CHAPITRE LXIV
sévère; son administration.
L'Orient pacifié et organisé, Sévère regagna ritalie par l'Asie Mineure et la Thrace, car on a un rescrit impérial daté de Sirmium, le 18 mars 202*. Comme Hadrien encore, il n*était pas pressé de retrouver la capitale, ses fêtes et ses intrigues. Il lui semblait plus utile d'inspecter celte frontière du Danube qu'il n'avait pas vue depuis neuf années et les armées de Mœsie et de Pannonie auxquelles il devait son élévation*. « Partout, dit Hérodien, il remit Tordre dans les provinces ^ » Nous admettons cette affirmation comme très-fondée ; il nous est malheureusement impossible de la prouver par des faits.
Au printemps de Tannée 202*, Sévère rentra enfin à Rome. C'était la dixième année de son gouvernement. A cette occasion, les pouvoirs impériaux étaient autrefois renouvelés, s(zcra decennalia; mais on avait depuis longtemps renoncé à ce mensonge. La solennité n'était plus qu'un anniversaire célébré par des fêtes pompeuses. Sévère y ajouta une libéralité de 50 millions de drachmes, que se partagèrent, à raison de 2000 sesterces par tète \ les prétoriens et tous ceux qui recevaient du blé de TÉtat. Le prince eut sa part. On lui éleva sur la voie Sacrée, en face du Capitole, un arc de triomphe qui subsiste encore. Les
1. Cohen, III, 234.... Advent. Augg. durant le troisième consulat de Sévère, et Cod., II, 32, 1. — 2. Hérodien, UI, 10. — 3. Id., ibid. — 4. Ou àraulomne, selon Eckhel, VII, 180. — 5. Ce qui suppose 200000 parties prenantes. Voy. Hist, des Rom., t. V. p. 258.
proportions en sont belles, mais des sculptures trop multipliées et qui semblent Tœuvre d'ouvriers plutôt que d'artistes, y annoncent la décadence de Tart décoratif ^ Sur Tattique, une longue inscription rappelle que le monument a été construit en l'honneur du prince « qui a raffermi TÉtat et agrandi Tempire ^ ».
Deux ans après, on célébra les jeux séculaires qui valurent au peuple et aux soldats de nouveaux dons^ Des hérauts parcoururent la ville et l'Italie en faisant cette proclamation : « Venez à ces jeux que vous n'avez pas encore vus et que vous ne reverrez jamais*. » Les derniers, en effet, avaient été donnés par Domilien en Tannée 88. Entre deux de ces fêtes, on laissait passer trois vénérations. Aussi celle de Sévère était la huitième seulement que les Romains eussent solennisée.
En ce temps-là il se trouvait à Rome un homme presque aussi puissant que l'empereur : le préfet du prétoire, Plautianus. On se rappelle qu'Auguste avait paru faire deux parts dans le gouvernement : l'une abandonnée au sénat, l'autre réservée au prince, et qu'il avait constitué deux sortes de fonctions, celles-ci d'ordre sénatorial, celles-là d'ordre équestre. Au sommet de la première hiérarchie était le préfet de la ville ; au sommet de la seconde, le préfet du prétoire. Ce partage n'était point sérieux; la vérité apparut vite, et l'empereur fut politiquement ce que, dans l'état des mœurs, il devait être, tout'. Il fit successivement passer à son conseil % composé de sénateurs, de jurisconsultes et des chefs de la chancellerie impériale, presque toute Taulorité législative, judiciaire et administrative du sénat qui ne conserva guère d'autre
1. C'est le premier exemple d'un arc à trois portes. Au forum Boarium, les argentarii et les negolianles en élevèrent un autre de petites dimensions. (Orelli, 913.) — 2 ob rem publicam reslilutam imperiumque
populi Romani propagatum. (Orelli. 912.) — 3. Cohen. III, p. 254 et 27 J. — 4. Ilérod., III, 8. — 5. Je veux dire que, par la force des choses, il devint nécessairement le chef politique et nïiiitaire, mais rien ne l'obligeait à se faire l'administrateur universel. — 6. Voy. Hisi. des Rom., t. IV, p. 383. Les membres de ce conseil, divisés en trois catégories, avaient un Iraitoment de 200 000, 100 000 et 60 000 sesterces.
fonction que celle d'enregistrer les décisions arrêtées par ce conseil.
