‹ Histoire des Romains: depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des AntoninsChapitre 24 sur 40 · L'EMPIRE DE 249 A · texte numérisé non relu

L'EMPIRE DE 249 A

monies romaines, ce qui, au fond, eût été l'équivalent de Tapostasie; enfin elles ne punissaient encore les contrevenants que de Texil. Les actes de Cyprien montrent cette première phase de la persécution, qui semble n'avoir pas frappé en dehors du clergé.

« Sous le quatrième consulat de l'empereur Valérien et le troisième de Gallien, le 3 des calendes de septembre (30 août 257), dans la salle d'audience à Carthage, le proconsul Paternus a dit à l'évêque Cyprien : « Les trèsce saints empereurs Valérien et Gallien ont daigné m'acc dresser des lettres où ils ordonnent à quiconque ne « professe pas la religion des Romains d'en observer sans « délai toutes les cérémonies. Je vous ai donc fait citer « pour connaître vos intentions : qu'avez-vous à répon- « dre? » L'évoque Cyprien a dit : « Je suis chrétien et « évoque; je ne connais d'autre Dieu que le Dieu unique « et véritable qui a fait le ciel et la terre, la mer et tout ce ce qu'ils renferment. C'est ce Dieu que nous servons, « nous chrétiens; c'est lui que nous prions nuit et jour, « pour nous-mêmes et pour tous les hommes, en particu- « lier pour le salut des empereurs. » Le proconsul Paternus a dit : « Persistez-vous dans cette résolution? » L'évoque Cyprien a répondu : « La bonne volonté qui a ce une fois connu Dieu, ne change pas. » Le proconsul Paternus a dit : ce Vous pouvez donc vous disposer à partir ce en exil pour la ville de Curubis : ainsi l'ordonnent Valécc rien et Gallien. » L'évoque Cyprien a dit : « Je suis tout ce prêt à partir. » Le proconsul Paternus a dit : ce Les ce ordres que j'ai reçus ne concernent pas seulement les ce évoques, mais encore les prêtres. Je veux donc savoir ce de vous le nom des prêtres établis en cette ville. » L'évêque Cyprien a répondu : ce Vos lois ont sagement et ce utilement proscrit la délation : je ne puis donc vous ce faire connaître ni vous déférer ceux dont vous me ce parlez ; vous les trouverez dans les villes où ils denieu- <c rent. » Le proconsul Paternus a dit : ce Je veux qu'ils se ce présentent aujourd'hui même dans ce lieu. » Cyprien a

dit : ce La discipline leur défend de se livrer eux-mêmes, a et, en cela, vous ne sauriez improuver leur conduite: « mais faites-les chercher, vous les trouverez. » Le proconsul Paternus a dit : « N'ayez pas peur, je saurai « les trouver. » Puis il a ajouté : « Les empereurs inter- « disent également les réunions dans n'importe quel lieu « et rentrée des cimetières. Quiconque violera cette sage « défense sera puni de mort. » L'évêque Gyprien a répondu : « Faites ce qui vous est ordonné*. »

Le successeur de Paternus leva la sentence d'exil portée contre Gyprien et lui permit de résider aux portes de Garthage, dans une maison qui appartenait à l'évêque. Mais les calamités de l'empire augmentaient. Des princes qui ne savaient pas s'aider eux-mêmes crurent obtenir l'assistance du ciel en vengeant leurs dieux. Au milieu de Tannée 258, Valérien envoya au sénat le rescrit suivant :

a Les évêques, les prêtres et les diacres seront punis de mort; les sénateurs, dignitaires et chevaliers, dégradés et dépouillés de leurs biens. S'ils persévèrent, la mort. Les femmes de condition seront bannies ; les affranchis du palais, envoyés comme esclaves sur les domaines de l'empereur*. »

Nous rapporterons encore le dernier interrogatoire de Gyprien, qui montre la procédure suivie partout contre les martyrs :

a Le proconsul Galerius Maximus a dit à Gyprien : « Vous êtes Thascius Gyprianus? » L'évêque a répondu :

1. Freppel, Saint Cyprien, p. 477-78, d'après les actes proconsulaires du martyre de saint Gyprien. Denys, évêque d'Alexandrie, ne fut aussi qu'exilé dans le désert de Libye, à trois journées de Paretonium. (Eus., Hisi.eccl.f Vil, 11.) Interrogé par le préfet d'Egypte, il avait fait la réponse fameuse par laquelle le lien social peut être toujours brisé : « Il faut obéir à Dieu « plutôt qu'aux hommes » (id., ibid.), c'est-à-dire à ses idées personnelles, et non pas à la loi commune. Dans le cas des chrétiens, l'État avait tort, et leur résistance était légitime; mais la formule était dangereuse, car elle ne servira pas toujours à sauvegarder des droits qui doivent ôtre touyours sacrés, ceux de la conscience. — 2. S. Gypr.| Ep, 82, à Succ€9$U8, L'édit de Valérien s'y trouve.

