussit, en 257« (Zosime, I, 32-^30

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romains à construire des embarcations, sur lesquelles ils longèrent la côte, tandis que le gros de l'armée d'invasion franchissait le fleuve, traversait sans être inquiété toute la Thrace et, arrivé près de Byzance, trouvait dans ces parages quantité de pêcheurs, qui consentirent à prêter leurs barques sans doute pour une part du butin. « De Chalcédoine jusqu'au temple qui s'élevait à l'entrée du Bosphore de Thrace », il y avait des forces plus considérables que celles des barbares ; mais les Romains, saisis d'épouvante, s'enfuirent, et Chalcédoine, Nicomédie, la future capitale de Dioclétien, Nicée, Cius, Apamée, Pruse, tombèrent au pouvoir des Goths. Cyzique échappa, parce qu'ils ne purent franchir le Rhyndacus grossi par les pluies'. Toute la Bithynie fut mise à sac, sans que les légions romaines osassent nulle part attendre l'ennemi. Les populations fuyaient dans une indicible épouvante, et beaucoup de ces malheureux, parmi lesquels nous sommes forcés de compter des chrétiens', profitaient de cette immense désorganisation pour piller à leur tour (commencement de 258). Nos pauvres Jacques au moyen âge, obéissant aussi, en face de pareils maux, à un désespoir farouche, disaient : «Le diable est déchaîné, faisons du pis que nous pourrons. » Au bout d'un siècle et demi, on reconnaissait aux ruines laissées derrière eux par les Goths le chemin qu'ils avaient suivi. Ils rapportèrent en leur pays, dit Zosime, un butin immense, et « ils rendirent de grands honneurs à Chrysogonos, qui leur avait conseillé cette expédition'. »

L'année précédente , Valérien avait tenu à Byzance un grand conseil de guerre, en présence des ofliciers du palais et de l'armée. Nous avons l'ordre des préséances dans cette assemblée, et nous le donnons pour montrer les dignités nouvelles qui s'établissaient. A la droite du prince

l.Orose, vu, 22. — 2. Voy. p. 314. — 3. Zosime ne dit pas quel était ce Chrysogonos, mais on voit que ces barbares n'étaient pas assez barbares pour ne pas savoir tirer parti des traîtres et recueillir les informations nécessaires au succès de leurs expéditions.

étaient assis un des consuls ordinaires, le préfet du prétoire et le gouverneur de TOrienl; à sa gauche, le duc de la frontière scythique, le préfet d'Egypte, le duc de la frontière orientale, le préfet de l'annone en Orient, le duc de TIllyricumet de la Thrace, enfin celui delà frontière raelique. L'inepte chroniqueur qui avait pu lire le procès-verbal de cette séance ne nous fait pas connaître les graves délibérations dont elle fut remplie : il se contente de dire que Valérien y décerna d'éclatants éloges à Aurélien pour de récents succès, en Illyrie, sur des bandes gothiques et sarmates *. , Où était le vainqueur des Franks et des Goths au moment des désastres qu'on vient de raconter? Sans doute à Antioche avec Valérien. Ce prince ne fit rien pour prévenir ou arrêter les malheurs dont la Bithynie venait de souffrir. Il envoya seulement un général à Byzance, afin de garder ce point important. Mais les Goths ne songeaient pas encore à faire un établissement fixe dans rempire,et leur retraite fut sans doute déterminée moins par l'approche de l'empereur qui s'avança jusqu'en Cappadoce, que par le désir de mettre en sûreté, avant la saison orageuse*, le butin chargé sur leurs navires et dont la richesse dépassait toutes leurs espérances*.

Invasion des Perses en Syrie. — L'invasion gothique se rattachait probablement à une autre invasion qui sembla devoir chasser les Romains de l'Asie, celle de Sapor. Du moins, on a vu les barbares porter leurs premiers coups sur les villes où aboutissaient les routes d'Arménie, dont

1. Vopisc, Aur,y 13. Valérien lui donna alors, non pas le consulat, comme le dit VopiscuSj mais les ornements consulaires. Les inscriptions et les médailles prouvent qu'Aurélien fut consul pour la première fois en 271. Voy. Eckhel, VII, p. 479. — 2. Les anciens n'aimaient pas à s'aventurer sur l'Euxin avant le mois de mai et après celui de septembre. — 3. Sozomène (Hisl, eccl.^ II, 6) et Philostorge {Hist. eccl.y II, 5) disent que parmi les captifs se trouvèrent des prêtres qui convertirent une grande quantité de barbares des bords du Danube et du Rhin. L'œuvre de conversion commença peut-être dès cette époque, mais petitement. Il n'y eut pas de chrétiens, avant Clovis, parmi les Franks que Sozomène semble désigner, et les Alamans se sont convertis plus tard.

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les Perses s'emparaient à cette heure, et, en venant occuper la Cappadoce, Valérien semble avoir voulu se placer entre les deux alliés.