Le fonctionnaire qui avait, entre tous, la confiance impériale, puisqu'il tenait en ses mains la vie du prince, fut celui qui gagna le plus à ce changement. A l'origine, lepréfetdu prétoire n'avait que le soin de veillera la sûreté de Vimperator qui, à cet effet, l'avait investi de la juridiction militaire sur toutes les troupes stationnées en Italie ^ Les Grecs l'appelaient Pépée du roi^^ et il se plaçait derrière le prince dans les solennités; il l'accompagnait tout armé jusque dans le sénat et le suivait dans les expéditions de guerre. Mais cette épée, l'empereur s'en servit pour toutes sorles d'offices. Fallait-il arrêter un accusé, exécuter un coupable, tuer un innocent ou seulement faire une enquête préalable : les prétoriens étaient là; eux et leur chef devaient au prince l'obéissance militaire en tout ce qu'il commandait. La juridiction criminelle du préfet s'étendit d'abord des soldats aux esclaves et, peu à peu, elle envahit tout^ Celui qui, naguère, n'était que l'épée du prince, devint « le compagnon de ses travaux, son appui* », et, dans mille cas, son représentant, vice sacra agens^ comme on dira plus tard. Il entra au consilhtm, qu'il présida en l'absence de l'empereur, prit part à toutes les affaires soit pour le conseil, soit pour l'exécution, assista le prince dans ses jugements, le remplaça par délégation, même dans la juridiclion civile, et reçut pour lui les appels. Alexandre Sévère donnera bientôt force de loi à ses décisions'. Il était donc, avec un
1. Excepté les cohortes urbaines qui relevaient du prœfeclus urbi, (Dion, LII, 24.)— 2. t6 paaiXsiov ^>o; (Philoslr., Vit. Ap , Vil, 16). — 3. Id.. ibid., 17. — 4. Socius laborum (Tac.,i4nn., 1V^2) et adjutor imperii. Pomponius.au temps d'Hadrien, comparait le préfet du prétoire au tribun des celercs sous les rois, au magister eguilum sous les dictateurs. (Dig., I, 2, 2, 19.) Hérodion (V, I) rapporte une lettre de Macrin au sénat où il est dit que cette charge est bien près de la souveraine puissance, tyj; irpàçscoç où «oXû ti iÇouoix; xai 6uvàu.6(iï; paffiXuYJ; àuooeoûiYi;, et que Lampride {Diad.y 7) résume par les mots secundus imperii. Zosime (II. 32) montre en effet l'étendue de ses attributions. Voy. aussi ce qu'en disent Charisius au Digeste (I, 11) et Dion (LXXV, 14). — 5. En 235. Cf. Cod., ï, 26, 2.
pouvoir indéterminé, par conséquent sans limite, une sorte de premier ministre, de grand juge, et, à certains égards, le chef de l'armée, car il faisait fonctions d'intendant pour les approvisionnements militaires, d'inspecteur pour la revue des armes et le bon état des arsenaux, enfin de major général pour les opérations*. L'usage de composer l'armée active de détachements pris dans diverses légions et de mettre à la tête de ces corps des ducs n'ayant aucun commandement territorial, avait rendu nécessaire ce nouveau rôle des préfets du prétoire.
Telle était Tautorité que Pérennis avait eue sous Commode et que Plautianus exerça sous Sévère. Comme elle n'était qu'un reflet de l'autorité impériale, il convient d'entrer en défiance à l'égard des accusations vaguement portées contre les préfets qui géraient leur charge sous de vrais empereurs. Des princes soucieux de l'intérêt public pouvaient permettre de grandes sévérités; ils n'auraient pas autorisé des crimes. Cette remarque est particulièrement nécessaire pour juger Plautianus. De petite condition, mais Africain comme Sévère, et peut-être de sa famille*, il l'avait suivi dans toutes ses guerres, à la tête des gardes', et, dans l'intervalle des expéditions, il revenait sans doute à Rome oii l'empereur avait besoin d'un homme sur lequel il pût compter. L'autorité de la chargé s'augmentait donc de l'absolue confiance que Sévère mettait en celui qui en était alors revêtu.
