Vopisc, Tac, 6 et 7. — 2. Id., Flor
TACITE, PROBUS ET GARUS (275-28<è). 418
a fait. » Malgré son nouveau litre, le faible vieillard n'était encore pour eux que le premier des sénateurs, et ils disaient tout haut que le vrai prince, à présent, était le sénat*.
Des lettres officielles annoncèrent cette restauration de la république romaine aux principales villes de Tempire : Milan, Aquilée, Athènes, Corinthc, Thessalonique, Antioche, Alexandrie, Garthage et Trêves. Il nous en reste deux ; voici celle qui fut adressée à la capitale de l'Afrique romaine :
« Le vénérable sénat de Rome aux décurions de Garthage :
« Paix et bonheur ; sécurité et prospérité à la république et au monde romain.
« Nous avons recouvré le droit de déférer l'empire, de nommer le prince et Tauguste : c'est donc à nous que vous devez soumettre les affaires imporlantes. Les appels des jugemenis prpconsulaires et de tous les tribunaux de Tempire reviennent au préfet de la ville. Votre propre autorité est restituée en son a^icien état, puisque, en recouvrant ses droits, le premier corps de la république sauvegarde ceux des autres. » Et Ton revêtait des habits de fête, on immolait des victimes blanches, pour remercier les dieux du retour de l'antique liberté % et il était frappé des médailles où l'on promettait à ce prince, qui avait déjà un pied dans la tombe, de célébrer pour lui les (lecennaliaK Hélas! l'élection de Tacite, ces pompeux messages et ces vaines promesses furent le dernier acle politique du sénat romain.
Les prétoriens, le peuple et les armées acceptèrent l'élu des anciens maîtres de Rome*, et les habitants de l'empire lui jurèrent fidélité. Tout semblait aller à souhait. Mais des Alains, voyant l'empire sans chef et sans dé-
1 ipsum senatum principem faclum (Yopiscus, Tacit, 12). —
2 antiquitalem sibi redditam (Id., Flor., 6). — 3. Eckhcl, VII, 498.
— 4. En s'adressant aux prétoriens, Tacite dit : sanclissimi milites , et en parlant aux plébéiens, il les appelle sacratissimi Quiriles, L'emphase orientale s'étendait à toutes gens. L'Italie moderne en a gardé quelque chose.
fense, avaient envahi l'Asie Mineure, où des Goths,. cantonnés aux environs du Palus Maeotis, les suivirent. Il fallut que Tacite s'y fît porter. En Thrace, il se présenta devant Tarmée d*Aurélien, qui dut s'étonner de voir ce vieillard débile à la place où elle avait si longtemps contemplé la martiale figure du héros à la main de fer. Aussi le préfet du prétoire essaya-t-il de prévenir le mécontentement par d'humbles paroles : « Très-vertueux camarades*, dit-il, vous avez demandé un prince au sénat; la très-illustre assemblée a obéi à votre mandat et à vos volontés. Il ne m'est pas permis d'en dire davantage en présence de l'empereur qui doit veiller sur nous. Écoutez-le avec les sentiments qu'il mérite. » Tacite, à son tour, fut très-modeste; il feignit d'être l'élu des soldats et parla convenablement de son grand âge : il ne lui permettait pas d'imiter les exploits de son vaillant prédécesseur, mais il lui inspirerait les sages conseils. « Trajan aussi était vieux lorsqu'il parvint à l'empire, et il y fut appelé par le suffrage d'un seul. Aujourd'hui, c'est par vous d'abord, très- vertueux camarades, par vous qui savez apprécier les princes, c'est ensuite par le sénat que j'ai été jugé digne de ce titre. » Il était imprudent d'évoquer, au milieu de ces soldats, la grande figure du vainqueur des Germains, des Daces et de l'empire parthique. Mais un large donativum, que Tacite paya de ses deniers, fit trouver le discours éloquent.
Les barbares prétendaient avoir été appelés par le dernier prince, à titre d'auxiliaires contre la Perse; ne recevant pas la solde promise pour une expédition qui n'avait pas commencé, ils se payaient de leurs propres mains, par le pillage du Pont, de la Galatie et de la Cappadoce. De hardis coureurs pénétrèrent jusqu'en Gilicie; et il y avait à peine quelques mois qu'Aurélien était mort! Quelle vigilance de tous les instants ne fallait-il pas pour contenir ces innombrables bandits, qui rôdaient autour de