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II. Éléments et extfxiit de sa biographie

Les éléments de sa biographie ont été assez difficiles à recueillir; il est mort à quarante-six ans, dans les circonstances les plus pénibles. Nous trouvons peu de chose dans les préfaces et les avertissements de ses ouvrages, non plus que dans ses Mémoires.

Lorsque la tourmente révolutionnaire fut un peu apaisée, M. Moreau de la Sarthe donna une édition des œuvres de Vicq-d'Azir, en i8o5 ; il a inséré dans le premier volume un Discours sur la vie et les ouvrages de Yicq-d'Azir; mais il ne l'avait pas connu.

M. Lemontey, qui avait vécu avec lui, et en avait même été protégé, fît son Éloge historique, comme membre de l'Académie française, le a5 août iSaS; mais il ne l'a point envisagé sous le point de vue scientifique.

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L^article de la Biographie de Michaud, par G. Cuvier, en 1827, est plus salisfaisaiiL

Félix Vicq-d'Âzir naquit à Valognes en Normandie, le a8 avril 1748. Son père pratiquait la médecine dans cette ville, et sa mère s'appelait Catherine le Chevalier. Il fit ses premières études , jusqu'en rhélorique, au collège de sa ville natale, qui était alors sur un très-bon pied, et qui a conservé, dit-on, sa valeur. H alla les terminer par sa philosophie à Caen, où il eut pour condisciple le célèbre Laplace, Normand comme lui, dont il devint Tami. Vicq-d'Azir dut donc prendre une direction mathématique. 11 balança quelque temps pour le choix d'un état, entre la littérature, le sacerdoce et la médecine. Il penchait vers l'état ecclésiastique, dans le but de pousser ses études plus largement qu'en médecinei où le préjugé semblait alors renfermer les médecins dans une sphère étroite. Son père le détermina à embrasser sa profession, et, à dix-sept ans, en 1765, il vint commencer son cours de médecine à Paris. Il eut pour maître et pour ami Antoine Petit.

A cette époque, la chirurgie française était arrivée à son plus haut point de gloire, par un grand nombre d'hommes distingués qui ont laissé un nom fort recommandable, et surtout par les Mémoires de son académie. L'anatomie même n'était pas sans éclat. Mais il n'en était pas de même de la médecine dans l'école de Paris; elle semblait encore abaissée sous les coups satiriques que nous avons vu Molière lui porter, tandis que l'école de Montpellier était au contraire très-florissante.

Vicq-d'Azir se livra avec ardeur à l'élude de la médecine et des sciences qui lui servent d'auxiliaires. Il entra en licence avec un éclat surprenant. Il choisit, pour l'une de ses thèses, la seule originale, un sujet très-inté-

ressant, celui de déterminer le poids que supporte le sphénoïde dans les diverses charges de la tète; direclion, comme on le voit, de mécanique animale, que l'on peut considérer comme le résultat de ses liaisons avec Laplace; il s'en tira d'une manière extrêmement brillante. Ses autres thèses ne furent que des sujets qu'il choisit dans le recueil de la Faculté.

Après sa licence, en 1773, il ouvrit pendant les vacances un cours d'anatomie humaine, éclairée par sa comparaison avec celle des animaux. L'étendue de ses connaissances, l'élégance, la clarté et la chaleur qu'il savait mettre dans son exposition, lui obtinrent un succès prodigieux, et attirèrent malgré les vacances un très-grand nombre d'auditeurs, maîtres et élèves. On rapporte qu'à la rentrée des écoles, la jalousie de quelques médecins lui fit refuser l'usage de la salie de la Faculté. Antoine Petit, professeur d'anatomie au Jardin du Roi, qui lui-même avait une grande réputation comme professeur, le choisit alors pour faire des leçons à sa place; et, sur ce nouveau théâtre, Vicq-d'Azir n'eut ni moins de succès, ni plus de bonheur. Petit aurait voulu lui ménager la survivance de sa chaire; mais Buffon préféra M. Portai. Alors Vicq-d'Azir ouvrit à son domicile un cours particulier d'anatomie, qui fut suivi par tous les hommes les plus distingués; et la Faculté ne vit d'autre moyen de ramener les élèves qu'en appelant Vicq-d'Azir dans son sein. Il fut chargé pendant deux ans d'enseigner l'anatomie dans l'école, ce qu'il fit suivant un plan qu'il a exposé dans son discours préliminaire de l'Encyclopédie méthodique. Ce fut Vicq-d'Azir qui commença à professer de vive voix, sans aucune lecture de ses cahiers, comme le pratiquaient les autres professeurs.