Cependant Plautianus avait été un jour très-près d'une mortelle disgrâce. L'ordre avait été donné d'abattre les statues qu'il s'était fait élever auprès de celles des membres de la famille impériale, et Sévère avait prononcé le
1. Ilist. Aug., Gord., 28-29; Trig. Tyr., 11. II était môme charge de lever, par l'intermédiaire de bas officiers, la partie des impôts publics qui servait à la solde et à l'entretien de l'armée (Zosimc, II, 32) et punissait les agents financiers coupables d'excès de pouvoir. (Paul, Senfcn^., V, 12. 6.) — 2. Son nom était Cahis Fulvius Plautianus. Comme la mère de Sévère s'appelait Fulvia Pia et son grand-père Fulvius Pius, Reiraar {ad Dion, LXXV, 14) en a conclu que Plautianus était de la famille impériale. — 3. Augg. necessarius et contes pcr omnes expeditiones eorum (C. /. L. V, 1074).
mot redoutable d'ennemi public que Ton avait bien vite répété. Mais Plautianus était rentré en faveur, et le prince, si terrible pour d'autres, s'était attaché à lui faire oublier cet instant de colère en le comblant de marques publiques d'estime. Un orateur ayant dit dans le sénat : « Avant que Sévère maltraite Plautianus, le ciel tombera. — Cet homme a raison, dit le prince aux sénateurs assis à ses côtés ; il est impossible que je fasse aucun mal à Plautianus, et je souhaite mourir avant lui*. » Il avait
violé en sa faveur une règle fondamentale de l'Etat en nommant deux fois consul le chef des prétoriens*, et, dans la pensée d'assurer ù son fils un guide expérimenté, il avait fait de Plautianus le beau-père du futur empereur. Dion rapporte qu'il vit porter au palais la dot «de la nouvelle Junon ' » et qu'elle aurait pu suffire à cinquante filles de rois.
Aussi le préfet avait-il un train royal, et tous les ordres, le sénat, le peuple, l'armée, rivalisaient à son égard de basses flatteries. Si l'on n'osait plus lui dresser des statues aussi grandes que celles du prince, on l'appelait le parent des augustes % on jurait par sa fortune et, dans les temples, on priait pour lui avec d'autant plus de ferveur, qu'il paraissait ne pas en avoir besoin. Plautianus abusa-t-il de cette toute-puissance, plus dangereuse aux mains du ministre que dans celles du maître? Dion l'accuse de beaucoup de sottises et de tous les crimes, sans rien préciser ou en précisant trop. Par exemple, il lui fait voler « les chevaux du Soleil, semblables à des tigres, qu'on nourrissait dans une île de la mer Rouge ». A la rigueur, on peut entendre que ces chc-
1. Dion, LXXV, 15 et 16. — 2. Plautianus n'avait eu d'abord que les ornameni s consulaires y mais Sévère les lui compta comme un consulat effcclif. (Dion, LXXV, 15; C. I. L., VI, 220.) Alexandre Sévère décidera bientôt, contrairement à la constitution d'Auguste, que la préfecture du prétoire sera une charge sénatoriale. -- 3. Nsa "Hpa (Wadd., Fastes de la prov. d'Asie^
p. 247). — 4 Necessarius Augg. {C. I. L., VI, 227 et 1074). Une aulre
inscription, le n* 226, le comprend dans « la maison divine » et son no?n y suit ceux des augustes, du césar Géta et de l'impéralrice Julia.