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« Je le suis. » Le proconsul a dit : « Vous êtes le pape « de ces hommes sacrilèges? — Je le suis. — Les trèsce saints empereurs vous ordonnent de sacrifier aux « dieux. — Je ne le ferai point. — Consultez-vous. — « Faites ce qui vous est ordonné ; dans une chose si juste, « il n'y a pas à délibérer. » Galerius Maximus, après avoir pris l'avis de son conseil, s'est exprimé en ces termes : « Depuis longtemps vous vivez dans des sentiments sa- « criléges; vous avez fait entrer beaucoup d'hommes dans « cette conspiration impie, vous mettant ainsi en hosti- « lîté avec les dieux de Rome et les lois religieuses, sans « que les pieux et très-saints princes Valérien et Gallien « auguste, et le très-illustre Valérien césar, aient pu « vous ramener à la pratique de leurs cérémonies. Voilà a pourquoi, étant Tauteur des forfaits les plus noirs et le a porte-étendard de la secte, vous servirez d'exemple à a ceux que vous vous êtes agrégés par vos manœuvres « criminelles; votre sang sera la sanction de la loi. » Cela dit, il a pris des tablettes pour y écrire cette sentence qu'il a lue à haute voix : « Nous condamnons « Thascius Cyprianus à être décapité. » L'évoque a dit : «Dieu soit loué M » Les gardes l'emmenèrent. Arrivé au lieu du supplice, Cyprien ôta son manteau, s'agenouilla et pria quelque temps. Puis il donna sa dalmatique aux diacres, se banda les yeux et commanda aux siens de remettre après sa mort vingt-cinq pièces d'or au bourreau. Autour de lui les frères étendaient des linges pour recueillir le sang du martyr. L'exécuteur tremblait en frappant le coup mortel : tous les païens auraient dû trembler comme lui devant ces morts triomphantes (14 sept. 258). Cyprien était parmi les privilégiés : il avait la fin la moins cruelle ; mais d'autres étaient brûlés vifs, comme l'évêque de Tarragone, ou jetés aux bêtes. Rome paya largement la dette du sang : le pape, saint Sixte, fut frappé un des premiers ; dans toutes les chrétientés,

1. Freppel, Saint Cyprien, p. 490-491; d'après les actes proconsulaires du martyre de saint Cyprien.

beaucoup de prêtres, de diacres et de fidèles, même des femmes, périrent*.

L'empire se déchirait de ses mains, comme si ce n'était pas assez pour sa ruine, de la peste, de la famine et des barbares qui paraissaient aux chrétiens « avoir été déchaînés par Dieu, pour ce jour de colère^ ».

Gallien eut un mérite : il comprit que cette persécution était inique autant qu'inutile, et, dès qu'il fut seul maître, il ordonna de rendre aux chrétiens leurs cimetières, leurs biens et la liberté de leur culte ^ C'était une guerre de moins dans l'empire. Malheureusement il en restait bien d'autres.

Odenath; défaite de Sapor. — Lorsque l'imprudence de Valérien avait livré la Syrie aux Perses, il se trouvait en Orient deux hommes renommés pour leurs talents militaires : Macrien, le principal lieutenant de l'empereur captif, et Balista, ancien préfet du prétoire. Ils réunirent les débris de l'armée d'Édesse et cherchèrent, à Samosate, dans l'angle étroit que forme le mont Amanus et l'Euphrale, au nord de la Gommagène, une retraite qu'il fût aisé de défendre *. Peu à peu, le cœur revint aux Romains. Balista gagna les côtes de la mer de Chypre, y réunit une flottille, où il mit quelques troupes, et fit çà et là, en Cilicie, des descentes heureuses. Gomme les Perses, dans l'orgueil de leur triomphe, dédaignaient toute prudence, il surprit plusieurs fois leurs bandes et en tua beaucoup.

Mais la meilleure assistance vint d'un côté où l'empire ne l'attendait pas. Il a déjà été souvent question dans cette histoire de Palmyre, de ses richesses, de sa nombreuse population et d'une famille qui y avait pris le premier rang, celle des Odenath*. Les Palmyréens avaient besoin pour leur commerce de l'amitié de Sapor.

1. Pour le détail de cette persécution^ voy. Tillem., IH, p. 415-440. — 2. Orose, VII, 22. — 3. Eus., Hist. eccL, VII, 13. — 4. Fragm. hist. Grœc., t. IV, p. 193 (Didot). — 5. Tome IV, p. 366, et ci-dessus, p. 66 et suiv.

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Ils lui envoyèrent des ambassadeurs avec de riches présents, pour solliciter son amitié. Le roi fît jeter les cadeaux au fleuve, déchira la lettre que les députés lui avaient remise et exigea une absolue soumission*. Palmyre avait alors comme chef, ou prince de son sénat, un homme intelligent et résolu, très-riche et très-influent, Septimius Odenath. Dans les moments de crise, les hommes supérieurs prennent naturellement leur place. Odenath persuada à ses compatriotes qu'on ne répondait que par la guerre à des insultes qui étaient une menace certaine pour leur indépendance, et cette guerre, il l'organisa aussitôt d'une manière formidable. Les caravanes avaient fait la fortune de Palmyre. Pour les conduire, elle avait dû s'entendre avec les Arabes du désert de Syrie, qui tous, de l'Oronle au Pasitigre, étaient dans ses intérêts. Odenath rappela à leurs scheiks la destruction de la ville arabe d'Atra par Sapor; il montra leur liberté, leurs richesses perdues, si l'orgueilleux prince chassait les Romains de l'Asie. L'Arabe a deux passions : la religion et le commerce. Mahomet ne lui avait pas encore donné l'une, mais Tautre avait été singulièrement développée par les profits que les denrées qui s'échangeaient entre les deux empires laissaient aux mains des convoyeurs. Ils accoururent en foule autour du « prince de Palmyre », et nous allons les voir élever un premier empire arabe.

Palmyre avait une garnison romaine permanente; cette troupe servit de noyau à la nouvelle armée. Les fugitifs épars dans la Syrie s'y rallièrent, et Odenath y joignit ses Arabes. Les succès de Balista avaient compromis la situation des Perses en Syrie, leur ligne de retraite était menacée au sud par les armements de Palmyre, au nord par la garnison d'Édesse, que les troupes de Samosate venaient sans doute de rejoindre, et, sur cette terre trop romaine, l'inquiétude commençait à les prendre. Sapor

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