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Quelque temps avaiU celte époque, mademoiselle Lenoir, nièce de Daubenton, passant avec sa mère devant la maison de Vicq-d'Azir, y fut prise d*uii évanouissement. On appela ce médecin pour lui donner des secours; et cet accident fut Torigine d'une liaison qui se termina par un mariage. Dès lors Daubenton procura à Vicq-d'A/ir les moyens d'étendre ses recherches à des animaux étrangers. Atteint, par suite de travaux assidus et de leçons répétées, d'un crachement de sang, il fut obligé de suspendre ses leçons, et d'aller passer quelques mois de convalescence dans sa ville natale. Mais, au lieu de s'y reposer, il s'y livra à l'étude de l'organisation des poissons, et y composa en effet ses premiers mémoires à ce sujet.

Il entra à l'Académie des sciences à l'âge de vingttrois ans; il y acquit l'estime et l'amitié de LassonnCi premier médecin du roi. Il fut choisi par l'Académiei sur la demande .du ministre Turgot ou par LassonnCi par di'oit de sa charge, pour aller étudier une épizootie funeste (|ui désolait les provinces de la Flandre et de la Picaidie, et pour en adoucir les ravages.

A son retour, de concert avec Lassonne, son confrère et premier médecin du roi, il travailla fortement à l'étal^Iissement de la Société royale de médecine, dont ils avaient conçu le plan de concert. Créée d'abord comme une espèce de bureau contre les épizooties^ cette Société prit bientôt toute Textension qui lui convenait; Vicq-d'Azir en fut élu secrétaire perpétuel, et consacra beaucoup de temps à la soutenir et à la défendre, L'Académie royale de médecine fut instituée d'abord par un arrêt du Conseil en 1776, et par lettres patentes de 1778 à 1780. Vicq-d'Azir publia le premier volume des actes de cette Société.

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Lorsqq'en 1778 elle fut définitivement fondée et élablîe au Ix)uvre, avec séances publiques, rapports, éloges, grands prix, etc., tous les médecins de la Faculté de médecine qui n'en furent pas membres s'en déclarèrent les ennemis; Maloqin, qui fut un de ses plus ardents antagonistes, légua une somifie d^argent pour que chaque année la Faculté de médecine fît en opposition une solennité académique.

Dès lors j Vicq-d'Azir fut en butte à toutes les animosites de ses rivaux, devenus presque des ennemis, à la rivalité haineuse de la Faculté de médecine, à l'émulation de l'Académie de chirurgie, fondée en 1748. De là résulta la querelle fameuse des facultaires et des sociétaires, et le procès fut porté devant le Parlement de Paris ; il y eut même des comédies et des vaudevilles sur cette querelle. Vicq-d'Azir n'y prit pas part directement, mais il y gagna beaucoup de réputation. Par lui, les séances publiques de l'Académie de médecine devinrent un spectacle recherché, et il en fut ainsi pendant dix ans.

Cependant il avait été nommé, dans l'intervalle, professeur d'anatomie comparée à l'École vétérinaire d'Alforl.

En 1788, il remplaça Bu ffon à l'Académie française; il fut élu, dit Lemontey, sans difficulté, et succéda comme l'héritier légitime; il prononça, à ce sujet, un discours remarquable sur les écrits de ce gi*and naturaliste, auquel Saint-Lambert répondit. Il y jugea Buflbn comme philosophe, comme naturaliste et comme écrivain.

En 1786, il commença la publication de son Traité d'anatomie et de physiologie, avec des planches coloriées représentant au naturel les divers organes de innomme et des animaux, dédié au roi.

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Kn T789, il fut nommé premier médecin de la reine Marie-Antoinette^ par son propre mérite et sans acheter sa charge. 11 sut mériter la confiance de cette malheureuse princesse, sans obséquiosités; aussi le nommaitelle son philosophe. On dit qu'il était chaîné de sa correspondance. Il eut aussi la survivance du premier médecin du roi, dont Lemonnier eut la chaire.

Et cependant, malgré ses devoirs à Vei^sailles, malgré une pratique en ville fort étendue, malgré sa charge de secrétaire de l'Académie de médecine, il ne discontinua pas ses travaux d'anatomie et de physiologie.

