‹ Histoire des roses indigènes de la SartheChapitre 5 sur 11 · Angers, à gauche de la route de Paris, 12 juin · texte numérisé non relu

Angers, à gauche de la route de Paris, 12 juin

Cette étiquette est accompagnée, 1^ de la description de Boreau, imprimée, découpure prise dans un exemplaire de sa flore du centre, 2** d'une copie manuscrite de la description de Desportes, moins ces mots : « Fl. d'un rose vif... fleurs en corymbe. »

Pourquoi celte omission? Ces deux caractères ne sont pourtant pas ici sans importance. Ils avaient une valeur telle, aux yeux de Lemeunier et de Goupil, que le premier donnait à cette rose le nom Aefulgens et le second celui de corymbosa. Du reste, Boreau lui-même en a tenu compte dans sa description (fl. c. 3* éd., p. 227).

La première page de son herbier comprend : un échantillon à fleur solitaire, un à fruits géminés et un autre à fleurs réunies en corymbe ; à la 2* page se trouvent 4 échantillons à fleurs solitaires ou géminées ; la 3® page contient 2 échantillons pluriflores retenus par des bandelettes portant le n° 2 et qui, par conséquent, représentent la rosed'Angers; enfin, dans la même chemise, après la 3® page et sans doute introduit plus tard, se trouve un échantillon très pluriflore, à longs pédicelles en corymbe, accompagné d'un tout petit papier portant le mot « La Flèche » .

Cette particularité semble établir que ce dernier spécimen provient de La Flèche même et non du « pied reçu de La Flèche, » cultivé alors au jardin d'Angers, d'où il a disparu. C'est du reste Téchantillon qui se rapporte le plus à celui du Muséum, dont je possède un dessin, ainsi qu'aux descriptions données par Desportes et par Thory. Ceux delà première et de la deuxième page n'en diffèrent pas sensiblement, sauf pour le mode d'inflorescence sur quelques-uns. Les feuilles sont les mêmes et si les aiguillons deviennent plus grêles vers le sommet de certains rameaux, ils ne sont pas pour cela

de forme différente. Au contraire^ les échanlillons de la page 3, c'estrà-dire ceux d'Angers, sont nettement héléracantlies; leurs folioles sont très sensiblement plus minces, plus vertes, plus allongées. Il suffit de les placer en regard des précédents pour se convaincre^ de visu, qu'il ne s'agit plus de la même forme. A la rigueur on peut admettre pour la rose angevine une apparence d'hybridité, que ne présente pas la rose fléchoise.

On me pardonnera ces détails. Ils ne sont pas oiseux. Nous pouvons en conclure que l'assimilation faite par Boreau du rosier d'Angers à celui de la Flèche est d'une exactitude au moins douteuse et que, par suite de la réunion des échantillons angevins et fléchois, l'étude de Therbier Boreau peut condaire à des idées inexactes sur la rose de. Lemeunier.

Je n'insisterai pas d'ailleurs sur sa valeur taxinomique. Est-ce une espèce, un hybride ou une variété? La question n'a plus aujourd'hui d'intérêt, puisque le B, macraniha ne se trouve plus.

Je l'ai cherché vainement à La Flèche et à Martigné. Personne ne l'y connaît. D'autre part, le buisson d'Angers a depuis longtemps disparu, puisque dès 1857 (fl. c. 3® éd., p. 237), Boreau ne l'indiquait que a dans une haie aujourd'hui détruite. » Ce qui n'empêchait pas Déséglise (Gat. n° 265) d'inscrire encore cette localité en 1876, 19 ans après sa disparition ! — A la même date et dans le même travail, Déséglise indiquait aussi : «Loiret; Chameau (Boreau); Rhône; Charbonnière (BouUu) ». Mais ces deux indications me paraissent fort suspectes. L'herbier Boreau ne contient aucun spécimen provenant de Chanteau. Quant au témoignage de M. Boullu, repose-t-il sur une détermination bien exacte? Le fait suivant permet d'en douter.

Dans un opuscule datant de 1890 (Contr. à la fl. de la Sarthe), M. l'abbé Chevallier écrivait en parlant du if. macranl/iaDesp., d'après des échantillons déterminés par

II. Tabbé Boulla : « J'en coDoaîs deux pieds sealemeni à Saînfl'RéiDT'deS'MonIs, près de la Cour-da-Bois. > Mais, sur le désir que je lui exprimais de voir ses échaniillons, notre honorable confrère m*a fait connaître de vive voix que la détermination pourrait bien ne pas être exacte. En tous cas, aujourd'hui le il. macranlha n'existe pas à la Cour-du- Bois ; car, j'ai minutieusement exploré cette localité, trois années de suite, sans le trouver, malgré les indications précises que M. Chevallier avait eu Tobligeance de me donner, à 20 mètres près.

Pour le moment, on ne connaît de par le monde, à Fétat sauvage et spontané, aucun pied vivant de A. macrantha (1) et je crois qu'il n'a jamais existé nulle part dans ces conditions, sauf peut-être à la Flèche. Je dis peut-éire^ parce que les indications de Lemeunier au sujet de Tindigénat des rosiers qu'il a signalés ne prouvent pas toujours leur spontanéité. Grand amateur de roses et prenant plaisir à leur culture, il a plus d'une fois, de concert avec son ami Desportes, qualifié A'ifidigènes celles qu'il procréait dans son jardin. Il suffît de parcourir le Rosetum gallicum pour s'en convaincre.

