‹ Histoire des roses indigènes de la SartheChapitre 6 sur 11 · CHAPITRE Iir. — Rubiginosœ · texte numérisé non relu

CHAPITRE Iir. — Rubiginosœ

Les différentes formes de Rubiginosœ, gué nous connaisr sons dans la Sarthe, se rapportent à trois types, . générale-» ment admis aujourd'hui comme espèces : R. rubiginosa L., R. micranthaStn. elR. sepium Thuill. Elles ont pour caractère commun que leurs folioles, à dents composées fortement glanduleuses, présentent à la face inférieure de nombreuses glandes fauves ou roussâtres, qui les rendent rudes au toucher et plus ou moins odorantes par froissement. Cette particularité suffit pour reconnaître sans peine les roses de cette seclion et les différencier des autres roses de notre pays.

Par ses pédicelles lisses, ses fleurs blanchâtres ou d'un rose pâle, à sépales églanduleux sur le dos, et surtout par les feuilles, à folioles ovales-cunéiformes, plus ou moins atténuées aux deux extrémités qui lui donnent une physionomie spéciale, le R. sepium de notre région, se sépare nettement du rubiginosa, dont les pédicelles sont généralement glanduleux et les folioles plus ou moins arrondies à la base.

Le R, micrantha demande un examen plus attentif. Souvent les buissons en fleurs ne se distinguent pas à première vue du iî. rubiginosa. L'aspect général est le même et, dans Tun comme dans l'autre, la coloration des fleurs peut varier du rose vif au rose tendre. Mais, la villosité des styles, souvent très prononcée, fournit un bon caractère pour distinguer un rubiginosa, tandis qu'un micrantha se reconnaît ordinairement à ses styles glabres ou glabrescents. L'hésitation n'est possible que pour le cas des styles velus, que présentent parfois les micranthœ .

Après la floraison la distinction devient plus facile; les sépales du micrantha sont réfléchis et plus ou moins promptement caducs, tandis que ceux du rubiginosa se redressent

et persistent assez;IoDgtemp3, couronnant le réceptacle fructifère. Enfin, chez ce dernier, Théléracanthie fréquente des tiges, dans leur partie inférieure ou moyehne, très marquée surtout sur les jeunes pousses, est encore un caractère qu'on peut invoquer pour- le séparer du R. mierantha..

Il n'en est pas moins vrai qu'il existe enXre ces trois espèces des liens de parenté, autorisant, je crois, à les considérer comme dérivées d'un même stirpe. Mais, dans une flore locale, nous pouvons sans inconvénient les distinguer comme espèces, au moins de second ordre, r— Nous allons examiner les principales modifications que présente chez nous chacune d'elles. •

Rosa rubiginosa Linn.

Dans son Mantissa, p. 564 (177i}, Linné donne pour^ le^ B. rubiginosa h diagnoso suivante : « Rosa germinibus globosis petiolisque aculeatis, aculeis recurvis, foliis subtus^ rubiginosis, » La description qu'il ajoute (1), bien que plu3 explicite, ne donne aucune indication surFétat plus oa moip^ velu des styles, non plus que sur la persistance ou la caducité, des sépales. D'autre part, elle atténue Texpression « germiminibus globosis, » par cette autre « germen subglobosum, » et peut aussi bien s'appliquer au R. micrantha de Smith, que l'illustre Jbojtaniste suédois, n'a pas distingué.

Il devait nécessairement en résulter des confusions et pendant longtemps les botanistes ont énuméré pêle-môJc Ici^, variétés des dçux espèces. C'est ce qui est arrivé poui les J)olanistes sarthois.

(1) Voici cette description: «Rami Jœves, sed aculei sparsi majores, recurvi'. Folia septono-pinnata, ovata, acuta, sparsa su b tirs alomis resinosis purpurascentibus. Pelioli hispidi aculeis minutis, recurvis, uti bracteae glandulis minutis pedicellatis. Germen subglobosum, rarîus aculoolis prœsertim basi. Pedùncùlus aculeis minutissimis. Fies purpureus. » . -

DaDs sa flore du Maine, p. 79, Despories indique les formes suivantes :

A. genuina. -^ Tubes des calices globuleux-hispides.

B. umbellata, — Tubes des calices globuleux-glabres. G. vulgaris. — Tubes des calices ovalcs-hispides .

D . vulgaris'leiocarpa. — Tubes des calices ovales-glabres.

E. ambigua. — Feuilles ovales-étroilcs ; pédoncules et fruits globuleux-hispides.

Si Ton considère que les « tubes des calices » sont généralement plus allongés dans le R. micrantbaSm.,\\ devient évident que les variétés G etD de Desportes doivent se rapporter à cette espèce, tandis que ses variétés À et B appartiennent au R. rubiginosa L.

Pour cette raison que les fruits sont globuleux, il faut aussi, peut-être, rapporter au R. rubiginosa la variété ambigua de Desportes que dans noon Inventaire des plantesde laSarthe, p. 83, j'ai placée parmi les formes du micrantha^ me laissant alors influencer par la considération des folioles « ovalesétroites » . Mais, en réalité, rien ne s'oppose, ce me semble, à ce qu'on trouve des variations pourvues de folioles plus ou moins étroitement ovales tout aussi bien chez le rubiginosa que chez \emicrantha. Faute d'indications sur la villosité ou la glabréité des styles, ainsi que sur la persistance ou la caducité des sépales, il est difficile de classer la forme que Desportes avait en vue et qui ne peut être, à mon avis, qu'une variation accidentelle. Je n'ai jamais rencontré rien qui puisse à'y rapporter exactement. Nous sommes donc en droit, je pense, de ne pas en tenir compte, tant que nous n'aurons pas à son sujet des renseignements plus précis.

Dans son catalogue des plantes de Saint-Galais, p. 218, Diard a résumé comme suit ce qu'il savait du R. rubiginosa.

« R. rubiginosa Un. G. Dans les haies autour de Saint- Galais, etc., Typus. Fleurs presque toujours solitaires de gran-

deur moyenne, portées sur de petits rameaux; styles laineux ; folioles glanduleuses en dessous ayant l'odeur de pomme de reinette.

