‹ Histoire des roses indigènes de la SartheChapitre 3 sur 11 · CHAPITRE P^ — Rosa arvensis Hods · texte numérisé non relu

CHAPITRE P^ — Rosa arvensis Hods

Parmi nos rosiers indigènes, le Rosa arvensis est un des mieux caractérisés. La forme type, je veux dire ici la plus commune, se reconnaît facilement à distance.

C'est un arbrisseau de taille médiocre, à rameaux grêles, flexueux, quelquefois ascendants dans les haies élevées, souvent au contraire décombants, pouvant même serpenter ou ramper sur le sol et devenir radicants. Les aiguillons épars sont généralement assez faibles, plus ou moins arqués ou presque droits, rarement forts et crochus. Les folioles ovales ou subarrondies, assez largement dentées, d'un vert mat, sont minces et délicates, glabres ou légèrement pubescentes en dessous sur les nervures. Les fleurs blanches, portées sur de longs pédoncules plus ou moins glanduleux, rarement lisses, accompagnés de bractées étroites ou médiocrement élargies, peuvent être solitaires ou groupées en corymbes lâches, habituellement peu fournis. Le calice, bien plus petit que la corolle, est formé de sépales entiers ou faiblement pinnés, à pointe courte, non foliacée, dépassant à peine le bouton. Les styles, glabres, se réunissent pour former une colonne grêle égalant la longueur des étamines. Enfin, les fruits, d'un rouge brun à la maturité, sont globuleux ou subglobuleux, presque toujours lisses.

L'allongement des styles, les grandes dimensions des pédicelleset Tétroitesse des bractées fournissent pour cette espèce de bons caractères, dont la constance est h peu près abso-

lue. Je n'ai jamais observé des pédoncules courts ni des bractées vraiment larges. Par exception, les styles sont quelquefois libres^ bien que très allongés. C'est un fait anormal et rare, ne se présentant que pour quelques fleurs, jamais pour un buisson tout entier. Très rarement aussi la colonne stylaire reste courte, également par anomalie.

Mais, par ailleurs, la forme type, dont nous avons esquissé le portrait, est souvent altérée et les divers organes de la plante peuvent éprouver, tantôt Tun, tantôt l'autre, ou même plusieurs à la fois, des modifications plus ou moins profondes.

Les fleurs sont quelquefois plus ou moins roses ou maculées de rose (1). On les rencontre en corymbes fournis. Les pédicelles peuvent demeurer lisses. Dans certains cas, les sépales, à pointe allongée et foliacée, ne sont guère moins pinnatifides que dans le R. canina. Les fruits, rarement hispides, demeurant parfois très petits, prennent assez souvent une forme ovoïde. Les folioles, quelquefois excessivement petites, peuvent devenir au contraire grandes, fermes, d'un vert luisant en dessus, à dents plus serrées et se terminer en pointe aiguë, assez allongée. Elles peuvent même être légèrement surdentées glanduleuses. On voit enfin des buissons robustes, avec des rameaux forts, plus ou moins dressés et pourvus de gros aiguillons crochus, fortement dilatés.

Ces modifications paraissant avoir une importance plus ou moins grande, suivant la disposition d'esprit des observateurs, à qui pouvaient aussi manquer les formes intermédiaires entre des variations assez différentes à première vue, il en est résulté des créations de variétés ou même d'espèces,

(1) Je connais à Sargé, route de Bonnétable, près la croix de Mortier, plusieurs buissons curieux par leurs fleurs largement panachées de blanc et de rose. Dans certains cas, la coloration rose apparaît quand la fleur commence à se flétrir et peu de temps avant la chute des pétales, d'abord blancs au moment de Tanthèse, comme je Tai observé près d'Angers (Maine-et-Loire) sur des buissons voisins de la forme conspicua.

qui ne méritaient pas d'être distinguées. Des rhodologues éminents, en particulier M. Grépin, en ont déjà fait justice. Cependant, il ne sera peut-être pas inutile d'examiner ce qu'on doit penser de celles qui se rencontrent chez nous.

