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IV. Éléments de ses Irai^aux

l^es éléments de ses travaux sont !<> , sans aucune espèce de doute, les leçons qu'il avait entendues à Toulouse et à Montpellier. Les leçons de l'école de Paris ne lui furent pas inutiles, surtout les études d'histoire naturelle, qui étaient alors dans leur grand travail de méthode, ce qui le conduisit à l'idée d'application de leur marche à la médecine.

a® Les ouvrages des médecins observateurs étaient par suite les plus essentiels pour Pinel. Sydenham, Hippocrate, Stahl, Baglivi, furent ses auteurs favoris; il n'en fut pas de même des théoriciens, dont souvent les systèmes ont nui aux progrès de la médecine. Les Aphorismes de Stahl sur les fièvres, la Pyrétologie de Selle, lui ont aussi fourni des matériaux de son goût; car, pour lui, il fallait d'abord étudier la maladie avant d'être thérapeutiste.

3* I-â troisième source des travaux de Pinel, et qui venait confirmer et corroborer ou rectifier les précédentes, c'a été l'observation directe dans les hôpi«taux.

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4^ Enfin , une quatrième source de la plus haute importance, puisqu'elle va nous conduire à l'objet le plus élevé delà science, les phénomènes intellectuels et la moralité humaine, a été l'étude des moralistes et des philosophes. Condillac et Ix)cke ont été étudiés par Pinel d'une manière profonde. II avait senti la nécessité de cette éhide pour arriver au traitement moral des maladies mentales, partie de la science qu'il a commentée, que son disciple Esquirol et beaucoup d'autres ont codtinuée.

Mais ici, il Faut bien l'avouer, la science a travaillé en dehors de la véritable direction de la nature, fji science de la psychologie est loin d'être arrivée, dans la philosophie , au point de perfection où sont les autres branches. Cela ne tiendrait-il point à l'influence delà marche qu'on a suivie et des vues qu'on a apportées dans son étude? Condillac, Locke, et toute cette école, ont en effet commis la faute immense que BufTon a introduite dans les sciences naturelles, celle d'abstraire les facultés intellectuelles pour les créer à leur manière, tandis qu'il fallait y apporter la méthode de l'observation la plus rigoureuse; il fallait s'étudier soimême, avec la plus grande attention, dans toutes les circonstances de la vie; étudier ses penchants et ses alîeclions, leur enchaînement et leur genèse, et la manière de les diriger et de les régler; et de là sortait la connaissance d'ahord, et l'application ensuite.

Cette étude, pour être fructueuse, devait être dominée par cette haute et importante vérité, que le monde créé est régi par deux sortes de lois, tout aussi essentielles, tout aussi nécessaiics les unes que les autres, les lois qui régissent le monde physique, et les lois qui régissent le monde moral. Ces deux sortes de

lois ont un même but^ une même fin, la perpétuité de rharmoniede la création; ces lois ont entre elles des rapports essentiels et une corrélation nécessaire, parce que le monde moral et le monde physique ne font qu'un, en ce sens qu'ils sont faits Fun pour Tautre.

I-a preuve de ces vérités ressort d'une méditation attentive du monde physique et du monde moral, méditation qui nous conduit à la démonstration indubitable de ces deux ordres de lois. En effet, qu'on retranche de Tunivers les lois qui régissent le monde sidéral , Tattraction générale, etc. , qu'arrive-t-il ? La confusion et le retour dans le chaos ! Qu'on vienne à supprimer de l'échelle animale le grand échelon des carnassiers, dans tous les types, et d'abord Thomme, le plus terrible de tous, les carnassiers mammifères, oiseaux, reptiles, poissons, insectes, mollusques, le résultat sera la multiplication, bientôt prodigieuse, de tous les herbivores divers, et par suite le ravage presque général du règne végétal, l'équilibre harmonique détruit, et enfin la disparition de la vie sur le globe. I^a même conséquence suit de la violation de toutes les lois physiques.

En sera-t-il de même des lois morales? Qu'on suppose, piif exemple, ce qui n'est que trop souvent une réalité, la violation de la loi morale ([ui commande la tempérance et la chasteté? Le premier fruit, la première peine d'une telle violation, est l'abrutissement de Tintelligence et la consomption lente de l'organisme. L'abus des passions est une des causes les plus énergiques des maladies mentales et de toutes les affections qui se portent si fréquemment sur le système lymphatique, sans parler des autres. De là donc suit la destruction de l'ind-ividu coupable. Mais qu'au lieu d'un individu, une famille

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toiil entière perpétue dans son sein celte cause terrible de destruction , la loi morale sera bientôt vengée par Tcxtinclion des coupables; et c'est là qu'il faut clierclier la première raison de la disparition des familles dans une société. Que toute une société se rende coupable de la même violation , et bientôt la vie s'épuisera en elle, Timmoralité éteindra son énergie et la livrera à une dissolution complète et à la mort sociale. Cliaque page de riiistoire constate ces consé(|uences effrayantes, mais logiques. En poursuivant cette démonstration, que nous ne faisons (|u'indi([uer, nous arriverions encore à la disparition de la vie sur le globe désert , au milieu du silence éternel de la mort , sanction irrévocable des lois qui régissent le monde moral.