V. a. umbellata.R, umbdlata Dec.Rameaux plus allongés, fleurs 2-3 en ombelle, styles presque toujours glabres dans notre limite. A. C.

V. b. micrantha. R. micrantha Dec. Tige épineuse étalée, folioles très petites, fleurs petites, souvent solitaires, de 2 centimètres au plus. R. Saint-Calais, baies de la route de Vendôme, près la ferme du Pressoir; cette variété ne nous paraît qu'une forme des terrains arides. »

Nous examinerons ce qu'il faut penser de sa variété b, quand nous aurons à parler du R. micrantha. Son rubiginosa iypus paraît correspondre au rubiginosa genuina de Desportes, nous y reviendrons et nous parlerons également plus loin de sa variété umbellata, qui n'est pas celle de Fauteur de la flore du Maine.

Dans ses Contributions à la flore de la Sarthe, M. Chevalier, énumérant une vingtaine de roses, indique les suivantes:

« R. rubiginosa L. — C. partout.

R. apricorum Rip. — R. Précigné, surtout près de Beucher, dans les baies, au bord de la route.

R.septicola Déségl. — R. Précigné, route de Durtal. »

Le if. septicolaesi une forme du if. micrantha^ dont îeAoïs encore réserver Texamen pour le moment où je parlerai de celte espèce.

Le rubiginosa typus de Diard et le rubiginosa genuina de Desportes me paraissent correspondre Tun et l'autre au R.comosa Rip., et c'est encore vraisemblablement cette forme que M. Chevallier avait en vue en écrivant : « R. rubiginosa L.,C. partout ». C'est en efl'et chez nous la plus commune et les rhodologues s'accordent généralement aujourd'hui pour la considérer comme la forme typique du B. rubiginosa. Ses fleurs de grandeur moyenne, sont le plus souvent solitaires et

parlées sur de « petits rameaux », comme le veut Diard, et ses réceptacles floi'ifères (tubes des calices) sont globuleuxhispides, comme l'indique Desportes pour son genuina.

Quant au i?. apricontm, inscrit en 1869 par M; Crépin dans le premier fascicule de ses Primitif, p. 24 et 72 (sine descript.) et décrit en 1876 par Déséglise (1), suivant ce dernier il se distinguerait du R, comosà Rip. (2) principale-

(1)' Voici la description donnée pai* Déséglîse (Rps. cent., n» 120 et Cal., p. 324) : — a Arbrisseau élevé, touffu, rameux, chargé d'aiguillons nombreux, robustes, dilatés comprimés à la base, crochus ou courbés en faulx, roussâtres ou blanchâtres, dégénérant souvent au sommet des rameaux en aiguillons iins, sétacés ; pétioles pubesoents élànduleux, aiguillonnés en dessous ; 5-7 folioles médiocres, ovalesarrondies, ôvales-elliptiqiies, parsemées de poils apprîmes en dessus, chargées en dessous de glandes fauves odorantes, nervures velues, principalement la côte, doublement dentées à dents glanduleuses ; stipules étroites, glabres en dessus, glanduleuses endossons, bordées de glandes ; oreillettes aiguës divergentes; pédoncules solitaires ou en corymbé peu fourni, hispides-glânduleux, munis de bractées ovales acuminées, glabres sur les deux faces ou glabres en dessus, parsemées de quelques rares glandes en dessous, à bords glanduleux, plus longues que lés pédoncules ; tùbé du calice petit, ovoïde, contracté au sommet, glabre ouhispidé à 1^ base ; divisions calicinales glandu^ leuses sur le dos, spatulées au sommet,. deux entières, trois pinn^tifides,à appendices courts bordés de glandes, saillantes sur le bouton, réfléchies à ranthèsO) puis redressées-, caduques; styles très hérissés, disque presque plan ; fleur rose; fruit arrondi, d'Un rouge sanguin à la maturité. ».

(2) Déséglise a donné (1861) la description suivante du R. comosaRïp. (Ess; mon., p. 153) : — « Arbrisseau élevé, rameux, à aiguillons nombreux, l'obustes, crochus, mêlés au sommet des tiges avec d'autres plus' grêles, presque droits, ceu^ dés vieilles tiges blanchâtres, ceux des rameaux de couleur fauve ; pétioles pubescents, glanduleux, aiguillonnés en dessous; 5-7 folioles toutes pétiolées, la terminale arrondie à la base, ovales ou arrondies ^ glabres ou parsemées en dessus de poils apprîmes, couvertes en dessous de glandes fauves, odorantes, vc' lues sur les nervures, surtout la médiane, rudes au toucher, doublement dentées à dents ouvertes^ glanduleuses; stipules étroites, celles de la base glanduleuses en dessous, glabres en dessus, celles du sommet glabres, toutèô bordées de gUndes, oreillettes aiguës, divergentes; pédoncules solitaires ou en corymbe, hérissés d'aiguillons fins en forme de.soi^s, terminés par une glande, munis à. leur base de petites feraotées ovales," acuminées, glabres, bordées de glandes pédicelléès, plus courtes qUe les pédôncules'ou les dépassant quelquefois; tube dij calice. g labre, ovale, hispide; sépales glanduleux, pinnatifidçs, à appendices lancéolés, bordés do glandes pédicellées, réfléchis à l'an-

ment par ses folioles ovales-arrondies et non ovales et par ses réceptacles fructifères arrondis d'un rouge sanguin et non d'un rouge orangé. Mais, les folioles ne sont pas plus ovalesarrondies que sur certains buissons du R. comosa et, tout au moins chez ce dernier, la coloration des fruits mûrs est variable. Je possède en herbier des échantillons portant des fruits d'un rouge sanguin et d'autres pourvus de fruits d'un rouge orangé, cueillis k des dates peu diflérentes, sur le même buisson. La forme des fruits est donc le seul caractère qui nous reste pour différencier le R. apricorum du R, comosa. Mais, les réceptacles fructifères, d'abord arrondis chez l'un et l'autre, et conservant cette forme chez le R. apricorum^ ne deviennent réellement ovoïdes chez le comosa qu'à un état assez avancé de maturation. D'où résulte, dit M. Crépin (Prim. mon. ros., 6® fasc, p. 820), que « il n'est guère possible de distinguer les /?. comosa et R. apricorum Tun de l'autre qu'à la maturité ». Cela suffirait, à mon avis^ pour ne pas en faire deux espèces distinctes et ne les considérer au plus que comme deux variétés, sinon deux variations très voisines. — Mais, il y a plus.