Linné, mant. (1771), après avoir inscrit, p. 248, le Rosa arvensis dislingwé par Hudson, fl. angl. (1762), donne la diagnose suivante : « germinibus globosis pedunculisque glabris, caule petiolisque aculeatis, floribus cymosis. »

 son exemple et pendant un certain temps, les botanistes, Murray, Âllioni, Villars, Persoon, Thuillier, etc., ont admis

pour cette rose des pédicelles glabres et lisses.

Smith, fl. brit., t. II, p. 538 (1804), a été le premier, je crois, à lui reconnaître des pédicelles glanduleux : « pedunculi... glanduloso-scabri. » Depuis lors, cette espèce se trouve ordinairement décrite avec des pédoncules plus ou moins chargés de glandes pédicellées.

Les descriptions données par les botanistes anciens et par les modernes sont donc en opposition formelle.

Celte divergence a été considérée par Déséglise, Ess. mon. (1861), comme un motif suffisant pour distinguer deux espèces. « Ainsi, dit-il, tout ce qui se trouve généralement décrit dans nos flores, sous le nom de R, arvensis, est une espèce distincte de celle de Linné et décrite en 1772 par Scopoli {R. repens), espèce qui a été adoptée par plusieurs auteurs et qu'il serait plus rationnel de reprendre, tout en laissant le nom de R. arvensis à l'espèce décrite par Linné. »

Déséglise a fait école et l'abbé Cariot, entre autres, dans sa botanique élémentaire (1865) écrivait : « R, repens Scop. =3 R. arvensis DC. non L. , » ajoutant celte remarque : « Le R. arvensis L.^ avec lequel on le confond ordinairement, diffère par les pédoncules lisses et glabres, non glanduleux, d

Cette manière de voir se retrouve encore chez des Aoristes plus récents. En 1884, Sauzéet MaiUard (fl. des Deux*-Sèvres, l'^® partie, p. 139) distinguaient : R. arvensis L. a h

pédoncules lisses, » et B, repens Scop. « à pédoncules munis de soies glanduleuses. »

Sans doute la fornae que nous observons le plus eonomunénoent dans nos haies ne paraît pas difTérer spécifiquement du /?. repens Scop. ; tous les botanistes aujourd'hui sont d'accord à ce sujet. Est-ce une raison pour en faire une espèce, distincte du R. arvensis L., comme le voulait Déséglise en 1861 ?

Grenier, fl. jur. (1868), nous donne la réponse : « Il est incontestable, dit-il, que Hudson n'a connu que la forme à pédoncules nus et que Linné en se bornant à reproduire dans son Mantissa, la diagnose de Hudson, n'a rien ajouté à la connaissance de cette espèce. Mais^ la forme à pédoncules glanduleux ne constitue pas pour cela une espèce, et si Ton peut par une recherche attentive trouver des individus à pédoncules absolument lisses, il n'est pas rare d'en observer qui offrent sur la même souche, sinon sur le même rameau, les deux formes dont nous parlons, et qui fournissent la preuve qu'il n'y a là qu'une seule espèce. »

Cette observation est parfaitement exacte. Aussi Déséglise lui-même, abandonnant sa première opinion, écrivait-il en en 1876 (Ros. cent., n*» 5J : «B. arvensis Huds. fl. angl. 192 (1762) =/î. repens Scop., fl. Carn.,éd. 2 (1772), vol. 1, p. 355 ; Dés. ess. mon. p. 62. »

La question e^st donc résolue. La rose à styles soudés en colonne glabre égalant les étamines, à sépales entiers ou faiblement pinnés, avec une pointe courte dépassant à peine le bouton, que nous observons dans la Sarthe, avec des pédicellesplus ou moins pourvus de glandes stipitées, est bien la même espèce que le /?. arvensis de Hudson, qui ne connaissait que la forme, rare chez nous, à pédoncules églanduleux.

On rencontre communément cette espèce dans les haies ou les bois, formant des buissons assez bas. Les rameaux, plus ou moins sarmenteux, .ont tendance à s'allonger. Si le buisson fait partie d'une haie élevée, ils s'élèvent eux-mêmes,

quelquefois jusqu'à deux et trois mètres ; j'en ai vu des exemples atteignant près de quatre mètres. Mais, si la haie manque, les rameaux sont rampants, serpentent au contact du sol et deviennent parfois radicants.

