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V. Ériumération et analyse de ses oui^rages

Mathématicien, Pinel a commencé par l'application des mathématiques à la mécanique animale; philosophe, il a continué par l'élude approfondie des maladies mentales; naturalisie et observateur, il s'est avancé dans la méthode naturelle appli(|uée à la médecine, et sur la fin, il est retombé dans ses premiers goûts en embrassant cette thèse chimérique de l'application du calcul des probabilités à la médecine, ou la statique médicale; comme si le nombre des malades pouvait faire quelque chose aux variantes infinies de tempéraments, de nourriture, de locahté, etc., qui influent sur leurs affections, et les rend si diverses d'un individu à un autre individu.

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Ses travaux, comme ceux de la plupart des hommes yérital)lement savants, se divisent en travaux préparatoires ou préliminaires, en travaux d'ensemble ou d'exécution, et en travaux d'amélioration ou de perfectionnement.

Nous ne connaissons de ses travaux préliminaires préparatoires que les mémoires qu'il a publiés : i^ sur larticulation maxillo-temporale; a® sur le crâne de l'éléphant; 3^ sur la disposition des griffes des carnassiers; 4° observations anatomiques sur Tliuitre. Ces travaux préparatoires avaient rapport au grand ouvrage qu'il avait élaboré sur la mécanique animale, et qu'il n'a pas terminé , quoiqu'il en ait communiqué plusieurs parties aux sociétés savantes. Il l'abandonna pour suivre sa direction naturelle.

Nous connaissons encore moins ses travaux surlliygiène, partie de la science qu'il avait, à ce qu'il parait, étudiée de prédilection, et sur laquelle ses biographes nous apprennent qu'il a écrit plusieui*s thèses à Montpellier. Cependant, il a publié dans le second volume du journal de Fourcroy , /u Médecine éclairée par les sciences physiques j un excellent mémoire d'hygiène, intitulé Réflexions sur la buanderie comme objet d'économie domestique, de salubrité, et applications de ces principes à un établissement à File du pont de Sèvres, p. ii2, 1791.

Nous insisterons donc presque exclusivement sur ses trois grands ouvrages : l'un, sa Nosoqrap/iie p/filosophi^ qiiCy considérée dans son ensemble et dans les principes qui en ont dirige l'exécution;

L'autre, son Traité philosophique sur la manie, que l'on peut donner comme un exemple de la manière élevée dont Pinel envisageait chaque partie de la méde-

cine, en y comprenant aussi bien l'étiologie que le diagnostic, le prognostic et la thérapeutique. Ses travaux préparatoires sur ce beau sujet sont ceux qui datent de plus loin;

Et enfin y le troisième, intitulé : la Médecine clinique rendue plus précise et plus exacte par Vapplication de V analyse. Cet ouvrage peu t être considéré comme la base, le sujet des deux autres, et principalement du premier, et par conséquent antérieur en logique; car si Pinel n'avait pas eu des observations qui lui fussent propres, il n'aurait pu rien faire, et ce livre, en effet, renferme les éléments qui lui ont servi à composer les deux autres, en sorte que, quoiqu'il soit le dernier en date, l'ordre rationnel demande que nous conimencions l'examen de ces trois ouvrages si importants par celui-ci, et alors nous avons : i^ médecine clinique y basef a** /wsographie philosophique , édifice; 3^ aliénation mentale , exemple d'application. Par là nous pourrons mesurer toute la valeur de Pinel.

La conception générale de la médecine, pour Pinel , n'était peut-être pas assez pratique; il ne l'envisageait que comme science , et dès lors il a pu dire : « La vraie médecine est celle qui est fondée sur des principes, et qui consiste bien moins dans l'administration des médicaments que dans la connaissance approfondie des maladies, par la méthode hippocratique et la marche rigoureuse de l'observation.... d'où le problème à résoudre est : une maladie étant donnée^ déterminer son vrai caractère et le rang quelle doit occuper dans un tableau iiosologique. a (V^osog.j introd.) 11 nous semble qu'il se trompe, car la chose la plus importante, à notre avis, c'est la guérison de la maladie; et il faudrait, par conséquent, remplacer son problème par celui-ci, qu'il a re-

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jeté en partie : une maladie étant donnée y la connailre, et , par cette connaissance , twiwcr le remède.

