Tac., Germanie
bres guerriers ne prévalurent pas contre la discipline romaine. Depuis cette rencontre, leur nom disparut de l'histoire, comme si la nation même avait été anéantie. Probus avait promis à ses soldats une pièce d'or pour chaque tête ennemie qu'ils lui apporteraient. Quant aux prisonniers faits sur tous ces barbares, il leur donna des^ terres en Bretagne, où ils se montrèrent fidèles à celui qui aurait pu leur faire un sort rigoureux.
Après avoir apaisé en Thrace des troubles causés par les peuplades barbares de celte contrée, que la civilisation gréco-romaine n'était pas encore parvenue à transformer en laboureurs paisibles, il passa dans l'Asie Mineure (279), mit fin aux exploits d'un brigand fameux, Palfurius, et surtout à ceux des Isauriens, bandits invétérés qui pillaient sur terre et sur mer, et qu'on n'avait jamais pu réduire. Probus organisa contre eux une expédition régulière, pénétra dans leurs montagnes, fouilla toutes leurs vallées et y laissa, en se retirant, les vétérans de son armée*. Il les établit au lieu qui avait servi de principa repaire aux bandits, et leur distribua des domaines, à condition que leurs fils, à partir de leur dix-huitième année, serviraient dans les légions. C'était comme une institution de fiefs militaires. Il doit avoir imposé une condition analogue aux captifs barbares qu'il avait transportés eu Bretagne. Sévère avait donné l'exemple de cette sorte de propriété, et cet usage se multipliera.
En Syrie, Probus reçut une ambassade persane. Vararam II, qui régnait depuis 276, avait eu le temps d'apprendre ce que valaient les légions conduites par un vaillant capitaine. 11 demanda l'amitié de Probus et lui fit remettre des présents, que l'empereur renvoya avec dédain. « Je m'étonne, répondit-il, que tu m'envoies si peu, quand tout ce que tu possèdes m'appartiendra un jour. Garde-le jusqu'à ce qu'il me convienne d'aller le prendre. » C'était une rodomontade; mais l'Orient
1. Zosime, I, 69-70.11 raconte longuement la résistance désespérée qu'un de ces chefs Isauriens, Lydios, fit dans Cremna en Pisidie.
les aime, et la mise en état des forteresses romaines de la Mésopotamie, des préparatifs qui parurent menaçants *, décidèrent Vararam à ne pas relever cette insolence. Il semble même qu'un traité ait été conclu entre les deux empires *.
L'empereur alla-t-il alors en Egypte ou chargea-t-il un de ses lieutenants de demander compte à Coptos, à Ptolémaïs et aux Blemmyes de l'assistance prêtée, quelques années auparavant, à Firmus? On ne sait : mais Rome vit arriver de noirs captifs qui avaient été pris sur les confins de rÉthiopie.
Probus venait d'achever, comme l'avaient fait Aurélien, Sévère et Hadrien, la revue des frontières de l'empire; excepté celles d'Afrique où rien ne bougeait. C'était une nécessité périodique, depuis que le monde barbare était sur pied et toujours prêt à se jeter sur les provinces.
L'empereur fut rappelé en Thrace pour une opération considérable. Les invasions et les batailles, qui, depuis un demi-siècle, ne discontinuaient pas sur toute la ligne du Danube, avaient fait dans ces provinces bien des solitudes. Il se résolut à y appeler des barbares auxquels il donnerait des terres, du bétail et des instruments de culture. 11 avait déjà transporté des Lygiens et des Vandales en Bretagne et engagé des Alamans à se fixer dans les terres décumates. L'inimitié des Goths de la Dacie contre les Bastarnes, qui occupaient les Carpathes orientales, lui fournit l'occasion d'attirer dans l'empire ce dernier peuple, reste de la grande masse de nations gauloises que nous avons vues, au temps d'Alexandre et de Persée, dans la vallée du Danube.
Cent mille Bastarnes avec leurs femmes et leurs enfants s'établirent dans la Thrace, où, heureux d'échapper à leurs ennemis, ils se plièrent assez rapidement à cette vie nouvelle. Le même essai fut tenté avec des Gépides, des Gruthunges et des prisonniers franks. Ce système
1. Une monnaie de Probus porte, au revers : Exercitus Persicus, (Eckhel, vu, 504.) — 2. Factapace cum Persis (Vopisc, Prob., 18).
était dangereux: remplir les provinces frontières d'éléments étrangers, équivalait à donner aux barbares la garde des portes de Tempire; l'invasion que l'empereur lui-môme dirigeait, loin d*empôcher l'autre, qui se fit violemment un siècle plus tard, la facilita. Rome avait eu jusqu'alors une politique différente : elle latinisait les régions conquises; Probus germanisait des provinces romaines. Mais la dépopulation de l'empire * l'empêchait peut-être d'y trouver les nombreux colons, que Trajan, à une époque de grande prospérité, avait pu facilement y prendre.
Ces barbares internés dans les provinces n'acceptaient pas toujours leur exil. Les Gépides et les Gruthunges voulurent continuer en Thrace leur vie nomade ; ils se jetèrent à travers les cultures et commirent tant de désordres, qu'il fallut en tuer bon nombre et prendre contre le reste des mesures rigoureuses. Les Franks firent mieux : relégués sur le Pont-Euxin, ils se saisirent, dit Zosime, de quelques barques, franchirent le Bosphore et, après avoir ravagé sur leur route les côtes de l'Asie Mineure et de la Grèce, pillé Athènes, Syracuse et Carthage, ils allèrent, par le détroit d'Hercule, en tournant l'Espagne et la Gaule, regagner les bouches du Rhin, où ils racontèrent à leurs compatriotes étonnés, qu'ils avaient impunément traversé tout le grand empire. Révélation fatale, trop bien entendue des Frisons et des Saxons, qui commencèrent vers ce temps à désoler, par leurs pirateries, les côtes des provinces occidentales. D'autres dangers étaient à craindre de la part des barbares destinés aux jeux du cirque. Ces hommes qui versaient si aisément leur sang répugnaient au métier d'amuseurs de la populace. Probus en avait réservé bon nombre pour les fêtes qu'il devait à Rome après ses victoires ; ils brisèrent leurs chaînes, et il fallut un combat en règle pour avoir raison de ces braves gens.