C'est alors la forme repenSy le R. repens de Scopoli, le B.serpens de Wibel, ne méritant pas plus d'élre distinguée, même comme variété, que la forme ascendante des haies élevées, qui n'est comme elle qu'une simple variation purement de circonstance.

L'une et l'autre d'ailleurs peuvent avoir accidentellement, de même que le type, des pédicclles lisses et nus. Mais^ il est à remarquer pourle/?. arvensis^ aussi bien que pour d'autres roses, en particulier le R. stylosa Desv., que les pédicelles lisses se trouvent avec des pédicelles ganduleux sur le même buisson, parfois sur le même rameau, sinon dans le même corymbe.

Grenier, il. jur., admettant qu'on peut rencontrer des individus n'ayant que des pédicelles lisses, «dépourvus de glandes stipitées, o les considère comme représentant une variété, désignée par lui sous le nom de depauperata =» R. arvensis Déségl. mon., synonyme par conséquent de R. arvensis Huds. (sensu stricto). M. l'abbé Gultin (Le genre Rosa dans TEure) indique aussi cette variété sous le nom de erronea^ qui serait synonyme de /l. erronea Rip..

Ce fait, pour le R. arvensis, de présenter des individus avec des pédicelles ^ous églanduleux, doit être bien rare chez nous. Pour ma part, je ne l'ai jamais observé. J*ai rencontré plusieurs fois des buissons portant des fleurs à pédicelles pour la plupart lisses, jamais tous parfaitement nus. Si le cas se produit je le crois purement accidentel, du moins dans notre pays. A mon avis, il s'agit ici d'une simple variation et, si la synonymie que nous venons d'indiquer est exacte, comme je le pense, il faut exclure le R. erronea Rip., aussi bien que la variété depauperata Gren.. Ce sont des noms qu'on doit condamner à l'oubli. Les maintenir, c'est encombrer nos flores

— Sade futilités, sans profit pour la science et, comme Ta dit avec raison Desvaux, se servant d'une locution triviale mais expressive, c'est encourir « le juste reproche de niaiser sur des pieds de mouche » .

Desportes a signalé comme variétés deux autres formes : adenocarpa Desp., Ros. gall. 244S, a à fruits glanduleux, » et microcarpa Desp., Ros. gall. 2449 et fl. m. p. 77, à (( petits fruits ». On ne les rencontre qu'accidentellement et, personnellement^ je n'ai pas jusqu'ici retrouvé la première, qu'il indiquait à «Le Mans, indigène». Ce sont encore de simples variations^ des anomalies, qui par ailleurs ne paraissent en rien différer du type. S'attarder à les discuter serait peine inutile. Il n'y aurait pas moins de raisons pour donner un nom, celui de microphylla, créé par de Brébisson, aux buissons à folioles extrêmement petites/que nous connaissons à Yvré-rEvêque et au Lude.

L'auteur de la Flore du Maine indique encore, p. 77, une variété pubescens, à « pétioles et nervures des feuilles pubescents». Boreau, fl. c. S'' éd. p. 214, donne aussi la description d'une variété pubescens Desv., à «folioles glauques en dessous et pubescentes surtout sur les nervures, » modifiant un peu la diagnose de Desvaux lui-même, journ. bot. 1813, 2, p. 113 : a R. arvemis L., pubescens ; fruit globuleux, feuilles pubescentes». Gosson et Germain, fl. Par., 2*" éd., p. 222, indiquent également une variété pubescens, caractérisée par des « feuilles pubescentes à la face inférieure. *>

Est-ce la même chose ? On doit le penser, bien que les diagnoses ne soient pas absolument concordantes : le revêtement pileux pouvant prendre un développement plus ou moins considérable, suivant les circonstances. Autrement, il faudrait admettre qu'il existe, sous le rapport de la villosite, trois ou quatre formes différentes. Ce serait évidemment verser dans l'ornière de la buissomanie.

