‹ Histoire des roses indigènes de la SartheChapitre 4 sur 11 · CHAPITRE II. — Ganinae · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — Ganinae

La section des Caninœ compte dans la Sarthe un assez grand nombre de représentants. On peut les ranger en trois groupes, que je considère, pour le moment, comme autant d'espèces secondaires, dérivées d'un seul et même stirpe. Mais, chacune d'elles présente, à mon avis, une autonomie suffisante pour être admise, sans inconvénient, à titre d'espèce dans une flore restreinte, comme la nôtre. Je les désignerai sous les noms de R. stylaris^ R. canina^ et R. subcinerea. Pour la facilité de la discussion nous examinerons d'abord ce dernier.

Rosa subcinerea Nob.

Dans sa flore du Maine p. 79, Desporles a inscrit le R. collina DC. avec quatre variétés, nommées par lui : glanduliferay leucantha, globosa, hispidula, qui, pour d'autres botanistes et sous d'autres noms, représentent autant d'espèces distinctes.

Desportes lui-même a pris soin de nous dire que ses variétés leucantha et globosa sont respectivement synonymes des R. obtusifolia Desv. et R. dumetor um ThmW. , que nous rencontrons en effet assez souvent dans la Sarthe. — La forme glandulifera^ à « dents des folioles glanduleuses, » ne peut être que \e R. tomentellaLem, ^ dont nous connaissons plusieurs localités et q'ie Desportes h compris dans la liste des synonymes de son R. collina {i). — Quant à la dernière,

(1). C'est pour n'avoir pas fait ce rapprochement, qui pourtant s'impose à un esprit attentif, que Manceau signalait, en 1862, le H. lomentella Lem., aux buttes Agaignard, comme une nouveauté pour notre département.

hispidula^ à ce pédoncules hispides, fl. blanches, » Desportes indique pour synonyme, avec un point de doute, R. collina Jacq. (1). Mais, laformequ'il avait en vue n'est autre choseque le R. stylosa Desv., méconnu par Fauteur de la flore du Maine et qu'on trouve précisément à « Doucelles et Ghahaignes » (2) .

C'est en effet à « Doucelles et Ghahaignes » que Desportes signalait sa variété hispidula, tandis qu*il ne parle pas du R. stylosa Desv., que nous connaissons sur la route de Saint- Pierre*du-Lorouer à Ghahaignes et aux environs de Doucelles, en cinq endroits différents, dans les haies sur les routes de Gherancé,Vivoin et Sérillac. C'est évidemment lui qu'il a rencontré sans le reconnaître, et dont il a fait son collina hispidula^ qui ne saurait être représenté par aucun autre rosier des environs de Doucelles. Par ses folioles pubescentes grisâtres sur les deux faces et ses pédicelles plus ou moins glanduleux, avec ses styles en colonne glabre, plus ou moins allongée, le B, stylosa de Doucelles et de Ghahaignes est le seul qu'on puisse rapporter à la forme que Despories a voulu signaler.

Le groupe établi par Desportes, sub unâ specie, comprend donc les R.collina DG.,/{. dumetorum Thuill., R. obtusifolia Desv., i{. tomentella Letn , et R, stylosa Desv..Ce groupement me parait très judicieux. A mon avis, toutes ces formes, auxquelles il faut joindre le R, Deseglisei Bot,, que nous rencontrons çà et là, ne sont que des variétés d'une même espèce. Pour adopter cette opinion, je crois avoir des motifs suffisants, que je vais exposer aussi brièvement que possible.

Par le port et Taspect général, les buissons se rapportant aux différentes roses que nous venons d'énumérer, se ressem-

(1) Dans son catalogue des plantes de Saint-Galais, p. 219, Diard indique : « R.collina Jacq. nou Dec.,» auquel il attribue « des pédoncules glabres, » tandis que la rose de Jacquin doit avoir des pédicelles hispides-glanduleux. L'indication de Diard est donc entachée d'inexactitude et nous ne pouvons en tenir compte dans la discussion.

(2) La rose de Doucelles, dont les styles sont glabres, ne saurait être le R, co/iina Jacq., à styles velus. Ce dernier présente d'ailleurs des signes d'hybridité, qui n'apparaissent aucunement sur la rose de Doucelles.

blent à première vue, autanl qu^on peut le désirer. Leurs folioles, généralement assez médiocres, ovales ou subarrondies, souvent obtuses au sommet, toujours couvertes, au moins à la face inférieure, d'une pubescence grisàtre/comme cendrées, mais jamais tomenteuses ni soyeuses, leur donnent une physionomie particulière, qui conduit naturellement à les rapprocher et suffit pour les distinguer sans peine de tous nos autres rosiers.

La plus répandue des formes qui nous occupent, et la plus ancienne en date, est le H, dumetorum, dont Thuillier donnait, en 4799 (fl. Par., p. 250), la description suivante : « R. ramis glabris ; aculeisinfràfolia geminatis, validis, uncinatis ; foliis pubescentibus ; petiolo minute passim aculeato ; foliolis suborbiculato-ovalibus, S - 7 ; fructibus globosis pedunculisque glabris. Flores pallido-rosei . » Il ajoute, en français : « Rameaux garnis seulement de deux aiguillons sous chaque feuille. Feuilles pubescentes, de 5 - 7 folioles arrondies-ovales. Fruit sphérique pédoncule, glabre. Fleurs d'un blanc-rose.»

Bien que fréquente, la disposition des aiguillons, souvent géminés sous les feuilles, n'est pas assez constante pour avoir Timportance que parait admettre celte description. Quant à la forme des fruits, elle peut également varier et M. Franchet (fl. L.-et-Ch., p. 187) nous donne à ce sujet un renseignement précieux : « J'ai dans mon herbier, dit-il, un exemplaire du R. dumetorum venant de Thuillier; le réceptacle fructifère est ovoïde, tandis que dans sa description Fauteur le dit globuleux ; ceci semble prouver que ce caractère n'avait pas d'importance à ses yeux. »

La forme et la pubescence des folioles seraient donc les seuls caractères qu'on pourrait invoquer pour distinguer la rose de Thuillier. 11 semble que ce soit bien peu de chose, étant donné que la pubescence ou la glabréité des folioles sont très variables chez diflérentes espèces bien définies. Aussi,

M. Grépin n'hésite pas à considérer le R. dumetortun comme une simple variété du R. canina.

Mais^ il faut dire que, pour M. Grépin, le R, dumetorum est un « groupe de variations présentant des folioles au moins pubescentes sur la nervure médiane, à dents foliaires simples, avec des pédicelles lisses. » (Gf. Grépin, tabl. analyt., p. 35). Groupe, qui comprend dès lors le R. urhica Lem.. Ge dernier me paraît en effet ne pouvoir se rapporter qu'au /?. canina^ dont il conserve la physionomie générale. La villosilé des folioles se bornant à quelques poils sur la eôle, plus rarement sur les nervures secondaires^ ne saurait, à mon avis, justifier Tassimilation avec le R. dumetorum^ dont la pubescence grisâtre^ au moins à la face inférieure, donne au buisson vivant un faciès spécial, qui frappe Tœil à première vue, même à distance, pour peu qu'on soit attentif et qu'on ait quelque expérience (1).

Cette pubescence suffit*elle pour caractériser une espèce? Oui et non. Oui, cela suffit pour la reconnaître, non pas toutefois pour la constituer. Â côté des caractères primordiaux, dont Tensemble consiitm Tespèce, apparaissent fréquemment des signes plus visibles, qui contribuent dans une certaine mesure à la différencier et fixent d'abord l'attention. Les longues oreilles ne font pas le lièvre, mais ellessuffisent parfaitement pour le distinguer du lapin.

(l) La distinction que je fais entre les R, urhica et R, dumetorum s'appuie sur mes observations personnelles et sur Texamen de spécimens dont Tauthenticité n'est pas douteuse. Parmi les échantillons donnés à Bastard par Léman, en 1819^ que je dois à l'obligeance de M. Bouvet, le n' 4 est étiqueté de la main de I^eman : t Rosa urbica Nob.. 1» Les folioles, de dimension moyenne, elliptiques ou lancéolées et plus ou moins acuminées, sont simplement dentées. Plusieurs présentent, à Id face inférieure, quelques poils sur les nervures secondaires, chez la plupart la côte seule est velue. C'est bien le R, urbica, tel que je le comprends. — Le n*3 de la môme collection est étiqueté par Léman : « Rosa dumetorum Thuili. ». Les folioles simplement dentées, velues-grisàtres en dessous, fortement pubescentes en dessus, sont assez médiocres, elliptiques, les unes légèrement acuminées, d'autres obtuses-arrondies au sommet, rappelant celles de Vobtusifolia,

Assurément la pubescence des folioles n'est point un ca* raclëre de premier ordre. Sa valeur taxinomique ne peut être que relative : il serait évidemment mauvais d^établir une classification des roses uniquement d'après le degré de villosité des folioles. Mais, on peut en dire autant pour la glandulosité, les dentelures des folioles, la forme des aiguillons, celle des réceptacles, la persistance ou la caducité des sépales, etc. , el, comme Ta fait observer M. Christ (Le genre Rosa, p. 14), « Si les travaux des rhodographes ont élucidé quelque chose, c'est le fait, négatif chez les Roses, qu'aucun des nombreux caractères d'après lesquels on a essayé de diviser le genre en groupes n'a une valeur absolue. »

Assez souvent, entre deux espèces, les différences de constitution sont difficiles à saisir et plus encore k exprimer. Parfois, elles ne deviennent apparentes que par des caractères qui n'auraient sans doute qu'une importance secondaire, peut-être même très minime, s'ils n'étaient, dans certains cas, les meilleurs indices qu'on puisse inscrire dans le signalement d'une espèce. Contrairement à l'opinion de Du Mortier (Mon. des Roses de la flore belge, p. S7), la méthode la plus rationnelle est donc celle qui, tenant compte de l'ensemble des caractères, met à profit, pour distinguer chaque groupe, tantôt Tun, tantôt l'autre. En d'autres termes, le même caractère, sans importance dans certains groupes, où il est manifestement variable, prend chez d'autres une réelle valeur par sa constance et sa fixité. Ainsi, chez les /{ti^t^êno^a?, que caractérise surtout l'indûment glanduleux, la pubescence des folioles, plus ou moins variable, n'apparait qu'accessoirement, tandis que le revêtement pileux devient normal et prend dès lors une grande importance pour différencier le R. dumetorum et ses dérivés, chez qui l'apparition des glandes ne servira qu'à distinguer des variétés.

avec des nervures assez saillantes. C'est encore ainsi que je comprends le R. (iuTfielorum,

Cette manière de voir, qui n'est pas nouvelle, (Cf. Christ, le genre Rosa, p. 15 et 3â), m'a fait dire que le groupement établi par Desportes, dans sa flore du Maine, me parait très judicieux. Pour justifier cette opinion, je dois maintenant procéder à Texamen sommaire des différentes roses sarthoises, qui, suivant moi, se rattachent au il. dumetorum deThuillier.

