‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosophieChapitre 14 sur 61 · Préliminaires · texte numérisé non relu

Préliminaires

Jusqu'ici, la science de l'organisation conçue dans son ensemble, avait à peine eu besoin pour ses progrès de l'étude des altérations dont l'oi^anisrae est susceptible. Cette marche estlogique, car il était nécessaire de s'appliquer exclusivement à l'étude de la mesure à l'état normal et à l'état adulte, pour que cette mesure fut successivement et complètement connue. Dans cette voie et pour ce but, la science a accepté l'anatomie comparée, puis l'organe considéré, séparément de l'animal , d'une manière abstraite dans la série, ce qui conduisait à Tanatomie de signification. Maintenant, cela ne suffit plus ; il faut aller plus loin, et montrer quel est le substratum animal de chaque fonction ; et pour y arriver, entrer non plus simplement dans l'étude de l'or^ gane, mais encore dans l'étude des éléments des organes, du substratum des facultés; il faut que la science pénètre dans les membranes , dans les tissus, pour connaître leur nature y et par suite, leur influence sur la fonction. De là la nécessité d'une étude aussi bien pathologique que normale; ce qui ne pouvait se faire tout

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d'un coup ; il fallait auparavant saisir la conception médicale.

Quand nous avons parlé d'Hippocrate avant Aristote, bien que nous n'ayons pas dissimulé son influence, cependant nous ne l'avons considéré que comme naturaliste et non comme pathologiste. Galien a plutôt été pour nous une application de la philosophie platonicienne et aristotélicienne à la médecine, qu'un pathologiste. Dans les siècles derniers , nous n'avons même pas parlé de Boerhaave, mais bien de Haller, sorti de lui, comme entrant dans la direction de Tanatomie physiologique. C'est que ces hommes, ainsi qu'un grand nombre d'autres, n'entraient pas dans la succession des efforts nécessaires pour l'avancement des sciences qui nous occupent.

11 n'en est plus de même au point où nous sommes parvenus : besoin est de confirmer par un nouveau moyen la loi aperçue , entrevue. Ce moyen ressort de l'état anomal, maladif ou monstrueux, et de la succession des états pour arriver à l'état adulte; c'est là ce qui constitue l'anatomie de développement. Nous avons donc à étudier trois médecins, non comme thérapeutistes, mais comme conduisant à l'étude de la base de Foi^anisme, dans la direction delà méthode naturelle.

Le premier pas a été fait par Pinel ; Bichat l'a perfectionné; et Broussais, en le terminant, sous un certain rapport, l'a poussé à l'extrême et presque à l'absurde. Aussi Pinel est-il revenu à la méthode hippocratique, à l'histoire naturelle des maladies, et trouvant table rase, sa méthode a du être expectante, tandis que la méthode de Broussais, active et extrême, a été diététique ou thérapeutique.

Pinel doit être considéré comme le naturaliste patho-

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logique ou comme le créateur de la palhologie naturelle^ de la médecine naturelle^ de \^ nosologie rationnelle^ et par suite y comme créateur ou promoteur de Xanatomie médicale ou générale , par Tintroduction de la méthode naturelle en médecine et surtout en nosographie, prouvée par son application au genre le plus élevé et le plus difficile des maladies de Thomme^ celui de l'aliénatioD mentale. Que ne l'a-t-il appliquée aux maladies de l'espèce ou des nations? Car on pourrait trouver un beau sujet dans ce point de vue des maladies des nations considérées comme naturelles, suite de l'âge, et comme artificielles y suite du mauvais régime physique et surtout intellectuel et moral.