é2 LES Ï>RINCES AFRICAINS ET SYRIENS.
vaux 'tigres étaient des zèbres. Mais lorsqu'il raconte que Plautianus fit enlever cent Romains de condition libre, mariés et pères de famille, qu'il les soumit à un horrible supplice pour donner à sa fille un cortège tel qu'en ont les femmes de l'Orient et qu'il ajoute : « La chose ne fut connue qu'après sa mort*, » nous avons le droit de dire qu'il s'est fait l'écho d'une de ces ineptes calomnies qui s'attachent aux puissants dans leur chute. Une pareille exécution ne se serait pas accomplie dans le silence, et le préfet n'aurait pu braver impunément par ce crime une constitution impériale *, toujours en vigueur, et l'indignation publique soulevée par les femmes et les enfants des victimes.
Ses grandes richesses feraient croire à de grandes rapines, mais Sévère, qui avait pris Thérîtage des Antonîns, lui fit largement sa part dans les nombreuses confiscations qu'il prononça*. Cet Africain ne répugnait pas plus que son maître à verser le sang. Après la victoire de Lyon, il décida la perle de la famille de Niger, que le vainqueur avait d'abord épargnée. Depuis la mort d'Albînus, la noblesse faisait bien encore de muettes imprécations, mais elle n'avait plus assez d'énergie pour faire des complots : il en supposa ou il y crut, et des victimes tombèrent. On a peine . à se représenter Sévère comme un roi fainéant fermant les yeux sur les iniquités de son ministre. Si le préfet a ordonné des supplices immérités, la responsabilité doit en remonter à l'empereur qui, rendu soupçonneux par la conduite du sénat avec le césar breton, approuvait tout.
J'ai dît le secret de cette faveur : elle était naturelle. Sévère, à qui sa sanlé chancelante commandait de songer
1. LXXV, 14. — 2. ia,j LXVII, 2. Voy. t. IV, p. 207. Amm. Marccllin montre que la loi de Domitien était encore observée au quatrième siècle, et il Testinic fort utile, receptissima inciaruU lege (Domilianus); XVUl, 4. — 3. Hérodicn, III, 10. Plautianus n'eut pas, comme on Ta dit, pour administrer SCS biens, épars dans les provinces, « do procurateurs du domaine privé », ainsi qu'en avait Tempercur. Le procurator ad bona PiauHamy qu'on trouve mentionné dans tes insciMptions (Or.-Henz., (.920), est un pn^ curalor ad bona damnalorum (Or.-Henz., 3190,6519).
SÉVÉtlE; SON ADMINISTRATION. Ô3
au lendemain, voulait assurer à ses fils et à Tempire le concours d'un homme capable de continuer son œuvre et qu'il croyait avoir fait assez grand pour qu'il n*eût pas la tentation de le devenir davantage. C'était un calcul de bon sens : la passion le déjoua.
La trop grande prospérité « du vice-empereur^ » l'aveugla. Plautianus commit l'imprudence de mettre contre lui l'impératrice, par de perfides insinuations sur sa conduite, et l'héritier du trône par l'afTectation d'une tendresse paternelle dont les conseils maladroits blessaient cette âme violente*. Le mariage de sa fille, qui semblait consolider sa fortune, la précipita. Julia avaitelle été contraire à cette union? Partageaitrclle les sentiments de Garacalla contre le favori dont le crédit oCFusquait cet empereur de quatorze ans qui, animé d'une haine égale contre le père et la fille, repoussait l'une de son lit et l'autre de sa maison? Dion ne nous l'apprend pas; mais il nous dit que la jeune augusta, plus fière de son père que de son époux, s'était rendue insupportable â celui-ci*, et que Plautianus, fort irrité contre l'impératrice, la tourmentait de mille manières. Ces querelles de ménage préparaient une catastrophe.
Sévère avait renouvelé, en les aggravant, les peines contre l'adultère, et l'on ne parlait plus à Rome que de procès de ce genre*. Plautianus essaya d'envelopper Julia dans ces accusations, et Dion assure, ce qui parait fort étrange, qu'il chercha des témoignages contre elle jusque dans les tortures auxquelles il soumit de nobles femmes. Incapable de lutter avec le tout-puissant ministre, l'impératrice se réfugia au milieu dô ses lettrés et de ses philosophes ; mais Caracalla ne prit pas les déplaisirs de sa mère avec celte sérénité, et sa haine en redoubla.