La nécessité des lois morales posée, il fallait partir de leur rapport avec les intelligences pour arriver à une psychologie raisonnable et solide. Il fallait chercher d'abord en quoi consiste la perfection ou le bonheur d'une intelligence créée; quels moyens elle a en elle ou hors d'elle pour y arriver; ce qui conduit à la nature, au nombre et à l'usage des puissances intellectuelles; rol)servalion de leur action, leur influence réciproque, leur accord ou leurs combats, conduisaient naturellement à la recherche des moyens de les diriger vers le but unique, la perfection ou le bonheur de l'intelligence. Mais un tel travail ne pouvait être fait qu'en prenant riiomme dans sa nature et dans sa destinée, en un mot, riionnne créé par une intelligence souveraine, pour une fin digne de cette intelligence. Cependant, il ne faut pas croire qu'une science aussi importante n'ait pas été faite telle (|u\ lie doit être; elle existe, et elle existe plus parfaite qu'aucune autre, mais elle est ignorée de la plupart des hommes qui s'occupent de la science de

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rhomme ', el voilà pounjuoi on parait désirer ce que l'on a près de soi. Cette haute psychologie est le résuhat des méditations profondes de ces hommes remarquables qui ont passé leur vie à s'étudier eux-mêmes , et qui ayant compris leur fin, n'ont eu d'autre désir que celui de l'atteindre. Qu'on médite avec attention, el surtout qu'on pratique les enseignements des ascétiques que le christianisme a instruits et formés, et l'on sera forcé d'avouer que là est une psychologie profonde, el les principes féconds de la guérison des maladies de l'intelligence, l'art de les prévenir, comme celui de les rétablir dans leur état normal, lorsque cela est encore possible.

C'est donc avec le sentiment d'une tristesse profonde que l'on voit, au contraire, les hommes appelés par vocation à remédier aux maux de la société, se précipiter en aveugles dans les tâtonnements aventureux d'une sciencequ'ils ignorent. Us ignorent la nature de l'homme, son but et sa destinée, la marche qu'il doit suivre pour y arriver, et ils veulent l'y ramener quand l'égarement du malade est plus visible que celui où ils sont euxmêmes. Faut-il encore s'étonner s'ils réussissent si rare-

> Le docteur Desciiret vient de publier la deuxième édition d'un excellent ouvrage, intitulé : la Médecine des passions. Dans ce premier et heureux essai de médecine morale, fauteur a compris la vraie nature de l'homme, et qu'il fallait sortir la médecine de Tisolement religieux où elle se trouve malheureusement depuis longtemps. Il serait à désirer que mon savant ami agrandît son travail, en lui donnant des bases plus larges et plus philosophiques; il eu est capable. Que ne le fait-il donc? Les traductions de cette pathologie morale, déjà faites en plusieurs langues, prouvent sa valeur. L'auteur n'aurait qu'à développer le beau résumé qu'il a donné dans cette deuxième édition, pour remplir notre vœu.

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ment? Qu'ils se guërissenl d'abord, et qu^ensuite ils profitent de leur expérience pour guérir les autres.

Loin de nous pourtant de décourager les louables efforts entrepris dans la direction des Pinel, des Esquirol; nous n'avons qu'un désir, c'est de les rectifier; et alors, ce que Pinel a ignoré, ce qu'il a même repoussé, ralliance de la religion, qui peut -seule créer une morale solide, avec la médecine et le gouvernement des peuples, produira une science profonde, applicable non-seulement à la réparation des lésions de l'intelligence, mais encore la seule capable de les prévenir par une éducation sociale sérieusement religieuse.

Bien que Pinel ait erré dans les principes de cette étude importante, les qualités de son cœur rectifièrent souvent l'application , et le conduisirent, dans un grand nombre de cas^ à d'lieureu\ résultats.

Nous pouvons donc dire de Pinel que, malgré les circonstances défavorables qui se rencontrèrent sur sa roule, les besoins de la science furent remplis par la direction de son esprit : son effort a eu son effet dès le temps même de sa vie, et encore après, puisque nous sommes sous son influence; confirmation remarquable de la thèse que nous avons posée si souvent, qu'un effort scientifique produit son effet malgré tout, quand il vient dans le temps où la science en a besoin.

Cest un point très-important de voir comment une science si vaste (|ue celle de l'organisation sur la terre, s'est développée par des directions qui ne semblaient pas tendre à ce but. Nous avons vu par les détails où nous sommes déjà entrés sur Pinel, qu'il était le résultat de travaux philosophiques et phytologiques précédents, sans lesquels, malgré son génie, il ne serait jamais arrivé à la démonstration de la nosoclassie. Plusieurs médecins

avant lui s'étaient occupés de la classification des maladies; mais le principe n'étant pas encore \enu, leur entreprise était demeurée infructueuse. Cela devait s'efFecluer dans la langue française et à Paris, parce que c'était là que le principe avait été démontré par les Jussieu, et que la langue française, essentiellement logique, en favorisait l'application plus qu'aucune autre.

Nous avons vu comment Pinel, préparé par des études mathématiques et philosophiques, s'est essayé d'abord sur la mécanique animale; il en est résulté quelques bons mémoires extraits d'un plus grand ouvrage qui n'a point été terminé; ce n'était pas là sa vocation. Il arrive à Paris, et ce n'est qu'à cinquante ans presque qu'il est placé dans les circonstances Hnorables. Jl fut forcé d'étudier philosophiquement les maladies, et de poser ainsi la clef qui va servir à Bichat.

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