On la dit humoriste , on Ta dit solidiste; mais dans la réalité, il nV'tait ni Tun ni l'autre : il était médecin naturaliste et observateur; et dans ses remarques sur la troisième édition, il déclare qu'il n'adopte aucune hypothèse, ni le solidisme^ ni Yhumorisme,

Il admet dans la science des gradations lumineuses qu'on doit distinguer avec lui. i^ Les connaissances qui dérivent d'un nombre très-répété d'observations faites ou recueillies.

a"* Les connaissances relatives au traitement des maladies (|ui lui paraissent , comme , par exemple , les maladies aiguës, être arrivées à une assez bonne description et à des principes G\es, pour qu'on puisse y appliquer un traitement rationnel, ce qui devenait ici un moyen d'établir des Familles naturelles.

3^ La méthode de disposer les maladies suivant un ordre de classification fondée sur leurs affinités, c'est-àdire, sur l'étude judicieuse des symptômes et sur la strtiO' tare et les fonctions organiques des /mrties.

Voilà donc trois grands degrés de la science médicale: d'abord les faits, qui sont ici les maladies; 2^ le mode de traitement; 3^ la méthode. Ensuite, il a vu que pour les progrès réels de la science, il fallait faire une classe d^incertœsedis, un magasin pour le perfectionnement. C'est un des procédés les plus importants, et il est encore d'Âristote. Quant aux raisonnements arbitraires, il n'en fait nul cas, il les met au dernier degré.

Énumération de ses ouvrages. Ses travaux sont assez nombreux, mais tous dans sa direction de médecin naturaliste.

Mémoire sur la manie périodique ou intermittente^

par Philippe Pinel, professeur à FÉcole de médecine de Paris, dans les Mémoires de la Société médicale d'émulation, 1'® année, pag. a8-53, 1797, an v de la république.

Il y dit que la médecine des maladies mentales est peu avancée; il reste à reprendre l'histoire entière des accès de manie, à faire connaître la saison ordinaire de leur retour, leurs causes, leurs signes précurseurs, leurs symptômes, leurs périodes successifs, leurs formes variées, leur durée, leur terminaison, les indices qui doivent faire espérer ou craindre.

On Fa traitée empiriquement, comme si le traitement de toute maladie , sans la connaissance exacte de ses symptômes et de sa marche, n'était pas aussi dangereux qu'illusoire.

Il essaye de satisfaire successivement, dans ce mémoire, à la plupart de ces desiderata, qu'il signale.

11 considère ensuite la manie dans ses rapports avec les diverses fonctions de l'entendement humain, et leur abolition partielle ou totale suivant les sujets, et il conclut : « Tout cet ensemble de faits peut-il se concilier avec l'opinion d'un siège ou principe unique et indivisible de l'entendement? Que deviennent alors des milliers de volumes sur la métaphysique?» Voilà l'idée première qui a servi de matrice au système de Gall : la divisibilité des facultés de l'entendement. Nous en aurons besoin plus tard pour l'examiner plus à fond.

Pinel décrit ensuite l'état et les phénomènes de la manie développée , et puis les symptômes de sa terminaison.

Il examine les moyens curatifs, et il y admet pour une grande part le traitement moral '•

' iDComplet dès qu'il n'est pas religieux.

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«Le moment y ajoute^t-il, est peut-être venu, où la médecine française , dégagée des entraves que lui donnaient Fesprit de routine, l'ambition de parvenir, son association avec des institutions religieuses, et sa déU* veur dans l'opinion publique, peut désormais affermir sa marche, porter une sévérité rigoureuse dans l'observation des faits, les généraliser, et marcher ainsi de front avec toutes les autres parties de Thistoire naturelle, j»

ce Le médecin pourra-t-il tracer les altérations de l'eutendement humain, s il n'a profondément médité les écrits de Locke et de Condillac, et s'il ne s'est rendu familiers leurs principes? »

Nous avons apprécié ces idées, et nous devons convenir que Pinel avait plutôt senti le besoin qu'il n'en a trouvé le vrai remède. Il n'a compris ni le traitement moral, ni la vraie nature de l'homme; il lui manquait, ou plutôt à son siècle, le sens de l'homme créé religieux.

u** Recherches et observations sur le traitement monil (les aliénés y par Ph. Pinel. Mém. de la Soc. méd. d'ém., S4*^ année, p. 21 5, pour l'an vi, publié l'an vu de la i^épublique, 1799.

Ce n'est guère qu'un recueil de cas divers où des moyens moraux ont réussi à opérer la guérison. On y remarque qu'il est sous l'influence de Voltaire et de la révolution, et qu'il repousse les idées religieuses.

3** Mémoire sur le traitement ou sur la manie , communiqué à la Société royale de médecine; non publié, mais refondu dans son grand ouvrage.

4° Observations sur les aliénés, et leur division en ejpèces distinctes j par Ph. Pinel. Mém. de la Soc. méd. d'émul., y année, an vu, publiél'an viii, 1800, p. j-a6.

a La marche imposante, y dit-il, qu'a communiquée dans ce siècle à l'histoire naturelle l'esprit d'observation.