De Candolle (fl. fr., IV, p. 441) signalait son R. collina (K aux environs du Mans ». La description qu'il en donne, par trop sommaire, manque de précision : « Cette espèce, dit-il, ressemble beaucoup à la précédente {R. tomentosa)^ mais elle s'en distingue, parce que ses pédoncules sont plus courts et entièrement dégarnis de poils et d'aiguillons, aussi bien que les tubes des calices. » Ces caractères, purement négatifs et insuffisants pour distinguer une espèce, n'impliquent d'ailleurs aucunement l'exclusion de ceux que de Candolle assigne au /{. dumetorum {\. c, V, p. 534). Rien ne permet de séparer la rose inscrite dans la flore française sous le n^ 3702 de celle décrite au n^ 3698*" du même ouvrage. Aussi Déséglise lui-même (Ros. cent. n° 86 et Cat. n® 238) a considéré les A. dumetorum Thuill. et R. collina DC. simplement comme synonymes et les rhodographes contemporains sont généralement d'accord à ce sujet. Le nom de A. collina DC, postérieur à celui de il. dumetorum Thuill., n^a donc pas sa raison d'être et nous devons l'abandonner.

Nous avons dit que la variété leucantha de Desportes est synonyme de R. obtusi/olia Desv., qui n'est pas rare dans la Sarthe. C'est en 1809 que Desvaux créait cette espèce, dont il a donné la description suivante (Journ. bot., II, p. 317) : « Calicum tubis ovatis pedunculisque glabris, foliolis ovatisobtusissuprà puberulis,subtusvillosis. Flores albi. » Peu de temps après, en 1813^ abandonnant sa première opinion, Desvaux inscrivait dans le journal de botanique, p. 115, son obtusi/olia comme variété du R. canina. C'est encore à titre

-aède variété du R. canina qu'il Vinscrit, en 1818, dans ses observations sur les plantes des environs d'Angers^ p. 157, ajoutant : cette variété « a les fleurs roses ou blanchâtres, suivant les individus. Elle est très commune dans TAnjou, et a été très bien reconnue par ses feuilles obtuses qui ne varient pas autant qu'on a voulu le dire. » Enfin dans sa flore de TAnjou, en 1827, il omet absolument de l'indiquer même parmi les variétés du ff . camna, au sujet duquel il écrit cette observation, p. 326 : «Nous sommes bien éloigné d'avoir signalé toutes les modifications que présente cette rosC; mais leur énumération serait d'un bien petit intérêt, si ce n'est pour le nomenclateur, qui voit les livres et nullement la nature. » Il faut donc admettre qu'en fin de compte Desvaux considérait son obtusifolia comme une modification « d'un bien petit intérêt. » C'est précisément ce que je pense.

A mon avis, le /?. obtusifolia Desv. n'est qu'une simple variation du R . dumetorum^ à folioles obtuses, arrondies au sommet. Desvaux lui-même avoue implicitement que c'est à cela seulement qu'elle « a été très bien reconnue. » Si l'on s'en tient aux descriptions données par les créateurs des deuxespèces en question, on ne trouve, en les comparant, aucun autre caractère difTérentiel. La forme du fruit ne dit rien, puisque chez le dumelorum il peut être aussi bien ovoïde que globuleux ; et, si Thuillier parle de fleurs d'un rose pâle, Desvaux, qui d'abord les indiquait blanches, fait observer ensuite qu'elles peuvent être roses ou blanchâtres, suivantles individus.

Bien que renié par son propre père, le R. obtusifolia n'en a pas moins fait son chemin. Grenier et Godron l'ont inscrit dans la Flore de France ; puis, Boreau, Déséglise, Ripart» Cariot et toute l'école analytique, l'ont admis comme espèce légitime. Je ne m'attarderai pas k discuter les descriptions plus ou moins contradictoires des auteurs qui l'ont successivemeat accueilli coçQ.Qi& fils adoptif ; les uns, par exemple, lui donnant des aiguillons médiocres et des fruits elliptiques, tandis que pour d'autres il a des aiguillons très

robustes et des fruits globuleux, etc., suivant les exemplaires observés.

M. Crépin (Tabl. analyt., p. 24), rappirochant lé R. obtusi/olia Desv. du R. tomentella Lem., auquel il lui « parait devoir être réuni spécifiquement, » en donne la diagnose suivante : « Folioles pubescentes^ ord. assez petites, ovales-arrondies, brièvement atténuées-aiguës au sommet, à dents simples^ à nervures secondaires ord. très saillantes ; aiguillons caulinaires, courts, crochus, fortement épaissis à la base. » Il ne s'agit pas ici d'une description complète et nous ne devons pas oublier que les caractères énumérés ci-dessus ont été choisis par le savant rhodographe uniquement pour séparer le R. obtusi/olia d'autres espèces a ne présentant pas ces caractères réunis, » parmi lesquelles se trouve le R. canina^ dont le R. dumetorum n'est pour M. Crépin qu'une variété.

Mais, le R. dumetorum de Thuillier réunit tous ces caractères, aussi bien que le R. ohtusifolia. La forme des aiguillons caulinaires, pris dans leur ensemble est la même ; les folioles, également à dents simples, sont souvent dans Tun commj dansTautre atténuées au sommet ; généralement médiocres, leurs dimensions peuvent varier quelque peu, suivant la vigueur du buisson ou même simplement du rameau. J'en ai dans mon herbier plusieurs exemples et, pour n'en citer qu'un, le n** 207, que M. Crépin reconnaît pour un ohiusifolia^ comprend des rameaux portant des folioles qui mesurent 12/15 mm. et d'autres avec des folioles de 22/30 mm., pris sur le même buisson. Quant aux nervures secondaires, elle sont fréquemment assez saillantes chez le dum^torum, et ce caractère, qui peut nous servir à séparer ce dernier des formes velues du R. canina [R. urbica Lem. et il. semi-glabra Rip.), est encore, à mon avis, une raison pour ne pas Técarter de Tobiusifolia.

En réalité^ l'existence de folioles obtuses et même parfaitementarrondiesausommet,dontM.Crépinnetient pas compte dans sa diagnose, est le seul caractère vraiment différentiel de

Vobiusijolia. Mais, il ne lui apparlieDl pas exclusivemeot et cette modification, purement accidentelle, se présentechez bien d'autres espèces. On observe d'ailleurs que sur certains buissons les folioles ainsi conformées sont assez nombreuses, tan* dis que sur d'autres elles deviennent plus ou moins rares et souvent la même remarque peut être faite quand on compare des rameaux différents du même buisson.

On comprend dès lors que Ton soit assez souvent embarrassé pour distinguer robtusifolia du R. dumetorum et que des botanistes très expérimentés hésitent parfois entre Tud et l'autre. Desvaux lui même a fini par reléguer son obttAsi- Jolia parmi les modifications « d'un bien petit intérêt, o Je ne vois pas plus que lui Tutililé de conserver ce nom dans la nomenclature.

Examinons maintenant le R. tomentella Lem., que Desportes indiquait sous le nom de glandulifera, comme variétt^ à « dents des folioles glanduleuses ». Je ne le crois pas commun dans la Sarthe. J'en connais cependant plusieurs localités et les échantillons que j'ai recueillis sont identiques h ceux donnés par Léman à Bastard, en 1819, que je possède (1). Ils ont des folioles pubescentes en dessus, velues en dessous, très surdcntées-glanduleuses, à nervures secondaires plus ou moins saillantes, avec des pétioles velus, quelque peu glanduleux. Les pédoncules sont lisses ainsi que les calices ; les styles sont plus ou moins velus. Quelques rares glandes apparaissent sur la côte de la foliole terminale, prolongeant le pétiole ; je n'en ai pas vu sur les nervures secondaires, non plus que sur les pédicelles, qui cependant peuvent être parfois, dit-on, plus ou moins hispides-glanduleux (2j.

(1) Dans le tableau synoptique qui termine son mémoire sur les Rosiers des environs de Paris (Journ. phys. nov. 1818), Léman distingue le R. tomentella par les caractères suivants : a foliis pubescentibus ; dentibus foliolorum margine inferiore serratis ; pedunculis g1 abris nudisve ».

(2) Le n» 11 de la collection précitée est étiqueté par Léman a Rosa

Prenant en considération la glandulosité plus ou moins grande qu'on observe chez le B. tomentella, et suivant en cela Topinion de Déséglise, le D' Christ rapporte à la section des Ruhiginosœ la rose de Léman. Mais, il accorde qu*elle est cr très rapprochée » du dumetorum et que o ses variétés à glandes rares, qui dominent sur des espaces considérables, ressemblent à s'y méprendre au R, dumetorum. » (Cl. Christ, le genre Rosa, p. 33). Déséglise, Grenier, Boreau, Lloyd font observer également que le JR. tomentella Lem. ressemble beaucoup au R. obtusifolia Desv.. M. Crépin va plus loin. Pour lui, le R. obtusifolia Desv., « paraît devoir être réuni spécifiquement au R. tomentella comme variété à dents simples. » (Cf. Crépin, labl. analyt., p. 24).

Pour accepter cette dernière opinion^ il faut admettre que la glandulosité des folioles et Thispidité rare des pédicelles n'ont ici qu'une importance très secondaire ; car, nous savons que le R. obtusifolia Desv. est en général absolument églanduleux. Aussi, tout en admettant le R. tomsntella comme espèce légitime, M. Crépin (1. c, p. 26) Ta-t-il rangé dans la sous-section des Eucaninœ et non dans celle des Rubigi^ nosw. Ce classement me parait d'autant plus rationnel qu'on peut tout aussi bien dire, en retournant la proposition, que le tomentella se réunit à Vobtusifolia comme variété à dents composées-glanduleuses. En d'autres termes, le tomentella est à Xobtusijolia ce que le dumalis est au lutetiana. Le parallélisme est frappant, du moins quand il s'agit de nos roses sarthoises.

Mais, nous avons dit que Vobtusifolia n'est qu'une variation du R. dumetorum . C'est donc à ce dernier que finalement nous rapporterons le tomentella^ au même titre que le

pubescens Nob. ». Les folioles, semblables au reste à ceUes du n« tO (A. tomentella)j sont seulement un peu plus surdentées-glanduleuses et, comme il arrive ailleurs, la glandulosité s'exagérant gagne les pédicelles. C'est sans doute cette forme qu'on rapporte au R. tomentella comme variation à pédicelles hispides. Je ne l'ai pas rencontrée dans la Sarthe.

A. dumalis Bechst. vient se placer près du R. lutetianay dans le groupe spécifique portant le nom de R. canina.

J'ai suffisamment établi, je crois, que la forme signalée par Desportes à « Doucelles et Ghabaignes, » sous le nom de hispidula^ ne peut être autre chose que le R. siylosa Desv. (sensu stricto). En tous cas, c'est ce dernier, tel que nous le connaissons dans la Sartbe, que je vais examiner.

A mon avis, il appartient au même groupe spécifique que le R. dumetorum Tbuiil.. Dès 1885, leD^Cbrist exprimait cette opinion. Le R. siylosa^ dit-il (Cf. le genre Rosa, p. 31), a n'est qu'une véritable Rose Cynorhodon, différant seulement du R. dumetorum par des caractères d'ordre secondaire. » Aussi, dans le tableau de la page 29 du même ouvrage, Fauteur inscrit le R. siylosa Desv. comme dérivation de 3® ordre du R, dumetorum Thuill.. C'est peut-être aller un peu loin. En tous cas, pour le moment, si nous rapprochons ces deux roses, nous n'avons pas à préjuger leur degré de subordination.