Gosson et Germain considèrent la forme pubescens comme très-rare, tandis que Boreau la dit commune. J'ai rencontré

souvent des individus à folioles pubescentes en dessous, au moins sur la nervure médiane. Mais on observe sur les mêmes buissons des folioles parfaitement glabres. Il existe donc des transitions entre le type à folioles glabres et les sujets à folioles velues ou pubescentes inférieurement, qui dès lors ne peuvent constituer une variété, mais de simples variations.

C'est encore, à mon avis, comme une simple variation qu'il convient de considérer le R. ovata Lej. — D'après mes observations, les fruits ovoïdes ne caractérisent pas une forme particulière, mais se rencontrent sur plusieurs variations dif~ férentes. Je les ai trouvés sur des individus se rapportant à la forme repens et sur d'autres à rameaux plus ou moins dressés, voisins de la variété bibracteata^ dont nous aurons à parler tout à l'heure.

Du reste, les synonymies données par différents auteurs confirment ce que j'avance. Desvaux (PI. d'Ang.) affirme que son R. arvensis ovata ne diffère en rien du R. dibracteata Bast. et que c'est encore le R. alba du même auteur. Desportes (fl. m.) tait le R. ovata Lej. synonyme de R. repens Scop., et Déséglise (Ros. cent. n° 6 et Cat. n<* 21) établit que le R. arvensis ovata Desv., synonyme de /?. ovata Lej., est encore la même chose que le R, controversa Lem. (1) et que le R. seperina Sauz. et Maill. « ex exempl. auth. ! » (2)

(1) Je dois à M. Bouvet, directeur du jardin des plantes d* Angers, un certain nombre d'échantillons recueillis et étiquetés par Léman. Je ne saurais trop remercier mon excellent confrère du don qu'il m'a fait de cette collection, précieuse pour l'identification des espèces créées par ce botaniste et qui m'a rendu très grand service. J'aurai plusieurs fois l'occasion d'en parler. — La première page porte cette étiquette : * R, controversa Noh., arvensis Thuillier.o Les échantillons, au nombre de trois, deux en fleurs, un en fruit, se rapportent sans hésitation possible, au R. arvensis ordinaire, à folioles subarrondies, largement dentées, avec sépales courts et pédoncules glanduleux.

(2). Des échantillons authentiques, provenant de l'herbier Sauzé et recueillis par lui à Saint-Banne (Deux-Sèvres) en 1867, que je dois à Tobligeance de M. Souche, président de la Société botanique des Deux-Sèvres, établissent pour moi que le R. seperina peut également se rapporter à la forme ptibescens.

De tout ce qui précède on doit conclure que les mots ovata^ repenSj pubescens, ne désignent pas des formes nettement définies. Tune excluant Tautre. Ils ne sont applicables qu'à des variations (elles que le même buisson pourrait, dans certains cas, recevoir en même temps deux ou (rois noms difEérents. Trouver un sujet qui soit à la fois repens, pubes-cens et ovata n'est pas chose rare, c'est un fait assez fréquent. Ces formes ne sont pas réellement distinctes et ne peuvent être séparées, même à titre de variétés. Aussi bien que les adenocarpa^ microcarpa^ microphylla, ce sont de simples \ariations, à peu près de môme valeur, qu'on doit réunir en un seul groupe.

Mais on trouve une forme, plus ou moins heureusement, nommée R. bibracteaia, qui méri(e, je crois, un peu plus de considération. — Elle a d'abord été décrite par de Candolle, fl. fr. V, p. 537 (1815), sous le nom de dibracteata Bast. in litt.^ que par suite d'une faute typographique, (1) elle ne tardait pas à échanger contre celui de bibracleata, généralement adopté depuis (â).

(1) Boreau(Mém. Soc. Acad. de M.-et-L., I2e vol., p. 56), signalant cette coquille, en relève une autre assez curieuse:» La citation in lilt.

(in litteris) est devenue dans l'Encyclopédie de Poiret ann. litL (année littéraire, recueil qui n'a jamais existé) et cette citation se trouve reproduite dans plusieurs autres auteurs ». Moutons de Panurge !