II eut la sagesse de résister à Fespèce de folie qui porta la plupart des savants de cette époque dans la lice politique; mais il remplit son devoir de médecin en adressant aux états généraux un plan de réforme de la médecine et de Tinstruction publique eu général; il y proposa la création d'un institut, formé des diverses académies.

Plus tard, on lui offrit un asile et une position digue de lui dans les pays étrangers^ mais il la refusa.

11 continua de remplir ses devoiis de médecin auprès de la reine et de la famille royale, dans toutes les positions où elle se trouva et jusqu'au dernier moment. Lai catastrophe du 10 août le frappa avec elle.

Le iS février 1792, il prononça son dernier éloge, celui de Murray, l'élève de Linné; il fut lu devant la Société royale de médecine. En 1793, il composa son dernier écrit sur de Haën, sous le titre de Réflexions critiques.

Dans les crises violentes qui troublaient et trop souvent ensanglantaient Paris à cette époque, il se l'etirait à la campagne, à Amiens, près Paris, dans la maison de M. Riche de Prnny.

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Il avait vu périr successivement , après la famille royale, ses amis les plus chers, le duc de Larochefou* cault, Bailly, Lavoisier, Malesherbes. Menacé lui-même dans son existence, comme le prouve Tentretien de Coutbon et de Portai, rapporté par Lemontey '; dominé par la terreur, frappé de douleurs qui Tépuisaient, il prévit lui-même qu'il ne pouvait plus vivre; et, un jour, entrant à la Société des arts, dont ses amis l'avaient fait nommer membre pour le sauver, il serra la main de ses collègues et leur dit : ce A dieu ^ mes aniiSj il en est temps, je vais mourir. »

£u effet, ayant été obligé d'assister à la cérémonie où Robespierre proclama l'Être suprême, il en éprouva une telle fatigue, qu'en rentrant chez lui la fièvre le saisit; et peu de jours après il avait cessé d'exister à la fin d'un délire affreux, où il ne voyait que du sang et des supplices. Cuvier dit qu'il mourut d'une inflammation de poitrine, et qu'il était depuis longtemps atteint d'un anévrisme et de crachements de sang. Il mourut le !20 juin 1794» à l'âge de quarante-six ans.

Vicq-d'Azir parait avoir joui d'une bonne santé, la maladie qu'il fit au commencement de sa carrière prouve que son tempérament était sanguin; et l'activité incessante de ses travaux, que sa constitution était forte. 11 était d'un aspect remarquable par la noblesse et la beauté de ses traits , par l'élégance de ses manières, l'animation de son regard, sa physionomie ouverte et le timbre sonore et agréable de sa voix. Aussi ne voulut-il pas se soumettre aux exigences de la mode, qui, à celte époque, imposait aux médecins, jeunes ou non,

'Couthon, après la suppression des corporations, demanda à Portai où était Yiçq-d'Azir.

yO COUTEMPORAlirS.

la perruque, l'habit noir et la canne à bec de côrbin. Ses ouvrages brillent d'une éloquence aâiihéé} il ô^écHvit en latin que sa première thèse; tous ses ftutl^ écrits fuient cotnposës en Français. Son style est à là fois élégant et pi^fond, méthodique et précis, sans effort ili recherches, sans ornements factices, sans boursoU^ flUres. Ses observatiotis, ses remarques sont Bdes, sans pédanterie. II avait utie élocution extrémen^ent facile; il professait sans cahiers, exemple qui devint bientôt Une i-ègle.

Sa conversation était empreinte de bon sens et dé bonne foi, et cependant pleine de feu. Dans Tintimité, jsâ gaieté prenait un caractère de jeunesse. Il redoutait de se trouver seul dans les ténèbres, au point d^en paraître pusillanime.

Son activité au travail fut grande, sans doute , pour qu'au milieu d'aussi nombreuses occupations il pAt trouver du temps pour la science. Il était praticien à la cour et à la ville, secrétaire et Tâme, pour ainsi dire, d'une académie nouvellement créée, et en butte à la jalousie de la Faculté de médecine et à la rivalité de l'Académie de chirurgie; membre de l'Académie des sciences, professeur à l'Ecole d'Alfort, il put cependant trouver le temps de disséquer beaucoup et de composer ses nombreux mémoires. Aussi passait-il la plus grande partie des nuits au travail , et fut-il obligé de se faire aider.