Nous avons dit que M. Chevallier signalait à « Précigné, surtout près de Boucher, » leiî. apricorum Rip., déterminalion faite ou confirmée par M. l'abbé BouUu. J'ai visité plusieurs fois cette localité, où j'ai recueilli des échantillons, en fleurs et en fruits, que M. Crépin rapporte à la forme comosa. Je n'opposerai point l'autorité de M. Crépin à celle de M. BouUu ; tous deux sont de savants rhodologues. Pourquoi donc cette divergence d'opinion ? Pour moi la réponse est facile, c'est qu'on trouve sur les buissons de Beucher, tantôt des fruits ovoïdes, tantôt des fruits arrondis. J'ajouterai que sur des échantillons, recueillis en pleine maturité, le ITocto-

thèse, puis redressés, dépassant ou égalant les pétales, styles hérissés ; fleurs petites, roses; fruit gros, ovoïde^ rouge-orangé, couronné par les sépales persistants, à base un peu charnue, x> — Cette forme avait été publiée antérieurement par Ripart, in Scbultz, Archiv. de la Fi. de Fr. et d'All.,p. 254 (1852).

bre 1895, sur un seul et même buisson, certains fruits sont nettement ovoïdes et d'autres absolument globuleux. 1! est donc évident que la forme des fruits n'est pas, dans la circonstance^ un caractère distinctif, et nous n'avons même pas besoin d'invoquer ici l'existence d'intermédiaires, qui d'ailleurs ne font pas défaut.

Nous pouvons donc conclure de ce qui précède que les R. rubiginosa genuina de Despories, R. rubiginosa typus de Diard, R. comosa et fl. aprtcorum de Ri part désignent des variations appartenant à un seul et même groupe, dont le démembrement est inutile autant que fantaisiste. Sous le nom de R, rubiginosa genuina, nous pouvons réunir toutes les formes à réceptacles florifères plus ou moins hispidesglanduleux, généralement arrondis, portés sur des pédoncules presque toujours fortement hispides (1).

Est-ce à dire qu'on ne trouve dans la Sarthe aucune forme du rubiginosa méritant d'être distinguée à titre de variété notable ?

Despories et Diard ont signalé l'un et l'autre une variété umbellata, Diard ajoute comme synonyme : R. umbellata Dec, avec la diagnose suivante : « Rameaux plus allongés, fleurs 2-3 en ombelle, styles presque toujours glabres dans notre limite. » Ces quelques mots sont insuffisants pour identifier la forme observée par Diard avec le B. umbellata Dec. (2), quelle que soil d'ailleurs la valeur taxinomique de ce

(1) Au même groupe sans doute appartient encore le R, comoseUa Déségl. et Oz., que M. Camus indique dans la Sarthe (Cf. Camus, Cat., p. 91). Mais je ne connais pas cette rose et ne puis la mentionner ici que pour mémoire.

(2) Voici la description donnée par de CandoUe (fl. fr. V. p, 532) : — « R. umbellata Leers. Fl. herb. 117; R. tenniglandulosa Mérat, FI. par. 189. — La tige s'élève à 4 ou 5 pieds et porte des aiguillons élargis à leur base, un peu crochus, souvent géminés ; la face inférieure des folioles et des stipules est revêtue de glandes sessiles et odorantes, les pétioles sont un peu velus, très légèrement glanduleux, garnis en dessous d'aiguillons crochus ; les folioles, au nombre de 5-7, sont ovales, assez grandes, glabres en dessous; les fleurs sont couleur de

dernier, à qui Déséglise, qui le fait synonyme de R. umbellaia Leers, attribue des styles velus. Le maigre échantillon de Therbier Diard ne permet pas de se prononcer avec certitude.

Mais, la glabréité des styles, indiquée par Diard, nous conduit à rapporter son rosier au R. permixta Déségl., variété du /t. micrantha Sm., qui présente en effet assez souvent « des rameaux plus allongés et des fleurs â-3 en ombelle. » Du reste, le R. permixta se trouve aux environs de Saint- Calais, oii nous ne connaissons rien qu'on puisse rapporter à Vumbeltata, tel que nous le comprenons.

La considération des calices à tubes globuleux nous conduit au contraire à rapporter au R. rubiginosa la variété timèe/lata de Desportes, qui le fait synonyme du R, umbellaia Leers. — «Je ne connais pas, dit M. Grespin (1. c, p. 800), quelle variété Leers a décrite sous ce nom; il est vraisemblable que cet auteur a appliqué ce nom à des formes du /?. comosa dont les cory mbes étaient plus ou moins multiflores.

Ce que je puis assurer, c*estque les monographes modernes ont décrit et distribué sous le nom de R. umbellata des formes très diverses du R. rubiginosa. » Il faudrait en conclure que, même en admettant pour exacte la synonymie donnée par Desportes, la variété dont il veut parler est pour nous passablement énigmatique, faute de pouvoir consulter des échantillons, qu'on trouverait peut-être dans son herbier, qui n'est pas à notre disposition.

Mais, de Candolle (fl. fr., t. V, p. 632), après avoir décrit ce qu'il considère comme étant le R. umbellata Leers, ajoute que ce rosier « <;roit dans les haies et les buissons... au Mans». De Candolle écrivait en 4815 et nous savons que Desportes était en relations avec lui. Il est donc vraisemblable que Fauteur de la flore du Maine a voulu désigner la

chair, réunies 3 à 8 ensemble en une espèce d*oinbeile ; les pédicules extérieurs sont quelquefois rameux^ hérissés de poils glanduleux et entourés de bractées glandulifères ; les lobes du calice sont entiers ou pinnatiOdes. Il croît dans les haies et les buissons... au Mans.

forme connue de de Candolle, ou tout au moins une forme s'en approchant, d'autant plus que Tun et lautre donnent le même synonyme, R. tenuiglandulosa Mér.