(2) Voici la description donnée par de Candolle (loc. cit.) : « Cette belle espèce ressemble par son port au R. sempervirens et au R.moschuta ; mais elle en diffère bien évidemment parce que ses styles sont réunis en une colonne glabre et non hérissée ; ce caractère la rapproche des R. arvensis et prostrata ; mais elle s'en distingue par sa grandeur et par sa tige droite ; les rameaux inférieurs sont un peu couchés, garnis de feuilles plus petites et plus pâles ; les rameaux centraux sont dressés ; les aiguillions sont épars, un peu crochus, très élargis à leur base; les pétioles garnis de quelques aiguillons très courts ; les folioles glabres, ovales, pointues, simplement dentées en scie ; les lleurs d'un blanc rosé, grandes, disposées en corymbe, les pédicules ont de très petits poils glanduleux à peine visibles, et ceux des rameaux centraux portent vers leur base deux bractées oblongues, aiguës et opposées; ces bractées manquent dans les branches inférieures. Ce rosier a été découvert par M. Bastard dans les environs d'Angers. »

Qu'on récrive comme on voudra, ce nom est fâcheux. En donnant à croire que la considération des bradées avait une importance capitale, il a fait méconnaître les véritables caractères de la rose en question. L'idée émise ou acceptée par de savants rhodologues, que le fl. bibracteata Bast. n'est au total qu'une forme robuste du R. arvensis Huds., bien que vraie au fond, devait aussi contribuer à tromper bon nombre de botanistes.

On trouve en effet assez souvent des buissons à rameaux dressés, pourvus de grandes feuilles, réunissant en corymbes des fleurs assez nombreuses, à pédoncules munis de 2 ou 3 bractées, présentant enfin dans l'ensemble un développement inaccoutumé, qu'on est porté facilement k considérer comme représentant la forme signalée par Bastard et décrite^ plus ou moins exactement, par de Gandolle (1).

Mais, si To^n considère que les feuilles, bien que grandes, sont toujours minces, déjicates et ternes, largement dentées et subarrondies, que les sépales demeurent presque entiers et

courts, ne dépassant guère le bouton, que les aiguillons des rameaux sont généralement assez grêles, pas ou peu comprimés, à peine dilatés à la base, on reconnaît qu'il s'agit encore là d'une simple variation de notre A. arvensis ordinaire, s'y réunissant d'ailleurs par une série d'intermédiaires faciles à trouver et dont le faciès général est le même.

Le bibracteata, tel que je le comprends, est assez différent pour avoir fait dire à de Gandolle, Boreau, Déséglise et Lloyd que son aspect d'ensemble rappelle le /î. sempervirens

(1) Dès 1862, Boreau (Mém. Soc. Acad. de M.-et-L., 12- vol., p. 56), exprimait déjà la même pensée : « Le /?. bibracteata Bast. est, dit-il, une espèce plus rare qu'on ne le croit généralement, même aux environs d'Angers, parce qu'on prend souvent pour lui des formes corymbifères de V arvensis y dont la nuance de son feuillage, d'un vert luisant, le distingue facilement ».

(2) Cette similitude d'aspect explique les confusions signalées par M. Crépin (Prim. mon., 5« fasc, p. 575) : a D'après ce que j'ai vu dans les herbiers, dit-il, on a compris sous le nom de R. bibracteata^ tantôt

Il forme des buissons, dont les rameaux peuvent être dressés ou décombants, parfois même très allongés, plus ou moins robustes, pourvus d'aiguillons souvent rougeâtres, largement dilatés vers la base, comprimés et arqués ou même crochus. Les folioles, assez généralement dentées en scie, fermes, luisantes en dessus (1), sont ovales-lancéolées, se terminant en poinle, plus rarement subarrondies. Les fleurs, grandes^ blanches ou rosées, en corymbes plus ou moins multiflores, sont soutenues par de longs pédoncules, munis de 1-3 bractées et couvertes de soies glanduleuses courtes, parfois très nombreuses, pouvant s'étendre jusque sur les rameaux, tantôt verts, tantôt de couleur violacée. Les sépales, appendiculés, dépassant plus ou moins le bouton, peuvent s'allonger en pointe élargie et, dans certains cas, devenir pinnatiiides presque autant que chez les caninœ. Les styles, glabres, forment une colonne un peu moins grêle que dans Varvensis ordinaire, surmontant les fruits ovoïdes ou subarrondis, mais non globuleux, dont la maturité, plus tardive, n'a lieu qu'en octobre, du moins chez nous (3).