Au milieu de tant de circonstances variées et variables, dans le centre et le foyer de l'activité humaine, à une époque où les esprits étaient entraînés vers un renouvellement de toutes les institutions sociales, et ne pouvaient avoir cette régularité et ce calme nécessaires à un esprit studieux , il sut se mettre en dehoi*s du mouvement et demeurer dans une tranquillité de progrès.

VitQ^B'ÀXiil. 7 1

Sa fortune primitive était peu considérable; mais les emplois étevés aiinqueis il HU âp[)e!ë^ la portèrent bientôt à un assez haut point; et comme il n'avait ni femme Al tsnfântSy il lui fut possible de Templcj^^f côftirue élétklenlA de ses lravàu)c. Sa bibliothèque parait avoir été considérable y choisie et établie àVeô un certain luxe dans la forme comme dans le fond; Lemontey dit même Utaé rare magtliftcence.

S'il faut en. juger par plusieurs passagies de ses écrits et de Ha vie, sa sensibilité était trè&^ràtide , et son stylé en est empreint. Naturel et sittiple, non âme était bonne, vive et entraînante. Il fut bon, sincère, désintéressé, dit Lemontey. Il avait épousé une femme , qu'il perdit au bout de dix-huit mois, et il passa le reste de sa vie icomme sans intérêt et sans but^ il ne se remaria pas, et ses relations de famille (Vlretlt par cotiséquertt à peii près nulles.

Ses relatioiis d'aitiitié eurebt lieU avec tous les hom<kueis les plus éminenls et les plu^ sngés de l'époque^ le duc de Larochefoucault, x\talesherbes, Turgot, Lavoisier, Bailly,Daubenton, Antoine Petit.

Il eut pour élèves et pour aides J.-L. Riche et Fragonard.

Ses relations scienti6ques fureht surtout avec Antoine Petit, qu'il nommait son maître, et avec Daubenlon, qui fut son protecteur.

Ses relations sociales et politiques furent déterminées jpàr sa position auprès de la reine et de la famille royale^ par la connaissance approfondie des excellentes illtebtions du roi. Pour cela même il ne contribua en rien à la destruction de la monarchie, qu'il vit s'exécuter sous ses yeux, et dont il fui, comme taht d'autres, une vicliaié indirecte.

7a coirrEMPORAiNS.

IIL Éléments et histoire de ses oui^rages.

Tous les ouvrages de Yicq-d'Âzir out été publies sous ses yeux et par lui-même; tous ses mémoires , dans les Mémoires de l'Académie, ses grands ouvrages ont été également publiés par lui. Ses Eloges n'ont pas eu tout le succès de ceux de Condorcet , par exemple ; mais ils n'en ont pas moins de valeur. Ses Œuvres ont été réunies en 6 volumes in-S^, 1806, par Moreau de la Sarthe, alors sous-bibliothécaire de l'École de médecine » mais sur un plan peu propre à les faire bien juger.

Les éléments des ouvrages de Vicq-d'Azir n'ont pas été aussi nombreux qu'on pourrait le croire. Haller voulut voir ce qu'il y avait de fait, pour connaître dans quelle direction il fallait diriger ses efforts; aussi la bibliographie fut-elle chez lui un goût dominant. Vicqd'Azir fut un sage innovateur; il ne marcha point sur les traces battues : il prit la science où il la trouva, sans s'inquiéter d'où et comment elle était venue; il lut par conséquent peu, et peut-être trop peu. Les éléments de ses travaux furent les animaux qu'il pouvait se procucurer, et ceux qui mouraient à Alfort. Dans celte école on prenait des soins tout particuliers pour l'anatomie, et Vicq-d'Azir a eu seul l'avantage de disséquer un rhinocéros. 11 était un peu en rivalité avec Camper et Hunter, pour ses publications. Il sentait bien lui-même qu'il avait trop négligé les auteurs précédents, et se vit obligé d'employer ses élèves à recueillir dans ces auteurs ce qui lui manquait; il avait fait un plan qu'ils remplissaient.

Ses élèves et aides étaient : Faure, médecin et chirurgien, son principal aide comme analyste; Ailhaud, chi-

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rurgien et anatomiste à Alfort, comme anatomiste; le Riche y docteur-médecin de Montpellier.

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