C'est en 1809 que Desvaux éditait le R. stylosa, dont il a donné la description suivante (Journ. bot., 2, p. 317) : — a Calicum tubis ovato-elongatis, pedunculisque glabris subgeminatis (rarissime umbellatis); foliolis ovato acutis, tomentosis; stylos connatos elongatos. Flores albi. » — Il semble bien à première lecture, que par ces mots ce pedunculis glabris, » on doit entendre des pédicelles lisses, dépourvus de glandes. Mais, en 1813 (Journ. bot., 2, p. H3),rauteur modifie sa description comme suit : « styles réunis en colonne glabre; trois divisions du calice pinnatifides ; feuilles à dents entières, velues en dessous ; fruit glabre, oblong ; pédoncule glanduleux. — p. corj/m6osa Desv. ; B. kucantha Loisel. (1)

(1) De CandoUe, en 1815 (fl. fr., V. p. 535), a donné sous le n© 3702 6., la synonymie suivante ; « R. leucantka Lois. not. 82; Bast. suppl. 32. — R. oàtusifoliaDesy. Jour, bol., 2, p. 317.— /?/ stylosa var. p. Desv. Journ. bot. 1813, 2, p. 113 ». C'est sans doute parce qu'il acceptait celte

diffère par son pédoncule glabre. » Cette fois l'hispidité des pédicelles est mise en première ligne ; Tabsence de glandes caractérise seulement une variété, que Desvaux n'indique même plus en i827, dans sa Flore de TAnjou, p. 325, où il écrit : « R. A longs styles, R. stylosa Desv. Feuilles velues, pédoncules glanduleux, fleurs blanc-jaunâtre. »

Les échantillons du ff. stylosa Desv.^ que j'ai recueillis dans la Sarthe, ne diffèrent pas des spécimens que Lloyd m'a montrés dans son herbier, ni de ceux que j'ai vus dans l'herbier Boreau, au jardin d'Angers. La rose que je désigne sous ce nom est donc bien celle que Desvaux avait en vue, à Texclusion des JR. sysiyla^ R. leucochroa, R, rusticana^ etc., qu'on lui réunit à tort. J'en connais dans différentes localités une dizaine de buissons, que j'ai souvent visités et observés vivants, à différentes époques de Tannée. On m'accordera donc que je puis en parler avec quelque compétence.

Je n'importunerai pas mes lecteurs par une longue et minutieuse description, qui serait fastidieuse autant qu'inutile. Pour caractériser le R. stylosa Desv. et le faire aisément reconnaître, il suffit de dire : c^est un dumetorum à styles glabres plus ou moins colonnaires et pédicelles plus ou moins hispides. Au premier aspect, on le prendrait en effet volontiers pour un dumetorum. Il en a le port^ le bois et le feuillage. Je ne vois pas de diflérence bien marquée pour les aiguillons et, si les stipules supérieures sont souvent assez étroites, parfois elles sont assez larges. Les fruits sout généralement ovoïdes, quelques uns subglobuleux ; mais, nous avons dit que les deux formes de fruits s'observent chez le dumetorum. Les fleurs sont tantôt solitaires, tantôt géminées ou même en corymbes plus ou moins fournis. Je les ai toujours vues blanches ; mais rien ne s'op-

synonymie comme exacte que Desvaux a fait abandon de sa variété corymbosa. 11 est pourtant certain que chez le R. stylosa Desv. les pédicelles peuvent être lisses, égtanduleux, sans toutefois constituer une variété.

pose, je pense, à ce qu'elles paissent ëlre parfois légèrement roses.

Ainsi, quand on le compare au R. dumeiorum^ l'hispidilé des pédicelles et Texserlion des styles sont les seuls caractères différentiels du R. stylosa Desv. — Mais, Thispidité des pédicelles n'est pas constante. Presque toujours on constate sur le même buisson, fréquemment dans le même corymbe, des pédicelles glanduleux et d'autres absolument lisses. Le même fait s'observe d'ailleurs chez le R. Deseglisei Bor., dont les affinités avec le R. dumetorum ne sont pas douteuses. Ce caractère n'a donc ici qu'une importance secondaire ; s'il a quelque valeur pour distinguer une variété^ nous ne pouvons le preodre en considération pour établir une espèce.

J'arrive au point capital. En 1809, Desvaux attribuait à sa rose des styles soudés el allongés, « stylos connatos elongatos. » En 1813, il écrit : « styles réunis en colonne glabre. » Il est certain que, dans la forme que nous connaissons, les styles sont toujours glabres ou à peu près. Mais sont-ils en colonne allongée, autant que le représente la planche XIV du Journal de botanique? Quelquefois, oui ; souvent, non. Il faut encore choisir parmi les échantillons d'un même buisson, pour trouver des styles réunis en colonne vraiment allongée (1). Toutefois, je ne dois pas dissimuler que le disque est toujours assez nettement conique.

Sans doute, la constance dans la forme du disque et la glabréité des styles n'est pas un fait négligeable. Nous l'admettrons comme un des principaux caractères de tout un groupe de roses, qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de siylosx {R. leujochroa Desv., R. systyla Bast., etc.). Mais il ne faudrait pas croire qu'en dehors de ce groupe la forme

(1) En 1861. Cosson et Germain (fl. Par., 2- éd., p. 222) écrivaient à propos du R. stylosa Desv. : « colonne des styles tantôt très courte, tantôt allongée ». D'après mes observations, elle est souvent courte. La désignation de « Rosier à longs styles, » choisie par Desvaux, n'est donc pas très heureuse.

— laconique du disque et même rexsertion des styles soient des faiis absolument inconuus. On observe des disques plus ou moins saillants parmi les rubiginosœ ( R. permixta et A. septicola). J*ai maintes fois rencontré des formes du canina plus ou moins embarrassantes sous ce rapport et pouvant occasionner des méprises, n'était la villosité des styles. Et, pour ne prendre des exemples que parmi les roses dont nous avons parlé dans ce chapitre, est-ce que le disque ne devient pas parfois un peu saillant dans le tomentella, légèrement conique dans leDeseglisei^ Les styles ne sont-ils pas quelquefois agglutinés dans Yobtusijolia et même un peu colonnaires dans le tomentella (i)?

L'allongement des styles et la forme du disque ne sont donc pas toujours des caractères de premier ordre. Et, pour être pris en considération, quand il s'agit de constituer uneespèce, encore faut-il qu'ils soient, sous le rapport de la fixité, concordants avec d'autres caractères, invariables comme eux dans cette espèce. Il en est de même pour l'état glabre ou velu des styles, que nous voyons varier dans certains groupes spécifiques, tandis qu'il devient fixe et caractéristique pour d'autres.

Ainsi, les styles glabres soudés en colonne, et le disque conique méritent une considération particulière dans le groupe des R. kucochroa, R. systyla, etc., que réunit une similitude de constitution générale, se traduisant par un faciès spécial, une physionomie propre à ce groupe. Mais, dans Tensemble, le i?. siylosa Desv. présente l'aspect du dumetorum ; il en a le faciès et tous les caractères dénotant une consfitution semblable, sauf en ce qui concerne les styles. Dès lors, je le répète, l'état de ces derniers n'a plus ici qu'une importance secondaire, dont on ne peut tenir compte

(1) Cette disposition des styles serait encore, paraît-il, plus marquée dans le dumetorum var. longistyla Burn. et Grem., que je citerai seulement pour mémoire, ne le connaissant que de nom. (Cf. Burn. et Grem., Ros. Âlp.-Mar., suppl., p. 32).

que pour différencier une variété. Ecarter davantage le fi.

stylosa Desv. du R. dumetorum Thuill., c'est séparer deux

choses semblables, tandis que le réunir au R. systyla Bast.,

en s*appuyantsur leseul fait de Texsertion des styles glabres,

ce serait rapprocher deux choses bien distinctes sous tous autres rapports.

Il roe reste à dire quelques mots au sujet du R. Deseglisei Bor., dont je connais plusieurs buissons dans la Sarthe {i). C'est encore un dumetorum et je crois que tout le monde est d'accord, au moins pour le considérer comme une forme affine de ce dernier. Il a comme lui des folioles assez médiocres, velues-grisâtres en dessous, pubescentes en dessus. Les styles sont également velus, ce qui de prime abord l'écarté du R. stylosa Desv., dont les styles sont normalement glabres. Mais, il se rapproche de ce dernier par la présence fréquente de quelques glandes sur les pédicelles et par ce fait que le disque est souvent un peu conique. Ce n'est au fond qu'une variation du type, qu'on peut considérer comme intermédiaire entre le R. dumetorum Thuill. et le R. stylosa Desv., établissant le passage de Tun à l'autre.

En résumé, suivant nous, les différentes roses de la Sarthe, que nous venons d'examiner, appartiennent toutes à une seule et même espèce. Les unes (i?. obtusi/olia Desv. et

(1) "Voici la description qu'en donnait Boreau, en 1857 (fl. c. 3* éd., p. 224) : — « Arbrisseau peu élevé, à rameaux diffus flexueux, aiguillons petits blanchâtres, à base en disque allongé, arqués ou courbés en faux, pétioles velus, tomenteux, armés de petits aiguillons ou inermes, stipules étroites, velues en dessous, bordées de quelques glandes au sommet ; 5 folioles petites, d'un vert pâle, velues en dessus et surtout en dessous, ovales aiguës ou elliptiques, dentées en scie, à dents en mucron calleux ; pédoncules solitaires ou géminés, velus, avec quelques soies glanduleuses éparses (plus rarement glabres), calice à tube glabre, ovoïde ou arrondi, sépales pubescents, pinnalifides à appendices foliacés courts ; styles courts, hérissés, disque un peu conique, fruit petit ovoïde ou arrondi. Fleurs petites d'un rose clair. »

B. Deseglisei Bor.) sont de simples variations du R, dume--' lomm Thuill., dont le R. collina DC. n'est qu'un synonyme. Les deux autres {R. tomentella Lem. et il. stylosaDesy.) peuvent être admises à titre de variétés bien distinctes, au même rang, si Ton veut, que le dumetorum^ c'est-à-dire à peu près de même valeur. Mais, il convient, à mon avis, d'écarter le mot stylosa, pour éviter la confusion qui résulterait de l'application faite de ce nom à des formes tout autres que celle qui nous occupe. Nous le remplacerons par celui de hispidula^ dont s'est servi Desportes. — Pour conclure, je répéterai que le groupe spécifique établi par Tauteur de la flore du Maine, en 1838, me parait naturel et bien constitué. Mais, le nom qu'il lui donnait, déjà pris dans deux acceptions différentes, ne peut être conservé. C'est pourquoi nous avons inscrit en tête de ce chapitre : Rosa subcinerea Nob., que nous prenons pour synonyme de A. collina Desp., non DC, nec Jacq. (1).

Rosa stylaris Nob.

