Treb. Poil., Tyr. trig.j 10. — 2. Eulrope et Aur. Victor
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Un seul de ces parvenus, précipités si vite, nous intéresse, le roi de Palmyre, le fondateur d'un État à demi arabe, qui, s'il avait pu se consolider, aurait changé la face de TOrient. Pour cela, il était nécessaire qu'Odenath vécût, et, comme tous les autres, il fut assassiné. Nous reviendrons sur cette mort et sur ce royaume dans l'histoire d'Aurélien.
Que faisait Gallien au milieu de ces catastrophes? Un ancien Taccable de toutes les malédictions^; un autre le représente travaillant à force de courage et de persévérance à conjurer les malheurs publics*. Quand arriva la nouvelle de la défection des Gaules et de TÉgypte : « Ne peut-on vivre, lui fait dire Pollion, sans le Un d'Egypte et les draps d'Ârras ? » Cependant il ne manquait pas de courage ; il aimait la poésie, l'éloquence, les arts, et il fut sur le point, à la demande de l'impératrice Salonina, de donner à Plotin un canton de la Gampanie pour y essayer la république de Platon. Mais que nous importent ces dons de l'esprit, riche et charmante décoration des règnes heureux? En un pareil temps, il fallait à l'empire, non pas un faiseur de vers latins et grecs, mais un soldat. Gallien aurait pu régner, comme régneront bientôt Aurélien, Probus et Dioclétien. S'il ne l'a point fait, c'est qu'il en était incapable : laissons-lui donc sa mauvaise réputation.
Les Gothsen Grèce; mort de Gallien. — En 267, Aureolus, ancien berger de Dacie', mais brave soldat, le vainqueur de Macrien dans la Thrace et l'adversaire de Postume dans la Gaule, fut chargé de garder, avec une armée, les passages des Alpes occidentales contre Victorinus, tandis que Gallien irait chasser les barbares de rillyrie, où ils avaient reparu. Ils venaient de loin. De la
1. Treb. Pollion, dans V Histoire Auguste. Il écrivait au temps du césar Constance» qui descendait de Claude ll{Gall.j 14), et Claude fit tuer Gallien. Celui-ci devait donc être pour. Pollion un condamné, comme il l'avait été pour Claude. — ;;2. Zosime. — 3. Zonare, XII, 24.
mer d'Azofî étaient partis cinq cents navires, où aucune force n'était perdue, car ils portaient de nombreux guerriers * qui, à la mer, servaient de rameurs, et, à terre, de combattants. Ils franchirent le Bosphore, la Propontide et THellespont, tuant et pillant. Quand Mithridate assiégea Cyzique, elle avait trois arsenaux remplis d'armes, de blés, de machines de guerre et, dans son port, deux cents galères de combat. Malgré tant d'avertissements sinistres, donnés depuis trente ans à ces populations, les Goths n'y trouvèrent aucun préparatif de défense. La ville fut pillée; Lemnos, Scyros, eurent le même sort. Le Péloponnèse, TÉpire, furent ravagés, et une de leurs bandes surprit Athènes, d'où la population s'enfuit. Un moine du douzième siècle raconte que les Goths, ayant réuni en un bûcher tous les livres trouvés dans la ville, allaient livrer aux flammes ces produits d'une civilisation qu'ils méprisaient, lorsqu'un de leurs chefs les en détourna. « Laissons aux Grecs, leur dit-il, ces livres qui les amollissent et les déshabituent des armes. » Montaigne a repris * cette boutade du moine, et Rousseau Ta répétée après lui. Les Goths ne faisaient pas tant de philosophie. Un Athénien d'ailleurs leur prouva qu'on pouvait être brave et lettré : Cléodémos, dit Zonare, réunit les fugitifs, arma quelques navires et tua' bon nombre des maraudeurs, qui s'enfuirent à leur tour*. Zonare se trompe sur l'auteur de ce coup hardi : ce fut l'historien Dexippos. La ville ayant été enlevée par surprise, deux mille Athéniens réfugiés sur une montagne boisée y résistèrent à toutes les attaques. Des Grecs accoururent h, « ce camp du refuge » ; on fit des sorties heureuses, et quelques galères impériales, qui survinrent, brisèrent les
1. Gibbon dit quinze mille, en s'appuyant d'un texte de Str^bon^ qui donne vingt-cinq à trente hommes d'équipage aux bateaux de TEuxin. Mais rien ne prouve que^ trois siècles après Strabon, ces navires n'étaient pas plus grands. — 2. Essais , I, 24. C'est le souvenir classique des paroles rapportées par Gicéron au de Sert,, 13, à propos des doctrines d'Épicure. — 3. Zon., XII, 26.