Il est vrai que Desportes paraît attacher une importance toute particulière à la glabréité des « tubes des calices», puisqu'il indique ce seul caractère pour distinguer Vumbellata de son genuina^ tandis que de CandoUe ne dit pas un mot des réceptacles florifères. La synonymie qu'il établit de son R. umbellata avec le R. tenuiglandulosa Mér. peut nous éclairer sur ce qu'il en pensait. Deux échantillons de ce dernier se trouvent dans la collection recueillie par Léman, que je dois à M. Bouvet. Ils ont des styles velus et des pédicelles glanduleux ; les fruits, petits et globuleux, sont lisses ou légèrement hispides seulement à la base. C'est donc ce qu'on doit admettre pour le R. umbellata de de Gandolle, sans quoi sa synonymie avec le R. tenuiglandulosa Mér. n'aurait plus de sens. — Déséglise, décrivant ce qu'il considère comme le R. umbellata Leers (Cf. Ess. mon., p. 151 et 152), indique aussi comme caractères importants : « Tube du calice ovoïde, glabre ou hispide à la base... fruit ovoïde, h la fin arrondi, glabre. »

De Candolle, Desportes et Déséglise paraissent donc être d'accord au moins sur ce point que les réceptacles du R. umbellata sont glabres ou h peu près. C'est également ce que dit Boreau, fl. c, 3° édition, p. 230.

Au total, pour caractériser le R. umbellata, tel que l'entendent les botanistes que je viens de nommer, deux faits peuvent être particulièrement retenus, savoir : l'inflorescence plus ou moins pluriflore et la glabréité des fruits, sans que les pédicelles cessent d'être glanduleux.

On peut objecter que la présence de fruits glabres ou à peu près, avec d'autres parfaitement hispides-glanduleux, sur le même buisson, n'est pas chose rare, mais plutôt assez fréquente, même sur le œmosa, qui peut d'ailleurs présenter des exemples d'inflorescence pluriflore.

Mais, je connais plusieurs buissons, notamment à Âubigné, près de la Moriniëre, qui réunissent suffisamment les caractères que nous venons dindiquer pour représenter ce que de Candolle et Desportes entendaient sous )e nom de umbellata , se séparant en outre des R. comosa et R. apricorum, dont la corolle est généralement d*un rose vif, par des fleurs d'un rose tendre, à peu près couleur chair, comme l'indiquait de Candolle pour son R. umbellaia. Que cette forme soit ou non celle que Leers avait en vue, elle n'en mérite pas moins h mon avis, d'être distinguée à titre de variété.

Dans mon répertoire des Roses sarthoises, j'ai signalé près de Pontlieue une forme que ses pédicelles peu ou point glanduleux semblaient rapprocher du R. graveolens Greu . , tandis que les fruits globuleux et glabres, en ombelles plus ou moins fournies, permettaient de la rapporter au R. rubiginosa umbellaîa de Desportes. J'ai retrouvé depuis la même forme, ou quelque chose d'approchant, à Gerans, butte du Bruon. — En réalité, le /?. graveolens n'est pas connu dans la Sarthe, où vraisemblablement il n'existe point, et les buissons dont il s'agit ne peuvent appartenir qu'au R, rubiginosa.

Avec ses pédicelles lisses ou à peu près et ses sépales églanduleux sur le dos, la rose de Pontlieue pourrait, d'après l'opinion de M. Crépin s'identifier plus ou moins à la variété Jenensis, Je ne connais pas la variété Jenensis de M. Schuize et je me garderai bien de présenter à son sujet la moindre observation. Mais, pour moi la rose de Pontlieue et celle d'Âubigné sont bien voisines ; toutes deux ont été prises ou acceptées par de savants botanistes pour le R. pseudo-graveolens Moutin.

Chez Tune et l'autre l'inflorescence est habituellement pluriflore et les fleurs sont tantôt d'un rose pâle tantôt d'un beau rose, mais jamais d'un rose vif^ presque rouge, comme dans le comoba. La forme des fruits est la même, subgio-

bulcuse ou tout au plus légèrement subovoïde. Parfaitement lisses à Pontlieue, ils le sont aussi pour la plupart à Aubigné, oii ceux qui présentent quelques glandes vers le bas sont en minorité. Dans Tune et Tautre localité, les sépales sont plus ou moins églanduleux sur le dos et les styles sont fortement velus. Leurs folioles, sensiblement plus allongées que dans le rubiginosa type, sont à peu près identiques. La seule différence est dans le revêtement glanduleux des pédicelles, généralement plus prononcé sur les buissons d'Âubigné qu'à Pontlieue. Mais, il faut observer que ce caractère n'a pas ici la constance suffisante pour établir une distinction.

Sans doute, à Pontlieue les pédicelles sont plus habituellement lisses, mais on trouve sur le même rameau, dans la même ombelle, des pédicelles plus ou moins hispides à côté de pédicelles églanduleux ; tandis qu'à Âubigné, si les pédicelles sont d'ordinaire passablement hispides, on peut en observer un assez grand nombre d'autres qui ne le sont que faiblement ou même pas du tout. Ici d'ailleurs, comme toujours, l'absence ou la rareté des glandes sur les fruits et sur les pédicelles sont des faits concomitants. Les fruits complètement églanduleux sont portés par des pédicelles lisses ou faiblement glanduleux ; quelques glandes se trouvent au contraire sur les fruits dont les pédicelles en sont plus ou moins abondamment pourvus.

Finalement, il suffit de choisir les échantillons pour écarter Tune de l'autre les deux roses en question ou au contraire pour les rapprocher. — A les prendre dans leur ensemble, en les observant vivantes, comme je l'ai fait à plusieurs reprises, on ne peut, à mon avis, qu'arriver à cet^e conclusion, c'est qu'elles appartiennent à un seul et même groupe de variations ; groupe assez différent de celui dont le R, comosa est le chef de file pour mériter d'en être distingué et pour lequel on peut conserver le nom de umbellata, en raison de la fréquence des inflorescences multiflores, qui sont au contraire plus ou moins rares dans le groupe comosa.