Cependant, je veux bien admettre qu'il a réellement trouvé dans une haie, près de La Flèche, en 1823, la forme remar* quable, qui devait obtenir quinze ans après Thonneur d'être distinguée spécifiquement. Mais, ensuite il Ta introduite dans son jardin, d'oii sont sortis les exemplaires distribués à différents botanistes. Le buisson trouvé dans une haie n'aurait pu suffire longtemps à cette distribution. La multiplication par boutures, simple et facile, lui était familière et les francs

(1). Dans un travail assez récent, ayant pour titre : Hybrides spontanés du genre Rosa aux environs d'Angers (in Congrès scient. d'Ang. en 1895), M. l'abbé Hy s'exprime ainsi : « Le groupe entier des R.coUinx

est formé d'hybrides... tels sont le R, macranilia Desp ». Cette

affirmation m'ayant fait penser que le dit inacraniha existait encore près d'Angers, M. Hy a eu l'obligeance de m'informer <jue ma conclusion était inexacte et qu'il ne connaît cette rose que par des échantillons d'herbier provenant de Boreau.

4e pied/obtenusde la soiUe,<poavaîen4être cansi(}éf^s, sans trop manquer h la- vérité, ^omme originaires àe h haie, d'où le buisson primitif avait disparu, puisque Tbory nous apprend que Lemeunier lui avait fait passer « le pied vi* vant. »

Peut-être ai-je tort de mettre en suspicion Thonnêteté scientifique de Lemeunier, bien que ce ne soit pas sans motifs (1). Admettons q[ue tous les pieds distribués par lui provenaient directement de la haie. Cela ne change rien a ma thèse : Le i?. macraniha n'a jamais existé, h Vèiai sponr iané, que dans cette localité. C'est bien peu pour une espèce autonome.

Je ne m'arrêterai pa^ à robjection qu'on pourrait me faire de l'existence de cette espèce aux environs (d'Angers, d'après Boreau. J'ai déjà dit que ridentification de la rose angevine à celle de la Flèche ne me paraît pas d'une exactitude rigoureuse.

Mais, Desportes inçlique aussi le if. macraniha sur un autre pointdelaSarihe, assez éloigné de la Flèche : « Avessé, à Martigné (Goupil), w Or, voici ce que Guépin écrivait' en 1845 (tl. de M.-et-L., 3« éd., p. 359) : « Cette espèce (il. macraniha Desp.), qui croît sur. nos limités^ >a La Flèche, me paraît très remarquable. Elle m'a été eiivoyée par l'inventeur, M. Goupil, botaniste très instruit i» -

Ainsi, Guépin attribuait l'inveation de cette rose, à Goupil, qui l'aurait découverte à la Flèche. Voilà Lemeunier dépossédé de l'honneur d'une invention que lui concédait Thory 21 ans avant. Éh ! bien, soit : Goupil a fait un voyage à La Flèche où il a trouvé le iî. macraniha^ qu'il a fait connaître à Lemeunier, lequel peu scrupuleuîç s'est donne pour lauteur de la découverte. Mais, Goupil avait mis à profit son

' (9). M. Baker a signalé dans la 8artfiHSn(Journ, of. bot. 1890) le R. Sabini Woods, d'après de^ spécimens deJ'herbier Jacques Gay, recueillis par Lemeunier. Ce rosier n'a jamais.existé chez nous que cultivé. Les échantillons du botaniste lléchoisprovenaient évidemment d'un jardin, le sien probablement. Ab.uno'disce.omnes. • , ,

voyage pour rapporter « cette espèce remarquable » à Martîgfié, château qu'il habitait près d'Avessé. Donc, le M. macrantha n'était pas spontané dans cette dernière localité.

L'hypothèse que nous venons de faire pourrait paraître peu vraisemblable. Laissons à Lemeunier le mérite qui lui appartient. Guépin s'est trompé. Mais, son erreur ne porte que sur Fauteur de la découverte et non sur la localité d'origine, ce qui peut facilement s'expliquer. Sans doute, en faisant renvoi, Goupil avait dit : je vous adresse une rose originaire de la Flèche ; avouant par le fait implicitement que cette rose n'était pas spontanée hMartigné, où cependant il la possédait depuis près de 20 ans, l'ayant reçue de Lemeunier. 11 est constant qu'il existait des relations amicales entre les deux botanistes sarlhois. Lemeunier faisait part à Goupil de ses créations et de ses découvertes et voilà comment, dès 1828, le R. macrantha se trouvait en même temps à la Flèche, où vivait l'inventeur, et à Martigné, qu'habitait Goupil.

Il est à remarquer que les échantillons du Muséum récoltés par Desportes proviennent d'Âvessé, ce qui ne l'a pas empêché d'écrire dans son Rosetum gallicum, p. 88: «La Flèche, indigène, Lemeunier ; Avessé, Cl. Goupil, d La place du mot indigène dans cette phrase donne à réfléchir. On doit en conclure que pour Desportes lui-môme, en 1828, la rose en question n'était pas spontanée chez Goupil ; elle venait de la Flèche.

Observons encore que ce n'est pas à la Flèche, mais à Martigné, que Desportes a été voir son R. macrantha. Quant à Boreau, c'est dans son jardin, « sur un pied reçu de la Flèche, y) qu'il a cueilli ses échantillons, comme en fait foi l'éti* quelte de son herbier. — Qui donc a janaais vu ce rosier dans son lieu d'origine, croissant naturellement dans une haie? Personne, excepté Lemeunier, dont le témoignage n'a pas reçu la sanction d'un contrôle suffisant.

Si Ton veut absolument que sa rose soit un produit adultérin^ ce qui m'est tout à fait indifférent dans la circonstance, je ferai seulement observer qu'il était bien capable de favoriser des unions illégitimes.

Quoiqu'il en soit, le R. macrantha Desp. n'existe plus aujourd'hui nulle part et nous devons l'exclure sans la moindre hésitation.

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