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embarcations des barbares. Ceux-ci ne s'en mirent pas en peine : ils allèrent rejoindre ceux de leurs compagnons qui pillaient le Péloponnèse et la Béotie, entrèrent par l'Acarnanie dans TÉpire et formèrent l'audacieux projet de retourner chez eux par rillyricum. C'est pour les arrêter que Gallien y était venu. Il détruisit quelques-unes de leurs bandes, en acheta d'autres et fit consul un de leurs chefs. Nous serions tentés de croire qu'il mit une toge consulaire sur les épaules de cet Hérule avec le môme sentiment que nous donnons un chapeau à plumes à un roi nègre de la côte d'Afrique. Mais le gendre des Marcomans, qui avait laissé prendre une si grande influence à Pipa, sa jeune épouse barbare*, voulut que cette cérémonie eût toute la gravité officielle, et le fait est plus important qu'il ne paraît d'abord. Nous savions déjà que les barbares, admis dans les troupes auxiliaires, puis faits citoyens, remplissaient les légions. Voici qu'ils passent, sans transition, de la barbarie au consulat. L'invasion se faisait par en bas; elle va aussi se faire par en haut % et, en conséquence de cette lente mais continuelle infiltration, elle se trouvera accomplie le jour où elle paraîtra commencer, avec l'attaque furieuse de 405. Voilà pourquoi tout ira déclinant durant deux siècles dans cet empire, romain encore à la surface, au fond pénétré de jour en jour davantage d'éléments germaniques'.
Pendant que Gallien guerroyait en Illyrie, Aureolus trouva l'occasion propice pour soulever l'Italie et se saisir de Rome. L'empereur le vainquit à Pontirolo {Pons Aureoli)y sur l'Adda, et l'assiégea dans Milan. Mais, au milieu de son propre camp, Aurélien, Heraclius, Claude, les
1 quam is perdile dilexerit. Pour lui plairC; il semait lui-môme sa
notre chevelure de poudre d'or et voulait que ses amis s'accommodassent ainsi. Gallienus cum suis semper flavo crinem condit (Treb. Poil., Salon. Gall.j 3). — 2. Voyez, p. 300, quels lieutenants Valérien donne à Aurélien. — 3. Une médaille de cette année se rapporte à un succès naval obtenu par les Goths qui, revenant d'Asie chargés de dépouilles, furent battus d'une tempête sur l'Euxin et ensuite par une flottille romaine. (Eckh., VII, 394, et Treb. Poil., Ga«., 12.)
chefs les plus importants de Tarmée, conspiraient contre le prince violent et efféminé sous qui Tempire était tombé si bas. Un jour qu'à la nouvelle d'une sortie tentée par Aureolus, Gallien s'était jeté sans armes sur un cheval, un conjuré le perça d'un trait (22 mars 268). Son frère Valerianus fut tué après lui. Celui-ci était un doux et brillant jeune homme, qui, moissonné à Tâge des espérances, laissa une mémoire aimée. Claude avait ordonné sa 'mort par «raison d'État»; il lui éleva un sépulcre sur lequel il fit graver ces mots où Ton voudrait sentir un regret à demi étouffé : Valerianus^ imperator^. On a pu remarquer que toute la défense sous ce règne s'arrête au Danube et au Rhin : cela signifie que les terres décumates et la Dacie, d'où le haut empire tenait la barbarie en bride, étaient perdues '. Les troupes romaines ne savaient même plus garder la ligne des deux fleuves, que des bandes armées franchissaient incessamment, dans rinlervalle des grandes invasions, de sorte que l'inquiétude était partout. C'est l'état où se trouvera la France à l'époque des incursions normandes. Aussi, comme on le fera à l'origine des temps féodaux et par les mêmes raisons, les provinces se couvraient de châteaux forts, et ou s'occupait de relever les murailles des villes, au cœur même de l'empire. Gallien reconstruisit celles de Vérone, la porte de l'Italie % et chargea deux ingénieurs de Byzance de fortifier les places de la Mœsie * ; Claude II rebâtira les mursdeNicée% et Aurélien, Probus,
1. Treb. Poil., Valeriani diio, 8. Il était fils d'une seconde femme de Valérien. Eckhel (VU, 427-435) croit qu'il ne fut jamais ni césar ni auguste. Le mot imperator ne serait [plus alors que le titre militaire. Zonare dit qu'un second fils de Gallien fut mis à mort par ordre du sénat. — 2. Aur. Victor, Eutrope et Orose (VII, 22) mettent sous ce règne la perte de la Dacie. La série des monnaies d'Odessus (près de Varna), qui commence à Trajan et s'arrête à Salonina, femme de Gallien, prouve que cette partie de la Mœsie, où les Goths avaient détruit Istria, tendait à se détacher de l'empire. — 3. Vérone en prit son nom. — 4. Treb. Poil., GalL, 13:.... inslaurandis urbibus muniendisque praefecit. Un de ces ingénieurs s'appelait Athénée, et nous avons d'un auteur de ce nom, dans les Malhematici veteresy 1693, un traité sur les machines de guerre. — 5. Lctronne, Journal des Savants j 1827.
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ont certainement continué ces travaux de défense. Les empereurs des deux premiers siècles n'avaient pas eu besoin de tant de prudence, parce qu'ils avaient fait de l'empire une immense cité, paisible et laborieuse, dont il avait suffi de couvrir les approches par des avancées, que des soldats disciplinés rendaient inabordables. Les deux époques sont caractérisées par leurs monuments : dans Tune, les œuvres de la paix, de la force et de la confiance ; dans l'autre, les œuvres de la guerre, de la faiblesse et de l'effroi.