‹ Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosophieChapitre 19 sur 61 · VI. Faits et principes légués à la science par PineL · texte numérisé non relu

VI. Faits et principes légués à la science par PineL

Nous avons donc analysé les principaux ouvrages de Pinel, afin de montrer qu'il avait mis en usage les mêmes procédés analytiques qui ont été suivis dans les sciences naturelles.

(Ce n'est, en effet, qu'après avoir passé plusieurs années à faire des observations, qu'il les a généi*alisées, et nous avons vu comment il a tiré un très-grand parti de cette méthode, en l'appliquant à la nosologie et à la nosographie.

Nous avons rangé ses ouvrages, non dans l'ordre de leur publication, mais dans l'ordre de leur composition: on n'y a rien ajouté.

Il nous semble que Pinel a démontré que la médecine est une branche des sciences naturelles, et, par conséquent, l'art de connaître et de guérir les maladies;

Qu'on doit donc procéder dans son étude et son enseignement comme dans toutes les autres sciences naturelles, c'est-à-dire, par l'observation, l'analyse, la méthode analogique, la classification ou méthode naturelle, et par suite , arriver à une nomenclature. On a pu le blâ-

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merde ce dernier essai; c'était, en effet, peut-être trop tôt : s'il Feùt tenté après les travaux de Bichat, nul doute qu'il n'eût mieux réussi.

Il a posé en thèse qu'une maladie est une altération d'up org.ane dans les parties qui le composent, et par suite ^ dans les membranes et les tissus^ ce qui va devenir l'œuvre de Bichat.

Cette maladie se traduit par des symptômes tirés des organes en consensus avec l'organe affecté ; ces symptômes vont constituer un ensemble, une espèce phénoménale qui n'est pas matérielle. Ils seront ici les caractères extérieurs traduisant les intérieurs, et vont remplir le même but qu'en histoire naturelle; et alors, il faudra faire entrer dans leur étude la subordination des caractères.

Il a donc prouvé que les maladies sont les espèces du nosographe; mais il faut prendre tout le cursus de la maladie pour avoir toute l'espèce maladie, c'est-à-dire, la série des phénomènes, depuis son origine jusqu'à son augment, et depuis son augment jusqu'à sa terminaison. Il faut de plus y faire entrer l'état de l'individu, les circonstances extérieures, et c'est ici la difficulté des espèces nosographes; or, la limite des variations est extrêmement large. Cependant, Piael a démontré qu'en étudiant convenablement ces diverses choses, on arrive à connaître parfaitement l'espèce.

De ce que ces phénomènes ont naturellement une tendance favorable ou défavorable, dans une bien plus grande étendue que les espèces créées statiques, Pinel a été conduit à revenir à la méthode expectante, la méthode hippocrâtique. De là il a pu grouper ces espèces d'une manière naturelle, en ayant égard au siège de la maladie y traduit par les phénomènes extérieurs. •

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Il est de toute évidence que pour établii* le diagnostic d'une maladie, il faut faire attention au degré où elle est arrivée, et alors encore, il est établi sur Tapalyse des symptômes. Ainsi, par exemple, dans les enfants, la susceptibilité nerveuse étant considérable, la moindre afl'ection déterminera des convulsions, et si Ton n'apporte la plus grande att(?ntion à Texamen des symplômeS| on se laissera facilement tromper.

Il en est du prognostic comme du diagnostic.

De cela seul que J^inel a pu classer les maladies d^une manière naturelle, il a pu établir son diagnostic et son prognostic, ce qu'il appelle la maladie, et par suite de leur connaissance, dire : C'est là la maladie, et demander une thérapeutique rationnelle. Il n'a pas pour cela refusé le traitement spécifique ou la thérapeutique pratique, mais il a surtout dirigé ses efforts vers l'introduction de la thérapeutique rationnelle. Il a atteint sou but pour les maladies qu'on appelle fièvre$, et le traitement de ik)rdeu s'est trouvé confirmé par lui. Il n'y a là rien dVionnanl, puis(|u'il a introduit dans l'école de Paris, IVcole i>lus avancée de Montpellier.

Il a enfin donné un bel exemple de cette tbérapeuticpie rationnelle, dans le traitement des maladies mentales.

Pinel est donc le premier qui ait conçu lapplication lie la méthode naturelle à la médecine considéi-ée dans son ensemble et dans chaenne de ses parties. Il est le luiturnlistc {idlluUo^itiuc^ le créateur de la médecine naturelle et rationnelle.

Il est le premier cpii ait senti cjue la médecine rationnelle est celle qui, des svmplonies. des signes, des caractères analvsês« mesurés eonvenablement, remonte à lui^ane, à la membrane, au tissu altéré ou aiîecté, et

par suite, à l'étiologie de la maladie, et de là aux indications thérapeutiques et au mode le plus convenable pour les remplir, suivant l'âge, le sexe, le tempérament de rétre malade.

Et nous ne croyons pas que, dans la suite des siècles , up^ direction plus belle et plus large puisse être donnée à la science des maladies.

^ Il nous reste à voir sa suite dans les deux hommes qui Font continué.

SECTION . IV. — M ARIÈ-FRANC01S-XA VlER BICHAT.