En 4809 (Joiirn. bot., 2, p. 317), Desvaux créait le nom de R. stylosa^ que bon nombre de botanistes prennent aujourd'hui pour désigner tout un groupe de formas à styles glabres, agglutinés en colonne plus ou moins allongée, dont les suivantessç trouvent dans la Sarthe : R. rusticana Déségl., R. virginea Rip., R. lev^oochroa Desv,, it. cWoran^AaSauz. etMaill., R. systylaBsiSi.y R./astigiaUiBsiSi., R. parvula Sauz. etMaill., et enfin I& R. stylosa proprement dit, tel que l'entendait Desvaux. Sauf ce deraier^ tous les rosiers que

(1) J'aurais pris volontiers le mot cinerea, plus court et plus facile à prononcer. Mais» on a déjà le i?. cin^rea Rap., désignant une forme particulière. Du reste le mot subcinerea rappelle mieux la teinte presque cendrée du feuillage.

noas venoDs d'éDumérer ont entre eux des rapports tels qu'il serait en effet difficile de les séparer spécifiquement.

Les liens de parenté, qui les unissent, se manifestent par une physionomie générale des buissons, qui les rapproche d*ailleurs singulièrement du R. canina, dont ils se distinguent cependant par des caractères assez constants pour qu'on en tienne compte.

La colonne stylaire, parfois très allongée, reste assez souvent, il est vrai, très courte (i) ; mais, elle est toujours glabre. Les stigmates s'étagent pour former une tête ovoïde et non point une calotte sphérique ou presque plane comme chez le canina. Le disque, qu^ils. surmontent à une distance plus ou moins grande, est presque toujours assez nettement conique et la concordance de ce caractère avec le précédent suffit d^ordinairepour ne pas laisser d'hésitation.

Ces particularités s'observent d'ailleurs chez le rosier que Desvaux désignait sous le nom de R. slylosa. Mais, par la forme des folioles, leur pubescence grisâtre et le faciès particulier des buissons, sa place naturelle est à côté du R. dumetorum. Je ne répéterai pas Texposé des motifs que j'ai donnés précédemment pour adopter cette opinion. On voudra bien s'y reporter. Je me bornerai donc à dire ici que le R. stylosa Desv., dont Taspect est celui d'un dumetorumj se distingue nettement à première vue des autres rosiers énumérés ci-dessus.

Chez ces derniers, les folioles, parfois assez grandes, glabres en dessus, souvent même en dessous ou seulement pubescen tes sur les nervures, sont toujours vertes sur les deux faces, jamais cendrées, ni grisâtres. Leur forme ovale ou elliptique aiguë, la teinte générale du feuillage et le port des individus, leur donnent k tous la physionomie d'un canina, tel que nous le comprenons, le dumetorum en étant séparé.

(1) Elle est parfois tellement courte qu'il est nécessaire de fendre le réceptacle pour en bien constater l'existence.

Pour différencier du R. canina le groupe qui nous occupe^ les caractères tirés de Taspect des tiges et de la forme des aiguillons caulinaires sont absolument insuffisants, même sur le vif. J'ai fait porter mon examen sur de nombreux buissons vivants, à Tétai sauvage, et j'affirme qu'il est impossible au botaniste le plus exercé de discerner sous ce rapport des différences constantes nettement appréciables.

La forme des fruits, passablement variable, ne. peut être prise en considération, non plus que la couleur des fleurs, dont les pétales sont plus ou moins roses ou blancs^ parfois jaunâtres à Tonglet.

La glabréité des styles^ leur réunion en colonne plus ou moins allongée, la disposition des stigmates étages et la forme conique du disque sont donc les seuls caractères vraiment distinctifs qu'on puisse invoquer. Mais, ils sont constants et suffisent pour distinguer les rosiers de ce groupe des formes du canina^ qui pour le reste leur paraîtraient similaires. Ajoutons que les stipules supérieures généralement assez étroites, et même, dans certains cas, les bractées qu'on observe à la base des pédicelles, comme chez Yarvensis^ fournissent encore des indices, qui ne sont pas à négliger (1).

En résumé, toutes les formes en question présentent un faciès général^ très différent de celui du A. stybsa Desv., très voisin de celui du canma^ dont elles se distinguent assez nettement, par les caractères indiqués ci-dessus, pour en faire un groupe naturel, qu'on peut admettre comme espèce de second ordre.

Quel nom lui donner ? Celui de R. stylosa ne peut lui convenir, puisqu'il désigne particulièrement une forme décrite par Desvaux que nous séparons de ce groupe. Adopter le nom de systyla ne serait pas logique, puisque celui de leu* cochroa lui est antérieur. Quant à ce dernier, nous lui trou-

(1) La floraison est aussi plus tardive, de quinze jours environ dans notre contrée.

voDs rincoDvéDient d€ rappeler un caractère qui n'est pas général. — Dansson Rosetum gallicum, p. 107 (1828) Desportes réunissait sous le nom de B. Desvauxii trois variétés : leucochroa, lactea^ rosea^ qui ne sont autres que nos it. leucochroa Desv., B. virginea Rip. et il. sysiyla. Bast. (1). Mais il n*a pas le mérite de ce groupement judicieux, qu'il n'a fait qu'emprunter à de Gandolle (fl. fr., V. p. 837), en subs-. tituant simplement le nom de R. Desvauxii Desp. à celui de H. brevistylabC.^ nomprinceps de l'espèce constituée comme nous l'entendons. Mais, le mot brevislyla présente l'inconvénient de laisser dans l'esprit une idée fausse ou tout au moins inexacte, la colonne stylaire étant parfois très allongée dans les diverses variétés que nous connaissons. Pour cette raison, je ne crois pas qu'il soit à propos de le reprendre. Quant au nom de Desvauxii^ Baker lui donnant une signification différente (2), nous devons l'écarter et, pour éviter toute confusion, la nécessité s'impose de recourir à une désignation nouvelle. Nous proposerons le nom de /?. stylaris, néologisme plus ou moins irrégulier, qui du moins rappelle un caractère commun au groupe tout entier. — La synonymie s'établirait ainsi : R. stylaris Nob. ; R. brevislyla DC. ; R. Desvauxii Desp., non Baker; R. stylosa Crép. p. m p., non Desv..

Les différentes formes de cette espèce qu'on trouve dans la Sarthe, peuvent se classer en deux séries, suivant que les feuilles sont glabres ou pubescentes en dessous.

La première série comprend chez nous les variations du R. virginea Rip. (3), à pédicelles lisses et celles du groupe R. rus-

(1) Une interprétation inexacte de Tétat des styles avait conduit Desportes à considérer le R^fastigiataBdiSi. comme une variété du R. canina.

(2) Sous le nom de R, Desvauxii, Desportes comprenait les roses à styles en colonne autres que le R. stylosa Desv.; tandis que Baker a pris le môme vocable pour désigner particulièrement ce dernier à l'exclusion des autres formes à styles colonnaires. Le mot Desvauxii exprime donc deux idées absolument opposées.

(3) Voici la description du R, virginea donnée par Déséglise, en

iicana Déséglise (1), à pédicelles glanduleux. Toutes ont les fleurs blanches ou légèrement carnées. — La distinction de ces deux groupes ne me parait pas fondée. Sur les buissons dont les pédicelles sont pour la plupart glanduleux, il n'est pas rare dVn trouver quelques uns qui soient lisses, et réciproquement les buissons à pédicelles lisses portent parfois quelques pédicelles glanduleux. J'en ai rencontré, notamment près de Crissé, route de Neuvillalaîs et près de Saînt- Galais, route de Vibraye, qui présentent un mélange embarrassant de pédicelles lisses et de pédicelles glanduleux.

Du reste, à considérer l'ensemble des variations du R, stylariSy que nous connaissons dans la Sarthe, la glandulosité des pédicelles paraît être la règle générale, et leur nudité, moins fréquente, serait plutôt Texception. Levirginea n'est donc au fond qu'un rusticana à pédicelles églanduleux. Il en

juin 1874, daas le «Journal ofbotany » et reproduite par lui-même, en 1876 (Ros. cent, n* 12 et Cat. n* 28) : — Arbrisseau robuste, touffu ; aiguillons nombreux, dilatés à la hase, recourbés au sommet, ceux des jeunes rameaux moins forts ; pétioles un peu velus au bord du sillon et à la naissance des folioles (quelques pétioles portent des petites glandes fines stipitées, peu abondantes), aiguillonnés en dessous; 5-7 folioles ovales-aiguës ou ovales-arrondies, glabres^ vertes en dessus, plus ou moins pâles en dessous, simplement dentées ; stipules glabres, i)ordées de glandes, oreillettes aiguës, divergentes ; pédoncules i-4 glabreSy ayant à leur base des bractées ovales cuspidées au sommet, glabres, égalant ou plus courtes que les pédoncules ; tube du calice obovoide, glabre ; divisions calicinales spatulées au sommet, les extérieures appendiculées à appendices un peu larges, les intérieures entières, saillantes sur le bouton, plus courtes que la corolle, réfléchies à Tanthèse, non persistantes ; styles glabres en une colonne plus ou moins saillante, disque conique ; fleur d'un blanc pur. même à Vonglet ; fruit rouge, sphérique. » /^é^

(1) Le R. rusticana a été édité par Déséglise en iSS^ (in Billotia, p. 34). En 1876 (Ros. cent- n* 4 et Cat. n<* 17), il le plaçait encore dans la section des synstylées, immédiatement après le R. conspicua Bor., Cependant, en 1869, M. Crépin(Prim. mon., fasc. 1, p. 40) avait écrit : < C'est probablement par erreur que M. Déséglise avait, dans sa classification, placé leR. rusticana entre le R. conspicua et son arvensis. D'après les échantillons publiés dans son Herbarium rosarum^ n* 1 , le R. rusticana est une stylosée et non une synstyiée. » — Sans doute, malgré cette observation très exacte, Déséglise persévérait dans ses premiers errements en 1876. Il est mort dans Timpénilence finale.

a d'ailleurs le port et toute la physionomie. A mon avis, il n'y a pas lieu de les séparer, ni d'en faire deux groupes distincts, sous peine de ne plus savoir, dans bien des cas, auquel rapporter la rose qu'on rencontre. On peut les réunir sous un même nom, qui leur convient également, R. stylaris glabra.