En résumé, les différentes formes de R. rubiginosa que j'ai observées dans la Sarthe et dont Je possède en herbier de nombreux échantillons, provenant de diverses localités : Pontlieue, Âubigné, Précigné, Saint-Calais, Mamers, Conlie, Assé-le-Boisne, Cerans, etc., toutes ces formes dis-je, peuvent se partager en deux groupes de variations, se rapprochant plus ou moins nettement les unes du vomosa de Précigné, les autres de la rose de Pontlieue. Pour les désigner, je ne vois rien de mieux que d'adopter les noms de geniiina et de umbellata^ dont il me semble que Desportes a fait un choix très convenable.

J'ajouterai que le groupe genuina se distingue encore par ses ramuscules plus ou moins séligëres, tandis que cet état devient beaucoup moins fréquent ou même disparaît à peu près dans le groupe umbellata^ tel que je le comprends. Enfin, comme je Tai déjà dit, les folioles sont généralement plus grandes et plus allongées dans ce dernier groupe, plus petites et plus arrondies dans le premier, d'où résulte pour leurs buissons un faciès assez différent, surtout si Ton tient compte de la coloration des fleurs^ habituellement plus foncées dans le groupe genuina^ plus pâles dans le groupe umbellaia. Quant à la villosité des folioles, variables dans Tun et l'autre, elle ne peut sérieusement être prise en considération.

Je ne veux pas dire cependant qu'il existe entre les deux groupes des différences si nettement tranchées qu'on ne puisse trouver entre eux des intermédiaires et, sous ce rapport, les buissons d'Aubigné me paraissent assez bien établir une transition entre ceux de Pontlieue et ceux de Précigné; transition qui prouve justement qu'il s'agit d'une seule et même espèce, /?. rubiginosa L., et que l'école multiplicatrice a fait fausse roule en la démembrant pour constituer avec de simples variations autant d'espèces autonomes. Je ne vois pas d'ailleurs l'utilité de désigner chacune de ces variations par un nom particulier. C'est encombrer hi nomen-

clalure, sans profit pour la science, et c'est en suivant celle voie qu'on arrive, comme M.Gandoger, « a la distinction spécifique de chaque buisson, » (Cf. Gandoger, Tabul. rliodol., p. 21), c'est-à-dire au comble de l'aberration.

Rosa micrantha Sm.

Je me suis attardé peut-être un peu trop à l'examen de nos différentes formes du R. rubiginosa. Le R. micrantha nous arrêtera moins.

Bien qu'il ait été confondu pendant longtemps avec le R. rubiginosa L., le/f. micrantha de Smith (1812) n'en devait pas moins subir des fractionnements, qui ne pouvaient que contribuer à le faire méconnaître. Déséglise, en particulier, a passablement embrouillé son histoire, comme nous le verrons plus loin.

Dans son catalo|;4ie des plantes de Saint-Galais, p. 217, Diard a le premier signalé dans la Sarthe, en 1832, un micrantlia^ qu'il considérait d'ailleurs comme une variété du R, rubiginosa L. . Pour le distinguer, il indique les caractères suivants : oc Tige très épineuse étalée, folioles très petites souvent solitaires, de 2 centim. au plus. » Cette courte diagnose ne suffit pas pour savoir si cette variété, qui ne lui « parait qu'une torme des terrains arides, » se rattache au /?. micrantha Sm. plutôt qu'au R, rubiginosa L., Diard signale une seule localité : a Saint-Calais, haies de la route de Vendôme, près de la ferme du Pressoir, » où je ne lai pas retrouvée. Je ne l'ai pas vue non plus dans son herbier. J'ai bien rencontré auLude, dans un terrain sablonneux et aride, une forme absolument microphylle, se rapportant sans conteste au R. micrantha, réprésentée par un buisson atteint d'un nanisme très prononcé et à laquelle peut s'appliquer en partie la description succinle de Diard. Mais, d'autre part.

j'ai vu près de Cerans, sur la butle du Bruon, d'assez nombreux buissons du R, rubiginosa portant également de très petites folioles et qui par leurs tiges « très épineuses », représenteraient peut-être encore mieux la forme observée par Diard. Sa diagnose est donc insuffisante.

Il est vrai qu'il ajoute en synonyme : « R. micrantha Dec. ». Cette synonymie est*elle bien exacte ? La description que de Candolie a donnée (fl. fr., Y. p. 539), qui parait convenir plus particulièrement à la forme permixla^ ne pourrait guère s'appliquer à la rose de Diard, qui n'est au fond qu'une variation accidentelle. En tous cas, sa place étant incertaine, nous ne pouvons en tenir compte.

En 1861, Déséglise (Ess. mon., p. 15!») indiquait le /{. riemorosa Libert dansla Sarthe, à Saint-Pavin-des-Cbamps, d après Boreau. Plus tard, en 1876 (Ros. cent., n" 128 et Cat. n^ 142), il rattache le R, nemorosa Lib. au R. micrantha Sm. simplement à titre de synonyme. D'après M« Grépin (Prim. mon., 6" fasc, p. 819), « le R. micrantha tel que l'envisage M. Déséglise dans son catalogue n'est guère autre chose qu'un R, permixta à ramuscules florifères inermes. » El d'ailleurs, ajoute-il, le nom de R. nemorosa « ne concerne pas une variété ou une variation précise ; il a été appliqué par M"® Libert à plusieurs formes du R. permixta à ramuscules florifères inermes ou presque inermes, à folioles très grandes ou de dimensions moyennes. » On peut conclure de ce qui pt*écède que la rose indiquée par Déséglise à Saint-Pavin-des- Champs appartenait au jR. permixta, que nous trouvons en effet dans la Sarlhe assez fréquemment et qui n'est au total qu'une variété, ou pour mieux dire un groupe de variations du R. micrantha Sm..

En 1890, dans ses Conlribulionsà la flore de la Sarlhe, M. Chevallier signalait R. septicola Déségl., «R. à Précigné, roule deDurtal. » C'est encore une forme du R. micrantha

Sna.etron peuts*élonner de ne pas voir figurer ce dernier dans la liste de M. Chevallier, non plus que le R. permixta Défcégl., qui sont assez répandus Tun et Faulre dans notre département.