1. "O; [SsoJtioo;] oOtw; oiOtcS OtCsIkev I; tcàvta &<jX* I^îÎvOV piiv èv avro-
xpaTopoç aÙTov oè év iii&ç>y(OM {i-oiçcf. eîvai (Dion, LXXV, 15). — 2 w;
KatoaywYoû (Dion, LXXYI, 7). — 3. àvaiSsdxàtyj cucry) (LXXVI, 3). — 4. Dion, LXXVI, 16. Cf. au Digeste (XLYIII, â, 2, § 3). deux rescrits de S jvêre à ce sujet.
Seul, au palais, Sévère soutenait le préfet du prétoire. Un frère de Tempereur, Géta, qui fut collègue de Plautianus dans le consulat en 203, était convaincu qu'il méditait la ruine delà famille impériale et, à son lit de mort, il supplia son frère de la sauver. Ses paroles firent impression sur le prince; on le vit par les honneurs décernés à Taccusateur du ministre, et Caracalla crut le moment propice pour en finir avec lui. Trois individus qu'il soudoya se firent introduire un soir au palais; ils déclarèrent que Plautianus les avait chargés d'assassiner Sévère et son fils; en preuve, ils produisirent une lettre où cet ordre était écrit et qu'ils prétendirent tenir de lui. Sévère, étonné, mais non convaincu, fit appeler le préfet. Aux portes, on arrêta ses gardes, et il entra seul. Sévère lui parla avec douceur. « Pourquoi, lui dit-il, veux-tu nous ôter la vie, et qui a pu f inspirer ce dessein? » Comme Plautianus niait la chose et se montrait fort surpris d'une telle accusation, Antonin se jeta impétueusement sur lui, lui arracha son épée et le frappa au visage en disant : « Tu as cherché le premier à m'assassiner. » Il Teût égorgé si son père ne l'avait arrêté, mais il commanda à un licteur de le tuer. Puisqu'il était auguste, sa parole valait un ordre ; le licteur obéit. Le corps de Plautianus, jeté du haut du palais dans une ruelle, y fut abandonné jusqu'à ce que Sévère lui eût fait donner la sépulture* (23 janvier 204).
Dans toute cette^ affaire, l'empereur avait joué un rôle misérable. Par faiblesse paternelle, il avait laissé assas-
1. Le Chronicon paschale met la mort de Plautianus au 22 janvier 203. Mais, après avoir parlé du procès de Racius Constans, qui eut lieu après le retour de Sévère à Rome, par conséquent dans le courant de 202, Dion (LXXV, 16) dit que Plautianus se maintint en faveur durant une année, ce qui nous reporte au milieu de 203. Une inscription d'Algérie (L. Renier, 70) le montre en effet vivant encore le 22 août 203. Enfin, il résulte de Dion (LXXVI, 3) que la catastrophe eut lieu au moment où les derniers spectateurs, des jeux palatins sortaient du palais. Or ces jeux commençaient le 21 janvier et duraient trois jours (Marq., Handb.^ IV, 429-445). Ce serait donc 8 23 janvier 204 que la tragédie se serait accomplie.
siner sous ses yeux son ami*. On vit bien le lendemain qu'il ne croyait pas au prétendu complot', car, au lieu d'insister, dans l'assemblée du sénat, sur le crime du préfet, il recourut à des lieux communs de philosophie, déplora la faiblesse naturelle à l'homme, qui ne peut supporter une fortune trop grande, et s'accusa lui môme d'avoir perdu Plautianus en le comblant d'honneurs et de témoignages d'affection. Comme il fallait, pour la justification du meurtrier, que le complot parût certain, quelques-uns des courtisans assidus du préfet allèrent le rejoindre*. Sa fille et son fils furent relégués à Lipari où, plus tard, Caracalla les fit tuer.