Si Ton croyait que c'est prêter à ces barbares des combinaisons trop vastes, nous rappellerions les émissaires envoyés par les Daces aux Arsacides, sous le règne de Trajan. Il ne fallait pas aux Amales de grands efforts dïntelligonce politique pour comprendre et suivre la tradition de Décébale K

Sapor avait fait assassiner le roi d'Arménie, Ghosroës*, qu'il remplaça par un de ses partisans. Durant plus d'un quart de siècle, ce pays fut comme une province persane à Textrôme douleur de ses habitants, car les Perses persécutaient tous ceux qui tenaient aux coutumes nationales; ils abattaient les édifices du culte public, les temples du Soleil et de la Lune; et le feu sacré d'Ormuzd, allumé sur les pyrés, rappelait sans cesse le triomphe d'une race et d'une religion ennemies \ C'était donc encore un boulevard de l'empire et un des meilleurs qui tombait.

La possession de l'Arménie rendait, en etfet, facile pour les Perses la conquête de la Mésopotamie ; Sapor prit les fortes places de Nisibe et de Carrhes, et, guidé en Syrie par le traître Cyriadès, qui rêvait l'empire*, il entra au printemps de 255 dans Antioche, où sa colère frappa les monuments et les hommes *. La situation était donc très-menaçante, et elle était due à ceux qui, en moins de quarante années, avaient provoqué ou accompli dix révolutions militaires.

1. Voy. t. IV, p. 297. Pline avait arrêté en Bithynie un émissaire de Décébale à Ghosroës. Sous Marc-Âurèle, la puissante ligue marcomannique se forme en 165, peu de temps après les grands succès de Vologèse sur TArménieet sur les légions syriennes. (/6id., p. 438.) — 2. Leûls de Ghosroës, Tiridate, fut sauvé par les satrapes, qui l'envoyèrent à Rome; en 286, Dioctétien le ramena sur le trône de ses pères. (Moïse de Khor., Hist. A^^meniacaj H, 69-75.) — 3. D'après les paroles de Moïse de Khorène, on devrait placer cet événement en 259, mais il est certainement antérieur de plusieurs années, — 4. Treb. Poil., Tyr. Trig.j 1. — 5. Peut-être en 256. La Chronique d'Eusèbe met cet événement en 258; il est impossible de fixer exactement la chronologie de cette époque.

Les Romains, restés mattres d'Édesse, barraient à Tannée persane une des routes de TAsie Mineure, et les Pyles Ciliciennes, sans doute alors bien gardées, fermaient l'autre. Sapor, avec sa mauvaise infanterie •, n'était point capable de forcer le passage des montagnes. Il ne pouvait donc empêcher une armée romaine de descendre en Syrie ; Valérien, en effet, rentra sans combat dans Antioche. L'apparition des Goths en Bithynie l'obligea de retourner dans l'Asie Mineure, « où il ne fit rien, dit Zosime, que d'incommoder les peuples par son passage. » Leur retraite lui permit de quitter enfin la Cappadoce et de marcher sur Édesse qui, bloquée depuis plusieurs années, tenait toujours. Mais la peste avait décimé ses troupes. Une défaite qu'il éprouva et les clameurs de l'armée le décidèrent à traiter. Sapor ayant refusé de recevoir ses envoyés, il lui demanda une entrevue personnelle : c'était renouveler la faute de Crassus. Quand l'astucieux barbare vit l'empereur venir à lui mal accompagné, il le fit enlever par sa cavalerie et le retint prisonnier (260) *. Celte captivité dura pour Valérien six années avec d'indignes outrages, et, après sa mort', sa peau tannée, empaillée et teinte en rouge, fut suspendue à la voûte du principal temple de Perse où elle resta plusieurs siècles ** Les rochers de Nakshi-Roustan et de Schahpûr ont gardé le souvenir de cette grande humiliation romaine, et les cavaliers qu'on y voit, foulant des légionnaires aux pieds de leurs chevaux, ont peut-être donné naissance à la légende

1. Sur l'infanterie persane, voy. Âmm. Marc, XXIII, 6. — 2. C'est le récit de Zosime (I, 3). Zonare (XII, 23) parle d'un combat et d'une défaite. 11 ajoute qu'on gardait aussi le souvenir d'une révolte de l'armée qui aurait forcé Valérien à se réfugier près de Sapor, npoç xov £aita>pY)v xaxéçuYÉv. — 3. Âgathias dit môme qu'il fut écorché vif. — 4. Quelle est, dans ce récit, la part de la légende et celle de la vérité? On ne saurait le dire. Mais une lettre de Constantin à un autre Sapor, citée par Eusèbe (Vita Const,, IV, 11), et les paroles de Galère à Narsès, rapportées par Pierre le Patrice {Excerpta de Légat., dans la byzantine), attestent que Valérien a certainement subi la plus humiliante des captivités; elle dura, selon IsiChronique d'Alexandrie. jusqu'en 269. Mais Treb. Pollion {Tyr. trig.j 14) met la mort de Valérien avant celle d'Odenath, par conséquent en 266 ....iratum fuisse reipublica deum credo, gui, tnir'*crto Vaieriano^ noluit Odenatum reservari.