Nous avons apprécie TefFort de Pînel , l'application delà méthode naturelle à l'art de guérir; il se résume tout étitier en ces deux mots. De cette impulsion, nous Tavons vu, devaient nailre, comme suite naturelle et nécessaire, Vanatomie générale ^ Yanatomie de tissu, nommée quelquefois Vanatomie médicale, parce que, en effet, d'elle devait sortir l'analomie pathologique. Ce nouveau progrès ne pouvait s'exécuter que dans l'école de Bichat , bien que Morgani doive être considéré comme ayant tenté cette voie avec assez de puissance, mais «ans pouvoir atteindre jusqu'au but véritable, car il fallait que l'état normal fut connu avant d'arriver à J'altération. Ainsi, par exemple, l'estomac étant, dans sa composition et ses fonctions, soumis aux systèmes ■Nii6<9ilaire,/crypteux.et uiûqueux, il faudra bien, dans

ses lésions, avoir égard à ces trois tissus difTérents dans leurs propriétés et leurs fonctions, pour connaître, par les symptômes divers, lequel est altéré, afin de le ramener à son état normal.

Comme suite encore de cette direction, devra naitre ^anatomie de déi'ehppenient, qui conduira à Tappréciation, suivant les différents âges, des phénomènes divers qui peuvent se présenter; et par là même, on arrivera à une connaissance exacte de l'organisme dans ses diverses périodes ; car en considérant, par exemple, que dans un très-jeune sujet, les valvules intestinales ne sont point encore développées , tandis qu'elles le sont dans l'adulte, on conclurait mal du premier qu'il n'y a pas de valvule.

Le but essentiel de la médecine étant de guérir, il fallait que la direction de Pincl fût introduite dans la pathologie; mais elle devait être générale, puisqu'elle portait sur les tissus, qui sont la base de tout l'oi^nisme. Il fallait donc qu'un bras vint agir dans cette direction de la pathologie générale devenant pathologie physiologi(|ue, qui appelait à son tour lathét^apeutique rationnelle, dont l'effort devait réagir sur la science de l'organisation, en l'éclairant dans la physiologie.

Ce sont les effets de ces deux impulsions, ou mieux, la continuation de Vimpulsion de Vinel dans ces deux directions, que nous allons voir s'achever par deux esprits vigoureux de jeunesse et de nature, dans des circonstances devenues favorables par l'effort même de Pinel, agissant et réagissant contre une opposition nécessaire.

L'un, Bichat, mort victime de l'énergique activité qu'il employa pour développer la science médicale dans ses bases les plus incontestables , l'anatomie et la phy-

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siologie, et dans toutes ses parties d'application comme art.

L'autre, Broussaîs, prolongeant sa carrière de luUes et de combats acharnés, autant qu'il le fallait pour donner à la pathologie générale et à la thérapeutique rationnelle les bases physiologiques sur lesquelles ces parties de la science reposent, mais discutées, éclaircies, épurées même de l'exagération dans laquelle il s'était luimême laissé entraîner.

Le premier, présentant au plus haut degré le dévouement continuel et paisible de tous les moments de sa -vie à la science, pour la science elle-même, sans s'occuper de répondre aux objections , aux attaques dont il est Tobjet.

Le second, au contraire, frappant de tous côtés, quelquefois même plus fort que juste, sur les opposants aux doctrines qu'il croit \raies et bonnes; employant aussi bien les sarcasmes, l'ironie, contre ses adversaries, que les ai^uments de la plus vigoureuse dialectique.

Ainsi, dans les trois hommes éminents qui ont changé la face de la médecine de nos jours, Pinel, analyste, méthodiste profond , démontre la marche que doivent suivre la science, dans toutes ses parties, pour mériter ce nom, et Fart, pour devenir rationnel. Il pose les bases immuables, mais d'une manière philosophique et calme.

Bichat emploie toute l'activité de sa jeunesse, toute la sagacité de son génie à reprendre ces bases en sousœuvre, à les sonder , à les étendre proportionnellement k la grandeur de l'édifice, dont il commence l'élévation; mais le temps ne lui permet pas de le terminer.

Broussais, initié de bonne heure à cet effort , à cette direction, emploie la vigueur de son âge, la force de son esprit, non-seulement à soutenir les bases, mais

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à couronner Tœuvre par une large conception pathologique et thérapeutique, dont il a pu exagérer Tapplication y mais qui n'en restera pas moins comme une des preuves les plus fortes de son génie médical.

Et voilà , dans ces trois hommes , un homme de génie. Bichatet Broussais, conséquences de Pinel, et toute cette école, ne se sont point occupés de direction morale; Bichat seul Ta comprise et respectée ; les deux autres Font combattue dans sa base, et le dernier a travaillé avec acharnement à sa destruction. Telle est la thèse que nous avons à développer.

Nous considérons donc Bichat comme continuant rimpulsion donnée par Pipel dans la direction de l'anatomie et de la physiologie générales ou médicales, mais avec tout le dévouement et Tentrainement de la jeunesse ^ en imprimant aux sciences médicales , en gé« néral, un mouvement phénoménal; et cela eu moins de cinq ans.

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