La présence du R. septicola Déségl. dans notre pays est d'ailleurs parfaitement vraisemblable et, si les échantillons que j'ai recueillis à Précigné, roule de Durtal, s'en écartent par leur inflorescence très pluriflore et les tubes calicinaux pour la plupart assez allongés, je dois dire que j'ai rencontré près du Lude, en J89â, un buisson que pour M. Crépin, comme pour moi, « ses réceptacles ovales-arrondis rapprochent du groupe septicola Déségl. » {i). Mais, ce dernier, dont le sphœrocarpa Rip. est assez voisin pour qu'on puisse les considérer comme synonymes, n'est lui même au fond qu'une variation du R. permixta^ à fruits arrondis. La pubescence et la glandulosité des bractées, dont Déséglise fait des caractères différentiels, sont en réalité trop variables, pour qu'on puisse raisonnablement en tenir compte.

Comme l'a fait observer M. Crépin (1. c, p. 820). « Le R, septicola est au R. permixta ce que le R. apricorum

(1) Voici la description du R. septicola donnée par Déséglise, en 1861, (Ess. mon., p. 149) : — « Arbrisseau touffu, rameux, à aiguillons nombreux, robustes, dilatés à la base, crochus ; pétioles pubescents, glanduleux, aiguillonnés en dessous ; 5—7 foliol. ovales^ elliptiques ou presque arrondies, la terminale arrondie ou rétrécie à la base, vertes et souvent rougeàlres, glabres ou parsemées en dessus de poils apprîmes, pubescentes en dessous^ principalement sur les nervures et chargées de glandes fauves, odorantes, doublement déniées à dents ouvertes, glanduleuses ; stipules étroites, glabres en dessus, pubescentes, glanduleuses en dessous, à oreillettes divergentes, pédonc. solitaires ou en corymbe peu fourni, hispides glanduleux, munis à leur base de bractées ovales, acuminées, glabres en dessus, pubes' centes et parsemées de petites glandes en dessous j ciliées-glanduleuses aux bords, souvent foliacées, dépassant ou égalant les pédoncules ; sépales trois glanduleux, les deux autres tomenteux aux bords, pinnatifides, à appendices bordés de glandes pédicellées, réfléchis à l'anthèse, puis redressés, mais non persistants sur le fruit, égalant ou dépassant la corolle ; tube du calice ovale globuleuXy hispide glandU' leux à la base; styles glabres, disque conique; fleurs roses, petites; Iruit arrondi, coriace, d'un rouge sanguin, hispide à la base. »

est au /f. coffiosa. » Cette remarque, parfaitement juste, doit s'entendre en ce sens que la difTérenciation des fruits ne s'établit que tardivement. Mais, tandis que pour les deux rubiginos» en question les réceptacles florifères d'abord arrondis chez Tun et Tautre conservent cette forme chez le R. apricorum et ne deviennent ovoïdes chez le comosa qu'à un état assez avancé de maturation, quand il s'agit des deux micran(ha3, les réceptacles, qui sont au contraire également ovoïdes au début, conservent cette forme en mûrissant chez le perm?x^a et deviennent arrondis chez le sepUcola, mais seulement à la maturité.

D'ailleurs, il est absolument certain qu'entre les fruits églanduleux arrondis du $ephco/a et les fruits également églanduleux mais ovoïdes du permixta type, on trouve, parfois sur le même buisson, des intermédiaires qui ne permettent pas de séparer ces deux formes, sans méconnaître leurs affinités.

Envisagés au point de vue de la forme des réceptacles fructifères, les /?. permixta et /?. septicola de Déséglisc peuvent être considérés comme les termes opposés d'un même groupe de variations à fruits églanduleux. Si l'on veut en faire deux groupes distincts, h quel endroit précis faudra-t-il <f couper le ruban », rompre la chaîne des intermédiaires qui les rattachent Tun à l'autre ? Dès lors, à quoi bon conserver le nom de septicola ? N'est-ce pas, comme je Tai déjà dit, encombrer inutilement la nomenclature, au profit de divisions purement artificielles, qui n'existent pas en réalité dans la nature ?

Quant aux formes désignées par Desportes comme variétés du B, rubiginosa sous les noms de vulgaris et wlgaris-leiocarpa comme nous l'avons vu plus haut, il me paraît évident que la première, Ji ce tubes des calices ovales-hispides », ne peut-être que notre/?, micrantha Sm., tandis que la seconde, à « tubes des calices ovales-glabres», représente le R, permixta de Déséglise, que nous rencontrons en effet dans la Sarthe assez communément.

Mais, le R, permixia mérile-l-il réellement d'êlre distingué?

Dans le tableau analytique, p. 143, de son travail sur les Roses du centre de la France, Déséglise sépare les R. micrantha et R, permixta comme suit :

q \ Feuilles ovales, fleur rose permixta.

I Feuilles elliptiques, fleur rose clair micrantha.

Je ne vois pas là des différences bien nettes^ ni surtout facilement appréciables. Entre le rose et le rose clair existent bien des nuances, que nos élégantes elles-mêmes ne sauraient peut-être pas toujours apprécier très exactement. Par ailleurs, les feuilles varient assez pour que dans maintes circonstances on soit embarrassé, quand il s'agit de se prononcer entre la forme ovale et la forme elliptique. La distinction établie par Déséglise dans son tableau analytique est donc absolument insuffisante.

Du reste, dans un travail précédent (Ess. mon., p. 147), auquel il renvoie pour la description de son permixta {\), Fauteur indique que ses folioles sont « ovales, arrondies à la base, ou ovales-elliptiques; » tandis que, dans le même travail, p. 155, il accorde au R. micrantha des folioles « ovales • .