Jusqu'à Pinel, on avait bien fait quelques essais de classification des maladies , et c'étaient des phytbologistes ou des naturalistes qui les avaient tentés. Biais malgré les efforts laborieux et multipliés de Sauvage$| CuUen, Sagar, Vogel, Linné, Nietzki, Yan-Den-Heuwell, etc., pour distribuer toutes les maladies en classes, en ordres, en genres, en espèces; comme ils travaillaient sans principe dominant qui pût être démontré, ils n'étaient arrivés qu'à des méthodes artificielles, qui avaient toujours pour résultat une extrême surcharge du tableau, une classification arbitraire et vacillante. Pinel arrive à une époque où le progrès des sciences lui fait sentir «la nécessité absolue d'une méthode d'autant plus simple qu'elle serait plus naturelle, afin, dit*ily d'épargner au médecin judicieux l'incertitude et les perplexités, au médecin téméraire un parti pris au hasard, une décision précipitée, au malade le danger d'une méprise, j» En contact avec les naturalistes et surtout avec les botanistes, plus avancés à cette époque, il conçut cette réforme importante \ aussi, dans tous ses ouvrages.

iasiste-t-il sur la nécessité d'introduire en médecine les principes des naturalistes, leur méthode d'observation, de description , de classification et de nomenclature.

Lii médecine est Vart de prévenir et de guérir les maUf dies ou altérations dont les corps organisés vissants sont / susceptibles j à F aide de moyens variés y quelle emprunte à toutes les sciences. Il suit de cette définition , qu'il n'y a pas une médecine pour l'homme, une médecine pour l'animal, une médecine pour le végétal; la médecine est une; pour arriver à sa pratique, il faut en con-* naître le sujet ou les corps organisés vivants, et les moyens ou les sciences qui lui prêtent leur secours. Ainsi, l'étude de la psychologie, qui analyse les phénomènes de l'intelligence, est de la plus haute importance pour la guérison des altérations que les faculté^ intellectuelles peuvent éprouver; l'étude de l'optique est nécessaire pour traiter les lésions de la vision , et celle de l'acoustique pour traiter celles de l'ouïe. Les mathématiques même sont utiles pour enseigner à rai-* sonner. On conçoit donc de quelle importance a été pour la médecine la direction donnée par Pinel.

A l'époque ou il est venu la reprendre, la médecine était conçue d'une manière bien différente par l'école de Boerhaave, parcelle de Stahl et celle de Montpellier, L'école de Leyde, l'école mécanique, qui avait si bien servi la science en poussant à l'anatomie et à la physiologie, avait considérablement nui par l'étiologie des phénomènes morbifiques, et entre autres, celui des inflammations, en systématisant tous les faits dans un ensemble de connaissances physico- mathématiques. Dans cette école, on calculait le mouvement des fluides dans les vaisseaux, comme on le calcule dans les tuyaux inorganiques, et tellement bien^ qu'on faisait sortir du

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frottement la chaleur animale. Ce fut Haller qui, le premier, montra que ces calculs mécaniques ne pouvaient être admis par les faits d'analyse expérimentale. Cette thèse fut cependant soutenue par un grand nombre de médecins.

Stahl, dans le même temps, avait eu une idée assez analogue à celle du phlogistique, en admettant une âme comme conductrice et régulatrice de tous les phénomènes vitaux, et en rapport avec le système nerveux. Ce n'était pas l'âme proprement dite, mais une espèce d'âme organique qui deviendra ensuite le principe vital de l'école de Montpellier. Tout eu combattant la direction de Boerhaave , il avait admis ses natures , et cela le conduisit à la méthode expectante. Pour lui, les. hémorragies étaient déterminées par l'âme, et c'est le commencement de la doctrine des flux. En faisant entrer dans l'organisme une puissance surnerveuse qui était matérielle et réglait cet organisme, il n'y avait plus d'anatomie ni de physiologie, si ce n'est une physiologie de pure création , forte, à la vérité , mais sans base. « Le caractère distinctif de l'école de Stahl fut de dédaigner ces applications frivoles de la physique et ces notions étrangères aux lois de l'économie animale; de combiner profondément sa marche dans la doctrine des hémor* ragies, et de reprendre avec sévérité le fil de l'observation, presque abandonné sur ce point depuis Hippocrate. » (Pinel, Nosol.)

Ainsi , dans l'école de Boerhaave : vues les plus fines d'anatomie et de mécanique, mises habilement à contribution et trop souvent exagérées; lutte de l'école de Stahl contre celle de Boerhaave, pour proscrire toute application de la mécanique aux symptômes de l'inflammation, et pour faire considérer celle-ci comme un

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effet non*seulement utile , mais même nécessaire, de l'énergie vitale.