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qui raconte que Sapor se servait de Tempereur romain comme d'un marchepied pour monter à cheval ^

Sapor profita de la consternation jetée dans l'armée romaine par cet événement pour essayer de prendre Tempire après Tempereur. Un jour que les habitants d'Antioche regardaient au théâtre le jeu des mimes, un de ceux-ci s'écria tout à coup : « Je rêve, ou voici les Perses; » quelques instants après, les flèches tombaient au milieu de la foule, et la ville, qui se relevait de ses ruines, était de nouveau saccagée*. L'épouvante gagna encore une fois toutes ces provinces. On prétendit qu'Émèse avait été sauvée par son dieu*. Sans doute le gros des forces persanes était dans le nord de la province, et il n'arriva du côté de la ville sainte qu'un détachement auquel il fut facile de résister; ou bien Sapor, par politique, respecta un temple, objet de la vénération des peuples de cette région.

Toute Tattention des Perses se tournait vers TAsie Mineure; elle conquise, le reste tombait de soi-même. Ils franchirent, sans y trouver de résistance, les passes de Cilicie, prirent la grande ville de Tarse et assiégèrent la capitale de la Cappadoce, Gésarée, à laquelle on donne, pour ce temps-là, quatre cent mille habitants. Elle résista longtemps, jusqu'à ce qu'un prisonnier, pour échapper aux tortures qu'on lui infligeait, indiqua un endroit mal gardé, par où les assiégeants entrèrent de nuit dans la place. Ils avaient ordre de saisir vivant le brave Démosthène, qui avait dirigé la défense; mais, monté sur un vigoureux cheval, il se précipita au milieu d'eux, en tua plusieurs et se fit jour*. Deux années plus tôt, les Perses auraient pu, de la Cappadoce, donner la main aux Goths, maîtres de la Bithynie. Mais cette assis-

1. Le bas-relief de Darabgerd montre Sapor foulant aux pieds de son cheval un homme renversé, sur la tête duquel on a cru voir un reste de couronne de laurier. (Flandin, Perse ancienne, pi. xxxiii.) Mais c'était un symbole de victoire fort usité chez les Perses, et l'on ne saurait en conclure que cette sculpture représentât une action réelle. — 2. Âmm. Marc, XXHI, 5. — 3. Jean Malalas. — 4. Zonare, XH, 23.

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tance des barbares du Nord n'était même pas nécessaire aux barbares du Sud, pour atteindre la Propontide et la mer des Cyclades. L^épouvante les précédait. « Us se seraient, dit Zosime, rendus facilement maîtres de toute TAsie, s'ils n'eussent été pressés d'aller jouir chez eux de leur victoire et d'y porter leur butina >> Après leur départ, les Syriens se vengèrent du traître Cyriadès', qui avait pris le titre d'auguste : ils le brûlèrent vivant.

On dit que Sapor ayant annoncé sa victoire à tous les peuples voisins ou alliés, ceux-ci, effrayés de ce grand triomphe, cachèrent leurs craintes sous des conseils de modération philosophique qu'ils lui envoyèrent en ré~ ponse'. Le fils de Valérien n'eut pas besoin des consolations de la sagesse pour calmer une douleur qu'il n'éprouvait pas. « Je savais bien, dit-il, que mon père était mortel : d'ailleurs, il est tombé en homme de cœur ; » et il en fit un dieu. On pardonnerait peut-être ces paroles à Gallien, s'il les avait fait suivre d'actes énergiques pour venger son père et l'empire; mais ce prétendu stoïcisme n'était qu'une lâcheté impie.

Persécution de VÈglise sous Valérien. — Le règne de Valérien est marqué par la plus cruelle persécution que l'Église eût encore soufferte. En voyant les barbares menacer le cœur de l'Italie et ravager les deux tiers de l'empire, la colère des païens se tourna contre ce peuple étranger, qui vivait au milieu d'eux, indifférent à leurs douleurs et refusant de s'armer contre l'ennemi public. Comme si les empereurs étaient entrés à regret dans cette voie , leurs premières lettres interdirent seulement les assemblées des chrétiens et l'entrée des cimetières; elles ne contraignaient personne à renoncer au Christ, mais obligeaient tout le monde à se conformer aux céré-

l. Ammien Marcellin (XXIU, 5) parle aussi de cette retraite précipitée.— 2. Ou Mariadès. Cf. Fragm. hist, Grgsc, t. IV, p. 192 (Didot). — 3. Ces lettres ont été évidemment fabriquées, car les archives de la Perse n'ont pas été ouvertes aux écrivains de VHistoire AiiQustc,

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