(i). Voici cette description : —« Arbrisseau élevé, touffu, chargé d^aiguillons nombreux, forts, inégaux, dilatés à la base, crochus ; pétioles pubescents chargés de glandes, aiguillonnés en dessous ; 5*7 folioles ovales, arrondies à la base ou ovales-elliptiques, courtement pétiolées, la terminale longuement pétiolée, arrondie à la base, obtuse au sommet, glabres ou parsemées de poils en dessus, pubescentes en dessous sur les nervures, chargées de glandes fauves, odorantes, doublement dentées à dents glanduleuses ; stipules étroites, pubescentes glanduleuses en dessous, glabres en dessus^ oreillettes divergentes ; pédoncules solitaires ou en corymbe peu fourni, hispides, glanduleux, munis à leur base de bractées ovales, acuminées, glabres en dessus, velues en dessous, ciliées et bordées de glandes pédicellées égalant ou plus courtes que les pédoncules ; tube du calice ovale, glabre ou hispide seulement à la base ; sépales glanduleux, un peu tomenteux aux bords, pinnatifides, à appendices étroits, bordés de glandes pédicellées* réfléchis à Tanthèse, puis dressés, non connivents, caducs avant la maturité ; styles glabres, disque un peu saillant ; fleurs roses ; fruit ovale, glabre, rouge. »

Contradiction flagrante avec le tableau analytique et changement à vue, sans avertissement préalable. Entre Tannée 1861 et Tannée 1876, Déséglise aurait-il donc changé d'avis? C'est absolument chose permise et, de fait, c'est ce qui est arrivé, car son /?. micrantha de TEssai monographique est devenu le M. diminuta Bor., tandis qu'il applique en 1876, le nom /f. micrantha Sm. à la forme qu'il décrivait antérieurement sous le nom de R. nemorosa Lib., à folioles « elliptiques aiguës ». Voilà donc le reproche d'inconséquence écarté. Mais, franchement Déséglise nous aurait rendu service en prévenant d'une façon plus explicite et autrement que par une simple synonymie. — Quoiqu'il en soit, la forme des folioles, autant que je puis en juger par mes propres observations, est trop variable ici pour constituer un bon caractère.

Il est vrai que Déséglise distingue encore le R. micrantha {oUm nemorosa) par ses « rameaux florifères presque inermes ». Mais, si les ramuscules florifères du permixta sont en effet souvent aiguillonnés, il n'est pas rare non plus de les rencontrer privés d'aiguillons et devoir au contraire ceux du R. micrantha plus ou moins sétigères. « A mon sens, dit M. Crépin (1. c, p. 818), les états inerme et sétigère ne sont que de simples accidents dus à des causes individuelles, à moins que cela parfois, car sur le même buisson il peut se trouver des ramuscules aiguillonnés et inermes, des ramuscules sétigères et non sétigères. »

Le seul caractère qui nous reste et, de fait, le seul généralement pris en considération par les botanistes pour différencier le R. permixta du R. micrantha est la glabréité des réceptacles chez le premier, tandis que pour Déséglise luimême le micrantha {olim nemorosa) a le « tube du calice glanduleux. »

Cette différence est-elle nettement tranchée ? Déséglise décrit son R. permixta avec le « tube du calice glabre ou hispide seulement à la base». Mais, on trouve assez souvent des buissons portant des fleurs à réceptacles tout à fait hispides

et bon nombre d'autres parfaUemenl lisses ou h peu près, parfois sur le même rameau, sans que par ailleurs on puisse attribuer ces buissons plutôt au micrantha qu'au permixta. C'est donc qu'il existe entre le R. permixta pur et le R. micrantha tel que Déséglise paraît Tentendre des intermédiaires, qui prouvent, non seulement qu'il s'agit d'une seule et même espèce, mais que son R. permixta ne devait pas être séparé, même à titre de variété.

Observons d'ailleurs que le nom de R. micrantha Sm. ne saurait être appliqué à une forme particulière du groupe qui nous occupe, je veux dire uniquement à une certaine forme, sans modifier profondément le sens que Smith lui donnait. Comme le fait remarquer M Crépin (1. c, p. 819), a le botaniste anglais n'a pas eu en vue une variété du R, micrantha plutôt q\i une autre et son type comprend incontestablement plusieurs variétés considérées aujourd'hui comme des espèces distinctes. » 11 ne doit donc pas être permis de substituer le nom àemicrantha Sm. à celui de /?. nemorosa Lib., plutôt qu'à celui de R. permixta Déségl. et, si l'on voulait démembrer ce groupe en plusieurs espèces le nom àemicrantha devait disparaître. Au contraire, si, comme je le pense, les espèces démembrées ne sont au fond que des groupes de variations se rattachant les uns aux autres assez intimement pour ne pas être admis même à titre de variétés, le nom de R. micrantha Sm. doit seul être conservé.

On trouve çà et là des buissons microphylles, que j'ai rencontrés plusieurs fois, notamment à Aubigné, Fresnay, Le Lude et Neuvillalais, qui me paraissent peu différents du R. hystrix de Léman, dont je possède un spécimen étiqueté de sa main. C'est la forme dont Boreau a fait son R. Lemanii (1), synonyme de R. hystrix Lem. non Lindl..

(1) Voici la description du R. Lemanii donnée par Boreau (fl. c, 3e éd., p. 230) : — a Arbrisseau à rameaux effilés Uexueux, portant de nombreux rameaux floraux courts, alternes, aiguillons crochus, lolioles petites, ovales ou elliptiques, doublement dentées glandu-

Si mes écbani liions ne sont pas tous absolument identiques à ce spécimen, du moins ils en sont bien voisins. Quoiqu'il en soit, ils ne représentent, tout comme la rose de Léman et par suite comme celle de Boreau, que des variations du R. micrantha, qui ne méritent pas d^ètre distinguées nominalement. Aussi, M. Crépin, avec raison, n'a pas mis sur mes étiquettes d'autre nom que celui de R. micranthn Sm., le seul qui leur convient spécifiquement et qui suffit; car, je le répète, ce sont là de simples variations.

Rosa sepium Thuill.

C'est en l'an VII (1799) que Thuillier, dans sa flore des environs de Paris, 2® éd., p. 252, a décrit son R. sepium, espèce que Savi (fl. Pis., 1. p. 475) avait déjà distinguée l'année précédente (1798) sous le nom de R. agrestis (1).