Les idées saines et fécondes de Van-Helmont et de Slahl sur les phlegmasies , et toute la direction de cette école fut reprise par celle de Montpelliei*, représentée alors par Lamure, Bordeu et Bartliez. L ame organique de Stahl fut remplacée par le principe vital qui n'est pas mieux démontré. En exagérant dans celte voie, il en résulta l'oubli de l'anatomie et de la voie expérimentale.

L'école d'Edimbourg, représentée par Cullen et surtout par Brown, se rapprochait un peu de Stahl et de l'école de Montpellier, en ce qu'elle admettait l'existence et l'influence des forces vitales dans les maladies. Parlant de là, Brown ne considère les fièvies, les maladies aiguës que comme un excès de forces vitales. Le seul objet à remplir, suivant lui, est de faire cesser ces excès, de réitérer les purgatifs, de verser le sang à grands flots, d'employer l'action débilitante du froid, à l'intérieur par des boissons froides, et à l'extérieur par l'impression de l'air atmosphérique, comme si laguérison était un effet exclusif de ces moyens suprêmes. Frank, médecin de Pavie, a encore exagéré dans ce système.

Cest alors que Pinel , élève de Toulouse, école identique, pour la doctrine, à celle de Montpellier, concevant par le principe vital l'organisme et ses fonctions, va venir dans l'école de Paris, trop positive à cette époque. Il va prendre le rôle de naturaliste en médecine, n'étudier et ne poser pour base que l'observation naturelle des phénomènes, pure et simple, calculée, jugée en mathématicien logique, et, par là, il donnera à la science médicale des fondements immortels. Philosophe et naturaliste profond, il vit qu'il fallait emprunter la marche qui avait si bien réussi aux naturalistes, et alors

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il a introduit dans la médecine : i ^ l'observation pure et simple, autant que cela était possible; ^^ par l'analyse des phénomènes, il a introduit leur vraie subordination des caractères, en insistant sur leur degré d'importance, leurs rapports primitifs et successifs indiqués par ces phénomènes mêmes; 3^ le groupement et la classification naturelle des maladies, classification fondée non plus seulement sur la région affectée, ni même sur les parties ou organes, mais bien mieux, sur les éléments anatomiques de ces organes, les membranes et les tissus; 4^ de là il était conduit à l'essai d'une nomenclature en rapport avec l'observation des phénomènes et avec leur classification : y a-t-il réussi? Nous n'avons pas à le juger sous ce rapport; 5° enfin, comme conséquence de cette direction, il était conduit, suivant la méthode de Stahl, à la médecine expectante d'abord, et thérapeutique rationnelle ensuite, sans négliger totalement l'empirisme.

\oilà ce que Pinel a fait et ce qu'il s'agit de démontrer. Nous verrons tout d'abord que cette marche vient du génie de Pinel, auquel les circonstances sont toujours opposées.

IL Éléments et extrait de la biographie de Pinel.

Les éléments de sa biographie se trouvent: i® dans les préfaces de ses ouvrages et dans ses mémoires ;

a<* Dans son éloge, prononcé par M. Pariset, secrétaire de l'Académie de médecine, t. I, p. iSg-^aS; i8a8;

3<* Dans le rapport sur l'inauguration du buste de Pinel, par M. Esquirol, son élève, p. a'i6-vè3i, ibid.

Biographie. Philippe Pinel naquit le 1 1 avril 1745, à Saint-André dWlaysac, village peu distant de la ville de Castres, département du Tarn. Ses parents étaient dans