On ne sait si c'est à titre d'ami de Plautianus que Quintillus fut frappé. C'était un personnage de haute naissance et un des premiers du sénat, mais qui vivait aux champs, loin des affaires et des intrigues. Il mourut à la manière antique. Condamné sur des dépositions calomnieuses, il se fit apporter les objets qu'il avait depuis longtemps préparés pour sa sépulture, et les voyant gâtés par le temps: « Qu'est-ce que cela? dit-il. Nous avons bien tardé! » Il brûla quelques grains d'encens sur l'autel des dieux et se livra à l'exécuteur. D'autres sénateurs, accusés de nous ne savons quels crimes, furent convaincus, assure Dion *, et condamnés. Mais les crimes de ce temps n'en seraient pas tous du nôtre, témoin le procès suivant qui montre une des misères de ce gouvernement
1. Le récit d'Hérodien (IH, 11 et 12), qui suppose un complot véritable de Plautianus, est beaucoup plus dramatique, mais invraisemblable. II rapporte la légende que Caracalla fit coiirir. et les inscriptions témoiprnent qu'on l'accepta dans les provinces. Mais Dion était alors à Home : il a tout entendu ; il n'aimait pas le préfet et n'aurait pas manqué de marquer sa trahison s'il
y avait cru. — 2 on où nàvu aviai (aux dénonciateurs) THdteusi (Dion,
LXXVI, 5). — 3. Dion ne parle que de l'exécution de Cœcilius Agricola et de l'exil de Gœranus qui, rappelé sept ans après, fut le premier Égyptien qui entra au sénat. (LXXVI, 5.) Macrin, le futur empereur, était intendant de Plautianus; Sévère le prit à son service. — 4. Après débat, oîioXoYriffajiévojc xai àXôvxa; (LXXVI, 7). Cincius Severus, qui périt sous l'inculpation d'avoir voulu empoisonner l'empereur (Spart., Sev., 13), fut-il du nombre de ces sénateurs reconnus coupables? Spartien le dit innocent.
et de celte société. Apronianus, gouverneur d'Asie, fut accusé de se livrer à des opérations magiques pour découvrir si les destins ne lui réservaient pas Templre. La chose est possible, car la magie était la folie de cette époque. Le législateur en avait même si grand'peur qu'il avait fait de ces pratiques un crime capital, et Tertullien estime que c'était justice parce que cette curiosité téméraire suppose toujours de mauvais desseins*. Apronianus fut condamné. L'intérêt de ce procès n'est pas dans les suites qu'il eut pour l'accusé, mais dans la scène que Dion raconte. « Lorsqu'on nous lut les pièces de l'instruction, nous y trouvâmes cette déposition d'un témoin : « J'ai vu un sénateur chauve qui se penchait pour regarder. » A ces mots, nous fûmes dans les transes, car ni le témoin ni le prince n'avait nommé personne. La crainte fut extrême parmi tous les sénateurs dont la tête, ou môme seulement le haut du front, était dégarni de cheveux. Nous regardions avec anxiété autour de nous, et l'on disait tout bas : « C'est un tel; non, c'est celui-là. » Je ne cacherai pas que mon trouble était si grand, que je cherchais avec ma main à ramener mes cheveux sur ma tête. Mais le lecteur ajouta que ce chauve était revêtu de la prétexte. Tous les yeux se tournèrent alors vers l'édile Bsebius Marcellinus qui était atteint d'une calvitie complète. 11 se leva et, s'avançant au milieu de l'assemblée, dit : « Le témoin me reconnaîtra nécessairement, s'il m'a vu. » On introduisit le délateur, qui chercha longtemps, et, à la fin, sur un léger signe qu'on lui fit, désigna Marcellinus. Convaincu ainsi d'être « Thomme chauve qui avait regardé », il fut emmené hors du sénat et décapité dans le Forum, avant que Sévère eût été instruit de sa condamnation *.
S'il l'avait connue, l'eùt-il approuvée ? Il n'avait pas désigné Marcellinus dans les pièces de l'instruction transmise au sénat, et peut-être se serait-il souvenu que