Dans notre deuxième série se placent les R. leucochroa Desv. (1), R. chlorantha Sauz. et Maill. {i) et variations s'y rattachant. Les pédicelles sont lisses chez le chlorantha^ glanduleux chez le leucochroa. Mais Tun et l'autre ont des folioles à dents simples, pubescentes sur la côte et des fleurs blanches, plus ou moins jaunâtres à Tonglet au moment de Fanlhèse. Même bois, même port, même faciès. Quant à la glandulosité des pédicelles, nous pouvons répéter ce que nous disions tout à l'heure, elle peut exister et manquer à la fois sur le même buisson. L'absence absolue de glandes sur les pédicelles n'est donc ici qu'un fait accidentel et ne peut suffire pour séparer le chorantha du leucochroa^ dont il a par ailleurs tous les caractères et la physionomie. Le mot leucochroa convient du reste très bien, celui de chlorantha

(1) Desvaux, en 1809 (Journ. bot., 2, 316), décrivait son R. leucochroa comme suit : « Calicum tubis ovato-elongatis glabris, pedunculis glandulosis; petiolis aculeatis tomentosis; foiiis glabris, ovato-elongatis, stylos connatos subelongatos. Flores albo-lutescenti. — Cette rose est très commune dans les baies ; elle est remarquable par la teinte jaune de ses fleurs et surtout par une odeur musquée très agréable et très prononcée. »

(2) Voici la description du H. chlorantha donnée par Sauzé et Maillard, en 1878 (fl. des Deux-Sèvres, 2* partie, I, p. 223) ; « Fleurs blanches à onglets jaunâtres, odorantes , disposées en corymbe plus ou moins fourni ; pédoncul3s lisses, munis de bractées ovales, glabres, glanduleuses aux bords. Réceptacle, lisse, ovoïde; sépales pinnatifides, à pointe foliacée, égalant les pétales ; disque très convexe, styles glabres en colonne saillante. Fruit rouge, subglobuleux, lisse; disque noirâtre, conique. Feuilles un peu luisantes, d'un vert foncé, à 5-7 folioles ovales ou ovales elliptiques, aiguës^ sillonnées et munies de quelques poils épars à la face supérieure, pubescentes en dessous, surtout sur les nervures, ciliées, dentées en scie, à dents simples, ouvertes ; pétiole pubescent, aiguillonné en dessous ; stipules ciliées*glandttleuses, à pointes dressées, divergentes. Arbrisseau touffu, à rameaux étalés-dressés, verts ; aiguillons assez robustes, dilatés, très crochus. »

n'exprimant qu'un caractère fugace, quoique souvent assez marqué quand ]a fleur commence à s'épanouir. Nous pouvons donc réunir les variations dont il s'agit en un seul groupe, sous le nom de R. stylaris leucochroa.

C'est également à notre deuxième série qu'appartiennent les R. systyla Bast. et R. Jastigiata Bast., dont nous allons maintenant nous occuper.

Le R, systyla Bast. (1), facile à reconnaître, se rencontre fréquemment dans la Sarthe et je Tai souvent observé. Desvaux (fl. de TÂnjou, p. 3!25) en a fait une variété de son R. leucochroa. Mais il en diffère notablement, bien qu'il appartienne en effet à la même espèce. Ses fleurs sont toujours roses ou rosées, devenant à peine blanchâtres après l'épanouissement, chez quelques individus. Celles du leucochroa sont toujours blanches dès l'anthèse, jamais roses. Les folioles, souvent assez fermes chez ce dernier, sont minces, délicates et plus allongées chez le systyla, dont la villosité s'étend aux nervures secondaires et môme parfois à toute la face inférieure, tandis que généi*alement elle se borne à la côte chez le leucochroa. Enfin, la gracilité des rameaux donne habituellement à ses buissons une élégance particulière, qui manque à ceux du leucochroa, plus rustique et d'une constitution plus robuste. Ces deux rosiers ne sont pas frères, mais cousins germains. On ne peut donc admettre raisonnablement qu'ils appartiennent au même groupe de variations, à moins de faire un groupement purement artificiel, sans tenir compte de la différence d'organisation, établie par la nature, qui se traduit pour chacun d'eux par une physionomie particulière.

(1) Bastard, en 1812 (Suppl. à la fl. de M.-et-L., p. 31) a décrit son H. systyla comme suit : « H. calicum tubis ovatis, giabris; pedunculis hispidulis, petiolis nerviisque pubescentibus ; ioliolis ovato-lanceoiatis, giabris; floribus soiitariis; stylis in columnam cyUndricam coalitis. — Arbrisseau rameux, à aiguillons courts, peu crochus, pétioles aiguillonnés, pubescents ; folioles ovales-lancéolées, à nervures légèrement velues^ fleurs solilaires; styles soudés. Fleurs d'un rose pâle. »

On admet généralement aujourd'hui que le R./astigiata Bast. (1) n'est qu'une forme du R. systyla, remarquable par son inflorescence multiflore. Dès 1849, Boreau (fl. c. l'^' éd., p. 172) écrivait: « Bastard a établi le R, systyla sur des individus h rameaux uniflores et à longs styles et le R./astigiata sur des pieds à fleurs en corymbes et h styles moins saillants; mais ces variations s'observent dans un même buisson. » Après avoir accepté d'abord le R.fastigiata Bast., Déséglise lui-même finissait par se ranger à l'avis de Boreau, en 1876 (Cf. Cat. n«25, obs.).

D'après mes observations personnelles, le R. fastigiata n'est en effet qu'une forme du systyla plus abondamment florifère et en outre plus robuste dans toutes ses parties. Entre le systyla pur et \ejastigiatn le plus accentué se trouvent des intermédiaires souvent embarrassants, et, sur certains buissons, en se donnant la peine de choisir, on peut recueillir des échantillons se rapportant au premier et d'autres au second. Du reste la même chose s'observe dans les autres groupes de l'espèce qui nous occupe; il n'est pas rare de rencontrer des leucochroa et des rusticana qui, n'était la couleur des fleurs blanches, pourraient également s'appeler fastigiata. Cette forme ne mérite donc pas d'être distinguée.

C'est encore à la série des formes a folioles velues sur les nervures ou tout ^au moins sur la côte, que vient se rattacher le R. parïjw/a Sauz. etMaill. (2). Ses fleurs, relativement pe-

(1) Bastard, en 1812 (Suppl. à la flore de M.-et-L., p. 30) a décrit son R, fastigiata comme suit : — « R. calicum tiibis ovatis, glabris ; pedunculis hispidis; peliolis pubescenlibus, aculeatis; foliolis ovatoïanceolatis, subtùs pubescentibus ; floribus fasligiatis. — Arbrisseau rameux, à aiguillons crochus; folioles ovales-lancéolées, glabres en dessus, pubescentes en dessous ; pétioles aiguillonnées; pédoncules hérissés ; fruits glabres . Fleurs d*un beau rose. »

(2) Le R. parvula a été signalé comme suit, par Sauzé et Maillard dans le Gâtai, du départ, des Deux-Sèvres (1864), p. 27 : a Cette espèce inédite est commune dans le midi du département ; elle se distingue facilement du R. systyla par ses fleurs beaucoup plus petites, ses pédoncules glabres, ses styles en colonne toujours saillante, par ses tiges grêles et ses feuilles d'un vert tendre. » — En 1878 (fl. des Deux-

tites, sont roses comme dans le systyla, dont il se distingue particulièrement par ses pédicelles lisses et ses fruits plus petits. Les folioles minces, délicates et allongées, sont a dents simples ou légèrement surdentées, avec quelques surdents glanduleuses vers la base. Mais, les dimensions des folioles et des fleurs sont variables, pouvant atteindre à fort peu près celles du systyla. La glandulosité des surdents et leur existence même ne sont pas constantes. Au total, le groupe des variations qu'on peut rapporter au parvula ne diffère du systylùy dont il rappelle la physionomie générale, que par la nudité des pédicelles. Encore est-il qu'on trouve des pédicelles pourvus de quelques glandes. Le parvula est donc au systyla ce qu'est le chlorantha au leucochroa, le virginea au rusticana. Finalement, les variations des R, parvula et /?. systyla (includ. R, /astigiata) forment un groupe naturel et nous pouvons légitimement, je crois, les réunir sous la dénomination commune de R. stylaris rosea. en empruntant cette désignation de rosea à Desvaux (PI. d'Angers, p. 156).

Rosa canina Linn.

Les botanistes modernes ont passablement élargi la conception que Linné devait avoir du il. canina^ dont il don- Sèvres, 2* partie, p, 223), ils donnaient la description que voici : « Fleurs d*un rose tendre, petites, odorantes, solitaires ou en corymbe ; pédoncules glabres ou munis de poils très fins, non glanduleux ; bractées ovales-lancéolées, glabres, plus courtes que les pédoncules. Réceptacle ovoïde, glabre, sépales pinnatifides, plus courts que la corolle, réfléchis après Tanthèse, à la fin caducs; styles glabres, soudés en colonne ordinairement saillante. Fruit rouge, elliptique ; disque noirâtre, conique. Feuilles d*unvert tendre, à 5-7 folioles ovales ou ovalesacuminées, presque glabres et luisantes en dessus, pubescenles en dessous sur les nervures principales, dentées, à dents le plus souvent simples, très aiguës ; pétiole pubescent, portant quelques aiguillons et quelques glandes stipitées. Stipules denticulées-glanduleuses, à oreillettes dressées. Tige à rameaux flexueux, à aiguillons arqués, dilatés à la base. »

nait en i7SS (fl. suec. p. 171) la diagnose suivante : a Gaulis aculeis recurvis raris. Folia utrinque glabra. Petioli aculeis recurvis. Pedunculi glabri. Germina ovata, glabra. »

Ainsi pour Linné, qui ne parle pas des slyles, les aiguillons crochus, les folioles glabres sur les deux faces, la nudité des pédicelles et des fruits étaient les caractères distinctifs de son H. canina. Dans ces conditions, les R, lutetiana Lem. et It. dumalis Bechst., avec les variations s'y rattachant, seraient chez nous les seuls représentants légitioies du groupe spécifique qu'avait en vue Tilluslre botaniste suédois. Encore faut-il observer que si la description n'exclut pas absolument le dumalis, dont les folioles présentent des surdents glanduleuses, elle ne le comprend pas non plus explicitement.

On peut donc admettre que le R. canina L. (sensu stricto) est rigoureusement synonyme du R. lutetiana Lem. (i), comme Ta fait Déséglise, qui le définissait ainsi (Ros. cent., n^ 40) : a Je nomme R. canina tout ce qui a les pétioles glabres, églanduleux, les folioles simplement dentées glabres, les pédoncules et tube du calice glabres, les styles hérissés, les fleurs roses ou blanches, le fruit ovoïde ou subovoïde. » G'est en effet le if. canina duspecies^ n° 704 (1762). C'est aussi la plus commune de nos roses indigènes.

Mais, la glandulosité plus ou moins prononcée des pédicelles et des tubes calicinaux, qu'on observe chez certaines formes, non plus que la présence de quelques poils sur les nervures des folioles, à la page inférieure, ou de quelques glandes sur leurs bords surdentés, n'autorisent point à démembrer en plusieurs espèces distinctes un groupe très naturel de formes réellement affines, qu'on peut désigner sans inconvénient par le nom linnéen, Rosa canina (2).

(1) « Dans rherbier de Linné, au dire de M. Baker, il n'existe qu une seule forme du R, canina et cette forme fait partie du groupe de variétés ayant pour chef de file le R. lutetiana Lem. » (Cf. Grépin, La question de priorité des noms spécifiques, in Bull. Herb. Boiss., t. V, n* 3. 1897.)

(2) a II n'y a eu primitivement sous le nom de R, canina rien de pré-

Sans doute, la glabréité des feuilles est ici la règle générale, mais cette règle comporte des exceptions ; il en est de même pour la nudité des pédicelles et des réceptacles. Tandis que la brièveté des styles^ ne formant jamais colonne, est à peu près constante, ainsi que leur villosité, non moins que la disposition des stigmates en calotte subsphérique, sur un disque presque plan, qu'ils dépassent fort peu.