C'est donc ce dernier nom qu'on devrait lui donner, si Ton veut observer la loi de l'antériorité. Mais, comme il a été pris par difTérents botanistes, notamment Déséglise et Boreau, pour désigner plus spécialement les formes microphylles, atteintes d'un nanisme général plus ou moins prononcé, afin d'éviter toute confusion, il esta propos de suivre l'usage, qui a prévalu, d'attribuer à la rose qui nous occupe le nom de R. sepium Thuill. (2).

leuses, pubescentes et très chargées de glandes en dessous ; pédoncule hispide solitaire ou en bouquets ; calice à tube oblong, lisse ou hispide à la base. Fleurs roses assez petites. » — Observons que celto description pourrait tout aussi bien convenir à certaines variations microphylles du R. rubiginosa, dont le tube calicinal est parfois lisse ou peu glanduleux; tandis qu^on trouve et je possède -des échantillons microphylles du micrantha avec tubes caiieinaux parfaitement hispides. La création de Léman, remise en lumière par Boreau^ reste donc par le fait assez obscure.

(1) D'après Burnat et Gremli, Savi n'a pas, comme on l'a cru, désigné sous le nom de R. agrestis une petite forme du R. sepiuniy mais bien ce dernier type lui-même. (Cf. Christ, le genre Rosa, p. IH, en note).

(2) Voici la description donnée par Thuillier (loc. cit.) : — t R. ela-

Tel que Tenlendent bon nombre de floiristes, le /?. agrestis serait un groupe de formes représentées par des arbrisseaux faibles et n>édiocrement élevés, pourvus de folioles remarquables par leur petitesse. Des buissons se rattachant à ce groupe se rencontrent assez fréquemment chez nous, dans les lieux secs et arides. Mais, entre le type rabougri, h folioles très petites et la forme élevée à folioles plus ou moins amples, il existe une série de variations intermédiaires^ passant insensiblement des unes aux autres et formant une chaîne ininterrompue, qui ne permet pas de dire où finit Yagrestis, où commence le sepium.

Les auteurs en quête de caractères différentiels ajoutent que chez le premier les fruits sont plus petits et les fleurs plus petites, de couleur blanche. La petitesse des fruits et des fleurs est la conséquence naturelle delà faiblesse du buisson, tout comme au reste la petitesse des folioles ; ce sont des faits concomitants et l'observation montre que tous ces organes prennent un développement de plus en plus accentué à mesure que les sujets qui les portent se montrent de plus en plus forts. La coloration des fleurs n'a d'ailleurs aucune importance ici. Souvent elles sont d'un rose très pâle ou même blanches sur des sujets robustes.

Il n'y a donc pas lieu de conserver le M. agrestis^ même à titre de variété. C'est un nom qu'il faut rayer impitoyablement, si Ton veut enfin débarasser l'étude des roses des impedimenta qui l'encombrent et en écartent un trop grand nombre de botanistes rebutés par des subtilités aussi vaines que puériles.

Desportes (fl. m., p. 80) indique une variété angustissima ,

tior;ramls undique aculeisrecurvisarmatis; foliolis plerumqueseplenis, parvulis, ovatis, acutis, sublùsuli peliolusgIanduliscoaspersis;fructibus obloDgo-ovatis pedunculoque glabris. Habitat in sepibus dumetisque. Flores albo-rosei. » — Il ajoute la traduction suivante : « Hameaux hérissés d'aiguillons recourbés. Pédoncules glabres. Fruits ovés. Fleurs d'un blanc-rose ; en juin et juillet. Ce rosier est élevé et se trouve sur les bords des bois, »

caractérisée par des tiges grêles et des folioles étroites, qui se rapporte évidemment au groupe des variations dont nous venons de parier. L'étroitesse des folioles peut être extrême. J'ai recueilli des échantillons dont les folioles n'ont pas plus de 4 ou 5 millimètres de diamètre. Leur longueur est également très réduite ; on peut les appeler petites^ en prenant ce mot dans son acception la plus rigoureuse. Mais, ce caractère est si peu constant que, sans parler des échantillons assez nombreux de mon herbier, qui passent insensiblement des plus petites folioles au plus grandes, j'ai trouvé des rameaux à folioles larges et d'autres à folioles très étroites sur le même individu. L'étroitesse des folioles est donc encore une modification sans valeur taxinomique et qui ne peut être prise en considération.

Il me reste à parler du R. arvatica Pug., signalé par M. Chevallier à « Mamers, haies près de Saint-Jean. » — Les variations du R. sepium à folioles plus ou moins pubescentes en dessous, sur les nervures, ne sont pas rares dans notre département. Les échantillons que j'ai recueillis dans la localité précitée ne difTérent pas sous ce rapport de plusieurs autres, provenant de différents endroits. Que faut-il en penser ? Le R. arvatica de Puget est-il bien une forme distincte, caractérisée, comme le veut Cariot (Bot. II, p. 186), par des folioles réellement « très velues en dessous ». Je n'ai jamais vu d'échantillons authentiques de cette rose. Mais, pour répondre à la question que je viens de poser, il suffira de rapporter ici l'opinion de M. Crépin (Prim, mon., 6* fasc, p. 843) « : Le R, arvatica^ tel que je l'ai reçu de l'abbé Puget, n'est pas une forme rigoureusement délimitée. Il représente un petit groupe de variations qu'on peut distinguer les unes des auti*es et qui ne répondent pas exactement aux caractères attribués à cette espèce par M. Déséglise... Les folioles sont glabres à la face supérieure ou un peu pubescentes^ mais à pube3cence éphémère, à pubescence bornée à la côte à la

face inférieure ou bien étendue aux nervures secondaires. Les pétioles peuvent être glabres ou glabrescents. En somme h création de Puget est, selon moi, tout à fait artificielle. » L'autorité du savant botaniste belge me dispense de poursuivre la discussion. Sur les étiquettes accompagnant mes échantillons à folioles plus ou moins pubescentes, y compris ceux de Saint-Jean, près de Mamers, M. Crépin s'est contenté d'écrire : R. sepium Thuill. . C'est en eftet le seul nom à retenir pour les différentes formes de cette espèce que nous trouvons dans notre département.

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