‹ Histoire des Romains: depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du règne des AntoninsChapitre 29 sur 40 · Â 18 milles à Touesl de Varna · texte numérisé non relu

 18 milles à Touesl de Varna

des Espagnes qui sont les forces de Tempire, et, ce que j'ai honte d'écrire, tous nos archers servent sous Zénobie. Si peu que nous fassions, nos succès seront assez grands ^»

Claude prit de sages mesures. Il ne marcha pas droit à la rencontre de cette masse énorme. Laissant son frère Quintillus, à la tête de forces considérables, autour d'Aquilée, pour lenir fermée cette porte de l'Italie, il traversa rillyrie, entra en Macédoine par la passe de Scupi et s'arrêta dans la haute vallée de l'Axios. Il se plaçait ainsi entre la flotte des Goths et leur armée de terre. Couvert contre celle-ci parle mont Orbélos, il pouvait, par l'Axios, qui débouche au fond du golfe Thermaïque, surveiller ce qui se passait à la côte. Si les machines, que les barbares avaient fait construire par des transfuges, avaient raison de la résistance des habitants de Thessalonique, l'empereur était en état d'empêcher les vainqueurs de s'étendre dans la Macédoine et de rejoindre leurs frères. Cette position lui permettait donc d'attendre son heure pour frapper le coup décisif.

Mais les Goths ne savaient pas prendre de vive force une ville bien défendue et n'avaient pas la patience nécessaire pour la réduire par la famine ^ A la nouvelle de l'approche de Claude, ils marchèrent audacieusement à sa rencontre; Aurélien, qu'il avait nommé maître de la cavalerie, les arrêta par un combat dans lequel les cavaliers dalmates se signalèrent. Trois mille Goths furent tués ; on en prit bien davantage, et Claude, rendu libre de ses mouvements au nord, par le désarroi de l'ennemi au sud, passa les monts pour aller chercher la grande armée dans la vallée du Margus. La bataille eut lieu près de Naïssus (Nissa) ; elle fut longue et sanglante. Un corps, qui put opérer par une route non gardée, tourna l'ennemi

1 . Treb. Poil., Claud., 7. — 2. Pour conserver le souvenir de la courageuse résistance de Thessalonique, on frappa une médaille de bronze en l'honneur du dieu Cabirus, DEO CABIRO, la divinité protectrice de la ville, qui lui était venue sans doute de Samothrace, le sanctuaire des Cabircs. Cf. Eckh., VII, 472.

et le prit à dos. Cette manœuvre fut désastreuse pour les barbares : cinquante mille restèrent sur la place (269)^; les autres, coupés de la vallée du Danube, se jetèrent en diverses bandes sur la Macédoine etlaThrace. Les légions se divisèrent pour les suivre; la guerre s'éparpilla, et il devint impossible de renouveler le coup frappé à Naïssus. De temps en temps, les barbares s'arrêtaient derrière l'enceinte de leurs chariots, fortification mobile qui protégeait leur marche et d'où, plus d'une fois, ils firent des sorties heureuses contre ceux des Romains qui s'aventuraient en trop petit nombre dans leur voisinage. Cependant, décimés par ces continuelles attaques, par la faim, par les maladies, ils périssaient en foule. Une troupe assez nombreuse parvint à se réfugier dans les Balkans. Les Romains survinrent encore et occupèrent les issues de la montagne où, durant un hiver rigoureux, les vivres manquèrent. Pour en finir, Claude entra dans les défilés et les y força (270).

L'empereur rédigea son bulletin de victoire avec une emphase que cette fois on pardonne : « Nous avons détruit toute l'armée gothique et coulé ses deux mille navires. L'eau du fleuve se cache sous les boucliers qu'elle roule, les rivages sous les épées et les lances brisées, les champs sous les os des morts. Tous les chemins sont encombrés par Timmense bagage qu'ils ont abandonné * ».

La flotte impériale avait eu raison, elle aussi, de ce qu'il restait de navires sortis du Dniester'; de sorte que, de cette multitude immense, bien peu revirent les lieux qu'ils avaient quittés une année auparavant, si pleins d'audace et d'espérance. Ceux qui n'avaient pas péri allèrent cultiver comme esclaves les terres des vainqueurs, tandis que leurs femmes étaient distribuées entre les soldats romains. Un certain nombre de jeunes barbares

1. On a des médailles de Claude de cette année qui le représentent capiie radialo. (Eckh., VU, 471.) — 2. Epislola ad Jun. Brocchum Hlyricwn iup.ntem (Treb. Poil., Claud., 8).— 3. Zon., XII, 26.

furent enrôlés dans les cohortes; d'autres envoyés à Rome pour les jeux de l'amphithéâtre. La capitale, sans doute, ne fut pas sieule honorée d'un « présent de gladiateurs ». Claude dut faire même grâce à plusieurs cités, afin que toute ritalie vît servir à ses plaisirs ces Goths qui, durant une génération entière, lui avaient inspiré tant de terreur *.

La large saignée faite h la nation gothique allait assurer un siècle de tranquillité à la Mœsie. Mais le prince qui avait repoussé Cette première et formidable invasion tomba dans son triomphe. La peste l'avait aidé à délivrer les provinces : elle l'emporta lui-même à Sirmium ^avril 270). Il n'avait que cinquante-quatre ans, et sa verte vieillesse^ promettait à Tempire un règne réparateur : car il aimait la justice, il voulait la discipline et il était de ceux qui savent la maintenir. Au milieu de ces ambitieux surnoms que tant d'empereurs reçurent pour de réelles, plus souvent pour de problématiques victoires, l'historien doit mettre à la place la plus honorable celui de Claude le Gothique ^ Les peuples gardèrent sa mémoire; sous Constantin, Eumène disait encore : « Que n'est-il resté plus longtemps le sauveur des hommes et devenu plus tard le compagnon des dieux*! »

A la nouvelle de la mort de Claude, les légions d'Aquilée proclamèrent son frère M. Aurelius Quintillus, que le sénat se hâta de reconnaître. Les soldats de Pannonie avaient mieux choisi en prenant Aurélien ', que, suivant certains récits, Claude lui-même avait désigné pour son successeur. Telle était la renommée de ce chef, que son

1. Trebellius Pollion parle aussi {Claud., 9) d'immenses troupoaux de bœufs et de moutons et equarum quas fama nobilitat Celticarum. — 2. Une médaille de Claude porte en légende IVVENTAS AVG. pour peindre sa verte vieillesse, comme dit Virgile, ^n.j VI, 304 :

Jam senior j sed cruda deo, viridisque sencctus,

— 3. Une autre médaille lui donne aussi le titre de Germanicus maximus. **- 4. Panegyr. Conslantinij 2. — 5. C'est le récit de Zonare ; Zosime ne fait arriver Aurélien à l'empire qu'après la mort de Quintillus.

rival n'essaya pas même une lutte avec lui. Après un règne de trois semaines, selon les uns, de quelques mois, selon d'autres *, il fut mis à mort par les soldats, ou il se tua lui-même.

1 . C'est le compte de Zosime. Le nombre de monnaies de Quintillus que on possède (Eckhel, VII, 478; Cohen, V, 112-120) force d'adopter la seconde opinion, qui cadre mieux d'ailleurs avec les premiers faits du règne d'Auélien.

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