Chez le R. caninay tel que nous Tentendons, les folioles, ovales ou ellipiiques, plus ou moins acuminées, souvent vertes sur les deux faces, peuvent être un peu glauques ou ternes, surtout à la face inférieure, jamais grisâtres, comme chez le dumetorum^ dont il diffère à première vue par le faciès des buissons, qui souvent, au contraire, rappellent ceux du stylaris. Si nous ajoutons que les aiguillons sont en général plus ou moins robustes et crochus, que les sépales, nettement pinnatifides, s'allongent en pointe foliacée, dépassant bien le bouton, que les stipules supérieures sont ordinairement assez larges, quelquefois même très larges, nous aurons suffisamment défini le R. canina^ dont nos stylaris et subcinerea sont, il est vrai, fort proches parents.

Les variétés ou variations du R. canina^ que nous obser* vons dans la Sarthe, sont assez nombreuses. Desportes les divisait en deux séries, purement artificielles, suivant qu'elles ont des pédicelles lisses ou des pédicelles glanduleux.

Dans la première série la forme type est le R. lutetiana Lem. (1) {R, canina vulgaris Rau. in Desp. p. 78), dont les folioles, à dents simples sont absolument glabres. Sur réchantillon donné par Léman à Bastard, en 1819, que je

cis et ce nom peut couvrir tout ua groupe de formes de la sous-section Eucaninx large ou étroit au gré des auteurs.» (Cf. Grépin,La question depriorité des noms spécifiques, in Bull. Herb.Boiss., t. V,n» 3. 1897.) (1) Léman n'a pas décrit ses roses. Voici les caractères assignés au R, lutetiana dans le tableau synoptique qui termine son mémoire sur les Rosiers des environs de Paris (Journ. phys., nov. 1818) : — « Stylis liberis ; foliis giabris ; foliolis simpliciter dëntatis ; pedunculis glabris nudisve; germinibus ovato-oblongis. >

possède, les folioles, très glabres, de grandeur moyenne, sont d'un ven mat, ni glauques, ni luisantes, les pétioles sont glabres ou à très peu près, avec quelques glandes très rares. C'est ce que nous rencontrons le plus fréquemment.

Chez certains individus, généralement plus robustes, les folioles, plus grandes, sont d'un beau vert, parfois même assez luisant en dessus. C'est alors la variété virens de Desportes, le B, nitens de Desvaux. Chez d'autres, les folioles assez étroites sont plus ou moins glauques, d'où le nom de a. glatAcescenSy proposé par Desvaux en 1842 (in Mérat, FI. Par., p. 192) (1). Mais, dès l'année suivante (1813), Desvaux lui-même revenant à de meilleurs sentiments, je veux dire à une appréciation plus saine de la nature, n'en fait que deux variétés du R. canina (Cf. Journ. bot., 2, 114), que dans sa flore de l'Anjou (1827) il se borne à signaler comme suit:« R. canina... feuilles glabres, quelquefois luisantes (A. nitens Desy.)^ on glauques (jR. glaticescens Desv....), » sacrifiant, comme il le dit, la distinction d'espèces que luimême avait indiquées.

Toutefois, Desvaux se trompe encore, à mon avis, en plaçant ces deux formes au même rang que le R, andegavensis^ qui me parait une bonne variété, tandis que les R. nitens et R. glaucescens ne sont que de simples variations, purement de circonstance, dont l'importance taxinomique est assurément fort médiocre. Qu'il soit permis au spécialiste, poursuivant l'étude approfondie des roses sauvages (rara avis) de distinguer ces petites formes et de les

(1) Voici les descriptions publiées par Mérat (loc. cit.) :

« R. glaucescens Desvaux, inédit. Tige de 3-5 pieds, à aiguillons courbés; folioles très glabres, dentées, non glanduleuses, glauques, surtout en dessous ; pétioles légèrement velus, un peu aiguillonnés ; fruit ovale, glabre, ainsi que les pédoncules et les folioles du calice ; fleurs solitaires, de couleur rose p&le.

«i R, nitens Desvaux, inédit. Difîère de Tespèce précédente {R, slipularis Mér.) en ce que les stipules sont de grandeur ordinaire et dentées, le dessus des folioles est un peu luisant et les divisions du calice sont pinnatifides, glanduleuses. »

noter dans son herbier, je n^y vois pas grand inconvénient ; mais j'estime qu'inscrire leurs noms dans nos flores, c'est encombrer la nomenclature, déjà trop surchargée, et je pense qu'il serait préférable de les condamner à Toubli.

Nous pouvons mettre au même rang, sans lui accorder ni plus ni moins d'importance, la forme heterophylla de Lemeunier (in Desp. Ros. gall., n° 1998 et FI. M. p. 78) : « à folioles profondément dentées, les unes ovales, les autres lancéolées ». Cette différence de configuration des folioles sur un même buisson n'est pas un fait extraordinaire et ne peut évidemment à lui seul justifier la distinction d'une variété.

Quant au sphœrocarpa de Desportes ^Fl. M., p. 78), c à fruits globuleux, » c'est encore une simple variation. La forme des fruits, ovoïdes, obovoïdes, arrondis ou pyriformes, présente chez le canina^ souvent sur le même buisson, des modifications trop fréquentes pour caractériser une variété quelque peu constante.

Mais, Desportes a fait, je crois, un rapprochement très juste, en plaçant dans sa série Â, qui comprend les variétés à pédoncules glabres, la forme pubescens « à pétioles et nervures des.feuilles pubescents, » qu'il donne comme synonyme de R, urbica Lem.. — Parmi les roses recueillies par Léman, que je dois à Tobligeance de M. Bouvet, se trouve un échan-

tillon étiqueté « Rosa urbica Nob. (1)» . (1 a des pédicelles lisses et des styles courts, très velus. Les folioles de dimension moyenne, elliptiques ou lancéolées et plus ou moins acuminées sont simplement dentées et pour la plupart velues seulement sur la côte; plusieurs cependant présentent des poils sur les nervures secondaires. Les pétioles sont légèrement pubescents et pourvus de quelques rares glandes.

(1) Dans le tableau synoptique qui termine son mémoire sur les Rosiers des environs de Paris (Journ. phys. nov. 1818), pour distinguer le R. urbica, Léman se borne à indiquer les caractères suivants : « stylis liberis ; petiolis villosis ; foliolis simpliciter dentatis ; pedunculis glabris nudisve »,

Cette forme, que nous rencontrons dans la Sarthe, identique au spécimen de Léman, par son port et Tensemble de sa physionomie, avec ses folioles vertes sur les deux faces, jamais grisâtres, malgré la pubescence des nervures, se rapporte à première vue au R. canina, tel que nous l'avons défini, nullement au R. dumetorvm. La considérer comme une variation de ce dernier, c'est faire un groupement artificiel, uniquement basé sur la villosité infrafoliaire, d'ailleurs peu prononcée, sans tenir compte de la différence d'aspect accusant une différence de constitution bien marquée (1).

Entre le R. lutetiana Lem., à folioles absolument glabres, et le R. urbica Lem., à folioles velues sur les nervures secondaires, vient se placer comme intermédiaire le R. semigldbra Rip., à folioles velues seulement sur la côte (3), qui se rencontre également chez nous. La transition s'établit encore plus nettement par Texistence assez fréquente d'individus à pétioles pubescenls, les folioles restant glabres. Ainsi la villosité gagne peu à peu des pétioles aux nervures et même parfois à toute la face inférieure, où l'on voit apparaître quelques poils clairsemés sur le parenchyme, sans que pour cela cette face prenne le moins du monde une teinte grise, sans que le faciès du buisson soit changé.

Il n'y a donc pas lieu de réunir le R. urbica Lem. au R. dumetorum Thuill.^ ni même de le séparer du R. lutetiana Lem., autrement qu'à titre de simple variation.

En résumé, toutes les variations dont nous venons de parler constituent un groupe naturel de formes à pédicelles et fruits glabres, k folioles simplement dentées, glabres ou

(1) Cette différence d'aspect, très appréciable quand on est en présence de buissons vivants, peut devenir assez difficile à saisir sur des échantillons d*herbier, que la villosité des folioles porte alors à considérer comme de simples variations du groupe dumetorum.

(2) Déséglise (Ros. cent., p. 127) écrit, au sujet du ft. semi-glabra Rip. '.«Caractères généraux du R, urbica Lem., dont il se distingue par les pétioles et la nervure médiane seuls velus (Ripart, inlitteris). »

légèrement pubescentes que nous désignerons sous le nom de il. canina vulgarisy en raison de sa vulgarité.

Dans la série A de Desportes, caractérisée par les pédoncules glabres, vient encore se placer sa variété glanduli/era synonyme ieR, dumalis Bechst., à folioles pourvues de surdents glanduleuses, dont le R, sHpularis Mér., n'est qu'une variation, remarquable par ses stipules supérieures largement dilatées (1).

Il est certain qu'entre le R. lutetiana pur et le R. dumalis bien caractérisé se trouvent des variations embarrassantes, à folioles très peu surdentées et très faiblement glanduleuses. Ce sont des intermédiaires {iransitoriaB Crép., olim.), établissant le passage de Tun à Tautre et prouvant clairement qu'ils appartiennent à une seule et même espèce. Néanmoins, on peut les considérer comme chefs de file de deux groupes différents et c'est à ce titre que nous conserverons le nom de dumalis pour le groupe des variations à folioles doublement dentées, plus ou moins glanduleuses aux bords.

Nous avons dit que le R. stipularis Mér. est une de ces variations. Il peut avoir des fleurs blanches ou roses, comme le type. Chez ce dernier, les fleurs peuvent être parfois d'un rose très vif. C'est ce que nous avons observé notamment aux environs de Saint-Calais, sur la droite delà route de Vibraye, au delà de la Frépinière, sur deux ou trois buissons, paraissant se rapprocher plus ou moins du R. rubelliflora Bip.,

(1) Mérat (H. Par., p. 192) a décrit son R. stipularis comme suit : « Tige de hauteur ordinaire ; aiguillons recourbés ; folioles doublement dentées en scie, surtout en haul^ glabres , non glanduleuses ; pétioles glanduleux et aiguillonnés, stipules très grandes, entières, un peu glanduleuses, pédoncules glabres ; fruit ovale, glabre ; folioles des calices simples, pubescentes, point glanduleuses ; 5-6 fleurs ensemble, de couleur rose pâle. » — La forme que je connais dans la Sarthe sous le nom de slipulariSy nettement caractérisée par ses stipules supérieures très larges, a les folioles surdentées, généralement plus ou moins glanduleuses aux bords, et ne se distingue réellement du R. dumalis que par le développement exagéré des stipules supérieures.

qui n'est aussi qu^une varialion (i). — On peut encore je pense, en dire autant de deux autres roses signalées dans la Sarthe par M. Tabbé Chevallier (Gontrib. fl. Sarthe), savoir : le R. squarrosa Rau, à Précigné et Mamers, et le R, cladoleia Rip . à Saint-Longis et Précigné, avec un point de doute ?