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rhomme ', et voilà pourquoi on parait désirer ce que Tou a près de soi. Cette haute psychologie est le résultat des méditations profondes de ces hommes remarquables qui ont passé leur \ie à s'étudier eux-mêmes , et qui ayant compris leur fin, n'ont eu d'autre désir que celui de l'atteindre. Qu'on médite avec attention, et surtout qu'on pratique les enseignements des ascétiques que le christianisme a instruits et formés, et l'on sera forcé d'avouer que là est une psychologie profonde, et les principes féconds de la guérison des maladies de l'intelligence, l'art de les prévenir, comme celui de les rétablir dans leur état normal, lorsque cela est encore possible.

C'est donc avec le sentiment d'une tristesse profonde que l'on voit, au contraire, les hommes appelés par vocation à remédier aux maux de la société, se précipiter en aveugles dans les tâtonnements aventureux d'une science qu'ils ignorent, ils ignorent la nature de l'homme, son but et sa destinée, la marche qu'il doit suivre pour y arriver, et ils veulent l'y ramener quand l'égarement du malade est plus visible que celui où ils sont euxmêmes. Faut-il encore s'étonner s'ils réussissent si rare-

< Le docteur Descurct vient de publier la deuxième édition d'un oxcellent ouvrage, intitule : la Médecine des passions. Dans ce premier et heureux essai de médecine morale, l*auteur a comj)ris la vraie nature de l'homme, et qu'il fallait sortir la médecine de Tisolement religieux où elle se trouve malheureusement depuis longtemps. Il serait à désirer que mou savant ami agrandît son travail, en lui donnant des bases plus larges et plus philosophiques; il eu est capable. Que ne le fait-il donc ? Los traductions de cette pathologie morale, déjà faites en plusieurs langues, prouvent sa valeur. L'auteiu' n'aurait qu'à développer le beau résumé qu'il a donné dans cette deuxième édition^ pour remplir notre vœu.

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ment? Qu'ils se guérissent d'abord, et qu'ensuite ils profitent de leur expérience pour guérir les autres.

Loin de nous pourtant de décourager les louables efforts entrepris dans la direction des Pinel, des Esquiroi; nous n'avons qu'un désir, c'est de les rectifier; et alors, ce que Pinel a ignoré, ce qu'il a même repoussé, l'alliance de la religion, qui peut-fieule créer une morale solide, avec la médecine et le gouvernement des peuples, produira une science profonde, applicable non-seulement ù la réparation des lésions de l'intelligence, mais encore la seule capable de les prévenir par une éducation sociale sérieusement religieuse.

Bien que Pinel ait erré dans les principes de cette étude importante, les qualités de son cœur rectifièrent souvent l'application , et le conduisirent, dans un grand nombre de cas^ à d'iieureux résultats.

Nous pouvons donc dire de Pinel que,malgi*é les circonstances défavorables qui se rencontrèrent sur sa route, les besoins de la science furent remplis par la direction de son esprit : son effort a eu son effet dès le temps même de sa vie, et encore après, puisque nous sommes sous son influence; confirmation remarquable de la thèse que nous avons posée si souvent, qu'un effort scientifique produit son eflet malgré tout, quand il vient dans le temps où la science en a besoin.

C'est un point très-important de voir comment une science si vaste que celle de l'organisation sur la terre, s'est développée par des directions qui ne semblaient pas tendre à ce but. Nous avons vu par les détails oii nous sommes déjà entrés sur Pinel, qu'il était le résultat de travaux philosophiques et phylologiques précédents, sans lesquels, malgré son génie, il ne serait jamais arrivé à la démonstration de la nosoclassie. Plusieurs médecins

avant lui s'étaient occupés de la classification des maladies; mais le principe n'étant pas encore venu, leur entreprise était demeurée infructueuse. Cela devait s'efFecluer dans la langue française et à Paris, parce que c'était là que le principe avait été démontré par les Jussieu, et que la langue française, essentiellement logique, en favorisait l'application plus qu'aucune autre.

Kous avons vu comment Pinel, préparé par des études mathématiques et philosophiques, s'est essayé d abord sur la mécanique animale; il en est résulté qiiel(|ues bons mémoires extraits d'un plus grand ouvrage qui n'a point été terminé; ce n'était pas là sa vocation. Il arrive à Paris, et ce n'est qu'à cinquante ans presque qu'il est placé dans les circonstances favorables. 11 fut forcé d'étudier philosophiquement les maladies, et de poser ainsi la clef qui va servir à Bichat.

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