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une position de fortune très-médiocre , et leur famille était nombreuse ; il ne put donc en recevoir que fort peu de secours. Son père était médecin et chirurgien de village; sa mère était une femme fort pieuse. I^ première direction de Pinel fut vers Fétat ecclésiastique. Il fit ses premières études au collège de Lavaur, et se rendit ensuite à Toulouse pour y étudier la philosophie et la théologie. Il eut l'avantage de tomber entre les mains d'un maître qui connaissait les mathématiques, et qui lui en donna le goût. Mais n'ayant pas de vocation pour l'état ecclésiastique, il abandonna l'Université, et dirigea ses études vers la médecine. Pour suffire à ses besoins et aux frais de ses études, il fut obligé de donner des leçons particulières de mathématiques. Il se livra à la poésie avec assez de succès pour concourir aux jeux floraux et y être couronné. Il prit successivement tous ses degrés en médecine à ses frais, et il fut reçu docteur à vingtneuf ans, le aa décembre 1773. Ce succès fut le fruit d'un travail opiniâtre. Il enseignait les mathématiques le jour pour gagner sa vie, et la nuit il étudiait la médecine. Cette position, jointe à l'étude des langues ^ecque, latine, anglaise et italienne, qu'il connaissait parfaitement, avait un peu retardé sa carrière médicale. Avant dépasser sa thèse, il avait aussi suppléé un des professeurs de l'école.

Ayant perdu son père, étant sans fortune, vivant difficilement et pauvrement du produit de ses leçons, iJ quitta Toulouse, en 1775, pour se rendre à Montpellier. L'école de Montpellier, illustrée par un grand nombre de savants professeurs, était à l'époque de toute sa gloire, et d'autant plus célèbre, que celle de Paris était toml)ée dans une sorte d'oubli. Pinel s'y rendit dans l'espérance de trouver quelques ressources, et aussi

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dans le l)ul de pcrrectioniier ses éuides. 11 accepta de faire réducaliondu fils de M. Benezech, et, grâce à ses secours, Pinel, au-dessus du besoin, put se fortifier de plus en plus dans l'étude des langues anciennes et modernes. C était dans ce but que, tout en utilisant ses loisirs, il composait des thèses pour lesjeunes gens qui aspiraient aux degrés de la Faculté de médecine. Ces thèses, remarquables par l'élégance et la sagesse de leur rédaction, roulaient essentiellement sur l'hygiène.

Quelque temps après , il se lia d'une étroite amitié avec le (ils d'un médecin de cette ville, M. le comte Chaptal, devenu depuis pair de France.il se livra avec ce jeune homme, dans l'intention de calmer la fougue de son imagination , àTétude de la philosophie , en lisant et commentant ensemble Hippocrate, Plutarque et Montaigne.

Puis, par suite même de ses connaissances en mathématiques, Pinel se trouva tout naturellement conduit à s'occuper de mécanique animale, et à étendre l'ouvrage de Borelli à Thommc. Il communiqua la première partie de son travail à l'Académie des sciences de Montpellier, et rédigea la seconde dans l'intention de l'adresser à l'Académie de Paris. II devait publier une nouvelle édition de cet ouvrage de Borelli, avec des commentaires; mais il ne nous en est venu que quelques mémoires.

En 1778, il se rendit à Paris, avec un Anglais qui étudiait la médecine. Il fut recommandé à un professeur de calcul intégral au collège de France, M. Cousin, i|ui lui procura des leçons de mathématiques, afin de l'aider à vivre.

Il fit connaissance et se lia d'intimité avec M. Desfontaines, puis avec x\I. Roussel, avec Cabanis, et entra

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aussi dans la société de madame Helvétius. Mais alors il était difficile d'aller plus loin : il n'appartenait point à la Faculté de Paris; il n'était pas éloquent, et avait beaucoup de timidité.

£n 1784 f il concourut pour une place de professeur régent dans la Faculté de médecine de Paris , mais sans succès. Ou dit qu'il avait déjà concouru trois fois auparavant.

Lemonnier y premier médecin du roi, chercha, a la recommandation de son ami Desfontaines , à placer Pinel comme médecin dans la maison de Mesdames, tantes de Louis XVI; mais, lorsqu'il se présenta, sa timidité le rendit muet. Les princesses prirent une fausse idée de son talent , et il fut obligé de renoncer encore à obtenir ce poste honorable. Ces échecs le forcèrent de se livrer à la rédaction des journaux ; et il ne laissa pas d'y acquérir une certaine force, en s'habituant à présenter rapidement les sujets divers. Il écrivit dans le Journal de Paris, et rédigea la Gazette de Santé avec succès pendant plusieurs années.