Ce dernier^ d'après Déséglise^quiTa décrit longuement en 1876 (2), se distingue particulièrement du il. dumaliSj dont

(1) C'est le n* 425 de mon herbier, accompagné de cette étiquette très suggestive de M . Crépin : « i{. canina L., var. du groupe R.dumalis Bechst., forme curieuse par ses fleurs d'un rose très vif. — N'est point le R, rubelliflora Bip., dont les folioles sont plus étroites et les dents foliaires moins glanduleuses. Avec le tableau analytique de Déséglise on arrive au nom de R, rubelliflora^ mais vos échantillons comparés aux spécimens authentiques de Ripart(dontje possède le Rosa) se trouvent tout différents de ceux-ci . Gomme Je l'ai dit à diverses reprises, on ne peut identifier ces formes individuelles qu'avec l'aide de spécimens authentiques. » — Heureux ceux qui les possèdent! sans quoi, point de salut. Je veux dire : pas de certitude, môme en consultant l'ouvrage le plus autorisé, qui peut, comme on voit, conduire à l'erreur. Mais, j'avoue qu'ici la dimension des folioles et la glandulosité des dents foliaires me paraît simplement une question de plus ou de moins et je crois que Oéséglise, aussi bien que Ri part, avaient particulièrement en vue l'intensité du coloris des fleurs pour leur rubelliflorat dont le nom peut également convenir au rosier de Saint-Galais. L'identification par comparaison avec des échantillons d'herbier conduit fatalement à cette conséquence que toutes les créations de l'Ecole analytique ne sont que des formes individuelles. C'est au reste à peu près la vérité.

(2) Voici la description donnée par Déséglise (Ros. cent. no61 et Cat. no 180) : — « fl. cladoleia Ripart mss.. Port du R, dumalis. remarquable par ses rameaux florifères inermes et ses liges sarmenteuses n'ayant pas ou très peu d^aiguillonSf pétioles glabres, sillonnés en dessus, parsemés de quelques poils et de rares glandes fines, inermes, quelques pétioles faiblement aciculés ; 5-7 folioles, la terminale ovale, arrondie à la base ou obovale cunéiforme ou elliptique rétrécie aux deux extrémités, d'un vert sombre en dessus, glabres, ovales, ovales-ellipliques, les inférieures quelques-unes obtuses, doublement dentées ; stipules glabres, oreilleltes aiguës, droites, à bords glanduleux et un peu serrulés au sommet ; pédoncules solitaires ou réunis 2-3, glabres, ayant à leur base une ou deux bractées assez grandes, souvent terminées par un appendice trifolié, glabres, bordées de glandes, plus longues que les pédoncules ; tube du calice ovoïde, glabre ; divisions calicinales spatulées au sommet, deux entières à bords lomenteux en dessous, trois pinnatifides à appendices lancéolés,

il a le port, par ses a rameaux florifères inermes et ses tiges sarmenteuses n'ayant pas ou très peu d'aiguillons )>. Quant au squarrosa, d'après le même auteur (Ros. cent. p. 111), il a i( des aiguillons très rapprochés sur les rameaux, » et (Ess. mon., p. 109) ce il diffère du R. dumalis par ses folioles ovales, aiguës, le tube du calice oblong, le fruit ovoïde. »

Malgré de nombreux voyages à Mamers et à Précigné, je n'ai pas rencontré ces deux formes, dont je n'ai d'ailleurs jamais vu d'échantillons authentiques. Je ne saurais donc en parler pertinemment. Mais, je crois pouvoir avancer cette opinion que les roses signalées par M. Chevallier, sous les noms de B. cladoleia Bip. et B. squarrosa^^ax., ne sont vraisemblablement que des variations du B. dumalis.

Je connais aux extrémités opposées du département, Précigné au sud-ouest et Chérancé vers le nord, deux buissons quelque peu différents, mais appartenant Tun et Tautre au groupe scabrata Grép.. Les folioles, très glanduleuses aux bords, ainsi que sur les pétioles, sont aussi chargées de glandes plus ou moins nombreuses en dessous, sur les nervures secondaires. Les pédicelles sont d'ailleurs parfaitement lisses, églanduleux. Les styles plus ou moins velus, les pédicelles courts, le développement assez prononcé des stipules supérieures rattachent évidemment les roses en question au B. canina. Convient-il d'en faire un groupe distinct de variations, ayant même valeur taxinomique que les groupes précédents? Je ne le pense pas.

En réalité, la physionomie générale des buissons, dont je parle, est celle d'un dumalis. Les glandes, dont les nervures sont parsemées, n'apparaissent pas au premier coup d'œil et, pour les voir, encore faut-il examiner les folioles avec un peu d'attention. Mais, la présence de glandes sur la côte n'est pas chose rare chez le dumalis et je ne vois chez le

saiUantes sur le bouton, réfléchies à Tanthèse, caduques ; styles glabres ott très obscurément hérissés, disque conique ; fleurs d*un rose clair ; fruit rouge ovoïde. »

scabrata qu'une exagération de la glandulosité, gagnant la page inférieure et finissant par Tenvahir plus ou nooins, sans toutefois se présenter jamais dans les inénoe conditions que chez les rvhiginosœ. C'est donc encore au groupe dumalis que nous rattacherons les rosiers de Ghérancé et de Précigné, comme variations de même sens, avec développement exagéré de Tindûment glanduleux.

Dans la série B de Desportes, comprenant les formes à pédoncules hispides, se place au premier rang le R. andegavensisAt Bastard, que ce botaniste a décrit en 1809 (fl. M.-et-L., p. 189) comme suit: «Arbrisseau rameux, à aiguillons rares, épars, presque droits ; fol. très glabres ; pétioles nus ; pédonc. et frutts hérissés. Fleurs d'un rose pâle. » Dans le supplément publié trois ans plus tard (18 là), à la page 29, Bastard fait remarquer que « les aiguillons sur les jeunes pousses sont souvent très recourbés, tandis que sur les rameaux fleurissants ils sont presque droits. » On peut observer la même chose chez la plupart des caninœ et cette modification dans la forme des aiguillons n*a pas d'importance.

Assurément, avec ses pédoncules et ses fruits hispidesglanduleux, le M. andegavensis Basl. doit paraître, quand on s'en tient aux définitions, bien différent du il. canina^ tel que Linné Ta décrit, avec des caractères absolument opposés: pédoncules et fruits glabres, « pedunculiglabri, germinaovata, glabra ». Il est évident qu'il s'agit de deux formes distinctes. Mais, ces deux formes appartiennent au même groupe spécifique. Pour s'en convaincre, il sufBt de les comparer vivantes. Bien dans la physionomie générale des buissons ne saurait indiquer à première vue si l'on est en présence d'un andegavensis ou d'un lutetiana. Du reste, aujourd'hui les rhodographes s'accordent généralement à rapporter au canina la rose qui nous occupe. Il serait donc superflu d'insister.

M. Tabbé Chevallier (Contr. fl. Sarthe) signale à Précigné

leit. agraria Rip., avec un point de doute. Je possède en herbier des échantillons, recueillis par M. Tabbé Bourmault près d'Ecorpain, répondant absolument, point par point,y compris la glabréité des styles, à la description donnée, en 1876, par Déséglise, qui d'ailleurs rapportait cette forme au R. andegavensis (I). Elle en diffère notamment par la nudité des réceptacles, glabres ou hispides seulementàlabase, et par la rareté relative des glandes sur les pédicelles, qui sont néanmoins « parsemés de quelques soies glanduleuses». Mais, la glandulosité, que nous invoquons pour caractériser le A. andegavensis est en réalité très variable. Il n'est pas rare d'observer sur le même pied des fleurs ayant le tube calicinal chargé de glandes nombreuses et d'autres à glandes clairsemées ou manquant tout à fait, même sur les pédicelles.

Les formes à folioles simplement dentées, peu glanduleuses sur les pédicelles, qui nous intéressent comme intermédiaires entre le R. canina L. (sensu stricto) et leR. andegavensis Bast., ne sont au fond que des variations de ce dernier ; variations parmi lesquelles nous devons évidemment placer les roses recueillies par MM. Chevallier et Bourmault, sans nous préoccuper autrement de leur identification plus ou moins incertaine avec le R. agraria Bip., que la compa-

ct) Voici la description donnée par Déséglise (Hos. cent., n* 73 et Gat. n* 204). — « i2. agraria Ripart mss.... Port du R. andegavensis Bast. ; aiguillons robustes, comprimés à la base, inclinés ou droits^ ceux des rameaux florifères plus grôles ; pétioles glabres, glanduleux, parsemés de poils dans le sillon, aiguillonnés en dessous, quelquesuns inermes ; 5-7 folioles ovales-aiguës, ovales-elliptiques, quelquesunes subobtuses, glabres, vertes en dessus, glaucescentes en dessous simplement dentées ; stipules assez grandes^ glabres, bordées de glandes ; oreillettes aiguës, droites ou divergentes; pédoncules solitaires ou en bouquets, parsemés de quelques soies glanduleuses y ayant à leur base de larges bractées ovales, cuspidées, une souvent trifoliée, glabres, plus longues que les pédoncules ; tube du calice ovoïde ou obovoïde, glabre ou hispide à la base ; divisions calicinales glabres en dessous, deux entières abords tomenteux, trois pinnatitides, saillantes sur le bouton, plus courtes que la corolle, réfléchies à Tanthèse, caduques; styles glabres ou très obscurément Jiérissés^ disque un peu saillant ; fleurs d'un rose p&le ; fruit ovoïde, rouge. »

raison avec des spécimens authentiques pourrait seule justifier (i).

Normalement, le R. andegavensis BusL doit avoir des folioles à dents simples. Mais, cette règle comporte aussi des exceptions et nous rencontrons çà et Ih des buissons, dont les folioles plus ou moins surdentées, quelque peu glanduleuses aux bords, rendent manifestes les liens de parenté le réunissant spécifiquement au R. dumalis^ qui n'est comme lui qu'un R. canina. J^ai recueilli près de Vivoin des échantillons de cette forme intéressante, que je connais encore près du Mans, route de Prémartine, et qui n'est réellement qu^une variation du groupe andegavensis.

Desporles (FI. m., p. 78] indique, sous le nom de hispidula, une variété à « pétioles velus^ feuilles glabres, pédoncules hispides, » qu'il fait synonyme àeR, rustica Lem.. D'après Boreau (FI. c, 3. éd., p. 215)^ le R. rustica Lem. serait lui-même synonyme de R, systyla Bast. (includ. /astigiata Bast.), opinion que confirme l'examen de Téchantil- Ion étiqueté « Rosa rustica Nob. », qui fait partie de la collection provenant de Léman, dont j'ai déjà plusieurs fois parlé (2).

(1) M. Grôpin (Prim. mon., 6* fasc, p. 820) fait remarquer que <c il y a deux genres d'identifications : celles faites avec de simples descriptions et celles opérées au moyen de figures ou d'échantillons authentiques. Les premières sont presque toujours sujettes à caution ; les secondes présentent seules des garanties de certitude. » — J'ajouterai que les figures sont souvent imparfaites et, quand il s'agii d'espèces créées par l'école pulvérisatrice, le seul moyen d'identification est la comparaison avec des spécimens authentiques. Il en résulte que, dans le système analytique, l'étude des roses ne serait possible que pour un très petit nombre de privilégiés. On comprend dès lors qu'elle soit généralement délaissée.