La description que je viens d'établir, d'après mes observations personnelles, réunit au R. bibracteata Bast. deux formes qui s'en distinguent plus ou moins, mais ne sont, à mon avis, que des variations du même groupe : le R. conspicua Bor. (3), très florifère, avec sépales nettement pinnati-

des formes du R. arvensis et tantôt des formes du R, sempervirens, et même on a réuni sous ce nom des variétés de ces deux derniers types. » Ces deux types sont nettement séparés par un caractère biologique important : persistance des feuilles du R. sempervirens et caducité des feuilles du R. arvensis pendant Thiver. Le bibracteata, dont les feuilles sont déciduës, ne peut donc se rapporter au R. sempervirens,

(1) Ce caractère s'affaiblit d'ailleurs ou môme disparaît à l'automne et ne persiste pas non plus dans l'herbier.

(2) Une note manuscrite de M. Crépin, dans mon herbier, constate que cette remarque avait été déjà faite par M. Hy pour le R. conspicua Bor., qui n'est d'après lui qu'une forme tardive du R. arvensis.

(3) Voici la description du R. conspicua donnée par Boreau, en 1862 (Mém. Soc. Acad. de M.-et-L., 12" vol., p. 55) : « Arbrisseau élevé à rameaux bruns, armé d'aiguillons rouges dilatés, crochus ; pétioles

fides et le R. gallicoides Déség. (i), remarquable par ses rameaux couverts sur une grande longueur de glandes violacées, pouvant rappeler, quand on y met un peu de bonne volonté, Taspect des rameaux du R. gallica.

Ces trois formes peuvent croître séparément^ dans des localités très distantes, comme Verron, Vivoin, Sargé, dans la Sarthe, ou se trouver ensemble dans la même localité. Lloyd m'a donné des échantillons de gallicoides {R. bibracteatay var. glandulosa Lloyd) identiques à ceux de Vivoin, qui proviennent de Verlou (Loire-inférieure), oii ils sont mêlés au bibracieata avec des intermédiaires. On ne peut donc les séparer. Quant au conspicua^ il n'en diffère que par la surabondance des fleurs, le développement exagéré des sépales et les dimensions plus grandes des folioles, qui sont aussi d'un vert moins luisant.

parsemés de glandes et souvent pubérulents, ainsi que la côte des folioles ; feuilles d'un vert sombre, opaque, à folioles larges, fermes, ovales-aiguës ou ovales-elliptiques, bordées de dents simples, terminées par une glande ; stipules étroites, bordées de glandes pédicellées; fleurs grandes, d'un beau blanc, en corymbe fourni ; bradées ciliées et bordées de glandes pédicellées ; pédicelles chargés de glandes ; tube ovoïde, presque lisse ; sépales tomenteux en dedans, ovales, terminés par une pointe bordée de glandes; pét. obcordés; styles soudés en colonne, égalant les étammes et souvent munis de quelques poils à la base; fruit subarrondi, ferme, d'un rouge terne. »

(1) Voici la description du R, gallicoides donnée par Déséglise, en 1876 (Ros. cent., n* 7 et Cat., n* 22) : a Port et caractères généraux du R. arvensiSy dont il diffère par ses liges chargées au sommel de glandes slipilées, violacées^ qui se retrouvent aussi sur les tiges stériles ; par ses folioles plus grandes^ ovales-elliptiques ou obtuses; celles des jeunes pousses lancéolées, plus ou moins cuspidées au sommet, mesurant jusqu'à 4 cent, de longueur sur 1 cent, de largeur ; les folioles adultes sont largement dentées à dents ouvertes, quelques-unes portent de petites dents accessoires ; les pédoncules sont solitaires ou réunis 2-3 en bouquets, chargés de glandes iines violacées, ayant à leur base des bractées ovales, cuspidées, glabres en dessus, chargées de glandes en dessousy plus courtes que les pédoncules; tube du calice petit, violacépruineux obovoide, portant à sa base des glandes fines ; divisions calicinales appendiculées, à appendices de 1-2 mm. de largeur, bordées de glandes, saillantes sur le bouton, beaucoup plus courtes que la corolle ; fleur très grande ; styles soudés en une longue colonne grôle et glabre, s'élevant au-dessus d'un disque conique; fruit ellipsoïde ou obovoïde rouge. »