En 1789, il publia la traduction de l'abrégé des Transactions philosophiques de Londres, sur la chimie, l'anatomie et la physiologie, la médecine et la chirurgie, la matière médicale et la pharmacie, auxquelles il ajouta des notes.

En 1786, il avait publié, dans le journal de Physique, la description d'un enfant hermaphrodite.

11 fît un mémoire sur un cerveau pétrifîé, dont Baron avait parlé à l'Académie des sciences en 1763, et qui fut remis à Pinel. Continuant ses études sur la mécanique animale, il traita des luxations dans deux mémoires lus à l'Académie. C'est à lui qu'est dû le rapport du condyle de la mâchoire inférieure avec l'estomac. Dans le

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même travail , il donne l'arricularion de la mâchoire inférieure chez les mammifères, comme moyen de classification. Il a encore fait un mémoire sur les phalanges onguéales et la rétraclilité des ongles des carnassiers, et un autre sur la tête de Téléphant.

Il continua d'étudier la botanique avec Desfontaines, et la cliimie avec Fourcroy, en même temps qu'il tra« vaillait pour TEncyclopédie méthodique.

II traduisit Cullen de l'anglais, et donna une édition de Baglivi, avec des notes et une introduction très-remarquable. Il suivait toujours les hôpitaux , mais sans chercher la clientèle; ses travaux multipliés suffisaient à peine pour le mettre au-dessus du besoin , et Ton dit que le sentiment de sa position lui inspirait des accès de mélancolie. Cependant, en 1791, la Société royale de médecine ayant proposé un prix : Sur les moyens les plus efficaces de traiter les maladies des aliénés^ Pinel concourut, et obtint le prix. Le médecin Thouret , administrateur des hospices, était un des juges du concours; il reconnut le talent de Pinel, et ce fut là le commencement de 1 élévation de celui-ci.

Dans le même temps, en 179^^, il fit des cours d^anatomie comparée, dans le lieu des séances de la Société d'histoire naturelle, pour servir de suite au cours de zoologie systématique qu'y avait fait Millin.

C'est à cette époque qu'à l'âge de cinquante ans, Pinel fut appelé, par la force des choses, aux hôpitaux, dont on entreprit alors l'heureuse amélioration. Il avait déjà contribué à l'érection d'une maison d'aliénés, et y avait soigné une personne chère. 11 fut naturellement porté à la place de médecin des aliénés de Bicétre, sur la présentation de (Cousin, Thouret et Cabanis, administrateurs des hôpitaux. Sous sa dii'ec-

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lion y cel hospice devint ce qu'il est : c'est \h qu'il donna asile à Condorcet.

11 conserva cette place durant l'an ii et l'an m de la république ; elle lui ouvrit un \aste champ pour poursuivre des recherches sur la manie, commencées à Paris depuis plusieurs années. Les vices du local de l'hospice, une instabilité continuelle dans les administrations, et la difliculté d'obtenir souvent les objets nécessaires, furent loin de le rebuter, et il en triompha en grande partie.

En 1794 9 il passa, au même titre, à l'hospice de la Salpétrière, où l'on transporta, de l'Hôtel-Dieu, le traitement des aliénés.

En 1801 , il commença la publication de son Essai médico-philosophique sur l'aliénation mentale, dont il avait commencé à publier des parties dans les Mémoires de l'Institut.

Il fut ensuite appelé à faire partie de l'École de médecine, d'abord comme professeur d'hygiène , puis comme professeur de pathologie interne, ce qu'il a continué jusque vers la fin de sa vie.

Eu 1798, il publia la première édition de sa JVosO" graphie philosophique , ou Méthode de t analyse appli" i/uée il la médecine^ en a vol, in-8**.

Il fut successivement appelé aux honneurs. Il devint membre de l'Institut en i8o3 , en remplacement de Cuvier , nommé secrétaire perpétuel ; il fut créé chevalier de la Légion d'honneur, et, en 1818, chevalier de Tordre de Saint-Michel.