(2) Cet échantillon présente les caractères suivants, qui sont en effet ceux d'un systyla pluriflore : — folioles lancéolées, de grandeur moyenne, simplement dentées, velues sur la côle et sur les nervures secondaires; pétioles pubescents, avec quelques rares glandes ou même sans glandes ; pédicelles hispides-glanduleux ; tubes caliclnanz lisses ; des bractées étroites à la base des pédicelles ; styles réunis en colonne assez saillante; disque conique; en tout 5 fleurs en corymbe.

La synonymie donnée par Desportes n'est donc pas exacte , car la rose qu'il avait en vue est évidemment différente' des 71. syshjlaellt. fasUgiata déjà compris dans sa liste et, d'autre part, sûr l'échantillon de Léman la villosité ne se borne pas aux pétioles, mais s'étend aux nervures des foliotes. Il faut donc admettre que la forme dont il s'agit ici n'est qu^une variation du R. andegavensis, h pétioles plus ou moins velus ou pubescents, qu'on rencontre en effet quelquefois.

En tête de sa section B Despor*tes a placée sous le nom de mollis, sans aucun synonyme, une variété à « pétioles velus inermes, nervures des folioles pubescentes, pédoncules hispides ». Je n'ai pas retrouvé cette forme et, parmi nos caninœ^ je ne connais rien qui puisse s'y rapporter. Si tant est qu'elle existe, il faudrait la considérer comme étant à Vandegavensis ce que Yurbica est au lutetiana et par suite admettre un parallélisme, qui n'a rien d'invraisemblable. La description trop brève de Desportes ne permet pas de savoir au juste ce qu'il a voulu dire. Mais, je pense que si la plante en question est effectivement un canina, sa place serait encore

parmi les variations qui viennent se grouper autour de Van" degavensis,

, En résumé, toutes les variétés ou variations du /?. canina, que nous rencontrons dans la Sarthe, peuvent à mon avis se classer en trois groupes. Le premier, que je désigne sous le nom de vulgaris, comprend les formes chez lesquelles les glandes font défaut ou à peu près. Le deuxième groupe, que je rapporte au dumalis, se dislingue par la glandulosité plus ou moins prononcée des pétioles et des folioles surdentées. Dans le troisiènie, que nous nommerons hxspida^ dont Vàndega^ensis est le type, la glandulosité affecte particulièrement, non pins les organes dénutrition, mais les parties qui se rattachent aux organes reproducteurs, pédicelles, tubes calicinaux et sépales. Cette différence de situation pour l'indûment

glanduleux mérite, je crois, d'être prise en considération et me parait justifier les rapprochements que nous avons indiqués. Observons d'ailleurs que les folioles, toujours h dents composées dans le deuxième groupe {dumalis) sont généralement a dents simples dans le 1" et le 3% où Ton peut cependant rencontrer quelques surdents plus ou moins glanduleuses. Quant à la pubescence infrafoliaire, elle est sans importance et peut se montrer dans les trois groupes, n'affectant guère que la côte ou quelques nervures secondaires, mais toujours insuffisante pour donner à la page inférieure des folioles Taspect grisâtre qui distingue Udumetorum.

Rosa macrantha Pesp.

Pour terminer Thistoire de «os canines sarthoises, il me reste à parler d'une rose à qui Desportes a fait Thonneur d'une distinction particulière.

Bien qu'il ait été favorablement accueilli par les meilleurs Aoristes, le R. macrantha Desp. n'en est pas moins pour nous passablement énigmatique. Est-ce une espèce autonome ou simplement une variété du R. caninaL.^ où encore un hybride des R. canina et R, gallica, comme le pensent d'éminents rhodologues? Question difficile à résoudre par le seul examen des spécimens conservés dans quelques herbiers. Car, il n'existe plus et je crois même pouvoir démontrer qu'il n'a jamais existé nulle part, à l'état spontané, sauf peut-être à La Flèche.

Voici la description que Desportes en donnait dans sa flore du Maine, p. 77 : « /î. macrantha N. = R. canina grandiflora Thory; R. canina nitens Lemeu. ; /?. corymbosaGoup. inéd., non Ehrh., nec Dup. — Red. ros. . 2, p. 75, ic. {fig. mala) (1). — FI. d'un rose vif (juin). Haies {>. La Flèche

(1). Desportes dit que la ligure peinte par Redouté est mauvaise.

(Lemeunier) ; Avessé, h Martigné (Goupil). — Feuilles larges, épaisses, glabres, d'un vert foncé, h 5-7 folioles ovales, quelquefois un peu arrondies, inégalement dentées; pétioles, bractées et sépales velus-glanduleux ; pédoncules hispides; tubes caljcinaux ovales, glabres; pétales grands arrondis, un peu échancrés ; styles courts, velus. Fleurs en corymbe. » ^ Dès j828, dans son Itosetum gallicum, n° 2007, Desportes avait inscrit celle rose« qu'il considérait alors comme une simple variété du /?. canina: « —■ grandiflora Th. in Red. Ros.,3, p. 75, ic. — il. canma/M/g^en.*? Lemeun.Cat.inéd, — (La Flèche, indigène, Lemeunier ; Âvessé, Cl. Goupil). FI. rose. »

On ne voit guère pourquoi ni comment le « /?. canina fulgens Lemeun. cat. inéd. » de 1828 est devenu le «/?. oamna m7en$ Lemeu . » en 1838. Au fond, cette substitution d'épithète n'a pas d'importance. Mais, si le catalogue de Le- (neunier était inédit en 1828, tout comme aujourd'hui, son rosier ne Tétait pas. Déjà, quatre ans avant (1824), Redouté Tavait figuré dans son 3® volume des Roses, et Thory, dans ce même ouvrage, en donnait la description, précédée de la diagnose que voici : « Rosa canina grandiflora. — R. germinibus subglobosis, glabris ; pedunculis hispidis ; petiolis cauleque aculeatis. — R, canina fulgens. Index rosar. quas Flexiaî incol. Lemeunier ms. »

Ce n'est donc pas dans Touvrage de Desportes, mais dans le travail de Thory qu'il faut chercher la description princeps, que je crois devoir reproduire, malgré sa longueur : c( Arbrisseau rameux qui s'élève à la hauteur de trois ou quatre pieds. Ses branches sont armées d'aiguillons forls, recourbés, souvent réunis en verticilles au-dessous des

Cette remarque est en partie juste. Eu elTet les pédicellcs sont représentés parfaitement lisses, nullement glanduleux. Quant au resle, la ligure rappelle à mon avis, un andegavensis à grandes fleurs d'un beau rose et non d'un rose vif, comme l'indique Desportes. Moins sévère que ce dernier, Grenier et Godron se contentent de dire : « le. vix mediocr. »

stipules. Les feuilles se composent de trois, cinq, noéme de sept folioles, glabres sur les deux faces, vertes en dessus, plus pâles en dessous. Le pétiole qui les supporte, garni de quelques petits aiguillons, est muni de poils serrés et glanduleux, lesquels s'étendent sur la nervure principale et quelquefois sur les nervures latérales les plus saillantes; h sa base sont des stipules étroites, pointues au sommet, denticulées, ciliées et glanduleuses en leur bordure. Les fleurs L'itérales et terminales sont quelquefois solitaires, mais le plus souvent disposées par trois à l'extrémité des ramuscules qui croissent le long des branches principales. Elles sont portées par des pédoncules et des pédicelles garnis de quelques petits poils glanduleux; chaque pédicelle est muni à sa base de bractées opposées à bords ciliés et glan-< duleux. Le tube du calice, à peu près rond, est absolument glabre. Les divisions du limbe, trois pinnatifides et deux simples, offrent des pinnules courtes et arrondies en spatule* Corolle de cinq pétales, grands eu égard à ceux des fleurs de tous les individus du groupe des caninœ, d'un rose tendre, jaunâtres vers l'onglet, irrégulièremen: échancrées au sôraracl, styles réunis en tête sessile, au centre delà fleur. Fruit presque rond et rouge à la maturité. »

Thory ajoute les observations suivantes^ qui ne sont pas dépourvues d'intérêt : « Cette jolie variété a été observée l'année dernière (par conséquent en 1823) par M. Lemeunier de la Flèche, qui nous a fait passer le pied vivant, lequel à fleuri au printemps dans notre jardin. Elle est très distincte de toutes les autres par l'espèce de poussière glauque qui couvre les fleurs avant l'anthère (sic), par la grandeur de ses pétales et par l'éclat de ses fleurs (1), dernière circonstance

(1). Thory dit plus haut que les fleurs sont « d'un rose tendre, jaunâtres vers l'onglet », ce qui ne se concilie pas précisément avec € l'éclat des fleurs » qu'il donne ici comme caractère de première importance. Quant à « l'espèce de poussière glauque, » recouvrant le l)outon, Desportes et Boreau ne l'ont sans doute pas remarquée, cat ils n'en parlent ni l'un ni l'autre.

d'après laquelle Lemeunier ravaii signalée sous le nom de R. caninajulgens. Mais, comme beaucoup de roses des bois, on pourrait même dire toutes les roses, offrent des couleurs éclatantes au moment de leur épanouissement et qu'en adoptant cet adjectif l'observateur resterait souvent dans l'inexactitudCç nous avons cru devoir rapporter le nom de cette belle variété à la dimension des pétales, caractère d'après lequel on la distinguera toujours au premier coup d'œil. »

Les descriptions de Desportes et de Thory^ qu'on vient de lire, conviennent aux échantillons de l'herbier Boreau « cueillis sur un pied reçu de La Flèche, » que j'ai soigneusement examinés, ainsi qu'au spécimen de l'herbier du Muséum, récolté par Desportes à Avessé, dont mon ami, M. Légué, a eu Vobligeance de me donner un très bon dessin, fait à la plume, par sa charmante et gracieuse jeune fille (1).

Je crois donc pouvoir me faire une idée assez exacte de ce qu'était la rose en question, autant du moins qu'il est possible sans l'avoir vue vivante. Mon opinion à son sujet est qu'il s'agit en effet d'une simple variété du R. canina^ comme le pensaient les premiers botanistes qui l'ont connue. Que plus tard Déséglise et Boreau Talent acceptée comme une espèce distincte, on ne peut s'en étonner : c'était l'esprit de l'École analytique, dont ils ont été les coryphées. Mais il me parait .difficile d'y reconnaître un hybride des R. canina et R, gallica. Je ne vois pas que l'influence de ce dernier soit manifeste, du moins sur les spécimens d'origine fléchoise.

Les échantillons conservés dans l'herbier Boreau, sous le nom dei?. macrantha, doivent être examinés aveccirconspection. Ils sont au nombre de dix, répartis dans quatre feuil-

(1). Quand j'écrivais ces lignes, j'étais loin de prévoir que Mlle Légué vivrait, hélas ! « ce que vivent les roses, » et que, peu de temps après, un deuil cruel viendrait frapper mon ami. Je le prie de me pardonner si je renouvelle sa douleur, en rappelant le souvenir de *sa chère morte, par un juste hommage à son obligeance et à son talent.

leSf avec une étiquette de la main de Boreau, ainsi conçue :

« Rosa macrantha Desp. fl. de la Sarthe, p. 76. Cueilli sur

un pied reçu de La Flèche, 5 juin 1844.

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