Mes confrères angevins, MM. Bouvelet Préaubert, ont eu Tobligeance de me faire visiter, à Tépoque de la floraison Jes buissons que Boreau leur montrait jadis comme types des a. bibracteata Bast. et il. conspicua Bor., ce dernier route de Saint-Barthélémy, non loin des Ghénais, Tautre aux environs de La Mare. Assurément ces rosiers ne sont pas identiques et, en particulier, le caractère des folioles luisantes en dessus chez le bibracteaia s'atténue notablement chez leconspicua, d'ailleurs plus robuste dans toutes ses parties. Il est encore incontestable que le bibracteata des environs de La Mare a des folioles assez minces, tandis que celles du conspicua type sont plus épaisses et plus fermes. On peut donc, en choisissant, recueillir près d'Angers deux formes qui paraissent de prime abord assez différentes. Mais, on observe dans le chemin conduisant de la route de Saint-Barthélémy au Pressoir-Cornu, d'assez nombreux buissons, intermédiaires entre ces deux formes et qui ne sont, à vrai dire, ni Tune ni Tautre.

Ainsi, les R. bibracteata Bast., il. conspicua Bor. (1) et M. gallicoides Déségl. font partie d'un même groupe, que j'appellerai splendens (2), en donnant celui Ae/requetis au groupe des variations précédemment examinées, qui se rencontrent plus communément.

Est-ce à dire que ces deux groupes constituent des espèces distinctes? Je suis loin de le penser. Les particularités, dont l'ensemble donne aux invididus du groupe spten^fen^ un faciès spécial, ne fournissent en réalité que des caractères d'ordre secondaire et dont la fixité n'est pas suffisante. La glandulo-

(i) Déségiise (Ros. cent., n» 3 et Gat. n« 16) établit que le R. conspicua de Boreau est synonyme de '* R, corymbosa Bast., inéd. in herb. DC, 18111 ï; La création de Boreau, qui date do 1862, serait donc postérieure d'un demi-siècle à l'observation de Baslard, tombée dans l'oubli.

(2) On objectera peut-être qu'il paraîtrait préférable de conserver pour ce groupe le nom de bibracteata. Je serais de cet avis, si les confusions auxquelles il a donné lieu, comme je l'ai fait observer, ne fournissaient un motif sérieux de l'abandonner.

site varie beaucoup ; les sépales ne sont pas toujours également pinnatifides ou prolongés au-dessus du boulon ; les rameaux ne sont pas tous très robustes et n'ont p<is tous des aiguillons très dilatés^ enfin, sur des buissons représentant des conspicua superbes, j'ai constaté que les feuilles basses étaient absolument semblables à celles du il. arvensis ordinaire.

Les deux groupes ne sont donc pas si nettement définis qu'on ne puisse trouver et qu'on ne trouve effectivement entre eux des intermédiaires, qui permettent de les réunir.

Il me paraît donc bien établi que les difTérentes formes, dont nous avons parlé, ne sont toutes que des variétés ou simplement des variations plus ou moins importantes d'une seule et même espèce, /?. arvensis Huds. Les buissons, qui les représentent, sont en général plus ou moins variables d'une année à l'autre. Il n'est guère rationnel de leur donner des noms particuliers et, pour ma part, je n'en vois pas du tout Tutilité.

Toutefois, si l'on veut absolument des divisions, on pourrait à la rigueur admettre les deux groupes que nous avons indiqués, du moins pour notre pays. Bien qu'on puisse trouver des intermédiaires, cette division me paraît assez naturelle. Du reste, comme je l'ai déjà dit, les mo\s/requens et splendens ne désignent dans ma pensée que des groupes de formes voisines, nullement des variétés, encore moins des sous-espèces.

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