A l'époque 011 Corvisart étonnait par sa sagacité en clinique à l'hospice de la Charité , Finel créait cet art , en donnant des leçons publiques au lit des malades, diaprés des règles et des principes ({ui devaient porter leur fruit.

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Dans les temps d'anarchie et de terreur, les prisons de Bicétre étaient remplies de prisonniers, que Ton vou* lait en extraire pour les faire périr sur réchafaud; Pinel s'y oppose avec énergie , affirme qu'ils sont en traitement, et parvient à leur sauver la vie.

En i8a2, lors de la nouvelle réorganisation de l'École de médecine , il n'y fut pas compris à cause de sou grand

âge.

En 1823, il éprouva une première attaque d'apoplexie, qui le laissa dans un grand état de faiblesse physique et intellectuelle. Il mourut d'une dernière attaque, le ^5 octobre i8a6.

Pinel était évidemment assez robuste; aussi ne fut-il que rarement malade, et pouvait-il employer beaucoup de temps au travail. 11 était de petite taille; sa physionomie peu imposante était douce, mais s'animait aisément, et devenait alors fort mobile. Son activité au travail était fort grande, d'abord par nécessité, et ensuite par goût et par habitude. Ses mœurs étaient fort simples, et sa vie assez retirée. Sa fortune fut toujours fort modeste; cependant, si dans la première moitié de sa carrière il fut dans la gêne , il jouit dans la dernière d'une honnête aisance. Il ne recherchait point le luxe de bibliothèque ni de cabinet; il ne voulait que le nécessaire.

Lesqualilés de son esprit étaient solides, analytiques, sérieuses, positives, réfléchies. Il était tiès-distrait, peu éloquent, et cependant mettant (|uelque chaleur dans ses leçons. Les qualités de son style se ressentirent du défaut d'éloquence; aussi affecte- t-il le style coupé, aphoristique , sans liaison , quelquefois incorrect , et cependant fort clair. Sa moralité était complète : une grande bonne foi, beaucoup de modestie, une timidité

qui empêchait même de le juger ce qu'il valait ; du reste, il fut dësinlëressé et généreux, équitable et dominé par Tamour du bien et du beau : aussi remplissait-il exactement ses obligations , et ne descendit-il jamais à T intrigue.

Ses relations de famille furent peu nombreuses ; mais il fît tout ce qu'il put pour les siens. Ses relations d'amitié furent solides et prolongées, sans nuages, avec Desfontaines, Chaptal, etc. Dans ses relations scientifîques, il fut d'une aménité parfaite avec ses confrères, toute paternelle avec ses élèves : aussi pas un d'eux n'a pu l'oublier.

Toujours étranger aux affaires administratives, il blâma le mal avec énergie, et approuva hautement le bien. Esquirol , son élève, a donc pu dire : Il eut le génie d'un grand homme, et les vertus d'un homme de bien.

Ses relations politiques furent nulles, et ses relations religieuses également; on rencontre même', dans ses écrits, des traits d'une hostilité bien marquée, qui prouvent qu'il avait payé le tribut à son siècle; c'est ainsi qu'il range les prophètes et les extatiques surnaturels parmi les aliénés, et les miracles, etc., parmi les maladies mentales; et, ailleurs, il a félicité la médecine de n'avoir plus aucun contact avec la religion : comme si les prophéties et les miracles n'étaient pas des faits qui tombent sous le domaine de l'observation, et qu'il fût possible de trouver quelque trait de folie dans la résurrection d'un mort, ou dans des hommes qui annoncent, jusque dans leurs plus petites circonstances, des faits qui n'arriveront que dcins quelques centaines d'années, et que l'expérience nous a démontré être exactement ce qu'ils avaient annoncé ! Quel rapport y a-t-il entre de

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pareils faits et raliënation mentale? Si ces hommes se disaient inspirés de Dieu, ou ses envoyés, ils le prouvaient par des miracles. Quand les aliénés de Bicéire, de la Salpétrière ou de Cliarenton feront des miracles bien avérés, alors il pourra se trouver un terme de com> paraison; mais jusque-là il faut bien avouer que Pinel , et ceux (|ui Font copié, n'avaient point approfondi cette question , et que leurs études psychologiques étaient tronquées.

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